dimanche 23 juillet 2017

GOLPE SUAVE


« GOLPE SUAVE » (COUP D'ÉTAT PARLEMENTAIRE)



VIOLETA PARRA - UNE CHILIENNE À PARIS (VALSE-MUSETTE )


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« UNE CHILIENNE À PARIS » CHANSON DE VIOLETA PARRA.
  ELLE SORT EN FÉVRIER 1989 COMME FACE B DU SINGLE BELFAST CHILD
LICENCE YOUTUBE STANDARD  
DURÉE : 00:02:46

      VIOLETA PARRA




      GRANDS VOILIERS : MANIFESTATION DEVANT LE NAVIRE ESMERALDA

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      LE VOILIER ESMERALDA ATTIRE JEUNES ET MOINS JEUNES
      PHOTO JEAN-LOUIS BORDELEAU
      Une vingtaine de manifestants se sont rassemblés samedi midi devant L'Esmeralda pour révéler les histoires d'horreur qui y sont associées. Le navire chilien est visité par des milliers de curieux depuis le début du Rendez-vous 2017 (RDV) des grands voiliers.
      UNE VINGTAINE DE MANIFESTANTS ÉTAIENT 
      RÉUNIS DANS LE PORT DE QUÉBEC.
       PHOTO CARL MARCHAND
      Victor Montenegro est l’un des organisateurs de la manifestation. Il a fui le régime du général Augusto Pinochet


      M. Montenegro vit à Québec depuis 42 ans, mais n’a jamais oublié les récits d'histoires sinistres survenues à bord du navire. Il est natif de Valparaiso, là où les actions répressives du dictateur ont débuté après sa prise du pouvoir en septembre 1973.

      « Je viens de la ville où mouille le bateau. Donc, je le connais très bien. Ce navire fut un lieu de prison et de torture. »

      Condamner les responsables

      MIGUEL WOODWARD
      Le Québécois d’adoption et ses acolytes se font un devoir de révéler au grand jour le passé sombre de ce voilier. Des manifestations ont d’ailleurs lieu dans la plupart des ports du monde où L’Esmeralda accoste.

      « Il y a eu des violations des droits humains dans ce bateau-là, ce qui n’a jamais été reconnu par la marine chilienne au point où les gens qui visitent ce navire ici, à Québec, n’ont aucune connaissance de ce qui s’est passé. »

      C’est au nom des victimes qui n’ont jamais été revues en vie après un voyage en mer et au nom de ceux qui ont survécu à la torture à bord de L’Esmeralda que M. Montenegro manifestera samedi midi, dans le port de Québec.
      La justice chilienne n’a pas fait assez d’efforts pour condamner les responsables, mais il y a des témoins, des survivants, des témoignages, des livres écrits sur le sujet. Victor Montenegro, organisateur de la manifestation
      Un cas emblématique

      Le cas le plus célèbre, affirme M. Montenegro, est celui du prêtre catholique Michael Woodward, un Britannique d’origine, mais Chilien d’adoption. Arrêté cinq jours après la prise du pouvoir de Pinochet, il aurait été amené à bord de L’Esmeralda et torturé à mort.

      « Le crime sur ce prêtre est devenu un cas emblématique de la violation des droits humains au Chili », conclut-il.

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      vendredi 21 juillet 2017

      AU CHILI, UNE LOI DÉPÉNALISANT PARTIELLEMENT L’AVORTEMENT REPOUSSÉE PAR LES DÉPUTÉS


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      LA PRÉSIDENTE DU CHILI, MICHELLE BACHELET,
      À VERACRUZ (MEXIQUE), EN 2015.
      PHOTO REBECCA BLACKWELL 
      Le Sénat avait approuvé mercredi, en y apportant des amendements, un texte de loi autorisant l’IVG dans certains cas, mais les députés n’ont pas validé les modifications.

      CHARLIE HEBDO N°100

       : OCTOBRE 1972
      Les femmes chiliennes devront encore attendre avant de pouvoir avorter légalement et continueront à encourir des peines de trois à cinq ans de prison en cas d’interruption volontaire de grossesse (IVG) clandestine. Contre toute attente, l’adoption définitive d’un projet de loi visant à dépénaliser au Chili l’avortement thérapeutique et en cas de viol a été retardée, jeudi 20 juillet, au Parlement

      MANIFESTATION À SANTIAGO RÉCLAMANT
      LA DÉPÉNALISATION DE L'AVORTEMENT
      PHOTO BELGAIMAGE
      En mars 2016, la Chambre des députés avait voté en première lecture ce texte-phare de la présidente, Michelle Bachelet. Mais il avait dû passer par plusieurs commissions, puis par le Sénat, qui l’avait amendé, avant de revenir à la Chambre basse. « C’est douloureux pour nous tous, a déclaré le sénateur socialiste Alejandro Guillier, et je sens que nous avons failli auprès des femmes chiliennes. »

      Après un intense débat et de multiples tractations avec le gouvernement, les députés ont repoussé, à une voix près, les modifications du Sénat. Le projet de loi devra à présent passer devant une commission mixte paritaire chargée de trouver une version commune aux deux Chambres. Ce processus pourrait retarder l’adoption définitive de la loi de plusieurs semaines, jugent les observateurs.

      Si le texte venait à être voté, les parlementaires de droite, dans l’opposition, ont annoncé qu’ils saisiraient le Tribunal constitutionnel (TC), ce qui retardera l’accès des femmes à l’avortement légal. D’autant plus que le futur président du TC, Ivan Arostica, qui doit prendre ses fonctions le 30 août et dont le vote pourrait être essentiel, est un conservateur opposé à la légalisation de l’IVG.

      120 000 avortements clandestins pratiqués tous les ans

      Bien que ne s’appliquant qu’à trois cas exceptionnels et précis (danger pour la vie de la femme enceinte, viol et non viabilité du fœtus), cette loi constituerait, si elle était finalement votée, une avancée vers la protection des droits des femmes au Chili. En l’absence de chiffres officiels, on estime qu’au moins 120 000 avortements sont pratiqués tous les ans, dans la clandestinité.

      La dépénalisation de l’IVG est un des grands combats de la présidente socialiste, Michelle Bachelet (2006-2010, et depuis 2014) pédiatre de formation et ancienne ministre de la santé de 2000 à 2002. Elle tient à faire passer la loi avant la fin de son mandat, en mars 2018, et alors que la droite est donnée favorite dans les sondages en vue de la présidentielle du 19 novembre – élection à laquelle elle ne peut pas participer, la Constitution fixant la durée d’un mandat à quatre ans, sans possibilité de réélection immédiate.

      Le Chili reste donc pour le moment dans la liste des quelque vingt pays qui, selon l’Organisation mondiale de la santé, interdisent l’avortement dans toutes les circonstances : le Salvador, le Nicaragua, le Surinam, Haïti et la République dominicaine sur le continent américain ; les Philippines et les îles Palaos en Asie-Océanie ; le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Gabon, le Congo, Madagascar, Djibouti et la Mauritanie en Afrique ; Malte, Andorre, le Vatican et Saint-Marin en Europe.


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      DESSIN


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      jeudi 20 juillet 2017

      CHILI: LA DÉPÉNALISATION DE L'AVORTEMENT THÉRAPEUTIQUE RETARDÉE

      DES MILITANTS PRO-AVORTEMENT MANIFESTENT À
      L'INTÉRIEUR DU CONGRÈS NATIONAL À VALPARAISO,
      LE 20 JUILLET 2017 AU CHILI
      PHOTO FRANCESCO DEGASPERI
      L'adoption définitive du projet de loi visant à dépénaliser l'avortement thérapeutique et en cas de viol au Chili, pays conservateur, a été retardée jeudi au Parlement.
      Après le vote des sénateurs dans la nuit de mardi à mercredi, ce texte-phare de la présidente Michelle Bachelet devait être approuvé jeudi par la Chambre des députés pour que le Chili quitte la liste de la vingtaine de pays interdisant totalement l'avortement, selon l’Organisation mondiale de la santé.

      Mais contre toute attente, il devra passer devant une commission mixte paritaire chargée éventuellement de trouver une version commune aux deux chambres.

      Ce processus pourrait retarder l'adoption définitive de la loi de plusieurs semaines, jugent les observateurs.

      Si le texte venait à être voté, les parlementaires de droite (opposition) ont annoncé qu'ils allaient saisir le Tribunal constitutionnel.

      Jusqu'en 1989 et pendant plus de 50 ans, l'avortement était permis en cas de risque pour la mère et de foetus non-viable. Mais, avant de quitter le pouvoir, l'ancien dictateur Augusto Pinochet (1973-1990), l'a interdit, laissant cette décision inchangée durant plus de deux décennies.

      Depuis, ce texte déchaîne les passions: le Chili a été un des derniers pays développés à reconnaître le divorce en 2004 et l'Église y est très présente.

      Officiellement le Chili enregistre quelque 30.000 avortements provoqués ou spontanés, mais les interruptions clandestines pourraient être de l'ordre de 160.000.

      Outre le Chili, le Salvador, le Nicaragua, le Surinam, Haïti, la République dominicaine sur le continent américain, les Philippines et les îles Palaos en Asie, le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Gabon, le Congo, Madagascar, Djibouti et la Mauritanie en Afrique interdisent totalement l'avortement. En Europe, Malte, Andorre, le Vatican et Saint-Marin sont dans ce cas.

      mercredi 19 juillet 2017

      AU CHILI L'AVORTEMENT THÉRAPEUTIQUE EN PASSE D'ÊTRE DÉPÉNALISÉ

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      L'AVORTEMENT THÉRAPEUTIQUE A ÉTÉ AUTORISÉ AU CHILI PUIS ABOLI DURANT LA DICTATURE D'AUGUSTO PINOCHET (1973-1990). CHILI : LOIS CONTRE L'AVORTEMENT - UN RECUL POUR LES DROITS DES FEMMES
      Ce texte-phare de la présidente Michelle Bachelet doit maintenant être validé par la Chambre des députés pour que le Chili quitte la vingtaine de pays interdisant totalement l'avortement, selon l'Organisation mondiale de la santé. 

      "C'est un matin historique", s'est félicitée la présidente socialiste, alors que 70% des Chiliens approuvent le texte, selon les sondages. 

      "Au-delà de l'avis personnel de chacun, ce que permet (ce texte) c'est que nous soyons un pays où les femmes, confrontées à de telles situations, puissent prendre la meilleure décision possible", a ajouté la chef de l'État, dont le mandat se termine en mars 2018. 

      "Les trois causes qui étaient au coeur de la lutte ont été approuvées, (...) ce qui représente une grande contribution à l'histoire du Chili", a annoncé à l'AFP Claudia Dides, porte-parole d'une association de défense des droits humains, quelques minutes après le vote du Sénat, applaudi par les défenseurs du projet qui assistaient à la séance. 

      Officiellement le Chili enregistre quelque 30.000 avortements provoqués ou spontanés, mais les interruptions clandestines pourraient être de l'ordre de 160.000.  

      Outre le Chili, le Salvador, le Nicaragua, le Surinam, Haïti, la République dominicaine sur le continent américain, les Philippines et les îles Palaos en Asie, le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Gabon, le Congo, Madagascar, Djibouti et la Mauritanie en Afrique interdisent totalement l'avortement. En Europe, seuls Malte, Andorre, le Vatican et Saint-Marin sont dans ce cas. 

      - Jusqu'à cinq ans de prison -  

      Violée par un parent, enceinte d'un bébé non viable, une Chilienne de 13 ans n'a eu d'autre issue que d'aller au bout de sa grossesse. 

      Son cas, et d'autres semblables dont celui de Belen, une fillette de 11 ans, enceinte après avoir été violée par son beau-père, ont ému l'opinion publique chilienne et relancé le débat sur une légalisation partielle de l'avortement, qui a repris fin 2014 au Congrès après plusieurs mois d'interruption. 

      Toutes deux, si elles avaient avorté, risquaient jusqu'à cinq ans de prison, même si, selon une étude officielle, aucune femme chilienne n'a été emprisonnée ces dernières années pour ce délit. 

      Jusqu'en 1989 et pendant plus de 50 ans, l'avortement était permis en cas de risque pour la mère et de foetus non-viable. Mais, avant de quitter le pouvoir, l'ancien dictateur Augusto Pinochet (1973-1990), l'a interdit, laissant cette décision inchangée durant plus de deux décennies. 

      Depuis, ce texte déchaîne les passions: le Chili a été un des derniers pays développés à reconnaître le divorce en 2004 et l'Eglise y est très présente. 

      "Mon corps, ma décision", pouvait-on lire sur un panneau des militants pro-avortement devant le Congrès, qui ont été délogés par la police après des affrontements avec des groupes religieux, équipés de pancartes avec l'inscription "Reviens vers le Christ", a constaté l'AFP.  

      Les parlementaires de droite (opposition) ont annoncé qu'ils allaient saisir le Tribunal constitutionnel. 

      "Ce qu'est en train de faire le congrès c'est (...) dire quels types d'êtres humains ont le droit de vivre", a lancé la sénatrice ultra-conservatrice Jacqueline van Rysselberghe. 

      Lors de son premier mandat (2006-2010), la présidente Bachelet, pédiatre de formation, avait bataillé dur pour faciliter l'accès à la "pilule du lendemain", qui lui avait valu d'être dénoncée devant le Tribunal constitutionnel et qui reste encore difficile à obtenir dans ce pays de 17 millions d'habitants. 

      Signe de l'évolution de la société chilienne, le pays a néanmoins autorisé fin 2015 les unions civiles entre homosexuels. 

      CHILI : LE SÉNAT OUVRE UNE PORTE AU RETOUR DE L’AVORTEMENT

      Le texte de loi doit encore être validé par les députés pour que le Chili quitte la liste des sept pays d’Amérique latine n’autorisant aucun avortement. Mais une issue favorable se profile pour la présidente socialiste, Michelle Bachelet, dont le gouvernement a défendu cette mesure.

      Juste avant le vote, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) avait salué cette étape, tout en la jugeant insuffisante : «Le Chili doit garantir l’accès de toutes les femmes et filles à l’avortement légal et sûr, ainsi que leur droit de choisir», avait rappelé Juan Francisco Soto, un de ses vice-présidents.

      Jusqu’en 1989 et pendant plus de cinquante ans, l’avortement était permis au Chili en cas de risque pour la mère et de fœtus non viable. Mais avant de quitter le pouvoir, le dictateur Augusto Pinochet avait décrété son interdiction totale, décision inchangée depuis.

      Officiellement, le pays enregistre quelque 30 000 avortements provoqués ou spontanés, mais on estime à 160 000 le nombre d’interruptions clandestines.

      M.É.


      « FACEBOOK FAÇONNE L’IDÉE QUE L’ON SE FAIT DU MONDE »


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      ILLUSTRATION
      Nikos Smyrnaios : « Facebook façonne l’idée que l’on se fait du monde »
      Facebook et Google sont devenus les principaux intermédiaires entre le public et l’information. Un pouvoir politique énorme, soumis à leur quête du profit. Le chercheur Nikos Smyrnaios analyse comment ils ont bâti un tel oligopole. 



      Nikos Smyrnaios est enseignant-chercheur au laboratoire d’études et de recherches ­appliquées en sciences sociales de l’université Toulouse-III. Spécialiste de la presse en ligne et de l’utilisation politique des réseaux socionumériques, il vient de publier les Gafam contre l’Internet, une économie politique du numérique (1).
      Quel est le pouvoir de Facebook ou Google sur la transmission de l’information aujourd’hui ?




      NIKOS SMYRNAIOS 
      ILLUSTRATION REINHARD WENDLINGER




      Une récente enquête déclarative réalisée sur plusieurs pays montre que 51 % des internautes s’informent en premier lieu via les réseaux sociaux. Mais la mesure du trafic des sites des médias reste la plus précis. On peut y consulter la liste des sources qui ont mené à l’article. Et entre les deux tiers et les trois quarts des visiteurs des sites d’informations arrivent depuis Google et Facebook. Jusqu’en 2012, Google était prédominant, que ce soit le moteur de recherche ou Google Actualités. Des recherches qu’on avait menées à l’époque sur des quotidiens régionaux français montraient que 70 % des visiteurs en venaient. Depuis, Facebook ­représente la première des sources. Les plus jeunes et les femmes ont tendance à passer davantage par les réseaux sociaux, les hommes et les seniors privilégient l’accès direct ou Google. Plus la thématique de l’information recherchée est professionnelle, importante stratégiquement parlant, plus les visiteurs ont tendance à privilégier l’accès direct, à faire confiance à des sources identifiées. Dès que cela touche des informations plus divertissantes, la domination des réseaux sociaux devient écrasante.

      Comment ont-ils conquis ce pouvoir ?

      NIKOS SMYRNAIOS 

      Avant le développement d’Internet au début des années 2000, l’économie de l’information comme de l’industrie culturelle était basée sur la rareté du contenu. Aujourd’hui elle est surabondante, et le rapport de forces économique s’est inversé. La rareté, donc la valeur, est désormais du côté du public, qui a besoin d’être guidé. Ce filtrage, cette hiérarchisation, je l’appelle, avec d’autres chercheurs, l’infomédiation. Le producteur du contenu et l’éditeur de presse sont relégués au second plan derrière l’infomédiaire. Cette fonction est devenue centrale sur Internet. Et la plus rentable, car il n’y a pas à supporter les coûts de production de l’information… Des algorithmes de mise en contact suffisent. Puis les infomédiaires ­collectent les informations du public et la vendent aux annonceurs, selon le modèle publicitaire de Google ou Facebook, ou alors prennent des commissions sur chaque transaction comme Amazon. J’insiste sur le fait que cette info- médiation est large et profonde. Les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) vont constituer une offre très large avec des services substituables : Facebook va racheter Instagram et WhatsApp, qui ont des offres ­similaires à son service. La concentration est aussi verticale puisque ces acteurs possèdent des segments d’activités indispensables en amont de l’infomédiation. Les data center par exemple sont nécessaires à la diffusion des services, et Amazon est le plus gros acteur mondial. On peut également donner l’exemple des smartphones et des ordinateurs (Apple et Microsoft) et des systèmes d’exploitation (Google, Microsoft, Apple). On le sait moins, mais Facebook, dans les pays du Sud, et Google, aux États-Unis, sont également des fournisseurs d’accès à Internet et obligent pour accéder au Web à passer par leur plateforme ou système d’exploitation. On capte le client et on l’enferme.

      Comment expliquer leur rentabilité extrême ?

      NIKOS SMYRNAIOS 

      Ce sont des oligopoles mondiaux, dominant et globalisant, même si en Chine et en Russie d’autres acteurs existent. Tous les services sont conçus dans la Silicon Valley et vendus dans le monde, sans adaptation aux marchés locaux. C’est l’un des facteurs de bénéfices sans précédent. Le taux de rentabilité de Google ou Facebook varie entre 20 et 40 %. La moyenne de Wall Street est à peine à 10 %. Ainsi, en avril 2017, parmi les six plus grosses capitalisations mondiales, on retrouvait les cinq Gafam. Leur rentabilité s’explique aussi par les nouvelles modalités de travail qu’ils ont réussi à mettre en place. Ils vont dégager des sommes colossales avec très peu d’employés en interne. Les cinq Gafam réunies ont moins d’employés que Volkswagen, et juste un peu plus que Carrefour. Apple arrive à tirer plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires par salarié et par an. Le travail est externalisé chez des sous-traitants de sous-traitants, précarisé, pressurisé, sous-payé à la tâche, au clic. Ils réduisent le travail à des miettes numériques, l’exploitation de l’activité humaine n’a jamais été aussi sophistiquée. D’autant plus que toute une partie de la valeur de Google et de Facebook vient du travail gratuit effectué par leurs utilisateurs. Facebook est vide au départ. Les utilisateurs et éditeurs génèrent de la valeur pour la plateforme sans travailler directement pour elle. Sans coût pour l’entreprise donc. Et en plus tous ces acteurs pratiquent aussi une optimisation fiscale particulièrement agressive.

      Comment Facebook choisit les informations que nous lisons ?

      NIKOS SMYRNAIOS 

      Lorsque Facebook a lancé les Fan Page, les éditeurs avaient la garantie que quiconque avait « liké » leur page allait voir leur publication s’afficher sur leur mur. Pour les médias, ce vecteur est devenu une source d’audience majeure, à tel point qu’ils en sont devenus dépendants. Et puis, en 2012, Facebook a unilatéralement changé le fonctionnement et les publications sont apparues de moins en moins. Aujourd’hui seuls 10 % des abonnés en moyenne voient chaque publication. Selon Facebook, il s’agit d’améliorer l’expérience utilisateur. En réalité le réseau social pousse les éditeurs, une fois que l’outil est devenu indispensable, à payer pour promouvoir leur contenu.

      Facebook est allé plus loin en créant Instant Articles. En promettant une meilleure visibilité et un partage des ressources publicitaires, l’éditeur publie tout son contenu sur le réseau social, mais plus sur son propre site. Les médias se voient privés des analyses statistiques et de la maîtrise de leur diffusion et de leurs revenus publicitaires. Même chose lorsque Facebook Live fut lancé, le service de vidéos diffusées directement sur la plateforme. Au départ, le réseau social augmente la visibilité de ces contenus par rapport aux autres, donc les rédactions s’organisent pour en produire, puis, lorsqu’elles deviennent dépendantes, Facebook supprime les bonus de visibilité. C’est la loi de Facebook.

      Les médias changent donc leurs moyens de produire de l’information ?

      NIKOS SMYRNAIOS 
      Dès le début des années 2000 on a constaté les premiers changements, lorsque les rédactions se sont mises au service de Google. Un gros patron de presse me disait que sa rédaction était devenue un esclave du moteur de recherche et obéissait aux ordres. On sait par exemple que plus un site produit de contenu, plus le moteur va le mettre en valeur. Une rédaction qui produit peu sera d’autant moins visible. C’est une incitation à produire toujours plus, à abandonner l’analyse et le reportage et à privilégier le batonnage, c’est-à-dire la reprise, légèrement réécrite, de dépêches ou de communiqués de presse. Cela crée une énorme profusion d’informations, mais pas de pluralisme, puisqu’il s’agit des mêmes contenus retraités à l’infini. Un collègue chercheur, Guillaume Sire, a, lui, montré le rôle central que prennent les spécialistes du référencement dans certaines rédactions. Ce sont eux qui imposent aux journalistes les sujets à traiter, selon ce qui « buzze » sur Internet. Pour Facebook, la valeur n’est pas tant le contenu lui-même que « l’engagement » qu’il génère, à savoir les « like », partages ou commentaires. Les articles ou vidéos les plus rentables pour Facebook font appel à l’affect. Cela va des faits divers les plus dramatiques aux vidéos de chats, mais rarement une analyse sur la financiarisation de l’économie, qui, si elle peut susciter de l’intérêt, ne va pas générer des « like ». La production de contenu à destination de Facebook doit donc s’adapter pour parler à l’affect des gens. Certaines rédactions résistent, d’autres y vont à fond car leur modèle économique en dépend. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, l’Humanité n’est pas Konbini, et heureusement.

      Et cette course à l’engagement profite aux théories ­complotistes et aux « fake news »…

      NIKOS SMYRNAIOS 
      Exactement. Le phénomène des fake news, qui a explosé pendant l’élection présidentielle américaine, proposait à la frange la plus réactionnaire des électeurs des contenus qui confirmaient leurs opinions et généraient de l’affect. Comme cette histoire invraisemblable du « Pizzagate ». Les Clinton étaient accusés d’être à la tête d’un réseau pédophile qui se retrouvait dans une pizzeria de Washington. Des centaines de milliers de personnes ont « liké » ou commenté cette histoire, devenue très rémunératrice pour Facebook, qui l’a automatiquement favorisée. La plateforme n’est pas spécialement complotiste ou pro-Trump, mais elle cherche à maximiser ses profits. Cela conduit à ces dérapages. On retrouve ce mécanisme sur YouTube de manière flagrante, il n’y a qu’à voir comment les vidéos de Soral et de Dieudonné étaient mises en avant dans les vidéos suggérées.

      Et le lecteur se retrouve dans une situation passive de récepteur de l’information qu’il ne choisit pas…

      NIKOS SMYRNAIOS 
      Il n’est pas passif, mais il ne peut que réagir en fonction de ce qui lui est proposé. Le lecteur se retrouve pris dans des mécanismes d’infomédiation qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne comprend pas forcément. Ces multinationales filtrent l’information et décident de ce qui est visible ou non dans l’espace public numérique. Ils façonnent l’idée que l’on se fait du monde. Facebook contrôle ainsi ce que voient plus de 1,8 milliard de personnes, dont 30 millions en France. Un pouvoir politique exorbitant qui échappe à tout contrôle démocratique puisque l’on n’a aucun regard sur comment se décide la mise en avant d’une information ou sa suppression. Tout se fait en interne.

      Comment voyez-vous le fait qu’aujourd’hui des fournisseurs d’accès à Internet comme Patrick Drahi ou Xavier Niels deviennent de grands patrons de presse ?

      NIKOS SMYRNAIOS 
      Ces acteurs sont aussi des infomédiaires à mon sens. Le « triple play » permet par exemple de contrôler l’information audiovisuelle puisque l’audience d’une chaîne de télévision reste proportionnelle au numéro qui lui est alloué. Autre exemple, des fournisseurs d’accès à Internet ont décidé de ralentir l’accès de leurs abonnés à des services. Free avait bridé l’accès à YouTube et Orange avait essayé de ralentir le partage de pair à pair (P2P). Il est effrayant de se rappeler qu’en 2000 Time Warner absorbait le fournisseur d’accès américain AOL et pesait 10 fois plus que lui. Quinze ans après, le rapport de forces s’est complètement inversé et les contenus n’ont quasi plus de valeur financière.

      Votre vision n’apparaît pas très optimiste…

      NIKOS SMYRNAIOS 
      Je ne suis pas technophobe, ni ne suis convaincu que, dans les années 1990, lorsqu’on n’avait qu’une poignée de médias, l’information était meilleure. Mais il faut garder un regard critique. D’autant que l’état d’Internet aujourd’hui n’est pas immuable et reflète un contexte ; à savoir un capitalisme néolibéral hégémonique. Cela peut changer, mais pas sans rapport de forces. Certains signes sont plutôt positifs, le public prend conscience de l’exploitation de ses données personnelles et bloque de plus en plus les publicités. Le monde de la recherche s’y penche aussi davantage. Il serait naïf de croire en revanche en l’émergence d’un nouvel acteur, comme lorsqu’Alta Vista a été remplacé par Google dans les années 1990. On n’en est plus là. Le pouvoir des Gafam aujourd’hui est comparable à celui de l’industrie automobile au XXe siècle. Ils ne vont pas disparaître demain. L’ambiguïté de ce capitalisme numérique est qu’à la fois il va utiliser tout ce qu’il peut pour maximiser ses profits, est extrêmement prédateur et accroît les inégalités, mais en même temps il peut se révéler émancipateur. Le mouvement contre la loi travail et même les printemps arabes n’auraient peut-être pas eu la même ampleur sans les réseaux sociaux. Facebook est avant tout un outil d’exploitation, mais peut aussi servir l’émancipation. Ce pourquoi il faut insister sur le pouvoir politique des Gafam.

      Les Gafam contre l’Internet, une économie politique du numérique, de Nikos Smynaios, INA, 160 pages, 10 euros.



      Pierric Marissal
      Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies




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      LÉGALISATION PARTIELLE DE L’AVORTEMENT AU CHILI : UNE AVANCÉE HISTORIQUE MAIS INSUFFISANTE.

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      La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et sa ligue membre au Chili : l’Observatoire citoyen, lancent un appel aux sénateurs et aux sénatrices chiliens afin qu’ils soutiennent résolument le projet de loi régissant la légalisation de l’avortement, discuté à partir d’aujourd’hui en séance plénière au Sénat. Bien que ne s’appliquant qu’à trois cas exceptionnels et précis, cette loi constitue une première étape vers la protection des droits des femmes au Chili.
      CHARLIE HEBDO N°100 : OCTOBRE 1972
      Ce projet de loi avait auparavant été discuté devant le Congrès National. La longueur des discussions, et le texte finalement approuvé, continuent de susciter de sérieuses préoccupations concernant l’application réelle de cette loi. Elle constitue néanmoins une réelle avancée, puisque autorisant enfin l’avortement dans trois circonstances exceptionnelles et précises : risque pour la vie de la femme ; non viabilité du fœtus ; viol.
      "La levée de l’interdiction de l’avortement dans trois cas précis est bien évidemment préférable à l’interdiction complète qui date de la dictature de Pinochet. Mais cette mesure n’est pas suffisante pour protéger les droits humains des femmes ! Le Chili doit garantir l’accès de toutes les femmes et filles à l’avortement légal et sûr, ainsi qu’à leur droit de choisir."
      Juan Francisco Soto, Vice Président de la FIDH
      CHARLIE HEBDO N° 202
      30 SEPTEMBRE 1974
      Il est fondamental que le parlement adresse un signe fort et sans équivoque en faveur de la protection des droits des femmes, en refusant les modifications d’envergure apportées au projet de loi initial présenté par le gouvernement de Michelle Bachelet. Ainsi, l’extension de l’objection de conscience à tous les membres de l’équipe médicale devrait être retoquée, puisque ne devant concerner que le médecin. Les modifications apportées à l’initiative des forces conservatrices et religieuses, s’écartent de ce que devait être la priorité de cette nouvelle loi : garantir l’accès libre des femmes aux services de santé sexuelle et reproductive.

      "Ce projet est loin d’être idéal, mais il est grand temps que le Chili ne fasse plus partie des sept pays d’Amérique Latine [1] interdisant totalement l’avortement. Le Congrès et la société chilienne doivent montrer la voie pour garantir aux femmes chiliennes le droit à la vie, à l’intégrité physique et mental, à la non-discrimination, à l’égalité substantielle, à l’intimité, ainsi que le droit à jouir du meilleur état de santé physique et mental possible."
      Elsie Monge, vice-présidente de la FIDH
      Comme l’a souligné la FIDH lors de sa mission au Chili en janvier dernier, la pénalisation de l’avortement au Chili constitue une violation grave des droits reproductifs et sexuels des femmes. Elle fait courir de graves risques à la santé et à la vie des femmes et des filles qui décident d’avorter, notamment lorsque celles-ci ne disposent pas des ressources et de l’information pour accéder à un avortement légal et sûr. Par ailleurs, ces femmes peuvent être dénoncées par des médecins et du personnel de santé et s’exposer au risque de poursuites pénales. Ce qui qui touche particulièrement les femmes pauvres, jeunes, migrantes et indigènes.

      La FIDH souhaite que l’approbation de ce projet de loi s’accompagne d’autres types de mesures, comme la ratification par le Chili du Protocole facultatif de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF/CEDAW). Ce traité est le principal instrument juridique relatif aux droits des femmes à l’échelle internationale. Sa ratification est à l’examen au Sénat depuis... 2001. L’application de ce Protocole permettrait aux particuliers de saisir directement le Comité chargé de surveiller la CEDEF/CEDAW en cas de violations graves ou systématiques par le Chili des obligations contenues dans le traité.

      mardi 18 juillet 2017

      MANDELA DAY : 67 MINUTES POUR CHANGER LE MONDE


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      MANDELA DAY 
      Célébré le 18 juillet, date de naissance de Nelson Mandela (1918-2013), le Mandela Day, parrainé par les Nations unies, suggère à tous les participants du monde de dédier 67 minutes de leur journée pour lutter contre la pauvreté. Un appel qui a une résonance toute particulière en Afrique du Sud, où les inégalités atteignent des sommets.
      par Noé Michalon



      C’est une bannière orange qui orne une bonne partie des sites Web des Organisations Non Gouvernementales (ONG) d’Afrique du Sud : « Passez à l’action, inspirez le changement. Faites de tous les jours un Mandela Day », exhorte l’encart. Le 18 juillet est pour le monde associatif sud-africain l’occasion de lancer des campagnes d’ampleur pour défendre les causes chères à Nelson Mandela, à commencer par la lutte contre la pauvreté.

      Mise en avant de l’engagement individuel

      MANDELA DAY 
      « Pour nous, c’est le plus gros événement de l’année», témoigne Adrian Meshonga, le superviseur des entrepôts de l’ONG Food Forward dans la ville du Cap. Cette association, présente dans les principales agglomérations du pays, travaille avec les plus importantes entreprises du secteur alimentaire pour venir en aide aux plus démunis, en leur fournissant des denrées qui ne peuvent être revendues. « Le plus gros défi qui reste à relever en Afrique du Sud, c’est celui de nourrir ceux qui sont dans le besoin, en leur proposant une alimentation de qualité », reprend le militant associatif.


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      MANDELA DAY

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      « MANDELA DAY » EST UNE CHANSON DU GROUPE DE ROCK ÉCOSSAIS SIMPLE MINDS. 
      ELLE SORT EN FÉVRIER 1989 COMME FACE B DU SINGLE BELFAST CHILD
      LICENCE YOUTUBE STANDARD  
      DURÉE : 00:05:29
        À travers cette journée, rendue officielle à l’échelle mondiale par l’ONU en novembre 2009, c’est avant tout l’engagement individuel qui est mis en avant. Véritable chiffre-slogan de l’opération, les 67 minutes que chacun doit consacrer le 18 juillet à la solidarité représentent les 67 ans d’activisme du leader anti-apartheid. « C’est une mobilisation de type communautaire, c’est à chaque personne de s’associer à nos actions pour lui dédier ses 67 minutes », explique-t-on du côté du Fonds Mandela pour l’enfance. De son côté, la Fondation Mandela a préparé un guide pour aider les volontaires à s’engager tout au long de l’année, afin d’éviter que les actions de solidarité ne se concentrent qu’à ce moment de l’année.
        Un combat qui n’est pas terminé
        Cela n’empêche pas la société civile et le monde politique de se mobiliser pour d’autres événements pour cette date symbole. Emmenée par les deux anciennes Premières Dames Graça Machel et Winnie Mandela, une « marche des Anciens » a lieu le même jour au Cap, remobilisant des cadres du groupe des Anciens que l’ex-président avait fondé il y a dix ans aux côtés de leaders mondiaux comme Ban ki-moon ou Jimmy Carter. À quelques encablures, une mosaïque géante formée de stocks de boissons et de nourritures dessinera le visage de Nelson Mandela.
        Car moins de quatre ans après sa mort, et dix-huit ans après la fin de son mandat de Président de la nation arc-en-ciel, le combat du prix Nobel de la Paix 1994 n’est pas terminé. Bien qu’appartenant au même parti, le Congrès National Africain (ANC), le chef de l’État actuel, Jacob Zuma, est actuellement visé par une série de scandales de corruption, dans un contexte où les inégalités sont désormais plus importantes qu’à l’époque de l’apartheid.
        « Pour le moment, ce qu’a fait Mandela est en train de s’écrouler, s’indigne ainsi une habitante de Johannesburg, citée par le média sud-africain The Daily Vox. Nous devons changer de gouvernement et si nous votons bien, ce sera mieux. Je ne suis pas d’accord avec les gens qui sont solidaires uniquement lors du Mandela Day, puisqu’il a donné sa vie entière pour la liberté ».
        Du côté de la société civile, on prépare déjà l’édition 2018, qui s’annonce marquante, pour les 100 ans de la naissance de « Madiba ». Depuis février 2017, la Fondation Mandela mène des activités promouvant l’éducation, l’art et le sport, notamment dans les quartiers défavorisés du pays. Projet phare du « Centenaire », les élèves de primaire d’Afrique du Sud écriront des lettres à leur ancien Président, qui seront compilées dans un livre.
        Noé Michalon