mercredi 16 août 2017

LE CHILESAURUS, LE « CHAÎNON MANQUANT» ENTRE DEUX FAMILLES DE DINOSAURES ?


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IMAGE GABRIEL LÍO
Une étude estime que ce spécimen contribue à combler un écart évolutif, présentant les caractéristiques des théropodes et des ornithischiens. 
Herbivore à l’allure de terrible carnivore, le chilesaurus pourrait être le « chaînon manquant » entre deux grandes familles de dinosaures. C’est ce qu’avance une étude parue mercredi 16 août dans la revue britannique Proceedings of the Royal Society B et qui prône une révision complète de leur généalogie. Ce dinosaure contribue à combler un écart évolutif, explique à l’Agence France-Presse Paul Barrett du musée d’histoire naturelle de Londres, coauteur de la recherche.
« Cette découverte nous aide à comprendre comment un type de dinosaure s’est transformé en un autre type, complètement différent. »
L’animal, qualifié de « l’un des dinosaures les plus déroutants et les plus fascinants » par le chercheur, a été mis au jour dans le sud du Chili en février 2004. Un garçon de 7 ans accompagnait ses parents géologues dans les Andes quand il est tombé par hasard sur des fossiles présents dans des roches de la fin de la période du Jurassique, il y a environ 150 millions d’années.

Le chilesaurus a tout de suite intrigué les chercheurs par ses caractéristiques inhabituelles : il a « presque l’air d’avoir été conçu à partir de plusieurs animaux différents », résume M. Barrett. Il a ainsi la tête d’un carnivore, mais les dents plates d’un herbivore – indispensables pour broyer la matière végétale.

COUVERTURE DE LA REVUE 
«  NATURE » 
DU 18 JUIN 2015
À l’occasion d’une étude précédente publiée en 2015, des scientifiques avaient ainsi placé le nouveau venu dans la famille des théropodes, dont il a l’allure, parmi lesquels figurent les fameux tyrannosaure et vélociraptor.

Mais après avoir étudié plus de 450 caractéristiques anatomiques de dinosaures primitifs, M. Barrett et son collègue Matthew Baron de l’université de Cambridge sont affirmatifs : c’est un ornithischien, un dinosaure au « bassin d’oiseau ». Il rejoint dans ce groupe le tricératops, l’iguanodon et le stégosaure.

Ascendance commune

Et, pour les chercheurs, il est donc le «chaînon manquant» entre les dinosaures herbivores et les carnivores. « Ces deux groupes ont partagé une ascendance commune datant de 220 à 225 millions d’années, explique Paul Barrett. Cet ancêtre commun a donné deux groupes : l’un est devenu les théropodes mangeurs de viande, l’autre les ornithischiens végétariens. »

IMAGE GABRIEL LÍO
Selon l’étude, le chilesaurus serait « un membre très précoce » de ce deuxième groupe. Il en possède le bassin et les dents plates, mais pas le bec, ce qui pourrait en faire un spécimen de transition entre les deux familles. Pour résumer : ce dinosaure « montre comment un animal qui ressemble à un mangeur de viande à deux pattes peut se transformer en quelque chose qui commence à devenir un mangeur de plantes ».

Cette découverte vient conforter une précédente étude des deux chercheurs publiée en mars qui remettait en cause la classification des dinosaures. Depuis plus de cent ans, on répartit ces derniers en deux grands groupes : les saurischiens (qui comportent les théropodes) et les ornithischiens. MM. Barrett et Baron avaient remis en cause cette classification en affirmant que les théropodes et ornithischiens appartenaient au même groupe.

mardi 15 août 2017

LA MÉTAPHORE DU FÉMININ CONTESTATAIRE CHEZ DAMIELA ELTIT

DIAMELA ELTIT GONZÁLEZ
PHOTO LA TERCERA




1 En 1983, Diamela Eltit publie son premier roman, Lumpérica, qui met en scène le corps féminin de L.Iluminada, un corps mutilé, qui est soumis, comme ceux des  « pálidos » avec lesquels la protagoniste partage l'espace de cette place santiaguine, au contrôle permanent du panneau lumineux. Dans ce récit, Eltit dévoile les prémisses d'un projet littéraire radical qu'elle poursuit dans chacun de ses romans ultérieurs : révéler le potentiel dissident d'un féminin solidaire des marges. C'est un engagement qu'elle partage avec d'autres autrices des années 80, avec lesquelles elle organise en 1987 à Santiago le « Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana ». L'ensemble des interventions au congrès interrogent la spécificité de la production littéraire des femmes latino-américaines, un questionnementqui conditionne l'émergence d'une scène littéraire et critique nouvelle, avec ses espaces éditoriaux propres, comme la maison d'édition Cuarto Propio1. C'est ainsi que se constitue une « comunidad crítica » (Oyarzún, 2004), qui réunit des romancières comme Diamela Eltit et Guadalupe Santa Cruz, des poétesses comme Nadia Prado et Marina Arrate, des critiques littéraires comme Carmen Berenguer, Nelly Richard, et Raquel Olea, qui se lisent mutuellement, et sont engagées, d'un point de vue esthétique et théorique, à la fois dans la déconstruction des catégories figées du masculin et du féminin, et dans la conceptualisation d'une différence féminine qui serait pivot d'un discours contre-hégémonique.

Hélène Deville 

Dans ce travail, à travers une contextualisation et une analyse du parcours littéraire de Diamela Eltit, nous chercherons à mettre au jour les tensions que rencontre cette scène culturelle dans son élaboration d'un discours féministe propre.

Nous verrons, dans un premier temps, qu'Eltit, et plus généralement les autrices et critiques latino-américaines des années 80, convoquent et s'approprient les débats qui animent le féminisme émanant des centres, notamment le dilemme égalité/différence et la question de l'écriture féminine.

Dans un second temps, nous nous pencherons sur le travail de contextualisation des théories féministes métropolitaines que réalise Eltit, en inscrivant son analyse des rapports de genre dans un contexte historique et politique spécifique à l'Amérique Latine et au Chili en particulier, marqué par le postcolonialisme et l'autoritarisme militaire.

Pour terminer, nous verrons comment la production de Diamela Eltit intègre les enjeux du féminisme latino-americain actuel, aux prises avec le multiculturalisme, traversé par la tension entre savoirs féministes académiques et mouvements sociaux – entre discours et expérience –, confronté à la contradiction inhérente à la nécessité politique d'affirmer l'identité et la théorisation post-moderne d'une identité nomade, multiple, mouvante.

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Dans le Chili des années 80, la réception des théories du féminisme international joue un rôle important dans l'émergence des productions littéraires et critiques des femmes. Dans un entretien avec Leonido Morales, Diamela Eltit évoque l'impact décisif du féminisme international dans le positionnement des écrivaines de sa génération : « (…)la categoría de mujer-escritura a mí me parece una pregunta que abrió el primer mundo, y que en otras cosas nos preguntó a nosotras, las mujeres latinoamericanas, qué pensábamos de eso, y tuvimos que incorporarlo, que me pareció bien interesante. » (Morales, 1998: 202). Autrices et critiques interrogent les rapports de genre qui structurent l'accès au champ littéraire et installent la relation entre écriture et identités sexuées au cœur de leur démarche. Pour ce faire, elles convoquent les conflits discursifs autour de la différence qui agitent le féminisme international depuis les années 70. En effet, alors que Luce Irigaray, Hélène Cixous ou Julia Kristeva défendent la positivité de la différence-femme qui s'incarne en littérature dans l´écriture féminine, Judith Butler et Teresa de Lauretis récusent l'essentialisme inhérent à cette approche qui inverse mais ne remet pas en cause l'opposition masculin vs féminin, et soulignent le double impératif de mettre au jour le processus discursif par lequel sont construites et figées les identités sexuées, et de déstabiliser ces fictions identitaires. Ces deux tendances entraînent des stratégies sensiblement différentes dans la façon d'articuler discours littéraire et identités sexuées: récupération d'un féminin pré-symbolique, pour les unes, remise en cause de la bicatégorisation et revendication de la fluidité et de la performativité du genre, pour les autres. Prendre part à ce débat, pour les autrices latino-américaines, est un moyen de négocier leur entrée dans un champ littéraire latino-américain masculino-centré, en revendiquant leur différence en tant que femmes. Dans l'article "Latinoamérica: escribir en los bordes. Latin America Writing in the margins" (1991), Eltit explique qu'aux difficultés matérielles que rencontrent les femmes pour accéder à l'espace littéraire s'ajoute de la non-reconnaissance de la qualité de leur discours : « (…) la mujer que escribe es inhabilitada para ejercer su función como operadora cultural, a partir de su invalidación como valor literario. Así, privada de esta función, se la despoja, finalmente, de la posibilidad de alterar los modelos que propicia esta estrategia política. » (Eltit, 1990). Avec Thérèse Courau2, on peut donc affirmer que l'exclusion des femmes du champ littéraire est le résultat d'un double processus: 1) de différentiation et marginalisation au nom de la différence – par des ressorts matériels et discursifs –, 2) d'indifférenciation, afin d'occulter, par l'équation masculin = universel, la première opération de marginalisation. Les stratégies de légitimation des autrices s'inscrivent donc en réaction à ce double processus, qui les oblige 1) à interroger l'existence d’une spécificité féminine de l’écriture, puisque c'est au nom de cette prétendue spécificité qu'elles n'accèdent pas au discours ou que leurs productions sont reléguées à des genres « mineurs » 2) à montrer que le discours littéraire canonique n'est pas neutre mais masculin. Ainsi, selon Nelly Richard,

 (…) afirmar que la escritura es in/diferente a la diferencia genérico-sexual equivale a complicitarse con las maniobras de generalización del poder establecido que consisten, precisamente, en llevar la masculinidad hegemónica a valerse de lo neutro, de lo im/personal para ocultar sus exclusiones de género tras la metafísica de lo humano-universal3.

On voit bien, par conséquent, que l'influence du féminisme international, et plus particulièrement du débat autour de l'écriture féminine, permet à Eltit et aux écrivaines de sa génération d'amorcer une réflexion décisive sur les rapports de genre qui opèrent dans l'espace littéraire, et d'articuler une stratégie d'insertion dans un champ excluant au moyen de la positivisation de la différence.

8 Néanmoins, si l'on s'attache à décrypter la relecture du débat entre différentialistes et anti-essentialistes à laquelle procèdent les différentes intervenantes du congrès de Santiago, l'analyse apportée par Thérèse Courau montre que, loin d'être univoque, leur positionnment oscile entr la revendication de ce que Courau appelle un "féminin resignifié" et le refus d'un biologisme déterminant4. Elle donne l'exemple de Lucía Guerra, qui, dans sa communication lors du congrès de Santiago, met à distance les théories de Cixous et Irigaray :

(…) la diferencia femenina como modelo basado en el correlato físico o biológico del cuerpo-mujer, conlleva el peligro de recaer en un nuevo determinismo sexual, ya que la representación verbalizada de la mujer estaría finalmente condicionada por las figuras realistas de su destino anatómico5.

Diamela Eltit met elle aussi en garde contre le piège essentialiste de l'écriture féminine, qui serait complice d'une différenciation excluante :

Creo entender que una cierta teoría y crítica feministas buscan dilucidar gestos de crisis o resistencia o la calidad del sujeto en algunas producciones escritas por mujeres. Y eso es importante. Pero existe otra modalidad crítica en la que se avala cualquier obra literaria de mujeres dentro de una lectura sociológica. No me convence este razonamiento, pues lo que podría pasar es que las mujeres escritoras entren a habitar en un gran gheto, en una mejor periferia, compitiendo entre ellas, pero que el sistema central permanezca intocado6.

10 Les critiques féministes latino-américaines s'inscriraient plutôt dans la filiation de Kristeva, qui élabore « un segundo modelo de relación femineidad-diferencia que parte del texto como 'juego, trabajo, producción, práctica' : materialidad lingüística del proceso de estructuración del sentido. » (Richard, 1990: 25). La réelle potentialité de subversion du discours dominant résiderait alors dans le passage d'une littérature féminine à ce que Nellly Richard définit comme une « feminización de la escritura », qui opère, d'après elle « cada vez que una poética o una erótica del signo rebalsa el marco de retención/contención de la significación masculina con sus excedentes rebeldes (cuerpo, libido, goce, heterogeneidad, multiplicidad) para desregular así la tesis normativa y represiva de lo dominante actual. » (Richard, 2008). Il existe ainsi, chez Eltit et les autrices post-golpe , une posture différentialiste « dénaturalisée » qui fait de l'allégeance à un "féminin resignifié" un vecteur de transgression. Si Richard défend la « relación privilegiada de lo 'femenino' en/de la mujer con lo somático-pulsional (con aquellos flujos indisciplinados que no se ajustan al control normativo de la ley simbólica) por encontrarse ella situada en los bordes de discriminación del sistema masculino » (Richard, 2008), elle avertit cependant: « la relación entre mujer y transgresión no está nunca garantizada a priori » (Richard, 2008). La transgression n'opère que lorsque « la dinámica de los signos que moviliza lo femenino rompe, desde y en la textualidad misma, con las significaciones excluyentes y monológicas » (Richard, 2008). Cette dynamique du féminin-dissident peut ainsi être partagée par des auteurs masculins, comme l'affirme Diamela Eltit :Yo creo que sí hay por supuesto un femenino y un masculino, que son categorías culturales, y otra cosa es la biología, ser hombre y mujer. Y que por supuesto el poder ha estado más bien en manos masculinas, el ejercicio el poder masivo, y entre otras cosas, el ejercicio de la escritura también. En ese sentido, yo pienso que hay escritores, hombres, que no son centristas. Si se toma la categoría masculino para aquello central, y femenino para aquello periférico, porque es indudable que el centro lo ha ocupado lo masculino y la periferia lo femenino, yo diría que hay sin embargo escritores, como Joyce, para poner un ejemplo monumental, que estarían más bien cerca de lo que corresponde a lo femenino7.

11 Le féminisme européen et nord-américain vient donc nourrir la réflexion et l'esthétique des critiques et écrivaines latino-américaines des années 80. Cependant, celles-ci ne souscrivent pas de manière figée à l'une ou l'autre des théories féministes émanant du centre, bien au contraire elles opèrent une relecture de ces théories, se les approprient, et puisent en elles des stratégies plurielles pour construire un discours littéraire dissident.

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12 Si les autrices et critiques latino-américaines des années 80 convoquent le répertoire idéologique du féminisme hégémonique, la spécificité historique et politique de leur continent rend nécessaire un travail de contextualisation : « las escritoras latinoamericanas debemos realizar un profundo y atento trabajo de reflexión, precaviéndonos de traspasos lineales y precipitados de modelos feministas internacionales, sin considerar nuestra cultura particular y nuestro específico contexto social » (Eltit, 1990), explique Diamela Eltit. Ainsi l'impératif de différenciation est double: il s'agit de se différencier et du discours critique et littéraire « masculin », et du féminisme hégémonique qui ne prend pas considération l'impact du post-colonialisme, de l'autoritarisme et du capitalisme qui exercent dans le Chili des années 80 des formes de subordination homologues et entrecroisées. Pour Eltit et sa génération, les revendications féministes sont indissociables de la lutte contre la dictature. Nelly Richard explique que le congrès de 1987 porte une double marque d'énonciation: d'une part celle « de la violencia y la censura política del Chile de la dictadura », d'autre part, celle de « la marginalidad periférica de la escritura latinoamericana frente al discurso académico metropolitano » (Richard, 2008). C'est cette double marque qui, selon elle, confronte la critique locale à « la necesidad de reajustar el saber importado de la teoría feminista internacional en función de lo que provocan y demandan en Chile la poética y la narrativa emergentes » (Richard, 2008). Cette allégeance à l'anti-autoritarisme et au féminisme chez les autrices latino-américaines conditionne une réaction axée sur la positivation de la différence. Il s'agit de se différencier au sein du champ littéraire anti-autoritaire en tant que femmes, et au sein du champ des études féministes en tant que latino-américaines. Elles brandissent pour cela l'arme du « féminin resignifié » dans sa dimension politique : à travers une opération métaphorique, dans ce féminin se trouvent englobées toutes les formes de résistance aux mécanismes d'enfermement des sujets, qu'il s'agisse de l'oppression coloniale, post-coloniale, dictatoriale, ou néolibérale. À l'occasion d'un entretien réalisé en 1988, Eltit revient sur cet engagement en faveur de « lo marginal »:

8 Maria Foxley, Ana, « Diamela Eltit: me interesa todo aquello que este a contrapelo del poder », La (...)
Esto marginal, sería como el desborde de la institución algo que pertenece a la sociedad pero se le opone. Uno lo puede figurar en un momento en un prostíbulo, en lo indígena, en el problema de la mujer, en el de las minorías sexuales, en relación y enfrentamiento con el poder y con la institución8.

13 La lutte contre l'oppression patriarcale s'inscrit ainsi au sein d'une réflexion sur les relations de pouvoir et d'exclusion. D' après Richard, les autrices chiliennes des années 80

9 Richard, Nelly, « Arte, fugas, y disidencias de códigos », in Nelly Richard, Feminismo, género y di (...)
trazaron líneas de fugas, de revueltas y descentramiento, en el interior de los lenguajes de la represión y de la censura oficiales, cifrando en lo 'femenino' las potencialidades metafóricas de una desobediencia a los códigos (políticos, sociales, simbólicos, sexuales) que va mucho más allá del simple binarismo de género9.

14 Par ailleurs, Eltit met en relation dans son œuvre fictionnelle et théorique les rapports de genre et les rapports post-coloniaux. Dans l'article "Latinoamérica: escribir en los bordes. Latin America Writing in the margins" (1991), elle attribue la spécificité du féminisme latino-américain à l'histoire coloniale du continent:

10 Eltit, Diamela, « Escribir en los bordes », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raq (...)
Reconociendo que, quizás, compartimos un padre común con las mujeres de los países desarrollados -padre europeo-, nuestra madre es otra -la indígena- y en esa otredad aún no explorada, puede radicar el eje para que la mujer se establezca en la historia latinoamericana de modo permanente e iluminado para la nueva sociedad que tan urgentemente necesita del discurso, de los discursos de la mujer, es decir, de una verdadera democracia10.

15 Dans nombre de ses romans, Eltit entrelace les questions de genre dans l'espace familial avec les relations de domination à l'échelle continentale. Elle établit par exemple une analogie entre violence de genre et violence coloniale. Plusieurs des familles qu'elle met en scène ont pour genèse un viol au moyen duquel les pères pénètrent le corps-territoire des mères. Ainsi, dans le roman Impuesto a la carne (2010), la narratrice explique :
Con una precisión documentalista, mi madre me contó que el médico, el primero que se apoderó de nuestros organismos, la miró despectivo o no la miró, sino que se abocó a la estructura de sus genitales y al conjunto tenso de los órganos. Lo hizo con una expresión profesionalmente opaca, distanciada. Y luego se abalanzó artero para ensañarse con ella de un modo tan salvaje que en vez de examinarla la desgarró hasta que le causó un daño irreparable. […] [Mi madre] Dice que en ese momento entendió que una parte crucial de sí misma se había modificado, porque hasta ese día ella era inocente como una virgen o una lega una tonta y me asegura que el médico la sacó de ese estado11.

16 Chez Eltit, la répression exercée par les pères de ses romans au sein du foyer est complice d'une domination post-coloniale et néolibérale. Dans El cuarto mundo (1988), la narratrice explique au sujet de sa mère: « Ella piensa que mi padre está coludido con [la] nación [más poderosa del mundo] y que nosotros somos la carroña. » (Eltit, 2004: 223). Face à ces pères oppresseurs, la rébellion des mères des romans d'Eltit est systématique. En s'appuyant sur le ressort essentialiste de la thématisation de la maternité comme pivot de révolte, Eltit procède à une positivation de la différence féminine, et rend le féminin solidaire d'autres formes d'exclusion. L'émancipation des mères du joug conjugal s'accompagne ainsi d'une inclination pour la condition marginale. Dans Los Vigilantes, Margarita désobéit pour porter assistance aux « desamparados », alors que la mère de El cuarto mundo libère son désir sexuel dans l'adultère: « Se creyó acompañada por la voz desgarrada y atómica de una mujer negra que le abría las piernas para llevarla al final en un himno marginal y solemne. » (Eltit, 2004: 226). Ce potentiel contestataire du féminin-dissident est ensuite légué par les mères à leurs enfants, et aussi bien dans Los Vigilantes que dans de El cuarto mundo, la résistance des garçons à la figure paternelle et à un environnement extérieur répressif est consubstantielle à leur progressive acquisition de comportements traditionnellement considérés comme « féminins ».

17 À travers ces exemples, on voit comment la contextualisation des théories féministes des centres, notamment celle de la différence à l’œuvre dans l'écriture féminine, débouche sur la mise en scène d'un féminin métaphorique contre-hégémonique. Ce féminin contestataire peut être employé par des auteurs ou par des autrices, et se trouve dénaturalisé, quoique qu'il use du recours à une rhétorique essentialiste, à des fins politiques, comme nous venons de l'évoquer.

18 Néanmoins, le positionnement d'Eltit et de la « communauté critique » à laquelle elle appartient, comme nous l'avons vu, n'est pas univoque. La mise en œuvre d'une stratégie de différenciation s'accompagne d'une opération de déconstruction des catégories identitaires et donc d'indifférenciation, elle aussi tributaire du contexte politique au sein duquel elle se manifeste. En effet, l'œuvre de Diamela Eltit s'insère dans dans un ensemble de productions anti-dictatoriales, que Nelly Richard rassemble sous le nom de Escena de Avanzada, qui se caractérise par une esthétique du fragment :
ciertas poéticas críticas del arte y la literatura de la postdictadura prefirieron confesarse vulnerables y heridas : solidarias de la descomposición e interesadas en reestilizar los fragmentos de las totalidades fisuradas para expresar con ellos los cortes y sobresaltos de la discontinuidad histórica12.
13 Richard, Nelly, « Presentación » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crít (...)
19Ainsi, face à la destruction, la Escena de Avanzada s'engage dans un processus de déconstruction et embrasse une esthétique de la multiplicité. Elle emploie un langage, qui, parce qu'il ne sait pas « cómo nombrar los restos »13 (Richard, 2007), devient convulsé, elliptique, métaphorique, non référentiel. De la même manière, ces productions mettent en évidence l'éclatement du sujet, qui est représenté dans sa non-unicité, sa non-conformité avec les injonctions identitaires:
La constelación de obras de la Escena de Avanzada no sólo pretendió resimbolizar lo social fuera de las coordenadas represivas que lo encadenaban, sino, también, reintensificar el deseo individual y colectivo, abriendo líneas de fuga en los bloques de identidad y conductas normadas14.

20 Cette subversion des comportements normatifs, particulièrement en matière de genre, est une constante dans l’œuvre d'Eltit, qui fait du corps le siège de la dissidence, en proposant une ritualisation du travestisme, du jeu, de la danse, du chant, comme autant de vecteurs d'un rapport à l'identité non linéaire, fluide et mouvant. Dans le roman El cuarto mundo (1988) par exemple, les frères et sœurs s'adonnent à des jeux de rôles grâce auxquels ils expérimentent différentes identifications génériques: « Si yo era la esposa, mi hermana era el esposo y, felices, nos mirábamos volar sobre nuestra suprema condición. » (Eltit, 2004: 167). C'est la perversion des relations familiales traditionnelles, qui culmine avec l'union incestueuse des jumeaux, qui permet l'autodestruction des rôles différenciés comme masculins ou féminins.

21 Il y a donc chez Eltit à la fois 1) une « poétique » et « politique » du féminin basée sur une métaphorisation du féminin comme expression de toutes les formes de marginalités 2) une transgression des comportements normatifs en matière de genre et l'aporie d'une identité générique, multiple, dénaturalisée, performative, intermittente. Ces deux stratégies empruntées au féminisme international qui les présente comme contradictoires, coexistent, et sont l'objet d'une appropriation politisée et contextualisée. La différence se vide de son déterminisme biologique et devient politique; la déconstruction des catégories identitaires se fait l'écho de l'éclatement provoqué par le coup d'état de 1973. Les autrices latino-américaines font par conséquent de l'hybridité stratégique l'élément définitoire de leur positionnement littéraire. Elles glanent chez les penseuses européennes et nord-américaines les outils leur permettant l'analyse et la représentation de leur contexte propre, dans sa spécificité historique et politique.

22 À présent que nous avons analysé les conditions d’émergence des productions littéraires des femmes au sein de la nouvelle scène culturelle chilienne et latino-américaine des années 80, et mis en exergue l'opération d'appropriation qu'elles réalisent à partir des théories féministes métropolitaines, nous nous attacherons dans la troisième partie de ce travail à montrer comment Eltit et sa génération se positionnent par rapport aux enjeux auxquels est confronté le féminisme latino-américain actuel.

23 Ces enjeux sont nombreux mais possèdent un dénominateur commun : l'impératif d'interroger le sujet du féminisme latino-américain dans sa multiplicité et son hétérogénéité. Le premier élément à l'origine de cet impératif est le processus d'institutionnalisation que connaissent le savoir et les pratiques féministes à partir de la Transition. En effet, le féminisme chilien de la post-dictature redirige ses actions et réfléxions vers deux principaux domaines: les ONG et les départements de « Estudios de la Mujer » et « Estudios de Género » des universités. Richard évoque une « circunscripción y regionalización de la reflexión feminista », et explique que « el tema de la mujer perdió su impulso contestatorio y su dinámica agitativa » (Richard, 2007). Face au gender mainstreaming ambiant, la penseuse chilienne Kemy Oyarzún, incite alors le féminisme latino-américain à « promover sacudones espistemológicos a la reificación del concepto de género » (Oyarzún, 2010) et invite à jeter des ponts entre savoirs académiques et activisme politique. Tant Richard que Oyarzún revendiquent un féminisme dialogique qui rompe l'antagonisme entre expérience et discours, qui ne cloisonne pas le savoir académique, mais l'articule avec l'action politique.

24 Cette tension entre action et réflexion se trouve aussi au cœur du débat autour du multiculturalisme qui anime le féminisme latino-américain. À nouveau, l'enjeu consiste à problématiser le sujet du féminisme dans sa pluralité et sa diversité, tout en résistant au risque d'essentialiser la différence du féminin-latino-américain., de procéder à « la codificación de una 'otredad' de lo femenino y lo latinoamericano peligrosamente asociada a los mitos, los sentimientos y las ideologías de lo natural como conciencia espontánea y como narración primaria de un territorio y un cuerpo de origen. » (Richard, 2009). Cette opération aurait pour effet de cantonner féminin et latino-américanité au domaine de l'expérience, de priver le féminisme latino-américain de la capacité à se formuler théoriquement, et de renforcer ainsi l'hégémonie opérante dans les mécanismes de production de savoir.

25 Enfin, la mise en tension du sujet du féminisme est aussi l'effet de l'influence de la philosophie post-moderne à laquelle souscrit la nouvelle critique féministe latino-américaine, qui formule la non-unicité du sujet, et pense les identités au pluriel, dans leur caractère de relation non immédiate, non linéaire, soumise à des discontinuités. Ainsi, le féminisme latino-américain se trouve face à une impasse: comment s'affirmer politiquement, en s'appuyant sur un sujet vecteur de cohésion autour duquel articuler les revendications, tout en déconstruisant d'un point de vue critique ce même sujet ? Nelly Richard cristallise ce conflit entre action et discours dans l'interrogation suivante:
¿Puede el feminismo seguir hablando en nombre de “las mujeres”, sabiendo que el significado “mujer” – internamente contradictorio y externamente plural – se dispersa fuera de toda unidad coherentemente programable? ¿Cómo armar políticas de identidad basadas en una conciencia de género, si tanto la identidad como el género son recorridos, en sus cadenas de signos, por múltiples fracturas que interrumpen, desvían, y bifurcan el trayecto representacional que debería unir el sujeto del feminismo a su objeto : las mujeres?15

26 Si les discours artistiques et esthétiques sont traversés par ces nœuds de tensions entre identité et « désidentité », affirmation politique et déconstruction théorique, à travers des exemples tirés des œuvres d'Eltit, nous verrons comment la littérature imagine des stratégies hybrides qui lui permettent de dénaturaliser identité et différence(s), de visibiliser des subjectivités non-normatives, tout en revendiquant l'utopie politique d'une communauté englobante, incluante.

27 Comme nous l'avons vu précédemment, Eltit conjugue dans son projet narratif le recours à la différence resignifiée depuis une perspective politique, avec une opération de déconstruction de l'identité comme catégorie stable. Ces deux stratégies qui possèdent des visées différentes – affirmation politique d'une part, désaffirmation épistémologique d'autre part, coexistent, et sont unifiées sur le plan fictionnel par leur ancrage dans le corps. Le corps est à la fois le siège de la dissidence politique, le lieu depuis lequel rétablir un lien communautaire métaphorique, et le support métaphorique depuis lequel exprimer la fluidité et le nomadisme de l'identité. Il permet la mise en œuvre d'un mécanisme de l'ordre de l'essentialisme stratégique postulé par Spivak, sur lequel Richard se base pour proposer
una operacionalidad estratégica que nos permita deslizarnos desde las coreografías postmodernas de la indeterminación hacia el diseño de nuevas políticas y poéticas de la subjetividad : desde la torsión deconstructiva contenida en la problematización de la identidad y la crítica de la representación hacia las luchas emancipatorias por la significación16.

28 Le discours littéraire d'Eltit exploite cette flexibilité des stratégies, en instaurant un dialogue entre le « je » politique et le « je » métacritique au sein d'un « je » esthétique. Dans les romans Impuesto a la carne et El cuarto mundo, on retrouve un rapport stratégique à l'identité comme vecteur d'union et de cohésion. Dans Impuesto a la carne, la mère et la fille partagent un seul corps : la mère est contenue à l'intérieur de sa fille et elle lui insuffle sa force dissidente. Leur corps est maltraité, exploité par les médecins de l'hôpital mais c'est aussi à partir de lui qu'est formulée l'utopie d'une communauté ayant au cœur de son fonctionnement l'horizontalité des relations entre ses membres. C'est la « comuna » à laquelle aspire la mère et qu'elle finit par installer à l'intérieur du corps de sa fille : « En la patria de mi cuerpo o en la nación de mi cuerpo o en el territorio de mi cuerpo, mi madre por fin estableció su comuna. Se instaló en una comuna en mí rodeada de órganos que se levantan para protestar por el estado de su historia. » (Eltit, 2010: 183). C'est à partir de l'image du corps de la mère imbriqué dans celui de sa fille que les deux protagonistes résistent aux violences subies, en insistant de façon stratégique sur leur identité de femmes, indigènes, anarchistes. Leur corps partagé oppose ainsi à la dystopie de l'hôpital une utopie solidaire qui fait du lien mère-fille le prototype d'un lien communautaire instaurant des relations de réciprocité. On retrouve un processus semblable dans le roman El cuarto mundo, a travers le concept-métaphore de la « fraternidad sudaca ». En effet, l'inceste entre les jumeaux allégorise la revendication d'un modèle de société basé un lien fraternel et sur la cohabitation harmonieuse des différences. L''inceste est le support symbolique de l'union du masculin et du masculin, de l'instauration de relations non-hiérarchiques entre les genres. À nouveau, cette utopie politique est servie par la métaphore de l'union des corps, sexuelle, cette fois. Mais Eltit met l'accent sur le fait qu'il s'agit de « cuerpos sudacas ». Elle s'approprie le terme « sudaca17 » – désignation identitaire catégorisante reposant sur une idéologie naturaliste –, et le ressignifie pour et en faire le vecteur d'une utopie de société incluante. La sœur évoque ainsi « [el] poder de la fraternidad sudaca y [de] cómo nuestro poder podría destruir a esa nación de muerte. » (Eltit, 2004: 227).

29 Si d'un point de vue politique, Eltit insiste de façon stratégique sur l'identité pour rétablir un sentiment communautaire, d'un point de vue épistémologique, l'autrice opère une altération des catégories identitaires qui enferment le sujet. Eltit défend la flexibilité dans le rapport à l'identité, et pour donner à voir le caractère mouvant de ce rapport, elle emploie, dans plusieurs de ses romans, la métaphore des fluides corporels. À nouveau, le corps est l'espace privilégié depuis lequel Diamela Eltit interroge la constitution de la subjectivité. On peut évoquer par exemple le sang menstruel, qui s'écoule dans le roman Vaca Sagrada de façon simultanée à la mise en doute de l'autorité énonciative : « Sangro, miento mucho. » (Eltit, 1992: 11). De la même manière, dans Los vigilantes, dans la bave qui s´écoule de la bouche du fils s'inscrit la dissidence face au pouvoir hégémonique incarné par le père, la résistance aux tentatives de normativisation. La lecture que propose Cecilia Ojeada va dans ce sens: « El acto sostenido del babear, de dejar que los fluidos de su cuerpo fluyan libremente traspasando sus límites, alegoriza su resistencia ante la voluntad de los poderes hegemónicos de encerrarlo en una identidad fija. » (Ojeada, 2006).

30 À travers ces exemples de recours stratégique à l'identité, et de revendication d'une identité multiple, mouvante, on peut donc affirmer que dans ses œuvres, Eltit promeut une identité de l'ordre de celle qui est théorisée par Teresa de Lauretis, c'est à dire

una identidad múltiple, mudable, y a menudo en contradicción consigo misma, (...) una identidad compuesta por representaciones heterogéneas y heterónomas del género, raza y clase y, frecuentemente, compuesto de hecho a través del lenguaje y culturas; una identidad que se reclama partiendo de una historia de asimilaciones múltiples y en el cual se insiste a manera de estrategia18.

31 La littérature telle que la conçoit Eltit apparaît en fin de compte comme un lieu privilégié où faire cohabiter des stratégies qui ne sont pas réconciliables d'un point de vue analytique. C'est dans la littérature et le je/u esthétique que se défont momentanément les antagonismes entre essentialisme et anti-essentialisme, entre féminisme militant et féminisme théorique. Convaincue de ce rôle décisif des discours esthétiques, complémentaire à celui de la réflexion académique et de l'action militante, Richard affirme :
Le hacen falta también al feminismo lenguajes capaces de tejer ficciones utópicas; de jugar con un desorden terminológico que se preste a las aventuras de lo inclasificable; de preservar las fisuras e intersticios por donde hacer vacilar el sentido en el interior de las definiciones programadas: de abrir huecos para que los meandros conceptuales y las vagancias del nombre sin categoría fija se rebelen contra la normatividad profesional del saber competente de las disciplinas aplicadas19.

32 À travers à la fois la métaphorisation d'un féminin-dissident dénaturalisé, et la représentation de subjectivités rebelles, non normatives, qui défient les catégories sexuées, Eltit réaffirme la dimension politique de son engagement littéraire. C'est au moyen de la multiplication dans les discours esthétiques d'articulations identitaires non figées, dénaturalisées, que se renouvellent les imaginaires symboliques, et qu'on entrevoit la possibilité d'une transformation politique effective.


Bibliographie

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Richard, Nelly, « Experiencia, teoría y representación en lo femenino latinoamericano » in Nelly Richard, Feminismo, género y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

Richard, Nelly, " Las marcas del destrozo y su reconfiguración en plural"  in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2009.

Richard, Nelly, « Presentación », in Nelly Richard, Feminismo, género, y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

Richard, Nelly, « ¿Tiene sexo la escritura? », in Nelly Richard, Feminismo, género, y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

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Notes

1 La maison d'édition Cuarto Propio porte le nom de Room of One’s Own (Une chambre à soi), titre d’un essai célèbre de Virginia Woolf publié en 1929.

2 Courau, Thérèse, sous la direction de Michèle Soriano, L’ordre sexué du discours : le positionnement de Luisa Valenzuela dans le champ littéraire argentin, Thèse de doctorat, Université Toulouse 2, 2012.

3 Richard, Nelly, « ¿Tiene sexo la escritura? », in Nelly Richard, Feminismo, género, y diferencia(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008.

4 Dans sa thèse de doctrat, Thérèse Courau procède à une analyse détaillée de la relecture par les autrices latino-américaines du conflit entre différencialistes et anti-essentialistes: Courau, Thérèse, sous la direction de Michèle Soriano, L'ordre sexué du discours: le positonnement de Luisa Valenzuela dans le champ littéraire argentin, Thèse de doctorat, Université de Toulouse 2012.

5 Guerra Cunningham, Lucía, « Silencios, disidencias y claudicaciones: los problemas teóricos de la nueva crítica feminista », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raquel Olea, Eliana Ortega y Nelly Richard (Eds.), Escribir en los bordes. Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana 1987, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1990, p.28-29.

6 Eltit, Diamela, « Erránte, errática. » in Lértora, Juan Carlos, Una poética de literatura menor: la narrativa de Damiela Eltit, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1993, p.23

7 Morales, Leonidas, Conversaciones con Damiela Eltit, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1998, p.203-204

8 Maria Foxley, Ana, « Diamela Eltit: me interesa todo aquello que este a contrapelo del poder », La Época, 20 Novembre 1988, p. 4-5

9 Richard, Nelly, « Arte, fugas, y disidencias de códigos », in Nelly Richard, Feminismo, género y diferenci(s), Santiago: Editorial Palinodia, 2008

10 Eltit, Diamela, « Escribir en los bordes », in Berenguer, Carmen, Eugenia Brito, Diamela Eltit, Raquel Olea, Eliana Ortega y Nelly Richard (Eds.), Escribir en los bordes. Congreso internacional de literatura femenina latinoamericana 1987, Santiago: Editorial Cuarto Propio, 1990.

11 Eltit, Diamela, Impuesto a la carne, Buenos Aires : Eterna Cadencia, 2010, p.13.

12 Richard, Nelly, « Las marcas del destrozo y su reconfiguración en plural. » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2007.

13 Richard, Nelly, « Presentación » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2007.
14 Ibid
15 Ibid

16 Richard, Nelly, « Experiencia, teoría y representación en lo femenino latinoamericano » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2009.

17 Terme péjoratif désignant les migrants sudaméricains.

18 De Lauretis, Teresa, Feminist Studies / Cultural Studies, Bloomington: Indiana University Press, 1986, citée
par Braidotti, Rosi, Feminismo, Diferencia sexual y subjetividad nómade, Barcelona: Gedisa Editorial, 2004, p.22.

19 Richard, Nelly, « Experiencia, teoría y representación en lo femenino latinoamericano » in Nelly Richard, Fracturas de la memoria. Arte y pensamiento crítico, Buenos Aires: Siglo Veintiuno editores, 2009


Pour citer cet article

Référence électronique
Hélène Deville, « La métaphore du féminin contestataire chez Damiela Eltit », Amerika [En ligne], 16 | 2017, mis en ligne le 03 juillet 2017, consulté le 15 août 2017. URL : http://amerika.revues.org/8185 ; DOI : 10.4000/amerika.8185
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Auteur

Hélène Deville
Université Toulouse – Jaurès, CEIIBAhelenedeville@free.fr

dimanche 13 août 2017

MOBILISATION POUR « LE RETOUR EN VIE » DE SANTIAGO MALDONADO

MOBILISATION POUR « LE RETOUR EN VIE » DE SANTIAGO MALDONADO

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    « Je pense que ça aurait pu arriver à chacun de nous», dit cette autre manifestante, « on a des ideaux et on se bat pour ce à quoi on croit. Personne ne devrait disparaître pour ces idées ».

    Santiago Maldonado manifestait pour les droits de la communauté mapuche dans le sud du pays. Sa famille et plusieurs organisations de défense des droits de l’homme accusent la gendarmerie d’avoir fait disparaître le jeune homme. Les autorités affirment qu’aucun indice ne permet de mettre en cause les forces de l’ordre.

    LES COURS DU CUIVRE SONT À LA FÊTE... LE CHILI AUSSI


    La tonne de cuivre a atteint mercredi 6.515 dollars sur le London Metal Exchange (LME), à son plus haut niveau depuis décembre 2014.

    Une excellente nouvelle pour le Chili: cette matière première est un pilier de son économie. Il en est le premier producteur au monde avec environ 5,6 millions de tonnes par an, couvrant près d'un tiers de l'offre globale.

    « On s'attendait à ce que le prix du cuivre augmente, mais on pensait que cela arriverait plus tard. Que cela arrive dès maintenant peut signifier que le cycle de hausse (attendu à partir de 2018, ndlr) est déjà en train de débuter », explique à l'AFP Juan Carlos Guajardo, directeur du cabinet de conseils Plusmining.

    La tendance a déjà rendu plus optimiste la Commission chilienne du cuivre (Cochilco), qui vient d'élever de 20% sa projection de prix moyen du cuivre cette année, à 2,64 dollars la livre, une projection qui se veut toutefois prudente face à de possibles variations du marché global.

    « Si les marchés mondiaux gardent un appétit pour le risque et si la Chine (premier acheteur de cuivre, ndlr) continue à croître avec force, le prix atteindra 3 dollars (la livre) cette année », prédit M. Guajardo.

    Le secteur sort tout juste de mauvaises années, quand le cours du cuivre a plongé, asphyxiant l'industrie chilienne entre 2014 et 2016. En juin de cette année, la production affichait encore une chute de 6,1% sur un an.

    - Véhicules électriques -

    Il y a « de meilleures perspectives, même s'il reste une grande prudence vis-à-vis de l'évolution de prix à moyen terme », a souligné Jorge Bande, du Centre d'études du cuivre et des mines (Cesco), lors d'un colloque organisé cette semaine par la Cochilco.

    À long terme, « nous restons optimistes sur la demande en cuivre, principalement en provenance du secteur électrique et toutes ces technologies propres qui vont augmenter » le recours à ce métal, notamment via le développement à grande échelle des véhicules électriques, a-t-il ajouté.

    Quand les prix ont touché le fond, le secteur chilien avait dû se serrer la ceinture, renonçant à des investissements et appliquant de drastiques réductions de coûts.

    « Désormais nous sommes plus rigoureux au moment d'évaluer et de décider de poursuivre ou non un projet », assure M. Bande.

    Car les conditions restent compliquées, les marchés financiers se montrant frileux et les taux d'intérêt étant à un niveau élevé.

    La compagnie minière publique Codelco, plus importante productrice de cuivre au monde avec 11% de l'offre globale, avait réduit ses coûts de près de 1,8 milliard de dollars entre 2015 et 2016.

    « Le pire est derrière nous, 2016 a été horrible », mais cette année le bénéfice de l'entreprise sera "bien au-delà d'un milliard de dollars", confiait récemment son président exécutif Nelson Pizarro au quotidien El Mercurio.

    Au premier trimestre 2017, « nous avons gagné plus que durant tout 2016 », a-t-il souligné, avec 534 millions de dollars de bénéfice net.

    Au-delà de cette renaissance du secteur, « il faut des accords et des mécanismes pour s'assurer que toutes les parties vont contribuer à l'essor des mines", met en garde M. Guajardo.

    Selon lui, il est crucial d'implanter des règles claires et des accords entre les entreprises, l'État et les organisations de défense de l'environnement, qui luttent pour une activité minière plus propre, afin de garantir l'avenir du secteur chilien du cuivre à long terme.

    samedi 12 août 2017

    NICANOR PARRA, UN CENTENAIRE TOUJOURS SUBVERSIF


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    L’œuvre si tonique de l’antipoète chilien est désormais accessible en français dans une anthologie bilingue très complète
    Isabelle Rüf

    COUVERTURE
    «POÈMES ET ANTIPOÈMES»
    Le 5 septembre de cette année, si tout va bien, Nicanor Parra fêtera son 103e anniversaire, dans sa maison de Las Cruces, au Chili, face à l’océan Pacifique. Le plus âgé des poètes latino-américains est aussi une référence absolue pour la génération suivante: Roberto Bolaño disait de lui: «Je dois tout à Parra», et ils sont nombreux à revendiquer son héritage.

    La monumentale anthologie que publie La Librairie du XXIe siècle en donne la mesure: elle contient un recueil majeur, les Poèmes et antipoèmes (1937-1954) et une anthologie des écrits postérieurs. Un antipoète donc, un anti-Neruda (avec lequel il entretiendra des rapports d’admiration et de méfiance mutuelles), qui a fait exploser la langue boursouflée de métaphores de la poésie inspirée de la tradition espagnole et française et l’a remplacée par les mots de tous les jours, les références à la vie quotidienne et le sens de l’absurde.

    Gracias a la vida

    Nicanor Parra est né au sud du Chili en 1914, l’aîné d’une fratrie de huit. Son père était un musicien, virtuose de violon et de guitare, artiste ambulant, buveur et foireur, mort à 44 ans. La mère était issue de la petite paysannerie terrienne. Tous les enfants sont aussi devenus des artistes – musiciens, saltimbanques, comédiens. La plus célèbre: Violeta Parra, dont la chanson Gracias a la vida est devenue un succès mondial, et qui s’est suicidée en 1967. Nicanor fait des études de mathématique et de physique, publie en parallèle des poèmes dans des revues, et en 1937, un premier recueil, Cancionero sin nombre.

    Ce «Chansonnier sans nom» ne figure pas dans l’anthologie, semble très influencé par García Lorca. C’est bien plus tard, après un séjour aux Etats-Unis et un autre de deux ans à Oxford pour étudier la cosmologie, qu’il trouvera sa voix et sa voie, se réclamant de dada, de Kafka et de Charlie Chaplin. Il doit aussi aux avant-gardistes russes et aux poètes américains – Walt Whitman surtout.

    Référence

    En 1954 paraît son deuxième recueil, les Poèmes et antipoèmes, libérés des modèles européens: Nicanor Parra, professeur à l’Université du Chili à Santiago, devient une référence pour la poésie en langue espagnole. Il la débarrasse de sa gangue de métaphores usées et y introduit une dimension nouvelle, celle de l’humour noir. L’antipoésie n’est pas un mouvement, pas plus qu’une doctrine, elle n’est que la pointe de l’aiguille qui fait exploser le ballon boursoufflé du canon littéraire.

    « L’auteur ne répond pas des désagréments que pourraient occasionner ses écrits:/ A son grand regret/Le lecteur devra toujours se tenir pour satisfait. »

    Le poète ou l’antipoète passe par une phase de quatre ans pendant laquelle il ne peut parler que par mots isolés, «la langue collée au palais», jusqu’à ce qu’il trouve un langage écrit qui soit une façon de «converser et communiquer avec les interlocuteurs». Felipe Tupper, éditeur de l’ouvrage, le dit dans sa postface: «Chaque livre met à mal les limites séparant la poésie de la prose, la poésie de la philosophie, – ou de la sociologie, ou de la psychiatrie.» Dans les années 1970, Parra édite des mini-textes illustrés de dessins à la Paul Klee, les Artefactos visuales, qu’on peut utiliser comme cartes postales, des «éclats de grenade» du type «la gauche et la droite unies ne seront jamais vaincues», des artefacts qui dynamitent à la fois le discours officiel, le système de diffusion et la notion d’auteur.
    « Le devoir du poète/Consiste à surpasser la page blanche/Je doute que ce soit possible. »
    En politique, Nicanor Parra se dit plus franc-tireur que militant, plus tard écologiste. Une photo de 1970 qui le montre en train de saluer Pat Nixon au cours d’une réception d’écrivains à la Maison-Blanche lui vaut les foudres de la gauche latino-américaine. Pendant la dictature de Pinochet, après 1973, il doit quitter son poste de professeur. En 1977, dans les Sermons et prêches du Christ d’Elqui, il rend hommage à un prédicateur errant, récupérant la parole populaire et déjouant la censure. Il accumule les prix et les invitations dans le monde. La remise du Prix Juan Rulfo, en 1991, lui offre l’occasion d’un discours-fleuve hilarant, dit «de Guadalajara», impertinent, libre, un véritable art poétique.

    Lui qui a été plusieurs fois proposé pour le prix Nobel de littérature, revendique plutôt celui de Lecture. Grâce à la traduction de Bernard Pautrat, cette œuvre de salubrité littéraire est désormais accessible en français, en vis-à-vis de l’espagnol si tonique de Nicanor Parra, jeune poète centenaire.



    LE CHILI SCRUTE LA FAILLE DE SAN RAMON, MENACE SISMIQUE POUR SANTIAGO

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    VUE GÉNÉRALE DE LA FAILLE DE SAN RAMON, 
    À L'EST DE SANTIAGO, AU CHILI, LE 4 AOÛT 2017  
    PHOTO CHRISTIAN MIRANDA
    Santiago du Chili - Elle pourrait provoquer à tout moment un séisme majeur, qui frapperait de plein fouet Santiago du Chili: la faille de San Ramon a été récemment placée sous surveillance accrue par les autorités, dans ce pays qui est l'un des plus sismiques au monde.
    L'express avec l'AFP

    VUE 3D DU FRONT OUEST DES ANDES 
    AU NIVEAU DE LA VILLE DE SANTIAGO. 
    LE RECTANGLE MARQUE L'ÉTENDUE DE  
    LA CARTE GÉOMORPHOLOGIQUE. 
    © ARMIJO ET AL. 2010
    Personne ne peut prédire avec exactitude quand cela arrivera, mais l'historique des secousses enregistrées ces derniers milliers d'années montre que « suffisamment d'effort tectonique a été accumulé pour pouvoir générer un autre séisme important » d'un moment à l'autre, explique à l'AFP Gabriel Vargas, géologue et directeur du projet de suivi de la faille de San Ramon, prévu pour durer jusqu'en 2019.

    LA FAILLE DE SAN RAMON
    Le scientifique essaie toutefois de ne pas se montrer trop alarmiste: "cela pourrait arriver dans les prochaines minutes ou cela pourrait être dans les 100 ou les 1.000 prochaines années", dit-il. 

    Mais la menace est réelle. Un séisme d'ampleur affecterait directement Santiago, capitale de sept millions d'habitants. 

    Longue d'au moins 30 kilomètres, cette faille peut provoquer des séismes "au moins deux ou trois fois plus forts que ce que l'on a ressenti lors du tremblement de terre de 2010", qui avait atteint une magnitude de 8,3 à Santiago, et 8,8 à son épicentre, dans la région de Bio Bio (sud). 

    Ce séisme, l'un des plus violents en un siècle, avait fait plus de 500 morts et causé 30 milliards de dollars de dégâts matériels. 

    Les premiers résultats du suivi de la faille ont montré que celle-ci est actuellement active, générant des séismes d'une magnitude qui ne dépassent pas, pour l'heure, les deux degrés. 

    Au Chili, pays frappé ces sept dernières années par trois tremblements de terre de plus de huit degrés, la surveillance sismologique est cruciale. 

    Avec un réseau de plus de 80 stations et un centre de suivi fonctionnant 24 heures sur 24, le Chili est prêt à détecter et informer immédiatement des caractéristiques des dizaines de séismes survenant chaque jour. 

    Mais la faille de San Ramon représente un autre défi.

    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

    LES HEXAGONES MONTRENT LA SITUATION DES STATIONS
    DU RÉSEAU SISMOLOGIQUE NATIONAL QUI SERVIRONT À
    SURVEILLER LA FAILLE DE SAN RAMON. LES JAUNES SONT
    DÉJÀ INSTALLÉES ET LES BLEUES CELLES QUI SONT
    PROCHES À ÊTRE MIS À UNE OPÉRATION.
    IMAGE 
    CSN UNIVERSITÉ DU CHILI

    - Imprévisibles - 

    Les autorités viennent d'installer onze stations de surveillance souterraines et s'apprêtent à en mettre une 12ème, afin de prévenir de la moindre activité sismique à l'instant où elle se produit. 

    Ce nouveau réseau "nous sert pour connaître les caractéristiques de la faille, le potentiel de séismes qui peuvent être provoqués, le tremblement de terre le plus grand qui puisse survenir, et si cela active ou non l'ensemble de la faille", raconte à l'AFP Mario Pardo, sous-directeur du Centre sismologique national

    Les séismes sont comme la mort: imprévisibles, rappelle-t-il, mais on peut se préparer au pire scénario possible. 

    La magnitude maximale d'un séisme provoqué par la faille serait entre 7 et 7,5, selon les registres géologiques des scientifiques. On ne peut toutefois pas écarter la possibilité d'une secousse plus forte encore. 

    Habitués à réagir à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit à une secousse de la surface terrestre, les Chiliens ont appris à vivre avec. 

    Mais il y a très peu d'expérience en matière de séismes provoqués par une faille comme celle de San Ramon, la majorité des tremblements de terre du pays étant dus à des chocs entre les plaques Nazca et Sud-américaine. 

    Un séisme de forte intensité dans la faille pourrait créer une rupture à la surface, entraînant des soulèvements de terrain dans l'est de la capitale, où se trouvent huit communes très peuplées, comme Las Condes, La Reina ou Puente Alto, où vivent 1,7 million de personnes. 

    Pour Gabriel Vargas, il est "alarmiste" de dire qu'un tel séisme peut détruire la moitié de Santiago car la capitale est bien préparée, avec notamment des normes de construction anti-sismiques qui rendent les immeubles très résistants aux secousses. 

    Toutefois, "cela fait de nombreuses années que nous disons qu'il ne faudrait pas construire au-dessus de la faille de San Ramon, en raison de cette possibilité de rupture à la superficie", prévient-il. 

    Donc, si la ville veut continuer à croître à l'est, où chaque année de nouveaux projets immobiliers sont lancés, "elle doit construire de façon différente, en prévoyant des systèmes de réponse associés à la possibilité de rupture, d'un séisme majeur dans la faille", ajoute l'expert.