dimanche 26 février 2017

DES CHILIENS ONT ÉVOLUÉ POUR BOIRE DE L'EAU CONTAMINÉE À L'ARSENIC


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]


PHOTO ANTOINE2K / SHUTTERSTOCK
L’arsenic est toxique pour l’humain. Et les rares réserves d’eau de la région de Camarones, dans le désert Atacama, au Chili, en contiennent une proportion 100 fois supérieure à la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Et pourtant, les habitants la consomment apparemment sans problème.
leur secret : une évolution génétique qui leur permet de métaboliser ce poison.

C’est du moins la thèse que défend une équipe de chercheurs chiliens. En examinant les variantes du gène AS3MT chez 150 Chiliens, le généticien Mario Apata et ses collègues ont remarqué que 68 % de ceux qui habitaient la région de Camarones étaient dotés d’une variante du gène qui les rendait aptes à « digérer » ce poison.


La pression évolutive que représentait pour la population de l’Atacama le taux élevé d’arsenic dans l’eau aurait favorisé la survie dans cet environnement hostile des individus dotés de ce gène bien pratique.

samedi 25 février 2017

6ÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE ISIDORA AGUIRRE


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
ISIDORA AGUIRRE TUPPER
PHOTO LA TERCERA

2011 -25 FÉVRIER- 2017 
COMMÉMORATION DU 6ÈME ANNIVERSAIRE 
DE LA MORT DE ISIDORA AGUIRRE
Isidora Aguirre Tupper, née le 22 mars 1919 à Santiago du Chili et morte le 25 février 2011 dans la même ville, fut une dramaturge et romancière chilienne.

mardi 21 février 2017

BD SUR LE CHILI D'AVANT SALVADOR ALLENDE


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Un documentaire en bande dessinée sur le Chili d'avant Salvador Allende. Ce mois de février est marqué par la sortie d'un très beau roman graphique: « Là où se termine » la terre de Désirée et Alain Frappier
La bande dessinée documentaire se porte bien. Le genre est depuis quelques années de plus en plus présent dans les rayonnages des librairies et offre désormais tout au long de l'année des parutions réjouissantes et d'une grande diversité, des récits de voyage de Guy Delisle aux enquêtes d'Etienne Davodeau en passant par la collection de la bédéthèque des savoirs au Lombard qui mobilise chaque mois quelques grandes signatures.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Ce mois de février est marqué par la sortie d'un très beau roman graphique: Là où se termine la terre de Désirée et Alain Frappier, qui raconte l'histoire du Chili de 1948 à 1970 à travers le destin d'un de ses ressortissants (éditions Steinkis).

Pedro est le petit-fils d'un immigré libanais arrivé au Chili en 1900. Enfant de la classe moyenne, profitant d'une bonne éducation à l'Alliance Française, il jouit d'une enfance insouciante malgré l'actualité anxiogène que génère la guerre froide. Inconscient des bouleversements en cours, sa conscience politique s'éveille simplement pour constater que certains enfants ont beaucoup de billes mais la majorité aucune. Si ses parents bienveillants livrent peu leurs opinions, Pedro s'ouvre à l'adolescence à la politique, stimulé par la révolution cubaine et les combats du Che sur le continent sud-américain, et par certains faits divers comme la condamnation à mort d'un criminel, « le Chacal », métamorphosé par l'éducation en prison, ce qui provoque un débat national sur le lien entre criminalité et pauvreté.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



L'émergence du Front d'action populaire de Salvador Allende et ses premiers échecs électoraux sèment les graines d'un espoir de changement et les débuts d'un engagement de Pedro, devenu étudiant dans un continent bouillonnant et dont la société civile manifeste alors, comme partout dans le monde, une inextinguible soif de changement.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Les événements sportifs secouent aussi le jeune garçon: la Coupe du Monde organisée au Chili en 1960 et surtout les Jeux Olympiques de Mexico de 1968, précédés par le massacre de Tlateloco où l'armée massacre 400 étudiants manifestant contre le pouvoir, comme une préfiguration de ce connaîtra bientôt le Chili à bien plus grande échelle. Pedro est alors devenu un militant révolutionnaire, révolté par les fortes inégalités de son pays et par l'impérialisme des États-Unis et sa guerre injuste au Viet-Nam. Apprenti comédien, adepte de la route et des joutes verbales, le regard tourné vers La Havane, Pedro incarne à la fois la jeunesse et les utopies des années 1960.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Salvador Allende accède enfin au pouvoir le 3 novembre 1970 à la tête d'une coalition des forces de gauche chiliennes. Il en sortira trois ans plus tard par la force, à l'issue du coup d'État de Pinochet qui installera la plus longue dictature militaire connue en Amérique Latine. Le régime de répression et l'épuration toucheront quasiment tous les personnages de l'histoire ici racontée.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Pedro, qui a vraiment existé, a survécu. Il vit aujourd'hui en France et ce roman graphique est son histoire, telle que racontée aux deux auteurs rencontrés par hasard dans une soirée parisienne. Petit-fils de Violeta Parra, « une des artistes les plus douées et précieuses que le Chili ait connues », il livre un témoignage bouleversant sur un épisode de l'histoire contemporaine pas toujours bien connu et compris sur notre continent. Pour ceux qui apprécient la bande dessinée lorsqu'elle rend intelligent, Là où se termine la terre prend son temps pour livrer toutes les clés d'un volet douloureux de l'histoire récente et dont toutes les plaies n'ont pas été pansées. Un ouvrage important au dessin élégant, à ranger entre Persepolis et les albums de Joe Sacco.

ÉQUATEUR : UN SOCIALISTE EN TÊTE POUR LA SUCCESSION DE CORREA


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

LE CANDIDAT À LA PRÉSIDENTIELLE LENIN MORENO
PHOTO RODRIGO BUENDIA
Lenin Moreno était en tête du premier tour de la présidentielle de dimanche, loin devant le leader de l'opposition Guillermo Lasso.
C'est la fin d'une ère en Équateur, mais la continuité pourrait être assurée puisque le candidat socialiste semblait susceptible de remporter les élections présidentielles dès le premier tour. Dimanche soir, Lenin Moreno, candidat du parti au pouvoir l'Alliance Pays (Alianza Pais), a recueilli 39,11% des voix selon les résultats partiels portant sur 88,3% des suffrages exprimés et publiés lundi sur le site du Conseil national électoral (CNE).

Face à lui, l'ex-banquier Guillermo Lasso, du mouvement conservateur Créant des opportunités (Creo), crédité de 28,30%. «Cette bataille, nous allons la gagner!», a fièrement lancé M. Moreno dimanche soir, devant la foule, au siège de son parti à Quito.

Pour l'emporter au premier tour, le candidat socialiste doit recueillir 40% des voix avec dix points d'avance sur son adversaire. Dans le cas contraire, les deux hommes devront s'affronter dans un second tour fixé au 2 avril, qui s'annonce difficile pour le candidat de l'AP. M. Lasso devrait bénéficier du report des voix d'autres candidats comme l'ex-députée de droite Cynthia Viteri, arrivée en troisième position, avec 16,33%, qui a déjà appelé à voter pour le leader de l'opposition de droite.

Dimanche, M. Lasso a annoncé être «certain d'un second tour». De son côté, le président, qui soutient le candidat socialiste s'affichait optimiste. «Nous avons déjà les 10 points de différence avec Lasso et cela continue à augmenter», a-t-il posté sur son compte Twitter.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
LENIN MORENO DESSIN PANCHO CAJAS POUR LE
QUOTIDIEN CONSERVATEUR EL COMERCIO D'EQUATEUR

Un homme modéré

Diplômé en administration publique, Lenin Moreno a également étudié la médecine et la psychologie. En 1998, il est victime d'une agression par balles qui le rend paraplégique. Âgé de 64 ans, ce père de trois filles est aujourd'hui contraint de se déplacer en fauteuil roulant. Engagé dans de nombreuses causes sociales, il a réalisé la première étude publique sur la situation des handicapés en Équateur. Entre 2001 et 2004, il a été directeur du Centre national pour les handicapés. En 2012, il devient secrétaire général adjoint de l'ONU pour le handicap à Genève, après avoir été nommé au prix Nobel de la paix la même année.

Vice-président de l'Équateur entre 2007 et 2013, Lenin Moreno est un pilier de son parti. Même s'il a annoncé vouloir prolonger le «socialisme du XXIe siècle» installé par son prédécesseur, son caractère tempéré contraste avec l'image forte de Rafael Correa. Il pourrait bien renouer le dialogue avec plusieurs opposants du régime. «Le pouvoir est un exercice d'humilité, de service et non de vanité», a récemment déclaré le candidat.

Après dix ans de corréisme, le pays s'est modernisé et les inégalités sociales ont été réduites. Néanmoins, le pays traverse aujourd'hui un fort endettement et une crise économique profonde, en particulier chez les classes moyennes. Par ailleurs, certains membres du gouvernement sont impliqués dans des scandales de corruption qui entachent un peu plus le bilan du parti au pouvoir.
Un enjeu pour la gauche

En ce qui concerne les élections législatives, l'AP arriverait largement en tête même si on ne peut toujours pas savoir si elle conservera sa majorité des deux tiers de l'Assemblée.

Ce scrutin est déterminant pour la gauche latino-américaine, après le virage conservateur des grands pays du continent comme le Brésil, l'Argentine ou encore le Pérou. «Ici, ce qui est en jeu, c'est l'avenir de l'Équateur», a déclaré lundi matin M. Moreno à la chaîne Telesur. Mais «j'aime les défis forts, les grands enjeux et je vais réussir», a assuré le candidat.




SUR LE MÊME SUJET :

lundi 20 février 2017

CHILI: LES MINEURS EN GRÈVE D'ESCONDIDA AFFICHENT LEUR DÉTERMINATION

Les mineurs de la plus grande mine de cuivre du monde, Escondida, réclament une hausse de salaire de 7% et une prime de 39 000 dollars. Et ils semblent déterminés.

Déjà, en 2011, une grève de 14 jours avait paralysé la production et fait monter les cours mondiaux du cuivre. En effet, le Chili est le plus gros producteur mondial de cuivre avec un tiers de l'offre totale et la mine Escondida représente à elle seule 5% de l'offre mondiale.

Avant même le début de la grève, la menace d'arrêt de travail avait fin grimper les cours du cuivre de 12% en janvier. Or les grévistes affirment qu'ils sont prêts à poursuivre le mouvement pendant deux mois. Sur place, à 3000 mètres d'altitude dans le désert d'Atacama, les grévistes occupent le site par rotation de 1 250 personnes. Ils sont déterminés à tenir jusqu'au bout, unis derrière leur devise « vaincre ou mourir ».

dimanche 19 février 2017

PRÉSIDENTIELLE EN EQUATEUR: LE CANDIDAT DE GAUCHE EN TÊTE

DANS UN BUREAU DE VOTE À QUITO, DIMANCHE 19 FÉVRIER 2017
PHOTO MARIANA BAZO

« On a gagné ! », a lancé le candidat d'Alliance Pays (AP, au pouvoir) au côté du président Rafael Correa et devant ses partisans dans un hôtel du nord de la capitale, peu après la fermeture des bureaux de vote à 17H00, heure locale.

« L'idée est que l'on doit gagner avec humilité et perdre avec dignité. Nous attendons cette réaction de la part du candidat perdant », a ajouté Lenin Moreno, ex vice-président de l'actuel chef de l'Etat, qui ne se représente pas après dix ans au pouvoir et trois mandats.

Il a ajouté qu'il allait « attendre plus tard les résultats définitifs du Conseil national électoral (CNE)», qui sont prévus dans la nuit.

Quelque 12,8 millions d'électeurs doivent désigner le successeur de Rafael Correa parmi huit candidats, mais aussi le vice-président, 137 députés et cinq représentants au Parlement andin, en présence de quelque 200 observateurs internationaux.

IMRE KERTÉSZ : « J'AI TOUJOURS EU DE L'HUMOUR, JE SUIS UN ÊTRE DOTÉ D'HUMOUR PAR LA NATURE »


[ Pour écouterdouble-cliquer sur la flèche ] 

IMRE KERTÉSZ : « J'AI TOUJOURS EU DE L'HUMOUR, JE SUIS UN ÊTRE DOTÉ D'HUMOUR PAR LA NATURE » 
PAR  NICOLAS DEMORAND   -RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ JEUDI 31 MARS 2016   
DURÉE : 0:17:56 

France Culture
En décembre 2002, juste après avoir obtenu le Prix Nobel de littérature, l'écrivain avait accordé un entretien aux Matins de France Culture présenté alors par Nicolas Demorand. Propos sur la langue, la littérature, sur les conversations dans les camps de concentration, et sur l'humour, une nécessité pour survivre.
« Nous sommes les derniers à avoir connu les camps de concentration dans notre chair. Posez-moi des questions, interrogez-moi »

AU CHILI, LES MINEURS EN GRÈVE D'ESCONDIDA NE VEULENT PAS LÂCHE


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]


Mine d'Escondida (Chile) - À 3.000 mètres d'altitude en plein désert chilien d'Atacama, le campement abrite les travailleurs en grève d'Escondida, plus grande mine de cuivre au monde, déterminés à tenir jusqu'au bout, unis derrière leur devise « vaincre ou mourir ».




LES TRAVAILLEURS EN GRÈVE DE LA MINE D'ESCONDIDA, NE VEULENT  
PAS LÂCHER LE 16 FÉVRIER 2017 À ANTOFAGASTA, AU CHILI  
PHOTO MARTIN BERNETTI
«Nous n'allons rien lâcher », prévient Walter Castro, un mécanicien de 29 ans, à quelques jours de la première réunion de médiation prévue lundi, entre les représentants des quelque 2.500 salariés du site minier et la direction, avec le gouvernement en arbitre.


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
LES  SALARIÉS EN  GRÈVE DE  LA  MINE  DE CUIVRE 
D'ESCONDIDA, LE 9 FÉVRIER 2017 À ANTOFAGASTA  

Après une dizaine de jours de conflit, où chaque partie s'observe et se jauge, les syndicats font preuve de méfiance: la réunion initiale de mercredi a finalement été reportée sine die à la demande du propriétaire de la mine, le groupe angle-australien BHP Billiton, affirment-ils.  

« Il faut être en grève le temps nécessaire, jusqu'à la mort. Nous devons récupérer tout ce qu'on avait », explique à l'AFP Karen Vargas, une des 250 femmes qui travaillent à Escondida, d'où sort 5% de la production mondiale de métal rouge. 

Le Chili est le plus gros producteur de cuivre au monde, couvrant près d'un tiers de l'offre mondiale. 
Les mineurs exigent une hausse des salaires de 7% et un bonus de 39.000 dollars, accusant aussi l'entreprise de vouloir réduire les salaires et les conditions contractuelles des nouvelles recrues. 

« Les bénéfices que j'avais en entrant, n'existent plus », souligne Vinka Orellana, conductrice de camions de 33 ans. 

« Comme tout le monde, nous voulons offrir une bonne qualité de vie à nos enfants. Et l'entreprise est en train de nous enlever ça », ajoute cette femme au bord des larmes. 

- Nuits glaciales - 

Sous le ciel bleu métal du désert, les grévistes portent tous chapeaux, larges lunettes de soleil et foulards. Ils sont aussi équipés de doudounes pour affronter les nuits glaciales. 
Entre discussions, écrans de télévision géants sous une grande tente et piquets de grève, les travailleurs se relaient jour et nuit. 

Leur participation au mouvement social est calquée sur leur rythme de travail: 10 heures par jour pendant 7 jours, suivis d'une semaine de repos. Au total, 1.250 personnes sont présentes à chaque rotation.  

En amont de la réunion de lundi, la direction a publié un communiqué où elle souligne qu'« une conversation doit avoir lieu dans un cadre respectueux et qui garantisse le respect de la loi, ce qui n'est pas le cas jusqu'à présent ».  

L'entreprise a décidé durant la grève de stopper la production afin de garantir la sécurité et de ne maintenir en marche les services minimum. Elle a dénoncé le week-end dernier l'expulsion par 300 mineurs en grève de travailleurs sous-traitants qui se reposaient dans leur propre campement. 
Devant le silence de l'entreprise côté négociations, les travailleurs ont demandé au gouvernement d'intervenir dans le conflit pour joueur les médiateurs.

vendredi 17 février 2017

« ZONA FRANCA » : EN PATAGONIE AUSSI, LE TOURISME GOMME L’HISTOIRE ET LA GÉOGRAPHIE


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Existe-t-il dans notre monde surquadrillé une idée du « lointain » où l’aventure et la découverte seraient encore envisageables ? En explorant les paysages surréels de la Patagonie chilienne, à l’extrémité du monde, le photographe et chef opérateur Georgi Lazarevski, d’origine yougoslave, apporte une réponse sceptique et teintée de mélancolie : la société moderne à son stade le plus avancé, celui du tourisme, foule du pied toute terre existante et réécrit l’histoire à l’aune de ses itinéraires tout tracés.
PHOTO ZEUGMA FILMS
Son beau documentaire Zona Franca, situé dans la province délaissée du détroit de Magellan, s’enroule autour de trois personnages. Le premier, Gaspar, est un vieil orpailleur vivant loin de tout dans son rancho rafistolé.

L’or ne faisant plus recette, il propose aux touristes de passage de l’observer dans ses activités. Edgardo, routier très engagé politiquement, participe au blocage d’un axe touristique, en guise de manifestation contre la hausse des prix du gaz. Enfin, Patricia, gardienne silencieuse, surveille les parages de la « Zona Franca », le plus gros centre commercial de la région et espace commercial défiscalisé, où affluent les visiteurs locaux et étrangers. Chacun ouvre un point de vue différent sur les évolutions historiques, sociales, économiques de la région, mais surtout sur l’indécrottable isolement de sa population à travers les âges.

Splendeur terrible



[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

PHOTO ZEUGMA FILMS
Lors d’une visite dans un ancien abattoir réhabilité en hôtel de luxe, Edgardo rappelle que sous la domination anglaise, à la fin du XIXe siècle, les ouvriers travaillaient 14 heures par jour sans aucun droit. Un passage dans la riche demeure du pionnier et industriel Mauricio Braun, devenue musée, fait ressurgir le souvenir enfoui du génocide des aborigènes, de la spoliation des terres, de l’exploitation à tous crins – désolantes annales qu’une guide réunit sous le terme de « Patagonie tragique ».

Partout où il passe, le tourisme oblitère la réalité des luttes sociales qui définissent un peuple et son histoire. Georgi Lazarevski dévoile, grâce à un sens consommé de l’espace, la splendeur terrible de cette région. Sans jamais verser dans le « paysagisme », il désigne les fractures (clôtures des propriétés), les fissures (les stations d’extraction hydraulique du gaz), les stigmates (la zone commerciale perçue comme un non-lieu) logés dans ses reliefs hallucinants. Sa qualité d’écoute laisse libre cours à une parole enracinée et consciente, résonant toujours en profondeur avec les lieux traversés, comme cette fascinante « Route de la fin du monde », qui semble désigner la dissolution de l’aventure humaine. Enfin, le montage, intelligent et sensible, tresse un ¬riche réseau de sens, suggérant toute une historicité à partir du quotidien le plus immédiat.

Cri d’un peuple


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

PHOTO ZEUGMA FILMS


Dans son dernier tiers, le film assiste à la rencontre imprévue entre ces deux réalités parallèles, celle du tourisme et celle de la contestation sociale. Un barrage de routiers immobilise pendant plusieurs jours un bus d’étrangers dans la ville de Puerto Natales, jusqu’à frôler l’incident diplomatique. Exaspérés, les voyageurs piaffent de mécontentement, sans se rendre compte qu’ils disposent là d’un contact privilégié avec la vérité du pays qu’ils traversent et de ses habitants. Cette vérité, c’est évidemment le cri d’un peuple, cette colère qu’il ne peut plus contenir et qui vient de très loin, de siècles d’exploitation et d’humiliations subies en silence. Et le documentaire de nous faire éprouver alors que le présent n’est jamais indifférent, mais porte en lui la mémoire des souffrances endurées et des crimes impunis.


SUR LE MÊME SUJET :


jeudi 16 février 2017

LA FIÈVRE DU LITHIUM, « PÉTROLE DU XXIème SIÈCLE », SAISIT L’ARGENTINE


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]



Les prix du lithium, un minerai parfois présenté comme « le pétrole du XXIème siècle », flambent. Ils ont plus que doublé depuis la fin de 2015 pour atteindre 13 000 dollars (12 243 euros) la tonne. Quant à la demande mondiale, en forte hausse, elle pourrait dépasser les 170 000 tonnes en 2021, selon la Corporation nationale du cuivre (Codelco), à Santiago. Car ce métal mou, très léger et blanc argenté n’est pas seulement un composant essentiel des batteries des téléphones portables. Il est utilisé par les laboratoires pharmaceutiques pour combattre les maladies bipolaires, mais aussi dans l’industrie nucléaire et dans l’automobile, actuellement son principal débouché pour les batteries des voitures électriques.
Par Christine Legrand
SITE D’EXTRACTION DE LITHIUM 
DANS LE DÉSERT DE SEL
DE L’HOMBRE MUERTO 
(NORD DE L’ARGENTINE), EN 2012.
PHOTO ENRIQUE MARCARIAN 


À eux trois, l’Argentine, la Bolivie et le Chili détiennent plus de 70 % des réserves mondiales, de facile extraction. Le carbonate de lithium se trouve dans des zones désertiques, à la place de lagunes et de lacs asséchés, sur des plateaux à haute altitude.






[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

Les multinationales minières se sont mises en ordre de bataille, ces dernières années, avec les yeux rivés sur le dénommé « triangle du lithium », formé par les déserts de sel d’Atacama, au Chili, d’Uyuni, en Bolivie, et d’Hombre Muerto, en Argentine. Les gouvernements de ces trois Etats frontaliers d’Amérique du Sud les ont encouragées : ils misent – ou ont misé – sur les investissements étrangers pour trouver de nouvelles sources de croissance.

Le Chili était jusqu’à présent le principal producteur de lithium, avec 50 « salars » (des déserts de sel) répertoriés, dont le plus étendu est celui d’Atacama, au nord du pays, l’un des endroits les plus arides de la planète. La particularité de leurs saumures, comme en Argentine ou aux Etats-Unis, est qu’elles produisent du carbonate de lithium, plus facile et plus économique à exploiter que le lithium minéral que l’on trouve en Australie, au Brésil ou au Zimbabwe, précise Codelco.

Réduction de dépendance

La présidente chilienne, la socialiste Michelle Bachelet, s’y est intéressée de près car elle veut réduire la dépendance de son pays à l’égard du cuivre, dont le prix s’est effondré sur les marchés mondiaux alors qu’il assurait jusqu’à présent plus de la moitié des entrées de devises. « Notre situation économique est la meilleure preuve que nous ne pouvons ni être un pays monoproducteur ni diminuer l’exportation de matières premières », a fait valoir la présidente en lançant, en janvier 2016, une nouvelle politique du lithium qui repose sur des partenariats entre Codelco et des sociétés privées.




Mais le Chili n’est plus seul à miser sur l’« or blanc ». De l’autre côté de la cordillère des Andes, l’Argentine met les bouchées doubles pour rattraper son retard sur ses deux voisins. Ces derniers mois, des hommes d’affaires venus du Japon, de Chine, de Corée du Sud, d’Australie ou de France ont débarqué dans les provinces du Nord-Ouest - Salta, Jujuy et Catamarca. La bataille du lithium a redoublé de vigueur depuis l’arrivée à Buenos Aires du nouveau gouvernement de centre droit de Mauricio Macri. Dès sa prise de fonction, le 10 décembre 2015, M. Macri a multiplié les gestes d’ouverture commerciale à l’international et surtout, il a supprimé, le 12 février 2016, les taxes sur les exportations minières qui étaient de 5 % à 10 %. Seule une redevance de 3 % doit être désormais versée aux provinces où se trouvent les gisements.

Les réserves argentines permettraient de produire de quoi approvisionner l’industrie japonaise des portables et des voitures électriques pendant quatre ans. Avec les baisses d’impôt qu’il a accordées, le pays est en passe de devenir le producteur d’« or blanc » le plus attrayant pour les investissements étrangers. D’autant plus qu’il s’est ouvert à ces derniers au moment où ses voisins se faisaient, eux, plus regardants.

Rejet de plusieurs offres

Ainsi le Chili a-t-il suspendu l’octroi de nouvelles concessions à des entreprises étrangères, et la Bolivie a-t-elle interdit, pour des raisons politiques, l’exploitation du lithium par des multinationales. Le président bolivien Evo Morales a rejeté plusieurs offres de partenariat sur le lithium avec des sociétés étrangères. Quant aux projets d’exploitation de Comibol, l’entreprise minière publique bolivienne, ils sont freinés par l’opposition des populations indigènes du salar d’Uyuni, haut lieu touristique, à plus de 4 000 mètres d’altitude. C’est le plus grand désert de sel au monde – et la première réserve mondiale de lithium –, mais il reste inexploité.

Autant de raisons de lorgner l’Argentine. C’est ce qu’a fait le groupe français Eramet, avec les salars de Centenario et de Ratones, soit 500 km2 au total, dans la province de Salta. Les japonais Toyota et Mitsubishi, le sud-coréen Posco sont entrés en production dans la province de Jujuy, frontalière du Chili et de la Bolivie. Une importante compagnie chilienne, SQM, vient même de déménager en Argentine. Privatisée pendant la dictature militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990), SQM était présidée, jusqu’en 2016, par Julio Ponce, l’ancien gendre du dictateur chilien. Associée au groupe japonais Kowa, l’entreprise dominait jusqu’à présent le marché mondial du lithium. Mais elle traverse une phase de turbulences : M. Ponce, qui conserve près de la moitié des actions, est impliqué dans de retentissants scandales de corruption qui ébranlent l’ensemble de la classe politique chilienne. Il est aussi accusé d’évasion fiscale.

Si le président Macri a décidé d’offrir « les meilleures opportunités aux investisseurs étrangers », le Chili, lui, entend leur imposer un contrôle strict, notamment pour des raisons environnementales. « Nous souhaitons travailler avec quiconque veut explorer et produire du lithium à condition toutefois de respecter les règles et les standards chiliens », fait valoir à Santiago la ministre des mines, Aurora Williams. Les permis pour opérer doivent être autorisés par la Commission chilienne d’énergie nucléaire (CCHEN). Plusieurs sont en attente.

Les écologistes crient au « saccage »

Pour le président de la CCHEN, Jaime Toha, « l’équilibre environnemental rend difficile une augmentation de la production » dans le salar d’Atacama, un haut lieu du tourisme international. Plusieurs parlementaires chiliens souhaitent que l’Etat reprenne en main le contrôle du lithium. « Accorder des concessions à vie avec une capacité d’extraction supérieure à la capacité de renouvellement de la ressource exploitée est complètement irrationnel. Il faut mettre fin à cela », estime la députée socialiste Isabel Allende.

« L’opportunité est à saisir maintenant, car il n’y a aucune garantie que le lithium va croître de façon indéfinie », assure pour sa part Eduardo Bitran, vice-président de la Corporation pour le développement de la production (Corfo), un organisme public de soutien à l’industrie. Comme le pétrole, ajoute-t-il, « c’est une ressource non renouvelable, et donc disponible jusqu’à son épuisement ».

L’exploitation du lithium a toutefois ses détracteurs, qui doutent qu’il s’agisse d’une industrie « verte ». A Santiago, les écologistes dénoncent « le saccage du désert d’Atacama, un des endroits les plus arides de la planète, où [les sociétés minières] ont pompé l’eau disponible et rejeté des montagnes de magnésium solidifié ». A Buenos Aires, Pia Marchegiani, avocate à la Fondation pour l’environnement et les ressources naturelles (Farn), s’inquiète aussi de la quantité d’eau nécessaire à l’extraction d’un minerai dont les gisements sont situés en zone désertique. La juriste regrette également les faiblesses d’un code minier national qui « favorise une extraction à tous crins » alors que les promesses de création d’emplois dans les provinces restent souvent lettre morte.

Les communautés indigènes ont aussi leur mot à dire dans l’exploitation du minerai. Elles sont censées donner leur aval aux opérations d’extraction minière qui sont engagées sur leurs terres. Or « ces communautés souhaitent conserver leur mode de vie ancestral, les salars sont pour elles des lieux sacrés, et elles exigent d’être consultées sur le modèle de développement », commente Me Marchegiani. Plusieurs actions en justice ont été engagées par la population locale afin de stopper de nouveaux projets, jusqu’à maintenant sans résultat. Mais les défenseurs de l’environnement ne sont pas près de désarmer : « Il faut éviter que la fièvre de l’or blanc provoque des abus semblables à ceux qui ont accompagné l’extraction d’autres minerais au XXe siècle », insiste Pia Marchegiani. Comme au Chili et en Bolivie, des réticences commencent à apparaître en Argentine.

mardi 14 février 2017

JOSÉ DE SAN MARTÍN (1778-1850)


[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

JOSÉ DE SAN MARTÍN 
PAR FRANÇOIS JOSEPH NAVEZ, (1824) 

Soldat et homme d'État argentin. Fils d'une famille d'aristocrates espagnols qui retournèrent en Espagne quand il avait sept ans, José de San Martín reçut une éducation européenne. Ricardo Rojas, son biographe, divise sa vie en trois époques : 1778-1817, années de formation ; 1817-1822, années de réalisations ; 1822-1850, années de renoncement. San Martín servit vingt-deux ans dans l'armée espagnole et atteignit le grade de lieutenant-colonel. 
PORTRAIT DU GÉNÉRAL
JOSÉ DE SAN MARTIN
(1829) PROBABLEMENT
PAR JEAN BAPTISTE MADOU.
Apprenant en 1812 qu'un mouvement pour l'indépendance de son Argentine natale avait éclaté à Buenos Aires, il offrit ses services au gouvernement révolutionnaire. À son retour en Argentine, il trouva le pays en proie au chaos. Il ne s'y était formé aucun gouvernement stable, et les liens qui le rattachaient à l'Espagne n'avaient pas non plus été coupés par une déclaration formelle d'indépendance. San Martín ne briguait pas le pouvoir politique, il était soldat au tout premier chef, tout en marquant une préférence pour la monarchie constitutionnelle. Son objectif primordial était de battre les forces espagnoles et d'émanciper l'Amérique. Il était convaincu que la domination espagnole sur l'Amérique serait maintenue tant que le Pérou ne serait pas libéré. « La guerre, disait-il, continuera tant que nous ne serons pas à Lima. » Son plan consistait donc à former une petite armée disciplinée en Argentine occidentale, puis à entrer au Chili pour chasser les Espagnols, y établir un gouvernement amical et stable, et conduire finalement son armée par mer jusqu'au Pérou.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

DESSIN CHARLES DOMINIQUE FOUQUERAY
IMMAGE GALLICA

L'Argentine proclama son indépendance en 1816, alors que San Martín attendait patiemment son heure. Trois années durant, il organisa et exerça ses hommes, puis, au début de 1817, il traversa les Andes en deux endroits, Los Patos et Uspallata, fondant à l'improviste sur les Espagnols. Il les battit à Chacabuco et entra à Santiago du Chili le 15 février 1817. Nommant son ami et collaborateur Bernardo O'Higgins directeur politique du Chili, il rassembla ses forces pour la suite de l'action. Une deuxième victoire sur les Espagnols, à Maipú en 1818, scella l'indépendance du Chili.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

GRAVURE ENTREVUE SAN MARTIN ET BOLIVAR À GUAYAQUIL
PAR J. COLLIGNON

La conquête du Pérou était cependant une autre affaire. San Martín passa près de deux ans à armer une flotte pour transporter son armée. Il s'embarqua enfin en août 1820 pour Lima, entra dans la ville le 9 juillet 1821 et proclama l'indépendance du Pérou. Mais les forces espagnoles se retirèrent dans les montagnes, et San Martín ne put en venir à bout. 

Tout naturellement, il songea à Bolívar, qui se dirigeait alors vers le sud dans sa campagne de libération de l'Équateur. Les deux hommes se rencontrèrent à Guayaquil en juillet 1822. La teneur de leur entretien est l'une des questions les plus controversées de l'histoire hispano-américaine. Une chose est sûre : ils ne purent s'entendre sur des plans de libération pour le Pérou, ou d'avenir politique pour l'Amérique latine qui leur convinssent à tous deux. Déçu, San Martín quitta Guayaquil en avouant que Bolívar n'était pas « l'homme que nous avions imaginé ». 

Il présenta sa démission au Congrès péruvien en septembre 1822. Le fit-il pour laisser le champ libre à Bolívar ou à cause de l'écroulement de ses espoirs ? Cela demeurera toujours un mystère. Il fit à l'Amérique un adieu muet et écrivit à O'Higgins : « Je suis las d'être traité de tyran, d'entendre les gens dire que je veux être roi, empereur, ou même le diable. » Il passa le reste de sa vie d'exilé en Belgique, puis à Paris, enfin à Boulogne-sur-Mer.

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]

ESTAMPE BATALLA DE CHACABUCO 
AUTEUR GERICAULT THÉODORE

San Martín n'a pas eu une influence aussi considérable que Bolívar sur le mouvement d'indépendance de l'Amérique du Sud, et ses idées politiques ne trouvèrent pas d'écho. Il était partisan d'une monarchie constitutionnelle centralisée qui ne convenait pas à la plupart des pays d'Amérique latine. Par ses qualités humaines et militaires, il se classe parmi les grands hommes d'Amérique du Sud. Les victoires de Chacabuco et de Maipú sont des jalons de l'indépendance de l'Argentine, du Chili et du Pérou ; néanmoins, le triomphe final sur les troupes espagnoles n'intervint qu'après que San Martín se fut retiré de la lutte.

© Encyclopædia Universalis 2004