jeudi 31 août 2017

ARGENTINE : LA «DISPARITION FORCÉE» DE SANTIAGO MALDONADO SECOUE LE PAYS


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LA PLATA, BUENOS AIRES (ARGENTINE), LE 30 AOÛT 2017.
CRISTINA KIRCHNER, EX-PRÉSIDENTE DU PAYS ET ACTUELLE
SÉNATRICE «UNITÉ CITOYENNE» DE BUENOS AIRES. ICI,
EN PLEINE CAMPAGNE EN VUE DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES
DU 22 OCTOBRE, ELLE ARBORE LE PORTRAIT DE SANTIAGO MALDONADO.
PHOTO PRENSA UNIDAD CIUDADANA
Le jeune homme n'a pas été vu depuis une manifestation dans le sud du pays, le 1er août 2017. L'affaire se propage sur les réseaux sociaux.
EN ARGENTINE, TEST ÉLECTORAL
RÉUSSI POUR CRISTINA KIRCHNER
«Où se trouve Santiago Maldonado ?» La question agite l'Argentine depuis un mois. Ce jeune homme de 28 ans a disparu aux premières heures du mois d'août après une intervention musclée de la gendarmerie, alors qu'il manifestait pour la défense des mapuches, une communauté d'indiens vivant en Patagonie. Depuis, les associations exigent une réponse du gouvernement, tandis que l'affaire fait resurgir les fantômes du passé du pays.

Le 1er août au matin, une centaine de gendarmes seraient intervenus lors de la manifestation. Des témoins ont vu Santiago se protéger des tirs et entendu deux gendarmes s'exclamer : «Ici nous en avons un». La communauté n'a signalé aucune autre disparition, rapporte Amnesty International. Depuis, mystère.

Une «disparition forcée»

Sa famille et des organisations des droits humains ont d'abord réclamé que la justice localise et libère Santiago, sans que l’affaire ne s'ébruite, rapporte RFI. A la demande de la famille, Silvina Avila, la procureure générale chargée de l’affaire, a modifié le motif de l’enquête, selon Le Monde. C'est l'appellation «disparition forcée» qui a entraîné une mobilisation en ligne. Cette notion positionne en effet les forces de l’ordre comme les principaux suspects de l'affaire.

La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, a expliqué au journal argentin Perfil qu'il n'y avait «aucune preuve» que le jeune homme soit détenu par les gendarmes. «Nous ne voulons pas que cela soit politisé ni d'accusations sans éléments valides. Sachez que (...) nous allons essayer de mettre tous les moyens de l'Etat pour le trouver», a-t-elle ajouté. L’Etat a d'ailleurs offert une récompense de 500 000 pesos argentins (24 000 euros) pour tout renseignement sur le sort de l’artisan, rapporte Le Monde.

La médiatisation de l'affaire Maldonado 

Depuis quelques jours, Facebook et Twitter foisonnent de messages : le hashtag #SantiagoMaldonado a été cité plus de 460 000 fois, selon les médias argentins. Un slogan revient particulièrement : «Je suis X et je vais bien. Mais je me demande où est Santiago Maldonado».

 
CAPTURE D'ÉCRAN 


Amnesty International a également lancé un appel, auquel on peut réagir jusqu'au 20 septembre :

CAPTURE D'ÉCRAN 


Sergio Maldonado, son frère, fait appel aux militants pour qu'ils se rendent dans la rue le 1er septembre, via l'association des Grand-Mères de la Place de Mai :




Âcre souvenir des «disparus» de la dictature

Le terme «disparu» touche la sensibilité des Argentins. En effet, il fait ressurgir le souvenir de la dictature militaire (1976-1983), qui avait fait plus de 30 000 «desparecidos». C'est pourquoi les «Grands-mères de la Place de Mai», une ONG fondée dans le but de retrouver les enfants volés, sont les premières à battre le pavé à Buenos Aires.

«On crie les même choses qu’il y a quarante ans, pendant la dictature : ils l’ont emmené vivant, on veut qu’il revienne vivant, et que les coupables soient punis. C’est inacceptable qu'aujourd’hui, avec un gouvernement constitutionnel, on doive crier de nouveau la même chose», a expliqué Taty Almeida à Euronews, média présent lors de la manifestation du 12 août à Buenos Aires. «Personne ne devrait disparaître pour ses idées», a ajouté une autre manifestante.

L’opposition kirchnériste s'immisce dans la brèche

La très contestée Cristina Kirshner, l'ancienne présidente en pleine campagne pour les législatives, a vite réagi sur Twitter : «Santiago doit être retrouvé maintenant, et doit être retrouvé en vie».

CAPTURE D'ÉCRAN 


Réelle conviction ou stratégie de campagne ? En 2015, Kirchner avait elle-même été impliquée dans une histoire funeste : l'affaire Nisman. 

Alberto Nisman avait été retrouvé mort alors qu'il s'apprêtait à faire des révélations impliquant celle qui était alors à la tête du pays. Le slogan «Yo soy Nisman» («Je suis Nisman») s'était alors diffusé dans les rues et sur les réseaux sociaux.


Deux ans après les faits, l'enquête n'a pourtant pas réellement avancé. Une issue que ne veulent même pas imaginer les proches de Santiago Maldonado.

CHILI: DEUX MINISTRES DÉMISSIONNENT

NICOLÁS EYZAGUIRRE ET RODRÍGUEZ GROSSI, 
LES NOUVEAUX MINISTRES DU BUDGET ET CELUI DE L'ECONOMIE 
 PHOTOS ÁLEX MORENO / HÉCTOR YÁÑEZ

Le ministre chilien du Budget et celui de l'Economie ont démissionné aujourd'hui pour manifester leur désaccord avec la présidente socialiste Michelle Bachelet, dix jours après le rejet d'un important projet minier jugé nuisible à l'environnement. Cette crise politique survient à trois mois seulement de l'élection présidentielle du 19 novembre, à laquelle Mme Bachelet ne se représente pas. L'ancien chef de l'Etat Sebastian Piñera (droite) est le favori des sondages.
MINISTRE DÉMISSIONNAIRE
PHOTO  SEBASTIÁN RODRÍGUEZ
Le ministre du Budget, Rodrigo Valdés, était favorable au projet minier et portuaire Dominga, dans la région de Coquimbo (centre-nord) et d'un budget de près de 2,5 milliards de dollars, tandis que la présidente avait soutenu publiquement le ministre de l'Environnement, Marcelo Mena. Le projet a été rejeté le 21 août 2017 par un comité ministériel, qui a estimé qu'il ne garantissait pas la sécurité d'une réserve nationale hébergeant 80% des pingouins de Humboldt.

« Les chiffres économiques commencent à montrer un plus grand dynamisme. Avancer de manière soutenue vers des niveaux plus élevés de croissance requiert la discipline et des décisions du gouvernement, ainsi que l'espace nécessaire au secteur privé pour qu'il lance ses initiatives selon des règles claires et stables », a déclaré M. Valdés face à la presse. Mais « je n'ai pas réussi à ce que tout le monde partage cette conviction », a ajouté le ministre démissionnaire, économiste de formation.

MINISTRE DÉMISSIONNAIRE
Le ministre de l'Economie Luis Felipe Céspedes lui a rapidement emboîté le pas, de même que le sous-secrétaire au Budget, Alejandro Micco. Les remplaçants des deux ministres ont été annoncés dans la foulée: au Budget, l'actuel ministre général de la Présidence, Nicolas Eyzaguirre, et à l'Economie, Jorge Rodriguez, jusque là président de la banque publique BancoEstado.

mercredi 30 août 2017

JOURNÉE INTERNATIONALE DES VICTIMES DE DISPARITION FORCÉE, 30 AOÛT

« JOURNÉE INTERNATIONALE DES 
VICTIMES DE DISPARITION FORCÉE» 

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JOURNÉE INTERNATIONALE DES VICTIMES DE DISPARITION FORCÉE


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PHOTO AFP


Une stratégie de la terreur
Les disparitions forcées ont souvent servi de stratégie pour faire régner la terreur dans une société. Le sentiment d’insécurité résultant de cette pratique ne se limite pas aux proches de la personne disparue mais touche aussi la communauté et l’ensemble de la société.
PHOTO ONU
Alors qu’elles étaient très répandues au sein des dictatures militaires, les disparitions forcées sont aujourd'hui perpétrées dans des situations complexes de conflit interne, en particulier comme moyen de répression politique des opposants. Certains faits sont particulièrement préoccupants :
  • le harcèlement constant des défenseurs des droits de l'homme, des proches de victimes, des témoins et des avocats en rapport avec des cas de disparition forcée;
  • l'utilisation par les États de la lutte contre le terrorisme comme excuse pour enfreindre leurs obligations; et
  • l'impunité encore très répandue pour les auteurs présumés de disparitions forcées.
Une attention particulière doit également être accordée à des groupes spécifiques de personnes particulièrement vulnérables comme les enfants et les personnes handicapées.

L'Assemblée générale se saisit de cette question et proclame une Journée internationale

Le 21 décembre 2010, l'Assemblée générale, dans sa résolution 65/209, s’est dite profondément préoccupée par la multiplication dans diverses régions du monde des disparitions forcées ou involontaires, y compris les arrestations, détentions et enlèvements, lorsque ces actes s’inscrivent dans le cadre de disparitions forcées ou peuvent y être assimilés. Elle souligne également le nombre croissant d’informations faisant état de cas de harcèlement, de mauvais traitements et d’intimidation des témoins de disparitions ou des familles de personnes disparues.


Dans la même résolution, l’Assemblée a décidé de proclamer le 30 août Journée internationale des victimes de disparition forcée, célébrée depuis 2011.

Une Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées

Dans cette même résolution, l'Assemblée générale se félicite également de l’adoption de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

En 2003, la Commission des droits de l’homme décidait de créer un groupe intersession à composition non limitée chargé d’élaborer un projet d’instrument normatif juridiquement contraignant pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Au cours des trois années de négociations, plus de 70 États et de nombreuses ONG et associations de familles des disparus, ainsi que des experts ont participé aux réunions du groupe de travail. Le Conseil des droits de l’homme de l'ONU a adopté la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées lors de sa première session, en juin 2006, et l’Assemblée générale l’a ensuite adoptée en décembre de la même année.

CHILI: PROJET DE LOI SUR LE MARIAGE GAY


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La présidente chilienne Michelle Bachelet a soumis au Congrès aujourd'hui un projet de loi visant à légaliser le mariage gay, dans la lignée d'une série de mesures libérales dans un des pays les plus conservateurs d'Amérique latine. Le Congrès chilien a déjà approuvé en 2015 l'union civile pour les couples de même sexe, après des années de batailles législatives.
«Nous faisons cela avec la certitude qu'il n'est ni éthique, ni juste de poser des barrières artificielles à l'amour, pas plus que de nier des droits essentiels juste à cause du sexe des personnes en couple », a déclaré Michelle Bachelet à la Moneda, le palais présidentiel à Santiago.

La semaine dernière, la Cour constitutionnelle du Chili a déclaré que la loi dépénalisant l'avortement thérapeutique dans certains cas était conforme à la Constitution, une victoire politique pour la coalition de centre gauche de la présidente et pour les associations qui militaient depuis des années pour la levée de sa stricte interdiction. Le projet de loi a été adopté sous sa forme définitive en août, mais des députés conservateurs avaient saisi la Cour constitutionnelle pour tenter d'obtenir son invalidation.

mardi 29 août 2017

RÉGIS DEBRAY ET LA FRANCE DE MACRON


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« LE NOUVEAU POUVOIR »
DE RÉGIS DEBRAY
 
« Le Monde » publie les extraits exclusifs de son livre « Le Nouveau Pouvoir », qui paraît le 1er septembre. Pour le philosophe, l’élection du président incarne la victoire des valeurs du « néoprotestantisme mondialisé ».  13h24 | 



RÉGIS DEBRAY À PARIS MARS 2002
PHOTO RAPHAEL GAILLARDE
BONNES FEUILLES.



«L’insolent dégagé du ménage de printemps a donné des aigreurs aux professionnels de la profession, ceux de la France d’avant. Et pour cause : la chose publique, dans l’hémicycle et les ministères, se féminise et saute une génération. Canada, Autriche, Italie, c’est partout le court-circuit des temps nouveaux. Ni le corps ni l’esprit des kids in town n’auront chez nous beaucoup sué. Valéry l’infaillible nous avait prévenus. “La vie moderne tend à nous épargner l’effort intellectuel comme elle fait de l’effort physique. Elle remplace, par exemple, l’imagination par les images, les raisonnements par les symboles et les écritures, ou par des mécaniques ; et souvent par rien. Elle nous offre toutes les facilités, et tous les moyens courts d’arriver au but sans avoir à faire le chemin. Et ceci est excellent : mais ceci est assez dangereux.” Cursus honorum squeezé, antichambres zappées, les native digitals expédient ad patres les septuagénaires, millénaristes retraités. Au musée !, les révolutionnaires has been, qui tantôt font rigoler et tantôt attendrissent avec leur deuil interminable. Ces rejetons du grand écran – les petits-neveux du Cuirassé Potemkine et de Viva Zapata – avaient eu le tiers-monde pour terre de salut. Rideau. Les quinquas qui ont du métier, gestionnaires provinciaux aux vues courtes, se voient remerciés sans politesse excessive. Ceux-là avaient grandi avec la télé – Léon Zitrone et la messe du “20 heures” – et une grande lueur à l’Est, l’Europe unie. Rideau.

Nos trentenaires jurent par le global village : ce sont les enfants du smartphone. L’appareil se joue des frontières et les appareillés e-mailent en globish. Plus l’écran se miniaturise, plus l’usager se mondialise, et plus le mini pousse au méga. En même temps que nos séquences d’attention raccourcissent, les rythmes, sur place, se précipitent, vélocité des carrières et des apprentissages. Il a fallu quatre-vingts ans pour que tous les Français acquièrent une voiture, quarante, pour qu’ils aient le téléphone, vingt pour la télévision, dix pour l’ordinateur et deux pour le portable. Quand le matos avance, le bios recule – la crédibilité passe du grognard aux marie-louise. C’est le novice qui inspire confiance.

« Le jeunisme, en France, est un produit qui marche »

En 1965, en pleine campagne présidentielle, pour défendre un général sur le retour face à un Mitterrand dans la quarantaine, Malraux, au Palais des sports, déclenchait les rires en se moquant de l’argument jeunesse. “Si votre grand-père a soixante-quinze ans, lui confiez-vous vos affaires ? Bon. Mais, si vos enfants sont malades, les confiez-vous au docteur Schweitzer ou à un médecin de quarante-neuf ans, qui a déjà tué onze malades ?” Le propos aujourd’hui, face aux ex-young leaders de la French American Foundation (président et premier ministre), signerait son vieux con. Le dernier venu de nos guérisseurs d’écrouelles a trente-neuf ans. Tout porté qu’il soit par le vent d’Amérique où encore plus qu’ailleurs la valeur n’attend pas le nombre des années, le jeunisme, en France, est un produit qui marche.

Privilège du vieux con dernier tirage : une place au balcon, sur le défilé des générations. C’est un avantage d’avoir pu, adolescent, écouter les récits des combattants et résistants (1940-1945), plonger dans l’époque des militants (1945-1980), se retrouver, en remontant, à côté des notables (1980-2010) et voir, sur ses vieux jours, les managers sous les lambris (2017-2027). Ce turnover n’aurait rien que de banalement saisonnier – un énième tout-changer pour ne rien changer du Guépard – si à cette nouvelle tranche d’âge ne correspondait un nouvel âge du technocosme, avec un renouvellement stratégique dans l’équipement des esprits. Le “système” ne s’est pas refait une beauté en quatrième vitesse, dans un bassin de radoub pour coques avariées. Nos valeurs changent avec nos outils, et le numérique a un effet darwinien sur la classe dirigeante – la survie du plus apte.

« Le magistère incontesté de Transparency international »

Il fut un temps où l’on se fâchait d’être taxé de transparent, soit d’insignifiant ; et pis encore, d’être qualifié d’innocent, soit d’idiot. Les injures d’un jour sont les flatteries du lendemain. Personnellement, la seule personne tout entière “ingéniosité, transparence, blancheur et candeur” qu’il m’a été donné de croiser ici-bas, c’est l’orpheline des Misérables. Et je n’ai pu imaginer Cosette en futur député, ministre ou président.

Mais, “en même temps”, j’aurais garde de contester, je le confesse, le magistère incontesté de Transparency international – organisation fondée à Berlin par un ancien directeur de la Banque mondiale (siège, Washington), nommé en cette qualité par le gouvernement américain. Sponsorisée par BP, Shell, Carnegie, Procter and Gamble, etc., cette ONG trône au sommet de la respectabilité. Il lui revient de fixer et afficher le baromètre mondial de la corruption (quoiqu’un pays sur la sellette puisse trouver grâce, dit-on, auprès de cette instance moyennant certains arrangements financiers). En tête des pays donnant l’exemple viennent la Scandinavie, la Suisse, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande – tous pays prospères et protestants, modèles de société à la fois de labeur et de clarté auxquels le Français rouspéteur et pas-très-propre-sur-lui est appelé à se conformer, sans brûler des pneus devant les usines.

« Oublier Florence pour remonter vers Stockholm »

Cacher son jeu, manipuler les alliés, fréquenter des malfrats, lancer de fausses promesses, liquider ses rivaux, jeter au panier ses premiers soutiens, calomnier ses adversaires : le rusé est pour le moins borderline. Florentin, disait-on jadis, plus élégamment. C’est ainsi que j’ai vu faire tous les bons professionnels qu’il m’a été donné d’approcher. Dès lors, de deux choses l’une. Ou ce stratège fait bien son métier, et il insulte la morale. Ou il investit dans la morale et il insulte le métier. En tout état de cause, répudier le fourbe pour le faux-cul ne témoigne pas d’un tempérament très combatif – à moins que ce ne soit une ruse de plus chez le capitaine à la manœuvre. Aussi peut-on voir dans cette pastorale de la transparence l’alibi noblesse d’un lâche soulagement ou d’une prudente retraite destinée à flatter une démission collective assez peu flatteuse. Mais tel serait sans doute le nouvel idéal du nous, le sournois surmoi d’une rétractation : oublier Florence pour remonter vers Stockholm, vêtu de lin candide, s’extraire d’un douteux clair-obscur où, depuis au moins trois mille ans, le sublime côtoie l’infâme, et le parricide le fratricide, pour un air enfin pur et diaphane où la méchanceté n’est plus de mise. En termes rimbaldiens, déserter la bataille d’hommes, qu’elle soit civile, militaire, économique ou spirituelle, pour un sanatorium pénitentiel et sacrifier, ce faisant, la croix de guerre à la Croix-Rouge.

« Devenir néo-protestant ? »

Nous étions, en France, catho-laïques. Pouvons-nous demain devenir néo-protestants, et troquer sans regret la virtù contre la vertu ? That is the question. Les pays issus de la Réforme ont un avantage sur leurs voisins, plus arriérés : ils ne mettent pas de volets aux fenêtres. La vertu cultive les maisons de verre, le vice, les maisons closes (les prostituées à Amsterdam sont en vitrine). Un citoyen digne de ce nom, dans ces contrées nordiques, ne traverse pas au rouge une rue déserte à trois heures du matin. Dans la demeure mal chauffée du pasteur, les descendants d’Adam et d’Ève ne trichent pas avec le fisc. On fait du piano et on lit la Bible le soir, à voix haute, en famille. Cette absence de rideau vient de loin. Du tout début de l’ère chrétienne.
(…)
Un bon protestant, lui, n’a rien à cacher, et comme l’a rappelé naguère Eric Schmidt, PDG de Google, “seules les personnes qui ont des choses à se reprocher se soucient de leurs données personnelles”.

L’essor d’un « néo-protestantisme made in USA» dans nos banlieues

On le voit : tyrannie tour à tour souriante et crispée, notre “bas les masques” n’est pas dû qu’aux récents appareils de capture et contrôle, non plus qu’aux énergies infiniment renouvelables des sentiments vils, comme l’envie, la jalousie ou “la peine causée par la prospérité d’autrui”. La question touche au plus profond : un pays de souche catholique, avec cent prêtres ordonnés par an et seulement cinq mille en activité, soit dix fois moins qu’il y a cent ans, peut-il non seulement effacer la triste révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV mais encore emboîter le pas à des parpaillots refaits à neuf ?

Que cela plaise ou non, la réponse est oui. A condition, bien sûr, de ne pas lui demander d’aller au temple ni de placer une Bible sur la table de chevet dans chaque chambre d’hôtel ni de s’abonner à l’excellent hebdomadaire Réforme. Nous parlons culture, non culte. Une culture, c’est ce qui reste d’un culte qui s’éteint, ou déteint. Et l’auréole d’un néo-protestantisme made in USA grandit d’année en année dans nos mœurs et banlieues. Et qui sait si ce n’est pas pour notre bien à tous ? Pourquoi l’Hexagone ne bénéficierait-il pas à son tour d’une vague théopopuliste qui couvre de l’Amérique latine à l’Afrique subsaharienne, de l’Asie centrale à l’Extrême-Orient ? Et si cette modernisation de la foi allait, du Havre jusqu’à Marseille, régénérer nos cœurs déjà bien abîmés ?

La génération Ricœur et l’« art du compromis »

Se rattachant lui-même à l’esprit du milieu, Ricœur était propre à stimuler une convergence délibérative entre centre-gauche (CFDT et rocardiens), et centre-droit (démocrates chrétiens). La quête du moindre mal fait rêver d’« une action qui ne soit pas verticale (prise dans une relation de pouvoir) mais qui échappe dans le même temps aux allers-retours du débat » (Emmanuel Macron). C’est un art du compromis, austère et précaire, entre l’intransigeance (belliqueuse et stérile) et la compromission (apaisante mais pusillanime). En clair : le marché, oui mais pas trop sauvage. Le chef d’entreprise, oui, le patron-voyou, non. »


Le Nouveau Pouvoir, de Régis Debray, Editions du Cerf, 94 pages, 8 euros. 
« MÉDIUM N°52-53 » 

Régis Debray est écrivain et philosophe. Directeur de la revue Médium dont le dernier numéro est consacré aux « Nouveaux pouvoirs, nouvelles servitudes » (n° 52-53, juillet-décembre 2017, 28 €), il a notamment publié Civilisation. Comment nous sommes devenus américains (Gallimard, 2017, 240 pages, 19 €).


GUERRE DE LA PUB AU CHILI. LES QUOTIDIENS CONSERVATEURS VEULENT CONSERVER LEUR MARCHÉ.

«Lutter ou mourir.» Le titre d'un article publié dimanche 28 novembre dans El Mercurio pourrait faire passer le quotidien le plus conservateur du Chili pour une publication d'extrême gauche. Ce journal s'est en effet soudainement pris d'affection pour la lutte menée par un petit syndicat chilien, celui des vendeurs de journaux. Et il multiplie depuis plusieurs semaines les reportages consacrés à sa «bataille contre Metro». L'annonce de la distribution d'un quotidien gratuit dans le transport souterrain chilien suscite une vive polémique au Chili. Après le continent européen (lire ci-contre), le groupe suédois MTG se lance à la conquête de l'Amérique. Et c'est au Chili qu'il a choisi de lancer sa première édition en espagnol, la date de sortie étant le 15 décembre.
Mais la justice chilienne contrarie l'entreprise de MTG. Le 9 novembre [1999], la cour d'appel de Santiago a décidé de suspendre le projet, plusieurs organisations professionnelles s'opposant à la sortie de Metro. Parmi elles, le syndicat des vendeurs de journaux et l'Association nationale de la presse (ANP), qui regroupe les propriétaires de journaux. L'ANP dénonce le contrat signé entre la société Metro SA (la RATP locale) et MTG, estimant que la loi ne permet pas à une entreprise publique de publier ou de distribuer des journaux. Un différend que la justice devrait trancher prochainement.

La réaction de l'ANP s'explique par l'inquiétude provoquée au sein des médias chiliens par l'arrivée de cette publication gratuite. Deux grands groupes dominent la presse du pays: la Copesa et El Mercurio. Six des huit quotidiens généralistes de Santiago leur appartiennent. Et ils se partagent plus de 80% du lectorat chilien, ainsi qu'une très grosse partie du marché publicitaire. Or beaucoup d'annonceurs pourraient bien être séduits par la formule de Metro. «Le problème de fond du marché chilien de la presse est la transparence, explique Rodrigo de Castro, directeur de la rédaction chilienne de Metro. Nous allons proposer des chiffres de vente précis, certifiés par un cabinet d'audit. Et cela inquiète nos concurrents.» Les plus grands quotidiens protègent ces données et il est très difficile de connaître leur distribution exacte. «L'absence d'un organisme de vérification est effectivement un très sérieux problème au Chili», reconnaît Eduardo Arriagada, directeur du Centre d'études de la presse de l'université catholique. Et il n'a jamais été possible jusqu'à aujourd'hui d'obliger les journaux à faire preuve de transparence.» Presse conservatrice. L'arrivée de Metro pourrait changer les choses. Près de 100 000 exemplaires devraient être distribués quotidiennement au moment de son lancement. Un chiffre qui devrait rapidement atteindre 250 000 exemplaires, près d'un million de personnes prenant chaque jour le métro à Santiago. Or, au Chili, le tirage le plus important est celui du quotidien la Tercera, estimé à seulement 120 000 exemplaires en moyenne.

Mais Metro ne compte pas que des détracteurs. Le Conseil national du collège des journalistes chiliens soutient le projet. «C'est une initiative très positive pour la liberté d'expression, explique son président Jorge Donoso. Cela va permettre à beaucoup de gens d'avoir accès à une information plus objective.» Jorge Donoso fait allusion à l'uniformité de la presse chilienne, très conservatrice dans son ensemble. Les grands quotidiens peuvent jusqu'à présent se contenter d'un lectorat limité, les annonceurs n'ayant pas réellement d'autre choix pour faire de la publicité. Mais l'apparition d'un concurrent sérieux viendrait modifier cette situation. Et les journaux payants seraient obligés de se remettre en question pour conquérir de nouveaux lecteurs.

samedi 26 août 2017

«RAYUELA CAPÍTULO 68» JULIO CORTÁZAR

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«RAYUELA CAPÍTULO 68» JULIO CORTÁZAR

LICENCE YOUTUBE STANDARD 
DURÉE : 00:01:12 

LES GARDES DU CORPS DU VICE-PRÉSIDENT AMÉRICAIN AVAIENT FAIT VENIR DES FEMMES À LEUR HÔTEL


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MIKE PENCE, LE VICE-PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
ET DES MEMBRES DE SA PROTECTION RAPPROCHÉE.
PHOTO AFP
Ramener des tierces personnes dans un espace sécurisé pour le gouvernement est rigoureusement interdit. L'incident s'est produit lors d'une tournée de Mike Pence en Colombie, Argentine, Chili et Panama, sans que l'on sache dans quel pays se sont déroulés les faits.
Le Parisien 
LE VICE PRÉSIDENT MIKE PENCE RENCONTRE
DES SOLDATS AMÉRICAINS LE 23 AOÛT 2017
PHOTO LYNNE SLADKY
Des membres d'un détachement militaire affectés à la protection du vice-président américain ont été relevés de leurs fonctions à la Maison Blanche. Motif : ils sont accusés d'avoir ramené des femmes dans leur hôtel durant un déplacement en Amérique latine, selon un responsable de la défense. L'incident s'est produit lors d'une récente tournée de Mike Pence en Colombie, Argentine, Chili et Panama. C'est dans l'un de ces pays que les faits se sont déroulés. On ignore encore lequel.

D'après la chaîne américaine NBC, l'équipe du colistier de Donald Trump a eu accès à des vidéos de surveillance montrant des membres de cette unité militaire ramenant des femmes dans un espace sécurisé. S'exprimant sur la chaîne, des responsables américains ont toutefois expliqué que rien n'indiquait pour le moment que ces femmes soient des prostituées. «Nous sommes au courant de l'incident et il fait actuellement l'objet d'une enquête», a déclaré jeudi le major Adrian Rankine-Galloway, un porte-parole du Pentagone. «Nous confirmons que les individus concernés ont été réaffectés au sein de l'armée».

Une «menace pour le cœur de la mission»

Il s'agit du dernier scandale en date à toucher des responsables de sécurité en mission en Amérique latine. En 2015, deux membres de l'agence antidrogue américaine (DEA) avaient été surpris en train de participer à des orgies avec des prostituées en Colombie. Trois ans plus tôt, des agents du Secret service (le service de protection rapprochée du président) avaient reçu des prostituées également en Colombie, tandis que d'autres agents étaient retrouvés ivres aux Pays-Bas.

Selon NBC, les personnes aujourd'hui impliquées sont toutes de haut rang, dont l'une travaillant au sein de l'armée de l'air.

En 2015, le ministère de la Justice avait émis un avertissement sévère à ses employés, soulignant qu'ils ne devaient en aucun cas solliciter des prostituées, même s'ils étaient en mission dans des pays où la pratique est autorisée. L'ancien ministre de la Justice Eric Holder avait expliqué que payer des prostituées «menace le cœur de la mission» du ministère car cela peut conduire à de l'extorsion ou du chantage et soutenir le trafic d'êtres humains.

mercredi 23 août 2017

AVORTEMENT : LE CHILI QUITTE LE « GROUPE DE LA HONTE »


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PHOTO XIMENA NAVARRO



Lundi 21 août 2017, le Tribunal constitutionnel chilien a validé la dépénalisation partielle de l’avortement, après vingt-huit ans de lutte. Il s’agit d’une victoire pour la présidente, Michelle Bachelet. Le Chili était un des derniers pays du continent interdisant l’avortement.
LES ACTIVISTES PRO IVG CÉLÈBRENT LA DÉCISION
DU TRIBUNAL CONSTITUTIONNEL LE 21 AOÛT 2017
PHOTO CLAUDIO REYES 
Courrier international


Depuis lundi 21 août 2017, le Chili ne fait plus partie de la liste des pays d’Amérique centrale et du Sud interdisant l’avortement, comprenant Haïti, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua et la République dominicaine, le « groupe de la honte ».



« AUJOURD’HUI, LES FEMMES ONT GAGNÉ, 
LA DÉMOCRATIE A GAGNÉ ET LE CHILI A GAGNÉ » 

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Approuvé au début du mois par le Congrès, le projet de loi légalisant l’avortement avait été mis en péril par l’opposition de droite, qui avait présenté deux recours d’inconstitutionnalité. Le Tribunal constitutionnel les a rejetés ce 21 août, validant le projet de loi. « Désormais, l’emblématique initiative de la présidente Michelle Bachelet peut être promulguée », remarque le journal chilien La Tercera.

« Aujourd’hui, les femmes ont gagné, la démocratie a gagné et le Chili a gagné », s’est exclamée la présidente, rapporte aussi La Tercera.

Elle l’avait promis pendant sa campagne : l’avortement serait à nouveau dépénalisé sous certaines conditions – lorsque la vie de la femme est mise en danger, quand le fœtus est considéré comme non viable ou en cas de viol. « À nouveau », car le droit d’avorter avait déjà été acquis en 1931, puis retiré par le dictateur Augusto Pinochet en 1989.

Pas moins de 135 organisations de la société civile, parmi lesquelles Amnesty International, « ont lutté contre l’opposition de l’Église catholique et des groupes conservateurs d’extrême droite », rapporte le site d’information mexicain Aristegui Noticias, qui qualifie l’annonce de « pas en avant historique pour l’Amérique latine ».

Pour Rodrigo Álvarez Quevedo, avocat au ministère de l’Intérieur, « il n’y a rien à célébrer, même si c’est malgré tout une avancée », écrit-il dans une tribune publiée par le quotidien chilien El Mostrador. Cette dépénalisation n’étant que partielle, « le Chili reste un des pays les plus conservateurs en la matière », souligne-t-il.

mardi 22 août 2017

JOAN BAEZ - HERE'S TO YOU, NICOLA AND BART.MP3


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« HERE'S TO YOU » EST UNE CHANSON DE JOAN BAEZ ET ENNIO MORRICONE, 
PARUE EN 1971 DANS LA BANDE ORIGINALE DU FILM SACCO ET VANZETTI 
(SACCO E VANZETTI) DE GIULIANO MONTALDO.
LICENCE YOUTUBE STANDARD 
DURÉE : 00:03:07 

SACCO ET VANZETTI, DEUX IMMIGRANTS ANARCHISTES EXÉCUTÉS INJUSTEMENT MP3


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« SACCO ET VANZETTI, DEUX IMMIGRANTS ANARCHISTES EXÉCUTÉS INJUSTEMENT »
AUJOURD'HUI L'HISTOIRE - RADIO CANADA -
PAR JACQUES BEAUCHAMP, 
DIFFUSÉ LE LE MARDI 4 AVRIL 2017
DURÉE : 00:23:00 

SACCO ET VANZETTI, DEUX IMMIGRANTS ANARCHISTES EXÉCUTÉS INJUSTEMENT


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« HERE'S TO YOU » EST UNE CHANSON DE JOAN BAEZ ET ENNIO MORRICONE, 
PARUE EN 1971 DANS LA BANDE ORIGINALE DU FILM SACCO ET VANZETTI 
(SACCO E VANZETTI) DE GIULIANO MONTALDO.
LICENCE YOUTUBE STANDARD 
DURÉE : 00:03:07 



Jugé coupable en 1920 lors du procès sur le vol de Bridgewater, Bartolomeo Vanzetti est accusé avec Nicola Sacco pour le braquage de South Braintree. Webster Thayer, un juge conservateur reconnu pour son manque de stature, préside ce second procès.

Un procès au retentissement international
Sacco et Vazzenti plaident leur innocence. Leur sort a bientôt des échos sur la scène nationale, puis internationale. L’avocat de la défense attire l’attention de groupes de défense des droits et libertés aux États-Unis. Des intellectuels de gauche s’unissent pour appuyer les accusés.

En 1926, alors que Sacco et Vazzenti sont en prison depuis cinq ans, un autre immigrant, Celestino Mederos, confesse être responsable du braquage de South Braintree. Le juge Tayor ne déroge pas et maintient un verdict de culpabilité à l’égard des deux Italiens.

Après de nombreux appels refusés par le juge Thayer, des groupes de gauche et des intellectuels européens débattent publiquement la cause. Ils voient l’affaire Sacco et Vazzenti comme le récit d’une Amérique dominante qui condamne injustement deux pauvres ouvriers.

Deux martyrs de la gauche
À la suite de l’échec de la défense à renverser sa décision, le juge Thayer condamne à mort Sacco et Vazzenti. Malgré un mouvement d’opposition planétaire, leur exécution a lieu en août 1927.
L’injustice dont Sacco et Vazzenti sont victimes fera d’eux des représentants des sans-voix. Leur récit sera transposé au cinéma, en littérature, ainsi qu’en chanson.

CHILI : L'AVORTEMENT THÉRAPEUTIQUE LÉGALISÉ

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      lundi 21 août 2017

      LES MAPUCHE « LE PEUPLE DE LA TERRE », REBELLES DEPUIS TOUJOURS.


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      PHOTO IVAN ALVARADO


      Les gouvernements, chilien, mais surtout de l’ultra-libéral Mauricio Macri, le président argentin richissime et « branché » (sur Washington), mènent dare-dare une sorte de « nettoyage ethnique » : la chasse aux Indiens Mapuches, rebelles et réprimés depuis la nuit des temps. Le « m’as-tu vu » Macri a pris dans le même temps (avec ses potes brésilien, mexicain, colombien), démocrates médaillés, la tête de la croisade « anti-Maduro » (qui n’est pourtant pas Mapuche), au nom de la liberté et des droits de l’homme, cela s’entend...
      Les Mapuche, de langue mapudungun, sont l’un des peuples « aborigènes » du centre Chili (le Chili où ils sont aujourd’hui 600 000, soit 4% de la population, la majorité vivant désormais dans la capitale Santiago, prolétarisés ou clochardisés), et de l’Argentine (entre 80 000 et 200 000 environ). Dans les zones rurales du centre Chili comme en Patagonie argentine, leur situation se détériore à tel point que certains d’entre eux sont passés à « l’action directe » (barrages de routes, sabotages, occupation de terres, « embuscades » contre les forces répressives, etc.) au sein de la Coordination Arauco-Malleco (la CAM), ou de la résistance ancestrale mapuche (RAM) ou d’autres structures de même type.

      Accusés de sécession, de « délinquance », d’illégitimité par les autorités. Dans ces zones rurales, ils vivent en communautés réunissant plusieurs familles, le plus souvent sur de mauvaises terres qu’ils partagent ; les bonnes, qui leur appartenaient, ils en ont été spoliés, accaparées par l’oligarchie, par les grandes compagnies forestières, électriques, etc. qui ravagent l’environnement. D’où leur résistance têtue, aux racines ancestrales, afin de récupérer leurs terres, ainsi que leur autonomie de leur nation.

      À l’exception du mandat de l’Unité populaire (sous Salvador Allende), une période de quelques avancées, les États et gouvernements chiliens et argentins ont toujours criminalisé, massacré (plus de 50% d’entre eux) ces farouches résistants, ce « peuple de la terre », connu également sous le nom de « Araucanos ». Les Mapuche argentins sont à nouveau sur le pied de guerre. Il faut savoir que la terre est monopolisée par quelques grandes fortunes. En Patagonie argentine, l’italien Benetton possède 900 000 hectares, et 100 000 brebis. Lors d’un barrage de route, la gendarmerie argentine a tiré sur les Mapuche, bouclé la zone, et sans doute enlevé le jeune sympathisant Santiago Maldonado, 27 ans. Depuis, les manifestations continues exigent que Santiago Maldonado, « disparu », soit libéré vivant. Le gouvernement brandit le spectre de la violence contre des actions « légitimes » selon les militants mapuche, soutenus par l’Eglise, qui se démarque toutefois des formes violentes de lutte. La presse argentine livre un exemplaire combat médiatique : le très officiel et célèbre Clarín n’arrête pas de stigmatiser ces Mapuche « dangereux », « révolutionnaires », « séparatistes »...

      Les Mapuche sont « habitués » à la torture, aux conséquences de la « loi anti-terroriste » chilienne, à la prison, aux grèves de la faim... Leur ennemi, toujours le même (avec quelques variantes), depuis la Colonisation, là et ailleurs : l’État « colonial », les multinationales vampires, l’oligarchie repue et jamais rassasiée.

      En France, l’excellent travail des grands médias popularise comme il se doit (en silence), les luttes des Mapuche. Dommage que Neymar ne soit pas Mapuche !