jeudi 27 avril 2017

AGUSTÍN EDWARDS, PROPRIÉTAIRE DU PUISSANT GROUPE DE PRESSE EL MERCURIO, EST MORT


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AGUSTÍN EDWARDS
PHOTO AGENCIA UNO
Agustín Ivan Edmundo Edwards Eastman, né à Paris, le 24 novembre 1927 est décédé le lundi 24 Avril 2017 à Santiago du Chili. Fils d'Agustín Edwards Budge et de Mary Elizabeth Eastman Beeche, et petit-fils d'Agustín Edwards Mac-Clure, il est l’héritier du puissant groupe de presse conservateur El Mercurio. 
« CHILIEN : EL MERCURIO  MENT ».
En 1970, Agustín Edwards, propriétaire et directeur d’« El Mercurio », entreprend des démarches auprès de la Maison Blanche pour que le gouvernement des États-Unis empêche l’arrivée au pouvoir du président élu, Salvador Allende. Si cette action échouait, le plan était de le renverser. El Mercurio reçut plus d’un million et demi de dollars de la Central Intelligence Agency (CIA) pour mettre le complot en marche.

Les preuves de ces faits, ainsi que d’autres, sont décrites dans des documents publics tels que le rapport Church du Sénat des États-Unis, les mémoires de l’ex-secrétaire d’État nord-américain Henry Kissinger, des documents déclassés de la CIA, des témoignages d’anciens hauts fonctionnaires du gouvernement de Richard Nixon ou différents travaux d’enquête journalistique.


UNE DU QUOTIDIEN EL MERCURIO
DU MARDI 25 AVRIL 2017.
« Le Mercurio ment » fut une phrase utilisée par les critiques du journal chilien El Mercurio. Elle a été diffusée le 11 août 1967, lors de la réforme dans l’Université pontificale catholique du Chili : un groupe d'étudiants a suspendu une pancarte au siège central de l’Université, à Santiago du Chili, avec cette phrase « Chilien : El Mercurio  ment ».

Le décès d’Edwards, personnage haï par toute une génération de victimes, provoque de vives réactions comme celle de Carmen Hertz sur Twitter, avocate de Droits de l’Homme et dont le mari fut exécuté sous le régime militaire et est encore porté disparu : «Sinistre Agustín Edwards, conspirateur, lâche séditieux, financé par des fonds de la CIA, a permis et soutenu l’extermination à travers ses journaux »


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mercredi 26 avril 2017

IL Y A 80 ANS, PICASSO PEIGNAIT FIÉVREUSEMENT « GUERNICA » SOUS LES TOITS DE PARIS


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RÉVOLTÉ PAR LE BOMBARDEMENT DES TROUPES NAZIES DE LA VILLE BASQUE, 
LE 26 AVRIL 1937, LE MAÎTRE CATALAN PEINT SON CHEF-D’ŒUVRE, SYMBOLE 
UNIVERSEL DE LA CRUAUTÉ DE LA GUERRE, POUR LE PRÉSENTER DANS LE 
PAVILLON ESPAGNOL DE L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS, LA MÊME ANNÉE. 
Le 26 avril 1937, la petite ville basque espagnole brûlait sous les bombes larguées par des avions allemands et italiens.
L'HUMANITÉ, LE 28 AVRIL 1937, DEUX JOURS
APRÈS LES BOMBARDEMENTS SUR GUERNICA,
L’HUMANITÉ DÉNONCE « LE MASSACRE »
Il va bien falloir le remplir, ce grand mur blanc. Celui que la République espagnole a réservé à Pablo Picasso pour accueillir la pièce maîtresse de son pavillon à l’Exposition universelle de Paris, qui débute en mai 1937. À un mois de l’ouverture, le peintre andalou, installé en France depuis trente ans, n’a toujours pas trouvé de thème pour sa toile. C’est l’actualité internationale qui, en pleine guerre civile espagnole et à la veille du second conflit mondial, va lui en jeter un à la figure.


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En ouvrant le journal L’Humanité du 28 avril 1937, Picasso découvre, horrifié, les photos de la ville basque de Guernica réduite en cendres par le bombardement d’avions allemands et italiens deux jours plus tôt. Il passe commande d’une toile de près de 8 mètres de long par 3,5 de haut à un artisan catalan qu’il a connu en Espagne : Antonio Castelucho. Celui-ci tient boutique au 16 de la rue de la Grande-Chaumière, dans le 6e arrondissement de Paris, près du quartier Montparnasse. Son échoppe, tout en contrastes clair-obscur, est chérie des peintres espagnols exilés à Paris. C’est là que commence l’histoire de Guernica, dont on célébrera en mai le 80ème anniversaire.

PABLO PICASSO,  PHOTOGRAPHIÉ PAR DORA MAAR,
DEBOUT SUR UN ESCABEAU PEIGNANT « GUERNICA »,
 DANS L’ATELIER DE L’HÔTEL DE SAVOIE,
À PARIS, EN MAI-JUIN 1937. 
Les Castelucho sont les premiers marchands d’art à s’être établis dans cette rue qui, au milieu du XXe siècle, en comptera jusqu’à cinq. « À cette époque, le tout-Paris des artistes était descendu de Montmartre vers la rive gauche et Montparnasse. La rue de la Grande-Chaumière était la plus concentrée d’Europe en boutique de beaux-arts. Il y avait Castelucho, Gattegno, Morin et Janet, Chautard et la maison Sennelier », la seule encore ouverte aujourd’hui, se souvient Dominique Sennelier, petit-fils du fondateur. De nombreux artistes, comme Paul Gauguin ou Amedeo Modigliani, ont habité là, installant leurs ateliers dans les arrière-cours discrètes des appartements de l’avenue.

Le grenier de l’hôtel de Savoie

« La plupart des artistes ont été chassés par la spéculation immobilière à partir des années 1960 », regrette M. Sennelier. La boutique d’Antonio Castelucho a résisté un peu plus longtemps. Jusqu’à ce que sa fille, sans héritier, se résolve à la céder, au début des années 1980, à un ami catalan qui fit rapidement péricliter l’affaire. Différents entrepreneurs ont ensuite racheté le magasin, devenu restaurant, cultivant plus ou moins l’histoire du lieu. Si « très peu d’archives ont été conservées » de cette période de foisonnement artistique, « les légendes sont encore vivaces dans la rue », jure-t-on à l’académie de la Grande Chaumière, campée au numéro 14, où des peintres iconiques sont venus pratiquer leur art.

« À peine ai-je le temps de fixer une première partie de la toile que Picasso grimpe sur un escabeau et commence à dessiner. » Jaime Vidal, apprenti chargé de livrer la toile chez le peintre

Parmi ces légendes, celle que Jaime Vidal, l’apprenti de Castelucho, raconta à L’Humanité bien des années après Guernica. C’est lui qui, en 1937, est chargé de la livraison du matériel commandé par Picasso. L’artiste espagnol vient alors d’investir les deux derniers étages du mythique hôtel de Savoie, au 7 de la rue des Grands-Augustins, où Jacques Prévert et Jean-Louis Barrault réunirent leurs compagnies de théâtre au début des années 1930. Picasso a installé son atelier au grenier.

Son fourbi sous le bras, Vidal débarque un matin de la mi-mai, à 10 heures : « J’étais persuadé d’être trop matinal. Picasso, déjà levé et surexcité, me demande pourquoi j’arrive si tard et me passe une engueulade. Nous déroulons la toile, la tendons puis la clouons à un châssis. À peine ai-je le temps de fixer une première partie de la toile qu’il grimpe sur un escabeau et commence à dessiner ». Sous les toits parisiens, Picasso boucle en trois semaines le monumental Guernica.

LE  « GRENIER PICASSO » (ICI EN JUIN 2013), OÙ L’ARTISTE
A PEINT  « GUERNICA » EN 1937, OCCUPE LES DEUX
DERNIERS ÉTAGES DE L’HÔTEL DE SAVOIE,
RUE DES GRANDS-AUGUSTINS, À PARIS.

PHOTO VINCENT WARTNER
Ce grenier, d’où est sortie en 1937 la plus célèbre des 120 000 œuvres de Picasso, est aujourd’hui menacé. La chambre des huissiers de justice de Paris (CHJP) souhaite faire de l’hôtel de Savoie, dont elle est propriétaire, une résidence hôtelière de luxe gérée par la société Helzear. Le grenier deviendrait une chambre et, en contrepartie, un espace consacré à la vie et à l’œuvre de Picasso serait installé au rez-de-chaussée. Opposé à ce projet, le Comité national pour l’éducation artistique (CNEA) se bat pour que l’endroit reste accessible à un large public et propose de conserver l’espace culturel ouvert dans le grenier en 2002, qui proposait ateliers pour enfants, expositions et concerts afin de faire vivre le lieu.

Que reste-t-il du berceau de « Guernica » ?

Expulsé en 2010, le CNEA dénonce, par la voix de son avocat Marc Bellanger, « l’entourloupe d’Anne Hidalgo », qui a délivré à l’été 2015, « après s’être engagée à protéger le lieu », le permis de construire engageant la transformation du grenier de Picasso. La mairie de Paris, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, expliquait alors à Libération « avoir fait dialoguer tout le monde pour arriver à ce compromis ». L’ultime recours qui tient encore est un appel déposé devant la cour administrative de Paris contestant la validité du permis. Le verdict n’est attendu qu’en septembre, mais Marc Bellanger est déjà résigné : « Nous avons tout fait pour sauver ce grenier, mais, aujourd’hui, je n’y crois plus. C’est un combat désespéré. »

De la fabrication de son châssis au dernier coup de pinceau du maestro, Paris aura tout vu de Guernica, jusqu’à sa présentation au public, le 12 juillet 1937. Mais alors que le dernier lieu parisien entretenant sa mémoire pourrait disparaître, d’aucuns pointent l’ingratitude de la France à l’égard de Pablo Picasso, qui a vécu, travaillé à Paris, et y est enterré. Car les célébrations du 80e anniversaire de l’œuvre resteront confidentielles dans la capitale. Le musée Reina Sofia de Madrid propose, lui, jusqu’au 4 septembre, une grande exposition autour de l’œuvre qu’il abrite depuis vingt-cinq ans : « Le Chemin vers Guernica ».


Par Albert Marie

vendredi 14 avril 2017

NE VOUS FATIGUEZ PAS : C'EST UN HOLOGRAMME !

NE VOUS FATIGUEZ PAS : C'EST UN HOLOGRAMME !

EN URUGUAY, LES DÉMONS DE LA DICTATURE MILITAIRE RÔDENT TOUJOURS


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ILLUSTRATION RAMIRO ALONSO 

Plusieurs défenseurs des droits de l’homme, dont un magistrat français, ont été récemment menacés de mort par un obscur commando qui exige l’arrêt des procès contre les anciens tortionnaires. 
CONDOR EMPRISONNÉ
ILLUSTRATION RAMIRO ALONSO

Plus de trente ans après la fin de la dictature militaire uruguayenne (1973-1985), celle-ci continue de hanter le pays. Treize défenseurs des droits de l’homme – magistrats, journalistes, hauts fonctionnaires – uruguayens, mais également français et italiens, ont été menacés de mort, à Montevideo, par un commando paramilitaire dénommé « commando général Pedro Barneix ». Celui-ci exige la fin des poursuites judiciaires contre les anciens tortionnaires.

    Depuis 1986, en Uruguay, une amnistie, approuvée par deux référendums, couvrait les militaires et les policiers impliqués dans les violations des droits de l’homme commises pendant les années de plomb. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 2005 a ouvert une petite brèche dans ce dispositif. Une quinzaine d’anciens soldats et policiers ont été condamnés.

    Selon une commission pour la paix, on recense 230 Uruguayens disparus, majoritairement en Argentine, dans le cadre du plan Condor, sorte de «multinationale» des dictatures militaires sud-américaines visant à éliminer les opposants politiques dans les années 1970 et 1980. En Uruguay, on estime qu’il y a eu 6 000 prisonniers politiques, pour environ 3 millions d’habitants.

    « Vengeance »

    PEDRO BARNEIX CUANDO CONCURRÍA AL JUZGADO
    DE LA CALLE MISIONES, EL 27 DE AGOSTO 2015.
    PHOTO FEDERICO GUTIÉRREZ
    Barneix était le nom d’un militaire qui fut directeur des services secrets militaires durant le gouvernement de droite de Jorge Batlle (2000-2005) et qui, dans le premier gouvernement du socialiste Tabaré Vazquez (2005-2010), réélu en 2014, intégrait une commission chargée d’enquêter sur les disparitions forcées pendant la dictature. Il s’est tiré une balle dans la tête en 2015, au moment où il allait être arrêté et mis en accusation pour la mort, sous la torture, du militant communiste Aldo Perrini en 1974.

    Le magistrat français Louis Joinet, fondateur du Syndicat de la magistrature, fait partie des victimes des menaces récentes « pour avoir dénoncé, depuis la France, les crimes commis par les militaires durant la dictature ». À Paris, ce dernier a adressé une lettre au Monde, dans laquelle il condamne ces menaces. Il dévoile également une piste probable expliquant le nom du mystérieux commando Barneix.

    « En 1975, à l’occasion de ma mission en Uruguay pour la Fédération internationale des droits de l’homme, écrit le magistrat, j’avais enquêté sur l’affaire Aldo Perrini (…). Or, qui était présent, selon un article de Brecha [hebdomadaire de gauche uruguayen], dans la salle d’interrogatoire ? Un certain… Pedro Barneix, ainsi que deux autres officiers complices militaires. (…). Sa présence dans cette salle d’interrogatoire donne à penser – mais sans être en mesure, en l’état, d’en rapporter la preuve – que ce sont probablement ces ex-militaires de haut rang qui, par esprit de vengeance et pour faire pression sur la justice, se cachent, avec quelques complices, derrière ce commando Barneix.»

    À Montevideo, « ces menaces ont eu moins de répercussion qu’à l’étranger malgré leur gravité », souligne la magistrate Mirtha Guianze, qui figure parmi les personnes menacées, le 28 janvier, dans un message électronique. Membre de l’Institution uruguayenne des droits de l’homme, elle fut la procureure au cours du procès du président Juan Maria Bordaberry (1972-1976). L’ancien dictateur avait été condamné, en février 2010, à 30 ans de prison, pour son rôle dans le coup d’État de 1973, la disparition forcée d’opposants politiques et 16 homicides. Il est mort, en 2011, à 83 ans, alors qu’il purgeait sa peine en résidence surveillée, vu son âge.

    La magistrate ajoute « qu’il n’y a aucune réponse de la part de la justice, comme si cela n’avait aucune importance ». « L’Observatoire Luz Ibarburu, précise-t-elle, a demandé une audience à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, qui doit se réunir fin mai à Buenos Aires pour traiter de l’impunité en Uruguay, et en particulier des récentes menaces. » Cet observatoire, qui regroupe des organisations des droits de l’homme exigeant la poursuite des procès pour les violations des droits de l’homme commises par le terrorisme d’État, a également mis en doute « la capacité des autorités à éclaircir les responsabilités et en finir avec l’impunité ».

    Lettre d’intellectuels du monde entier

    En revanche, pour l’avocate Hebe Martinez, également menacée, « il ne faut pas accorder d’importance à ces menaces », qui, selon elle, « favorisent le jeu de quelqu’un ». « Mais je ne sais pas qui », ajoute-t-elle. C’est elle qui avait impulsé le procès contre Bordaberry. Elle est aussi l’avocate de la famille Michelini dans le cadre du procès sur l’assassinat de Zelmar Michelini, journaliste et homme politique uruguayen, assassiné en 1976 à Buenos Aires. Elle confie « ne pas avoir peur ». « Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles on aurait pu me tuer depuis longtemps », fait remarquer l’avocate.

    Felipe Michelini, un des fils du sénateur assassiné, membre du Groupe de travail pour la vérité et la justice créé par le gouvernement, estime que « ce dernier doit réaliser toutes les gestions nécessaires pour identifier les auteurs des menaces et leur faire répondre de leurs actes devant la loi ».

    Une lettre signée par 155 intellectuels du monde entier a été adressée, le 20 mars, au président Tabaré Vazquez, exprimant « leur soutien et leur solidarité » avec les victimes de menaces. « Il est absolument inacceptable, revendiquent les signataires, que des défenseurs des droits de l’homme, tant uruguayens qu’étrangers, soient victimes de telles menaces, provenant d’individus et d’organisations plus ou moins cachées qui continuent, encore aujourd’hui, à revendiquer le terrorisme d’État. »

    AU CHILI, LE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL MENACE LA FAUNE ET LA NATURE


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    PHOTO REPORTERRE


    Le Chili appuie quasi exclusivement son développement économique sur l’exploitation minière et l’élevage intensif de poissons. Or, ces activités pèsent lourdement sur les écosystèmes, notamment marins.


    PUNTA DE CHOROS
    PHOTO GOOGLE MAPS
    Le village de pêcheurs de Punta de Choros, dans le nord du Chili, est un petit coin de paradis de la côte pacifique face à l’archipel qui abrite la Réserve nationale des manchots de Humboldt. La région vit essentiellement de la pêche et du tourisme. On y vient pour observer les très nombreuses espèces d’animaux marins, telles que les baleines bleues, les dauphins et les lions de mer. Mais cette faune est menacée par un immense projet minier de la compagnie Andes Iron.

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    PROJET DOMINGA
    Celui-ci devrait comprendre un complexe industriel comportant une mine de fer et une mine de cuivre à l’intérieur des terres, mais également un port, une usine de transformation, et une usine de désalinisation afin de puiser l’eau nécessaire à la production. La mine de Dominga serait la plus grande jamais ouverte au Chili. Avec un investissement de 2,5 milliards de dollars, elle représente une promesse de milliers d’emplois. Cependant, son impact environnemental est extrêmement préoccupant et des soupçons de corruption ont entaché le projet depuis ses débuts en 2011. Un coût qui parait disproportionné quand l’on sait que le potentiel d’exploitation estimé de la mine n’est que de 22 ans.


    LES INSTALLATIONS INDUSTRIELLES DE LA MINE DE DOMINGA
    SE TROUVERAIENT À SEULEMENT 30 KM DE LA RÉSERVE DES MANCHOTS DE HUMBOLDT.



    « Ces projets vont causer des dommages irréversibles dans la région et ce n’est en fait qu’un point de départ avant une amplification d’activités industrielles », dénonce Liesbeth van der Meer, vice-présidente de l’ONG Oceana au Chili. L’organisation, qui travaille à la protection marine, a mené une étude qui conclut que la compagnie minière sous-estime l’impact sur les écosystèmes, notamment liés à l’augmentation du trafic maritime qui interférerait avec les routes migratoires des baleines, sans parler des risques de pollution.

    Le cuivre représente près de 50 % des exportations chiliennes

    Ces dernières années, des opposants locaux et l’ONG Oceana ont mené une campagne d’opposition au projet, avec des pétitions et des manifestations. Et ils viennent de gagner une première bataille. En effet, alors que les travaux devaient commencer en mars, la commission régionale d’évaluation environnementale du comté de Coquimbo vient de rejeter le projet. La compagnie minière Andes Iron a cependant annoncé son intention de faire appel auprès du Comité des ministres pour le Développement durable.

    Le gouvernement de la présidente Michelle Bachelet se retrouve désormais dans une position compliquée et va devoir trancher entre un projet qui relève des intérêts stratégiques de son pays et la défense de l’environnement. En effet, le secteur minier est l’un des plus importants de l’économie chilienne. Le cuivre notamment est l’une de ses principales richesses : le pays possède 20 % des ressources de la planète et ce minerai représente près de 50 % des exportations du pays. Dans le nord du Chili, on dénombre plus de 3.000 exploitations de cuivre. Depuis les années 1980, les gouvernements ont fortement incité les investissements dans ce secteur, notamment des sociétés étrangères, qui venaient explorer massivement des gisements jusqu’alors méconnus.

    « POUR L’EAU, POUR LA VIE, NON AU MÉGAPROJET MINIER.»

    En juillet 2016, un rapport de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques) mettait en garde le Chili contre l’exploitation intensive de ses ressources et les dangers qu’elle implique sur l’environnement. Le document pointait le fait que le pays appuie « trop exclusivement sa croissance économique sur ses richesses naturelles telles que le cuivre, l’agriculture, la foresterie et la pêche, il connaît une pollution de l’air constamment élevée dans les zones urbaines et industrielles, des épisodes de pénurie et de pollution de l’eau, la disparition d’habitats et une vulnérabilité au changement climatique. Plus de 95 % de ses déchets sont encore mis en décharge ».

    Bien que soulignant les efforts du pays, notamment avec la création de zones protégées [1], les experts de l’OCDE rappelaient que le pays possède une biodiversité d’importance mondiale, mais que « les écosystèmes restent soumis à d’intenses pressions du fait des activités économiques et du développement des infrastructures ». D’autre part, les capacités de contrôle de conformité aux réglementations environnementales sont encore limitées, surtout dans des régions isolées.

    Des bancs de baleines, de sardines ou de calamars viennent joncher les plages 

    Le pays est également confronté à un autre phénomène environnemental inquiétant : la mort massive et récurrente d’espèces marines. Depuis trois ans, des bancs de baleines, de sardines ou de calamars viennent joncher les plages sans raison apparente, laissant les scientifiques perplexes. Ainsi en 2016, plus de 400 baleines se sont échouées dans les environs de l’archipel de Chiloé.

    Parmi les hypothèses avancées, il y a les modifications récentes du courant océanique El Niño, qui provoque des événements météorologiques inédits. Le changement de température des eaux peut provoquer des troubles dans les écosystèmes, obligeant les poissons ou les mammifères marins à se déplacer sur de grandes distances, ce qui affecte la chaîne alimentaire ou les cycles de reproduction. Mais, pour d’autres chercheurs, les causes pourraient venir de l’élevage industriel de saumon.

    UNE « SALMONERA » DE L’ARCHIPEL DE CHILOÉ.
    Le Chili en est en effet le 2e producteur mondial, derrière la Norvège. La salmoniculture est un secteur qui, par son intensité, modifie la composition chimique des eaux et perturbe les écosystèmes. La prolifération d’algues provoque des « marées rouges » de plus en plus fréquentes. En 2016, l’ONG Greenpeace a mené une expédition avec des scientifiques afin d’étudier les impacts environnementaux des « salmoneras », les sites d’élevage de saumon. Elle a dénoncé la pollution créée par le rejet de poissons en décomposition dans l’océan, le rôle des autorités qui ferment les yeux et une industrie hors de contrôle [2].

    Les produits que le Chili exporte, tels que le cuivre ou le saumon, sont consommés notamment en Europe, où les consommateurs n’ont pas toujours conscience de l’impact des conditions de production de ceux-ci sur l’environnement. Il est donc important que le gouvernement chilien s’engage à protéger la biodiversité existante sur son territoire, comme le demande la population locale, les ONG et les instances internationales, comme l’OCDE. Mais aussi que les acheteurs de ces produits exigent que le patrimoine mondial ne soit pas affecté de manière irréversible par les intérêts économiques.

    [1] Près de 20 % du territoire chilien sont des terres protégées ou des réserves naturelles. Le pays vient d’ailleurs d’obtenir l’un des plus importants dons de terres privées, que le gouvernement a décidé de transformer en parcs nationaux.
    [2] Voir le rapport complet de Greenpeace (en espagnol).

    jeudi 13 avril 2017

    2ÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE L'ÉCRIVAIN EDUARDO GALEANO


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    ILLUSTRATION ANTONIO RODRÍGUEZ
    2015 -13 AVRIL- 2017 
    COMMÉMORATION DU DEUXIÈME ANNIVERSAIRE 
    DE LA MORT D'EDUARDO GALEANO

    L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano s’est éteint, le 13 avril 2015, à l’âge de 74 ans à Montevideo. Auteur militant dans les années 1970, il a influencé toute la gauche latino-américaine. Mais son œuvre demeure avant tout celle d’un poète du quotidien, d’un conteur d’anecdotes. D’histoires racontées par les vaincus.
    MÉMORIAL DE L’AMÉRIQUE LATINE
    La main ouverte est entachée de rouge vif. La sculpture de béton, signée Oscar Niemeyer, trône à l’entrée du Mémorial de l’Amérique latine au centre de São Paulo, la métropole brésilienne. « La main » symbolise au mieux Les Veines ouvertes de l’Amérique latine, l’œuvre phare de l’écrivain Eduardo Galeano. Publiée en 1971, elle exposait les blessures et les violations héritées de siècles de colonisation. Une œuvre devenue une référence pour toute une génération de la gauche latino-américaine, qui revendique son autonomie tant sur le champ politique et socio-économique que culturel.

    Mais c’est surtout sur le plan de l’écriture qu’Eduardo Galeano, avec sa stature imposante et son regard bleu azur, sa manière tranquille de raconter les histoires les plus touchantes, a enrichi le monde, déjà bien peuplé, de la littérature latino-américaine. « Il a accompagné le grand boom du roman latino-américain », souligne l’écrivain chilien Antonio Skarmeta dans les colonnes du quotidien « O Estado de São Paulo », ce qui a permis de rapprocher « l’imaginaire latino-américain » du reste du monde.

    Avant tout journaliste et essayiste

    Certes, Galeano est avant tout militant, journaliste et essayiste. Soixante ans de carrière, entamée lorsqu’il parvient à vendre sa première caricature à un journal du parti socialiste uruguayen, à l’âge de 14 ans. Puis, l’ère des dictatures le poussera vers l’exil, d’abord en Argentine, puis en Espagne, avant de pouvoir rentrer dans son Uruguay natal dans les années 1980, après le retour de la démocratie.

    À Montevideo, la paisible capitale de ce petit pays du Cône sud, il aimait écumer les cafés de la vieille ville, respirer l’air du temps, l’air des gens… Atteint d’un cancer au poumon depuis huit ans, il se surprenait de trouver parfois à son chevet le président d’alors, « Pepe » Mujica. « Qu’est-ce que tu fais là : tu n’as rien de mieux à faire ? », lui aurait-il dit. Le successeur de Mujica, Tabaré Vasquez, a demandé à tous les membres de son gouvernement de se rendre aux obsèques de Galeano, ce 14 avril.

    Pour la gauche latino-américaine, Galeano reste une icône. Un peu malgré lui, toutefois. En 2009, Les Veines ouvertes de l’Amérique latine gagne un nouvel élan lorsque le président vénézuélien Hugo Chávez décide d’en remettre publiquement une copie à Barack Obama, en plein sommet des Amériques ! Un geste symbolique qui va donner un nouveau coup de fouet aux ventes de ce livre devenu incontournable (5 millions d’exemplaires en 20 langues).

    Galeano tutoie la poésie

    Incontournable et pourtant quelque peu dépassé, admettra Galeano lui-même. Sans renier ce livre culte, il estimait que le contexte avait bien changé depuis les années 1970 et qu’il était nécessaire de prendre du recul. Surtout, il ne voulait pas se laisser enfermer dans une vision gauchiste réductrice, qui empêcherait de saisir la richesse et l’originalité de son œuvre. « Je suis devenu prisonnier d’un seul livre, disait déjà Galeano en 2008, en marge d’un festival littéraire au Brésil. Mais la vie continue, et les meilleurs jours sont ceux que je n’ai pas encore vécu ».

    Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Galeano tutoie la poésie, égrène les anecdotes dans un style concis, les histoires – toujours racontées du point de vue des plus faibles, avec un grand humanisme. Il se décrivait avant tout comme un curieux. « Je m’interroge avant tout, disait-il. Je suis un grand poseur de questions ».

    Dans une interview accordée à « Globo News », l’an dernier, en marge de la Biennale du livre à Brasilia, il raconte : « Quand j’étais enfant, je croyais que tout ce qui se perdait se retrouvait sur la lune. Et puis les hommes ont marché sur la lune, et on m’a dit qu’il n’y avait pas d’objets trouvés sur la lune en provenance de la Terre. Ça voulait dire que sur la lune ne se trouvaient pas les rêves brisés, les promesses trahies, les illusions perdues… Alors je pose la question, s’ils ne sont pas sur la lune, où sont-ils ? »

    Il griffonnait des anecdotes

    Avec tendresse, il griffonnait des anecdotes apparemment anodines sur un carnet minuscule avant de rédiger des œuvres magistrales, comme la trilogie « Mémoire du feu », ou le plus récent « Miroirs », une série de 600 petites histoires qui se voulait, dit-il, un reflet de l’humanité toute entière. « Ma seule mission est d’être un écrivain et de refléter l’espérance, la raison, la sans-raison de ce monde fou, dont personne ne sait où il va », disait Galeano.

    Dans son œuvre, Galeano célèbre aussi les femmes, qu’il aimait tant, et le football, qui n’a guère été tendre avec lui. « Je voulais devenir footballeur, mais je jouais comme un pied. Alors, dit-il, j’ai décidé de faire avec les mains, ce que je n’arrivais pas à faire avec les pieds ». Les lecteurs lui en sont éternellement reconnaissants.




    lundi 10 avril 2017

    AVRIL DEVIENT LE MOIS DE LA PHOTO DU GRAND PARIS

    « Il y avait quelque chose de très pionnier quand Henri Chapier et Jean-Louis Monterosso ont créé le Mois de la Photo à Paris. Il n'y avait à l'époque aucune institution qui montre de la photographie en permanence. Aujourd'hui on rend tout le monde jaloux puisqu'on a des institutions qui sont présentes, plus Paris Photo, plus tous ses satellites, et plein d'initiatives autour de la photographie. Paris, c'est la capitale de la photographie », soulignait le nouveau directeur du Mois de la Photo François Hébel, lors d'une conférence de presse à l'automne dernier. "Je suis un enfant du Mois de la Photo et j'ai proposé de le faire évoluer. »

    Le printemps, plus propice à la découverte

    En novembre, « il se passe tellement de choses à Paris que c'était absurde de maintenir le Mois de la Photo », expliquait-il, estimant que « le printemps est plus propice, on a envie de découvrir des choses nouvelles, des endroits nouveaux ».

    Les expositions se déploient dans les lieux les plus divers, des grandes institutions aux centres culturels de la banlieue, en passant par un tas de galeries. Au final, sont présents des photographes de tous styles, aux démarches très diverses, censés offrir un panorama de la photographie mondiale.

    Ancien directeur des Rencontres d'Arles et de l'agence Magnum, François Hébel les a répartis en quatre catégories : « portrait, paysages, rue et études ». Pour faire son choix dans cette profusion où l'on risque un peu de se perdre, deux outils : le site internet et/ou le catalogue monumental publié par Actes Sud.

    À côté des expositions des grandes institutions ou des institutions dédiées à la photo (Walker Evans et Josef Koudelka au Centre Pompidou, Eli Lotar au Jeu de Paume, Orlan ou Michel Journiac à la Maison européenne de la photographie, Stéphane Duroy au Bal…), le Mois de la Photo fédère des dizaines de manifestations dans des galeries et lieux de toute l'Île-de-France.

    SEBASTIÃO SALGADO,
    REPORTAGE SUR LA CITÉ DES 4000
    « L'idée d'étendre le Mois de la Photo au Grand Paris, c'est d'abord l'idée d'étendre le territoire de la photographie. C'est intéressant d'aller voir des gens qui ne sont pas les institutions permanentes de la photographie, les centres d'art, les centres patrimoniaux…J'ai rencontré énormément de gens qui font un travail quotidien énorme de pédagogie sur l'art et la photographie en particulier et c'est avec eux que j'ai eu envie de faire ce Mois de la photo », dit François Hébel.

    Trois "week-ends intenses" avec des navettes de bus « Le principe du Mois de la photographie reste le même, il s'agit de fédérer des initiatives, prises par des institutions, galeries, des centres d'art au sein d'un événement qui fait que le public y va plus massivement. C'est aussi une façon de découvrir un territoire. On est convaincus qu'il fallait que ce soit un festival qui présente de la photographie et qui, à cette occasion, permette de circuler dans le territoire. »

    Le Mois de la photo propose ainsi trois « week-ends intenses » qui sont centrés sur une zone géographique. Le premier, le week-end « Nord-Est » a lieu cette semaine (8-9 avril) de Saint-Denis à Nogent-sur-Marne en passant par le XXe arrondissement de Paris. Il sera suivi d'un week-end « Sud-Ouest » (22-23 avril), de Versailles à Châtenay-Malabry ou Vitry-sur-Seine en passant par la rive gauche de Paris. Avant un week-end « Diagonale » le 29-30, de Nanterre et Puteaux à la rive droite de Paris. Artistes et commissaires seront présents sur les lieux des expositions lors de ces temps forts.

    En banlieue, des navettes de bus sont organisées lors de ces week-ends pour se rendre d'un lieu à l'autre (les horaires sont sur le site du Mois de la Photo).

    vendredi 7 avril 2017

    SEMBLABLE À MARS, LE DÉSERT D’ATACAMA AU CHILI FASCINE

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    LES SCIENTIFIQUES CRISTINA DORADOR ET JONATHAN GARCIA
    TENTENT DE COMPRENDRE COMMENT DES MICRO-ORGANISMES
    FONT POUR SURVIVRE DANS LES CONDITIONS EXTRÊMES DU
    DÉSERT D’ATACAMA, LE PLUS ARIDE AU MONDE.
    PHOTO AFP
    Station de Yungay | Des cailloux, du sable, une sécheresse extrême: le désert d’Atacama, au Chili, est l’un des endroits sur Terre le plus similaire à Mars, de quoi captiver les scientifiques qui cherchent de possibles preuves de vie sur la planète rouge.
    DANS LE LABORATOIRE MOBILE INSTALLÉ DANS
    LEURS CAMPING-CAR, CRISTINA ET JONATHAN
    ANALYSENT DES MICRO-ORGANISMES.
    PHOTO AFP
    Sans ce vaste désert de 105 000 km2, les températures peuvent varier de 40 degrés entre le jour et la nuit, pour un taux d’humidité de seulement 2 à 3 %, ce qui en fait le lieu le plus aride au monde. Des conditions extrêmes qui n’ont pas empêché des micro-organismes (bactéries, cyanobactéries...) de se développer et de survivre pratiquement sans eau, sous une radiation solaire extrême et malgré la quasi-absence de nutriments.

    Leur résistance intrigue les spécialistes, qui sont nombreux à venir les étudier.

    Objectif: «Arriver à comprendre comment ces micro-organismes vivent, obtiennent de l’humidité et s’adaptent à ces conditions», explique la biologiste Cristina Dorador, de l’Université du Chili, en cassant de petits fragments de sel qu’elle vient de prélever, sous un soleil de plomb et un vent impitoyable.

    Les scientifiques estiment que si la vie peut exister sur Terre dans de telles conditions, alors c’est peut-être aussi le cas sur la planète rouge. Et de manière «probablement très similaire» à celle d’Atacama, indique Mme Dorador.

    Dans un laboratoire mobile, elle analyse les échantillons qu’elle a collectés dans le désert chilien.

    Traces de vie

    PHOTO MARTIN BERNETTI
    Mars, l’une des planètes du système solaire les plus proches de la Terre, est aussi celle qui concentre depuis des décennies l’attention des scientifiques. Un robot de la Nasa, le rover Curiosity, y cherche depuis quatre ans des traces de vie.

    Les images de la superficie de la planète qu’il envoie à la Terre sont très ressemblantes à celles du désert d’Atacama: d’immenses surfaces planes parsemées de formations rocheuses aux tons gris.

    Un autre robot de la Nasa est lui à l’œuvre depuis 2016 au Chili: Krex-2 y a réalisé en février sa deuxième saison de tests dans les environs de Yungay, perforant le sol désertique.

    Dans le cadre de ce projet de l’agence spatiale américaine prévu pour durer jusqu’à début 2019, 35 chercheurs du Chili, de France, des États-Unis et d’Espagne mènent des tests grandeur nature en plein désert d’Atacama.

    Un bon entraînement

    PHOTO MARTIN BERNETTI
    «Des conditions d’extrême sécheresse ont perduré dans le désert d’Atacama pendant au moins 10 à 15 millions d’années, peut-être même beaucoup plus. Si l’on ajoute à cela les radiations d’ultra-violets du soleil, intenses et sur une longue période, cela veut dire que le peu de vie existant à Atacama est sous la forme de microbes vivant sous ou dans les roches», expliquait récemment la Nasa dans un communiqué.

    «De la même manière, si la vie existe ou a existé un jour sur Mars, la sécheresse de la superficie de la planète et l’exposition à une intense radiation l’ont probablement enfouie sous terre, donc Atacama est un bon endroit pour s’entraîner à chercher de la vie sur Mars», ajoutait-elle.

    DES MISSIONS HABITÉES D’ICI 2030 ?

    PHOTO MARTIN BERNETTI
    Si la planète rouge intéresse autant les scientifiques, c’est aussi parce qu’«étudier Mars, c’est peut-être comprendre comment la vie est née sur Terre», explique l’astronome français Christian Nitschelm, professeur à l’université chilienne d’Antofagasta.

    À la différence de notre planète, Mars semble figée dans le temps, bloquée à une autre époque du système solaire. Ce qui signifie que d’éventuelles découvertes de signes de vie fossile sur Mars pourraient donner des indices sur l’origine de la Terre.

    Pas ailleurs

    LE ROBOT CURIOSITY SE PREND EN SELFIE SUR MARS.
    PHOTO NASA 2015
    Récemment, on y a détecté des traces d’eau et de faibles émissions de gaz méthane, autant d’indices et d’espoirs d’une possible forme de vie, même si cette dernière n’a pas encore été décelée formellement.

    Le professeur Nitschelm est catégorique: «S’il n’y a pas de vie sur Mars, c’est sûr qu’il n’y en a pas ailleurs» dans le système solaire, où toutes les autres planètes ont des conditions de températures ou de radiations solaires bien pires.

    Budget colossal

    VUE D'ARTISTE DE LA SONDE INSIGHT
    DÉPLOYÉE SUR MARS.
    NASA/JPL-CALTECH
    La Nasa a récemment annoncé pour 2018 l’envoi d’un nouveau robot, InSight, et en 2020 une mission russo-européenne prévoit d’y faire voyager le sien, pour perforer le sol de cette planète.

    Le président américain Donald Trump a signé le 21 mars une loi définissant l’objectif central de la Nasa sur les décennies à venir: les missions habitées vers l’espace lointain, notamment «vers Mars au cours de la décennie 2030».

    Les experts sont cependant unanimes: pour atteindre la planète rouge, qui se trouve à une distance de 225 millions de kilomètres de la Terre, et y vivre, il faudrait une véritable prouesse technique... et un budget colossal.

    – Par Paulina Abramovich, Agence France-Presse