samedi 24 juin 2017

L'INSECTE // PABLO NERUDA




ANIMATION À PARTIR D'UN POÈME DE PABLO NERUDA, LU PAR ALAIN LENGLET POUR FRANCE CULTURE. AUDREY LAINÉ // NALLEY. ÉCOLE ESTIENNE // MARS 2013

ARAUCO TIENE UNA PENA / VERSIÓN D'INTI ILLIMANI ET SILVIO RODRÍGUEZ

[ POUR ÉCOUTER CET ARTICLE CLIQUER SUR LA FLÈCHE ]

« ARAUCO TIENE UNA PENA » / VERSION D'INTI ILLIMANI ET SILVIO RODRÍGUEZ
DURÉE : 00:04:23

    EN SALLE. JULIA LÜBBERT, NOUVELLE ÉTOILE DU CINÉMA CHILIEN


    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

    CAPTURE D’ÉCRAN DU FILM « RARA »

    Actuellement à l’affiche en France, le film chilien Rara [ «Bizarre»], réalisé par Pepa San Martín, relate les difficultés d’une adolescente confrontée aux tabous de la société vis-à-vis de sa famille. Dans le rôle principal, la jeune Julia Lübbert a fortement impressionné les critiques. 
    « La protagoniste de Rara, le film de Pepa San Martín, est la jeune révélation du cinéma chilien, titrait le quotidien chilien El Mercurio lors de la sortie du film au Chili à l’automne 2016.

    Julia Lübbert a 15 ans aujourd’hui ; elle en avait 13 pendant le tournage de cette fiction, où son personnage est confronté aux préjugés de la société chilienne à l’égard de sa famille et du couple que forme désormais sa mère, divorcée, avec une femme. Dans le film, la jeune Sara de 13 ans, à l’aube de ses premiers émois amoureux, un peu rondelette, un peu gauche, un peu abrupte, rassemble un cocktail explosif de sentiments, de la colère à la sagesse, du rejet à la tendresse, de la crânerie à la faiblesse. “Julia est impressionnante de naturel”, confie à El Mercurio l’actrice Roxana Naranjo, qui a aidé les deux fillettes à préparer leur rôle – celui de Sara et de sa petite sœur, Catalina – pour le film.

    Julia Lübbert a grandi dans un univers de cinéma et de théâtre : son père, Orlando Lübbert, est réalisateur, et l’a fait tourner à l’âge de 8 ans dans l’un de ses films ; sa mère, Iria Retuerto, anthropologue, est également auteure de théâtre.

    Dans une interview au quotidien El Mostrador, elle s’avoue très surprise de “cette folie qu’a été le succès du film”, et des récompenses reçues dans plusieurs festivals, notamment à la Berlinale (à Berlin) en février 2016 où Rara a obtenu le prix du jury Generation Kplus, décerné par de jeunes jurés.

    “Tout l’intérêt de ce film est de montrer la situation du point de vue familial, dans les yeux de la jeune fille plutôt que vu de l’extérieur, confie Julia au journal. De ce fait, il n’y a pas de bons et de méchants dans cette histoire.”

    Malgré cette médiatisation, la lycéenne Julia Lübbert n’anticipe pas sur son avenir, même si elle reconnaît rêver de continuer à tourner. Avant d’ajouter que peut-être, finalement, elle pourrait embrasser une carrière “dans le social”. De ce point de vue, Julia Lübbert a bien 15 ans, et tout son temps.


    Sabine Grandadam

    SUR LE MÊME SUJET :


    CHILI : LA PRÉSIDENTE DEMANDE PARDON AUX MAPUCHES


    DURÉE: 00:00:49

    TEST

    DES ESPIONS NAZIS PLANIFIAIENT DES BOMBARDEMENTS AU CHILI (ARCHIVES)


    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

    PHOTO MIGUEL SÁNCHEZ
    La police chilienne a publié jeudi des documents d'archives concernant les enquêtes menées durant la seconde guerre mondiale qui ont révélé comment les partisans nazis du pays fournissaient des informations au Troisième Reich et prévoyaient de bombarder des mines au Chili.
    PHOTO MIGUEL SÁNCHEZ

    Les documents détaillent par ailleurs les formations paramilitaires de jeunes issus de familles allemandes ainsi que l’envoi régulier d’informations en Allemagne via les routes des navires marchands alliés.

    Ces publications interviennent au même moment que la découverte d’une cache d'artefacts nazis dissimulée derrière une bibliothèque à Buenos Aires en Argentine. Le Chili et l'Argentine ont bénéficié d'un soutien important lors de la seconde guerre mondiale. Après la cessation des hostilités en Europe, de nombreux responsables nazis ont fui le vieux continent pour se cacher en Amérique du Sud.

    PHOTO AFP
    Suite à l’enquête menée par la police chilienne, 40 personnes ont été arrêtées et plusieurs livres de code, radios, armes et plans pour bombarder des mines dans le nord du Chili ont été découverts.


    PHOTO REUTERS
    Les documents ont été officiellement remis au bureau d'archives national du pays jeudi et seront disponibles pour consultation publique. « Jusqu'à hier, c'était un secret d'état », a déclaré le préfet de centre gauche Gabriel Silber. « Peut-être, à partir d'aujourd'hui, nous reconnaîtrons une vérité inconfortable que, malheureusement, des personnalités politiques et commerciales au Chili ont soutenu les nazis », a-t-il conclu.

    vendredi 23 juin 2017

    CHILI: MME BACHELET DEMANDE PARDON AUX INDIENS MAPUCHES


    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

    PHOTO JOURNAL LA TERCERA


    (Belga) La présidente du Chili Michelle Bachelet a demandé vendredi pardon pour les « erreurs et horreurs » commises contre les Mapuches, plus grande ethnie indigène du pays, qui ont souffert de discrimination et réclament la restitution de terres. 

    PHOTO ALEX IBAÑEZ
    «Nous avons échoué comme pays, c'est pourquoi je veux demander pardon au peuple Mapuche pour les horreurs et erreurs commises ou tolérées dans notre relation avec eux et leurs communautés », a déclaré la dirigeante socialiste en présentant un plan de soutien à la région de l'Araucanie (sud), où sont concentrés les Mapuches.

    Premiers habitants du sud du Chili et d'une partie de l'Argentine, les Mapuches - « gens de la terre » dans leur langue - sont environ 700.000, sur une population chilienne de 17 millions d'habitants. 

    PHOTO JOURNAL LA TERCERA
    Ils réclament la restitution de terres « ancestrales » prises par l'État à la fin du 19ème siècle et leurs actions parfois violentes ont conduit leurs dirigeants en prison. "« Il est évident que depuis la formation de notre République, l'identité, la culture, le territoire et les moyens de vie du peuple Mapuche n'ont pas été préservés comme il le fallait », a estimé Mme Bachelet, ajoutant que « ce peuple a été rendu invisible et ses communautés dépréciées et discriminées ». Le plan gouvernemental inclut la création d'un ministère des Peuples indigènes, d'un Conseil des peuples indigènes, officialise l'usage du mapudungun, la langue Mapuche, dans l'Araucanie et crée le jour national des peuples indigènes, le 24 juin. 

    Un comité interministériel analysera par ailleurs le registre des terres et eaux indigènes pour aborder la question de la restitution de territoires Mapuches. Mme Bachelet a rappelé qu'au cours des 25 dernières années, près de 230.000 hectares de terres indigènes ont été achetés, subventionnés ou régularisés en faveur des Mapuches, qui possédaient une grande partie du territoire chilien jusqu'à l'arrivée des conquistadores espagnols. (Belga)

    Écouter cet article 17:00 • Lu par Arnaud Romain

    [ POUR ÉCOUTER CET ARTICLE CLIQUER SUR LA FLÈCHE ]

     LU PAR ARNAUD ROMAIN
    DURÉE : 00: 17:00

      ERIK SATIE: GYMNOPEDIE NO 3 BY KEVIN MACLEOD

      [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
      DURÉE : 00:02:25

        ERIK SATIE: GYMNOPEDIE NO 2 BY KEVIN MACLEOD

        [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
        DURÉE : 00:02:39

          ERIK SATIE: GYMNOPEDIE NO 1 BY KEVIN MACLEOD

          [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
          ERIK SATIE: GYMNOPEDIE NO 1 PAR KEVIN MACLEOD
          DES INTERPRÉTATIONS TRADITIONNELLES ET INNOVANTES 
          DES CLASSIQUES DE SATIE DISPONIBLES À FREE MUSIC ARCHIVE 
          DURÉE : 00:03:07

            LE COMPOSITEUR DU SILENCE


            [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

            PORTRAIT D'ERIK SATIE 1874 PAR
            ANTOINE DE LA ROCHEFOUCAULD 
            La postérité réduit souvent les artistes les plus inventifs à leurs œuvres les plus aimables. Tel est le sort du compositeur Erik Satie, un siècle et demi après sa naissance. Ses célèbres et soyeuses « Gymnopédies », qui meublèrent tant de génériques, reflètent mal la personnalité abrasive de ce communiste de la Belle Époque.
            par Agathe Mélinand
            COLLAGE REPRÉSENTANT
            ERIK SATIE, 2016
            PHILIPPE BERTIN
            Il est troublant de dresser le portrait d’Erik Satie (1866-1925) ; il est délicat de faire le tour de sa personnalité. Il résiste, fait des blagues, vous tourne le dos et rentre toujours à Arcueil s’enfermer dans son gourbi où personne n’est admis. L’évoquer est un exercice inquiétant d’équilibriste.

            [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
            ERIK SATIE: GYMNOPEDIE NO 1 PAR KEVIN MACLEOD DES INTERPRÉTATIONS TRADITIONNELLES ET INNOVANTES  DES CLASSIQUES DE SATIE DISPONIBLES À FREE MUSIC ARCHIVE 
            DURÉE : 00:03:07
              De qui parler ? Du jeune homme révolutionnaire en costume de velours ou du Satie définitif en costume de notaire ? Du Satie qui, à pied toujours, se rendait chez les Noailles au faubourg Saint-Germain ou de celui qui, à Arcueil, « se couchait dans le fossé et faisait l’ivrogne (1)  » ? Du pianiste du cabaret Le Chat noir ou de celui du patronage laïque d’Arcueil-Cachan ? Et puis, il y a ses dessins, il y a ses écrits, il y a les Vexations à répéter 840 fois de suite. Il dit : « Pour jouer ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses. » Bien. Quinze heures de musique, que John Cage et neuf autres pianistes joueront pour la première fois en 1963.
              Alors ? Faut-il mettre en avant ses conférences loufoques, ses chroniques musicales, ses aphorismes, ses cris de rage, ses poèmes et ses réclamations ? Parler de la première section arcueillaise du Parti communiste, à laquelle il adhéra ? Se limiter aux célèbres Gnossiennes et aux Gymnopédies qui cachent un peu sa musique, tellement multiple ? Faut-il parler du Satie de Jean Cocteau, de Maurice Ravel, René Clair ou Picasso, de l’amant bref de Suzanne Valadon, peintre-trapéziste, ou de l’ami si cher de Claude Debussy, qui lui faisait des côtelettes ? Faut-il parler misère, faut-il parler mystique ? Célébrer le fondateur de l’« Église métropolitaine d’art de Jésus conducteur », dont il sera le seul officiant et le seul fidèle, grâce à Dieu…, ou rester avec lui, dans la chambre d’Arcueil sans eau courante et sans lumière où il va vivre vingt-huit ans, gêné surtout par les moustiques ?
              [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
              DURÉE : 00:02:39
                PORTRAIT D'ERIK SATIE 1892 PAR
                SUZANNE VALADON
                Bref. En ce 150ème anniversaire de la naissance d’Erik Satie, on donne des conférences, on vote des crédits, on le célèbre de Saint-Jean-de-Luz jusqu’au Japon… Il aurait adoré ça, celui dont la musique ne plaisait pas. Il dit : « Après une assez courte adolescence, je devins un jeune homme ordinairement potable. Pas plus. C’est à ce moment de ma vie que je commençai à penser et à écrire musicalement. Oui. Fâcheuse idée !… Très fâcheuse idée !… En effet, car je ne tardai pas à faire usage d’une originalité déplaisante, hors de propos, antifrançaise, contre nature, etc. (2).  »
                Voilà. Cela joint à un petit caractère très réactif, au refus viscéral de toute autorité, de tout ce qui « se fait », combiné à un sens aigu de la provocation, des brouilles, des exaspérations, avec, en point d’orgue, quelques coups de parapluie contre certain critique qui lui vaudront presque la prison. Et sa fureur quand il ne fut pas reçu à l’Académie, et sa joie quand il obtint les palmes académiques pour services rendus à la municipalité d’Arcueil… Erik Satie, tout et son contraire, tout le temps.
                Cependant, loin des exaspérations, de l’alcool et des cris de la jeunesse, pour parler de Satie, pour l’écouter, il faut poser du blanc, de ce blanc qu’il adorait, où résonnent sur le bord du vide, d’une manière presque organique, les volutes et les explosions de sa musique. Satie compose le silence, celui qui vient avant, celui qui est après.
                [ Pour écoutercliquer sur la flèche ] 
                DURÉE : 00:02:25
                  PORTRAIT D'ERIK SATIE
                  PAUL SIGNAC VERS 1890
                  Erik-avec-un-K Satie est né le 17 mai 1866 à « Honfleur (Calvados), arrondissement de Pont-l’Évêque ». Il dit : « J’eus une enfance et une adolescence quelconques — sans traits dignes d’être relatés dans de sérieux écrits. Aussi n’en parlerai-je pas (3).  » Dans la rue Haute où il habite, le petit garçon, orphelin de mère et de grand-mère, regarde et écoute les vaisseaux, « la mer qui est large et pleine d’eau (4)  »… À 12 ans, il faut quitter les ambiances d’Eugène Boudin, les cours de M. Vinot, et partir pour Paris rejoindre son père, éditeur de musique, et sa belle-mère, compositrice amatrice, qui va lui apprendre la « vraie musique ».
                  « Enfant, je suis entré dans vos classes ; mon esprit était si doux que vous ne l’avez pu comprendre ; et ma démarche étonnait les fleurs… Et, malgré ma jeunesse extrême et mon agilité délicieuse, par votre inintelligence vous m’avez fait détester l’Art grossier que vous enseigniez (5).  » _
                  Catastrophe au conservatoire. Ses professeurs le disent élève doué mais indolent, étudiant paresseux à l’exécution tiède. Satie renonce, son avenir musical est sombre, il quitte l’école plein de haine, il scande : « D’une seule voix, je crie : vive les amateurs ! » Que faire ? Tenter les fantaisies-valses ou les valses-ballets ou rester des heures, l’œil levé, fixant les cieux de Notre-Dame ? Quatre Ogives en ligne claire, écrites à 20 ans. Satie expérimente et trouve, sans barre de mesure, la ligne des notes en architecture…
                  Mais non. « La même année, il prend ses vêtements, les roule en boule, les traîne sur le plancher, les piétine, les asperge de toutes sortes de liquides jusqu’à les transformer en véritables loques. Il défonce son chapeau, crève ses chaussures, déchire sa cravate, ne soigne plus sa barbe et laisse pousser ses cheveux (6).  »
                  PORTRAIT D'ERIK SATIE 
                  FRANCIS-MARIE MARTINEZ DE PICABIA
                  Il a tout quitté, la Normandie, le conservatoire, son père. Il peut enfin être lui. Le futur petit monsieur bien mis commence sa vraie vie au bas de Montmartre, à 20 ans, dans la chambre qu’il partage avec l’ami poète J. P. Contamine de Latour. La vie est de bamboche, l’alcool ultrafort : « Nous réagissons contre toutes les conventions, les imbécillités et les partis pris. Nous sommes pour ceux qui ont le courage de montrer ce qu’ils voient, ceux qui sont de leur temps, ceux qui n’ont pour maître que la nature, la grande et belle nature (7)  ! »
                  Dix ans de piano au Chat noir. Les Incohérents exposent « des dessins exécutés par des gens qui ne savent pas dessiner : “Canards aux petits pois”, “Bas-relief à l’ail”, “Première Communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige” »… Alphonse Allais est la sommité absolue. L’humour et la poésie de Satie vont être marqués à vie par ces drôles de zigotos. Dans ce théâtre d’ombres, il y a Guy de Maupassant, Émile Zola, Alphonse Daudet, Paul Verlaine, Marcel Proust, Caran d’Ache, Charles Cros… On dit que c’est là que Satie rencontra Claude Debussy. On dit aussi qu’« Esotérik » Satie devint maître de chapelle de la secte de la Rose-Croix du Temple du Sâr Péladan, écrivain et occultiste, et qu’il composa avec Latour Uspud-Ballet chrétien, que le directeur de l’Opéra refusa malgré leurs menaces.
                  Mais Satie, dans tout ce vacarme, écrit… les six Gnossiennes et les Gymnopédies — « danses de l’enfant nu » — « lentes, douloureuses, tristes et graves ». On entend les pas des enfants grecs glissant sur les marbres.
                  À 26 ans, il vit avec Suzanne Valadon une courte liaison sauvage de six mois. Il en veut plus, elle en donne moins, ils rompent. Danses gothiques : Neuvaine pour le plus grand calme et la forte tranquillité de mon âme ; Par pitié pour les ivrognes, honteux, débauchés, imparfaits, désagréables et faussaires en tous genres ; Où il est question de pardon des injures reçues. Satie, qui n’aura jamais plus d’autre liaison, est malheureux. Il fait n’importe quoi, il a quitté les rose-croix, il n’a plus un rond, il pense à devenir gardien de musée ; Willy, critique expérimenté, écrit des horreurs sur lui : «Musicoloufoque, pou mystique, sagouin ésotérique !» Satie répond, se bat, lance des anathèmes contre le Tout-Paris… Il compose quand même une Messe des pauvres. Après quelques Pièces froides et Danses de travers, il est peut-être temps de partir.
                  À qui sont ces affaires, sur la charrette à bras qui s’en va, en ce mois de décembre 1898, de Montmartre à Arcueil, campagne ouvrière sur le bord de la Bièvre ? Elles sont à Erik Satie, dont toute la vie tient là et qui va s’installer dans la maison du 22, rue Cauchy. Quinze mètres carrés, pas d’eau, pas de lumière et la musique des moustiques « envoyés certainement par les francs-maçons »… Satie est chez lui, c’est la misère à faire peur : « Voilà deux jours que je ne mange pas. » Alors il retourne à Montmartre, toujours à pied, accompagner dans les caf’ conc’ Vincent Hyspa ou la « reine de la valse lente », Paulette Darty. Et puis, c’est le choc du Pelléas et Mélisande de Debussy. Satie dit : « Il me faut chercher autre chose ou je suis perdu. » Debussy lui conseille de travailler la forme ; Satie écrit Trois Morceaux en forme de poire.
                  Puisqu’il faut apprendre — « J’étais fatigué que l’on me reproche mon ignorance » —, il s’inscrit à la Schola Cantorum à 39 ans. Debussy dit : « À votre âge, on ne change pas de peau. » Si. Pour aller à l’école, il faut s’habiller : petit costume noir, faux col, chapeau, parapluie. « En habit de cheval » et pour toujours, Satie obtient un beau diplôme de contrepoint avec mention « très bien ». « Avant de composer une œuvre, j’en fais sept fois le tour accompagné de moi-même. “Nouvelles Pièces froides” : “Sur un mur” ; “Sur un arbre” ; “Sur un pont”. » 
                  Et puis Ravel et puis Cocteau vont s’occuper de Satie. On le joue, on le publie, il fréquente les salons, on le ramène en voiture — Véritables Préludes flasques pour un chien : Seul à la maison. Le ballet Parade, enfin, va faire sa révolution. « Vive Picasso, vive Cocteau, à bas Satie ! », s’exclame la critique. Il réplique, des batailles ont lieu — « Je suis cuit ». Alors, il se retire « dans sa tour d’ivoire ou d’un autre métal (métallique) » écrire pour la princesse de Polignac son chef-d’œuvre splendide et cubiste Socrate d’après Platon… Encore quelques Nocturnes, quelques ballets, la dèche en même temps que la célébrité, la Musique d’ameublement, qu’il invente avant qu’elle ne vienne hanter nos ascenseurs, un peu de cinéma dada avec Francis Picabia : Entr’acte de René Clair, où on est si heureux de le voir en vrai. Encore un petit portrait de groupe, celui des Six (8)… Mais « le satisme n’existe pas ». Debussy est mort, Satierik se brouille avec Ravel, avec Cocteau. Cela fait longtemps que « le vieux bolchevique », comme il dit, ne fréquente plus les enfants du patronage laïque d’Arcueil-Cachan. Plus de cours de danse, plus de goûters. Satie, malade, ne peut même plus rentrer chez lui. C’est l’hôpital, la cirrhose et la pleurésie. Satie meurt à 59 ans.
                  On dit que le jour de son enterrement il faisait très beau et que deux jeunes femmes ont suivi son cercueil en ouvrant, très grand, deux jolis parapluies.
                  Agathe Mélinand
                  Codirectrice du Théâtre national de Toulouse.
                  (1) Sauf mention contraire, toutes les citations proviennent de la biographie de Jean-Pierre Armengaud, Erik Satie, Fayard, Paris, 2009. 
                  (2) Erik Satie, Mémoires d’un amnésique, Ombres, coll. « Petite Bibliothèque », Toulouse, 2010. 
                  (3) Ibid. 
                  (4) Sports et Divertissements, vingt et une pièces brèves pour piano.
                  (5) Lettre adressée au conservatoire, novembre 1892. Cf. Erik Satie. Correspondance presque complète, réunie et présentée par Ornella Volta, Fayard, Paris, 2000. 
                  (6) J. P. Contamine de Latour, « Erik Satie intime : souvenirs de jeunesse », Comœdia, Paris, 6 août 1925. 
                  (7) Henri Rivière, dans la revue Le Chat noir, 15 avril 1888.(8) Les musiciens Georges Auric, Arthur Honegger, Francis Poulenc, Louis Durey, Germaine Tailleferre et Darius Milhaud formaient ce qu’on a appelé le « groupe des Six », dont Satie était en quelque sorte le parrain.
                  [ POUR ÉCOUTER CET ARTICLE CLIQUER SUR LA FLÈCHE ]
                   LU PAR ARNAUD ROMAIN
                  DURÉE : 00: 17:00

                    mercredi 21 juin 2017

                    « RARA » : TRANCHE DE VIE À SANTIAGO DU CHILI


                    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

                    COCA GUAZZINI
                    Porté par la jeune actrice Julia Lübbert dans le rôle-titre, le film de Pepa San Martin trouve ses limites dans une approche trop sociologique.
                    AFFICHE DU FILM
                    Tranche de vie de Sara, 13 ans, entre le lycée, les copines, les premiers flirts, et ses parents divorcés. Alors que son père est remarié avec une femme plus jeune que lui, sa mère a refait sa vie avec une copine. Ce qui est aujourd’hui possible à Santiago du Chili ne va pas non plus de soi, et la jeune fille se voit quotidiennement confrontée, alors qu’elle arrive à cet âge où le monde s’ouvre à elle, où sa sexualité commence à s’affirmer, aux jugements moraux insidieux de ses contemporains. Saisissant l’opportunité d’un conflit avec sa mère, son père tente de l’arracher au foyer lesbien où elle vit, qu’il estime psychologiquement toxique et socialement stigmatisant.

                    Scénario impressionniste

                    Porté par la présence intense, dans le rôle-titre, de la jeune Julia Lübbert, illuminé, plus généralement, par un rapport très tendre aux comédiens, le film trouve ses limites dans une approche sociologique qui vise à dénoncer l’hypocrisie d’une société faussement moderne parce qu’encore profondément patriarcale, et dans la fragilité d’un scénario impressionniste qui cherche à toute force à masquer ce projet. Le questionnement sur la norme qu’il induit aurait pu produire plus de vertige.

                    Film chilien de Pepa San Martin. Avec Mariana Loyola, Agustina Muñoz, Julia Lübbert, Emilia Ossandon (1 h 28). Sur le Web : www.outplay.fr/rara.html

                    SOLSTICE D'ÉTÉ 2017 : LE « JOUR LE PLUS LONG » DE L'ANNÉE EST AUJOURD'HUI

                    Le solstice d'été est donc bien l'opposé du solstice d'hiver, autrement appelé « jour le plus court ». Les solstices ne doivent pas être confondus avec les équinoxes. Ces derniers, qui marquent généralement le passage à l'automne et au printemps, correspondent à la date où le jour et à la nuit ont exactement la même durée.

                    mardi 20 juin 2017

                    DÉCÈS DU CINÉASTE CHILIEN GASTON-ANDRÉ ANCELOVICI

                    AFFICHE DU FILM
                    Réalisateur, scénariste et producteur, Gastón Ancelovici avait connu le succès avec ses films « Valparaíso en el corazón » (1999) ; « Chile in Transition » (1991) ; Onward, Christian Soldiers (1989); « Récits d'une guerre quotidienne » (1986).

                    Il a obtenu de nombreuses récompenses et de nombreux prix, dans les Festivals de La Havane, du Bilbao, de Nyon (Suisse), en plus de diverses récompenses canadiennes. Il aura réalisé près d'une dizaine de films au total.


                    Réalisations de Gaston-André Ancelovici :

                    AFFICHE DU FILM
                    Récits d'une guerre quotidienne (Chili/Québec) - 1986 - documentaire, 58 min;

                    Les musiciens du Curanilahue, documentaire diffusé par TVN-Chile (2007) sur l'histoire du premier orchestre d'enfants;

                    Neruda en el corazon [Neruda dans le cœur], documentaire présenté à Montréal (en 2004 et 2005) dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance du poète Pablo Neruda;

                    Chacabuco, la mémoire du silence, (2003) documentaire présenté dans le cadre du Festival des films du monde de Montréal;

                    Chili en transition (Chili/Québec), 1991 - documentaire, 75 min;

                    Identités, série documentaire diffusée par TV5 (1997).

                    Diplôme de journaliste de l'Institut des sciences de l'information et de la communication de l'Université Bordeaux III (France).

                    Diplôme de réalisateur en cinéma documentaire de l'Université Bordeaux III (France) (1980).

                    Diplômé d'architecte de l'École d'architecture et d'urbanisme de l'Université de Santiago (Chili).

                    test










                    __________


                    ARGENTINE : MON PÈRE, CE TORTIONNAIRE


                    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

                    ILLUSTRATION JULIETA DE MARZIANI 
                    La fille d’un responsable de la répression pendant la dictature argentine (1976-1983) dénonce la décision, en mai, de la Cour suprême de libérer les criminels condamnés dans le cadre de procès historiques. Elle a pu constituer un réseau de personnes aux histoires semblables.
                    Par Mathilde Guillaume
                    ERIKA LEDERER
                    «La honte, le sentiment d’être des traîtres à notre clan, la culpabilité envers l’extérieur et une grande solitude… Toutes nos histoires sont différentes, mais elles ont ça en commun.» Celle d’Erika Lederer est liée aux heures les plus sombres de l’histoire argentine. Son père était l’un des chefs de la maternité clandestine de Campo de Mayo durant la dictature (1976-1983), où l’on volait les bébés des opposantes détenues illégalement, avant de les faire disparaître en les jetant vivantes dans le Rio de la Plata. Il était surnommé «El Loco», le fou. Erika (40 ans) s’exprime par à-coups, de très longues phrases tortueuses suivies de pauses suspendues. Elle raconte une enfance marquée par la violence du père tout puissant qui la battait, du silence qu’on lui imposait, du mal-être qui la rongeait : « Tout ce que je ne pouvais pas dire, qu’on ne me laissait pas dire, je le vomissais. »

                    Sa parole, elle l’a construite adulte et aujourd’hui elle s’en sert comme d’une arme. Il y a moins d’un mois, elle a contribué à faire entendre celle d’autres enfants de tortionnaires de la dictature en rupture de ban, qui, ensemble pour la première fois, réclament «mémoire, vérité et justice». Le déclencheur : la décision de la Cour suprême argentine du 2 mai permettant, par un tour de passe-passe juridique, de libérer les criminels de la dictature condamnés quelques années auparavant lors de procès historiques. Une décision de justice qui s’inscrit dans un contexte politique de relativisme croissant envers cette période, encouragé par le nouveau gouvernement libéral du président Mauricio Macri, qui considère le processus de mémoire comme une épine dans le pied. «J’étais hébétée, terrifiée et très en colère, raconte Erika. Jamais je n’aurais pensé que l’on pourrait revenir en arrière de la sorte.»

                    Grande catharsis collective


                    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]


                    Comme elle, une grande partie de la société argentine est descendue dans la rue pour manifester, revêtant en hommage le foulard blanc des Mères de la place de Mai. Après cette grande catharsis collective, le ventre tordu et les yeux humides, Erika écrit alors un message sur sa page Facebook, comme on lance une bouteille à la mer : «Je réfléchis à voix haute. Les fils et filles de génocidaires, qui n’avons jamais soutenu leurs crimes, qui leur avons crié "assassin", aussi peu que nous soyons, retrouvons-nous. […] Ensemble pour tisser l’histoire, apporter des informations et crier plus fort que jamais.» Les réseaux sociaux ont fait leur office et rapidement, deux autres filles de tortionnaires contactent Erika. «Je n’arrivais pas à y croire. Au téléphone, je leur ai demandé : "Vous êtes bien conscientes de la consigne ici ? C’est mémoire, vérité et justice, hein !" Je n’avais pas confiance envers d’autres enfants de tortionnaires… La même méfiance à laquelle j’ai été confrontée toute ma vie. On est nées coupables, il faut toujours démontrer notre innocence.»

                    Un nom de famille trop lourd à porter


                    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

                    MEMBRES DE L'ASSOCIATION « HISTORIAS DESOBEDIENTES »
                    (HISTOIRES DÉSOBÉISSAN
                    TES) PHOTO EMILIANO LASALVIA
                    Et puis elles se sont rencontrées, dans un café du centre de Buenos Aires. « On est tombées dans les bras l’une de l’autre, on a uni nos solitudes. » Elles se sont raconté leurs histoires, traquant les ressemblances, cherchant les différences. D’autres les ont rejointes, des femmes principalement. « Un autre point en commun, c’est que l’on était toutes turbulentes, désobéissantes. À un moment ou à un autre, on a toutes fini par dire non à nos familles, et à en être ostracisées. »

                    Certaines ont changé leur nom de famille, trop lourd à porter. Pas Erika. «J’ai eu un doute sur mon identité, je me suis dit que j’étais peut-être un de ces bébés volés. Quand j’ai eu les résultats des analyses d’ADN, cet espoir s’est envolé. Non, personne ne viendrait me chercher, m’enlacer. Il n’y a pas d’autre famille, d’autre nom que le mien. Alors j’ai décidé d’assumer toute cette merde qui est mon histoire, de me reconstruire.»

                    Certaines conservent quelques liens sporadiques avec leurs familles, tous les pères n’ont pas été violents avec leur progéniture, quelques-uns étaient même tendres. Il y a des visites en prison, parfois. Celui d’Erika s’est suicidé, acculé par la justice. «On est en train de se recréer presque comme un deuxième groupe familial. On vient juste de se rencontrer, mais on ressent le besoin de se voir, presque tous les jours. Mais au-delà du soutien moral que l’on s’apporte, il faut maintenant que l’on s’organise.» Le premier pas, fait la semaine dernière, a été de sortir publiquement, d’assumer leurs «histoires désobéissantes» (comme ils ont baptisé leur groupe Facebook) face à la société argentine. C’est pour la gigantesque manifestation féministe de Ni una menos organisée samedi 3 juin que le groupe des six a étrenné sa banderole « Fils et filles de génocidaires pour la mémoire, la vérité et la justice ». Galvanisé par l’occasion, mais pas très rassuré quant à la réaction que leur présence allait provoquer. « J’ai toujours manifesté pour la justice sociale en tant que citoyenne, raconte Liliana Furio, 54 ans et l’une des trois premières désobéissantes. Mais marcher en nos noms, sous cette banderole, c’est différent, il y a une question de légitimité. »

                    La réponse à cette question a été unanime : de nombreux Argentins se sont approchés pour les remercier, les enlacer, les embrasser. Parmi eux, il y a Patricia Isasa, survivante de la dictature, séquestrée, torturée, violée. Autour de son cou, une pancarte : «Je suis victime du terrorisme d’État et des pères de ces femmes que je prends dans mes bras.» Elle serre longuement Erika contre elle, dont les longs cheveux noirs cachent les yeux, cachent les larmes. « Nous avons toutes été victimes de ces hommes cruels. Moi pendant leurs heures de travail, elles sur leur temps libre. Mais aujourd’hui, nous disons ensemble : plus jamais.» Au cortège qui s’est étoffé, trois nouvelles filles désobéissantes viennent de s’agréger. Bibiana Reibaldi, 60 ans, se laisse envahir par l’émotion : « La douleur est plus légère quand on la partage. Aujourd’hui, nous venons apporter de la lumière. Nous formons la partie d’un tout et ce tout a à voir avec la justice. »

                    «Un signe que l’histoire s’est retournée»

                    [ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

                    « HISTORIAS DESOBEDIENTES »
                    (HISTOIRES DÉSOBÉISSAN
                    TES

                    Les histoires personnelles se tissent, s’entrelacent et se superposent pour créer un récit commun encore jamais raconté, jamais entendu. Il offre une nouvelle perspective sur l’histoire nationale. « Nous sommes en train de fouiller dans nos souvenirs. Nous avons grandi avec eux, nous connaissons leur mode de fonctionnement, de pensée. Peut-être certains détails qui nous semblent anodins peuvent-ils servir à la justice », s’interroge Liliana Furio, tout en longeant les murs de granit du parc de la Mémoire, où sont inscrits les noms des disparus de la dictature.

                    Les militaires ont appliqué la loi du silence. Même pendant les procès, ils n’ont pas desserré les dents. «Le fait que certains de leurs enfants soient passés dans l’autre camp, alors qu’eux, en volant les bébés des disparus et en les élevant en leur sein, voulaient les con vertir, c’est encore un signe que l’histoire s’est retournée contre eux», analyse Liliana. A ses côtés, Erika continue : « Il y a tant d’histoires sans fin. Des corps qui n’ont jamais été retrouvés, des grands-mères sans leurs petits-enfants. Ensemble, nous pouvons peut-être être utiles. Nous sommes une boîte de Pandore que l’on vient d’ouvrir, qui sait ce qui en sortira. » Puis elles s’éloignent, longeant les eaux troubles du Rio de la Plata.