mercredi 21 juin 2017

« RARA » : TRANCHE DE VIE À SANTIAGO DU CHILI


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COCA GUAZZINI
Porté par la jeune actrice Julia Lübbert dans le rôle-titre, le film de Pepa San Martin trouve ses limites dans une approche trop sociologique.
AFFICHE DU FILM
Tranche de vie de Sara, 13 ans, entre le lycée, les copines, les premiers flirts, et ses parents divorcés. Alors que son père est remarié avec une femme plus jeune que lui, sa mère a refait sa vie avec une copine. Ce qui est aujourd’hui possible à Santiago du Chili ne va pas non plus de soi, et la jeune fille se voit quotidiennement confrontée, alors qu’elle arrive à cet âge où le monde s’ouvre à elle, où sa sexualité commence à s’affirmer, aux jugements moraux insidieux de ses contemporains. Saisissant l’opportunité d’un conflit avec sa mère, son père tente de l’arracher au foyer lesbien où elle vit, qu’il estime psychologiquement toxique et socialement stigmatisant.

Scénario impressionniste

Porté par la présence intense, dans le rôle-titre, de la jeune Julia Lübbert, illuminé, plus généralement, par un rapport très tendre aux comédiens, le film trouve ses limites dans une approche sociologique qui vise à dénoncer l’hypocrisie d’une société faussement moderne parce qu’encore profondément patriarcale, et dans la fragilité d’un scénario impressionniste qui cherche à toute force à masquer ce projet. Le questionnement sur la norme qu’il induit aurait pu produire plus de vertige.

Film chilien de Pepa San Martin. Avec Mariana Loyola, Agustina Muñoz, Julia Lübbert, Emilia Ossandon (1 h 28). Sur le Web : www.outplay.fr/rara.html

SOLSTICE D'ÉTÉ 2017 : LE « JOUR LE PLUS LONG » DE L'ANNÉE EST AUJOURD'HUI

Le solstice d'été est donc bien l'opposé du solstice d'hiver, autrement appelé « jour le plus court ». Les solstices ne doivent pas être confondus avec les équinoxes. Ces derniers, qui marquent généralement le passage à l'automne et au printemps, correspondent à la date où le jour et à la nuit ont exactement la même durée.

mardi 20 juin 2017

DÉCÈS DU CINÉASTE CHILIEN GASTON-ANDRÉ ANCELOVICI

AFFICHE DU FILM
Réalisateur, scénariste et producteur, Gastón Ancelovici avait connu le succès avec ses films « Valparaíso en el corazón » (1999) ; « Chile in Transition » (1991) ; Onward, Christian Soldiers (1989); « Récits d'une guerre quotidienne » (1986).

Il a obtenu de nombreuses récompenses et de nombreux prix, dans les Festivals de La Havane, du Bilbao, de Nyon (Suisse), en plus de diverses récompenses canadiennes. Il aura réalisé près d'une dizaine de films au total.


Réalisations de Gaston-André Ancelovici :

AFFICHE DU FILM
Récits d'une guerre quotidienne (Chili/Québec) - 1986 - documentaire, 58 min;

Les musiciens du Curanilahue, documentaire diffusé par TVN-Chile (2007) sur l'histoire du premier orchestre d'enfants;

Neruda en el corazon [Neruda dans le cœur], documentaire présenté à Montréal (en 2004 et 2005) dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance du poète Pablo Neruda;

Chacabuco, la mémoire du silence, (2003) documentaire présenté dans le cadre du Festival des films du monde de Montréal;

Chili en transition (Chili/Québec), 1991 - documentaire, 75 min;

Identités, série documentaire diffusée par TV5 (1997).

Diplôme de journaliste de l'Institut des sciences de l'information et de la communication de l'Université Bordeaux III (France).

Diplôme de réalisateur en cinéma documentaire de l'Université Bordeaux III (France) (1980).

Diplômé d'architecte de l'École d'architecture et d'urbanisme de l'Université de Santiago (Chili).

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ARGENTINE : MON PÈRE, CE TORTIONNAIRE


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ILLUSTRATION JULIETA DE MARZIANI 
La fille d’un responsable de la répression pendant la dictature argentine (1976-1983) dénonce la décision, en mai, de la Cour suprême de libérer les criminels condamnés dans le cadre de procès historiques. Elle a pu constituer un réseau de personnes aux histoires semblables.
Par Mathilde Guillaume
ERIKA LEDERER
«La honte, le sentiment d’être des traîtres à notre clan, la culpabilité envers l’extérieur et une grande solitude… Toutes nos histoires sont différentes, mais elles ont ça en commun.» Celle d’Erika Lederer est liée aux heures les plus sombres de l’histoire argentine. Son père était l’un des chefs de la maternité clandestine de Campo de Mayo durant la dictature (1976-1983), où l’on volait les bébés des opposantes détenues illégalement, avant de les faire disparaître en les jetant vivantes dans le Rio de la Plata. Il était surnommé «El Loco», le fou. Erika (40 ans) s’exprime par à-coups, de très longues phrases tortueuses suivies de pauses suspendues. Elle raconte une enfance marquée par la violence du père tout puissant qui la battait, du silence qu’on lui imposait, du mal-être qui la rongeait : « Tout ce que je ne pouvais pas dire, qu’on ne me laissait pas dire, je le vomissais. »

Sa parole, elle l’a construite adulte et aujourd’hui elle s’en sert comme d’une arme. Il y a moins d’un mois, elle a contribué à faire entendre celle d’autres enfants de tortionnaires de la dictature en rupture de ban, qui, ensemble pour la première fois, réclament «mémoire, vérité et justice». Le déclencheur : la décision de la Cour suprême argentine du 2 mai permettant, par un tour de passe-passe juridique, de libérer les criminels de la dictature condamnés quelques années auparavant lors de procès historiques. Une décision de justice qui s’inscrit dans un contexte politique de relativisme croissant envers cette période, encouragé par le nouveau gouvernement libéral du président Mauricio Macri, qui considère le processus de mémoire comme une épine dans le pied. «J’étais hébétée, terrifiée et très en colère, raconte Erika. Jamais je n’aurais pensé que l’on pourrait revenir en arrière de la sorte.»

Grande catharsis collective


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Comme elle, une grande partie de la société argentine est descendue dans la rue pour manifester, revêtant en hommage le foulard blanc des Mères de la place de Mai. Après cette grande catharsis collective, le ventre tordu et les yeux humides, Erika écrit alors un message sur sa page Facebook, comme on lance une bouteille à la mer : «Je réfléchis à voix haute. Les fils et filles de génocidaires, qui n’avons jamais soutenu leurs crimes, qui leur avons crié "assassin", aussi peu que nous soyons, retrouvons-nous. […] Ensemble pour tisser l’histoire, apporter des informations et crier plus fort que jamais.» Les réseaux sociaux ont fait leur office et rapidement, deux autres filles de tortionnaires contactent Erika. «Je n’arrivais pas à y croire. Au téléphone, je leur ai demandé : "Vous êtes bien conscientes de la consigne ici ? C’est mémoire, vérité et justice, hein !" Je n’avais pas confiance envers d’autres enfants de tortionnaires… La même méfiance à laquelle j’ai été confrontée toute ma vie. On est nées coupables, il faut toujours démontrer notre innocence.»

Un nom de famille trop lourd à porter


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MEMBRES DE L'ASSOCIATION « HISTORIAS DESOBEDIENTES »
(HISTOIRES DÉSOBÉISSAN
TES) PHOTO EMILIANO LASALVIA
Et puis elles se sont rencontrées, dans un café du centre de Buenos Aires. « On est tombées dans les bras l’une de l’autre, on a uni nos solitudes. » Elles se sont raconté leurs histoires, traquant les ressemblances, cherchant les différences. D’autres les ont rejointes, des femmes principalement. « Un autre point en commun, c’est que l’on était toutes turbulentes, désobéissantes. À un moment ou à un autre, on a toutes fini par dire non à nos familles, et à en être ostracisées. »

Certaines ont changé leur nom de famille, trop lourd à porter. Pas Erika. «J’ai eu un doute sur mon identité, je me suis dit que j’étais peut-être un de ces bébés volés. Quand j’ai eu les résultats des analyses d’ADN, cet espoir s’est envolé. Non, personne ne viendrait me chercher, m’enlacer. Il n’y a pas d’autre famille, d’autre nom que le mien. Alors j’ai décidé d’assumer toute cette merde qui est mon histoire, de me reconstruire.»

Certaines conservent quelques liens sporadiques avec leurs familles, tous les pères n’ont pas été violents avec leur progéniture, quelques-uns étaient même tendres. Il y a des visites en prison, parfois. Celui d’Erika s’est suicidé, acculé par la justice. «On est en train de se recréer presque comme un deuxième groupe familial. On vient juste de se rencontrer, mais on ressent le besoin de se voir, presque tous les jours. Mais au-delà du soutien moral que l’on s’apporte, il faut maintenant que l’on s’organise.» Le premier pas, fait la semaine dernière, a été de sortir publiquement, d’assumer leurs «histoires désobéissantes» (comme ils ont baptisé leur groupe Facebook) face à la société argentine. C’est pour la gigantesque manifestation féministe de Ni una menos organisée samedi 3 juin que le groupe des six a étrenné sa banderole « Fils et filles de génocidaires pour la mémoire, la vérité et la justice ». Galvanisé par l’occasion, mais pas très rassuré quant à la réaction que leur présence allait provoquer. « J’ai toujours manifesté pour la justice sociale en tant que citoyenne, raconte Liliana Furio, 54 ans et l’une des trois premières désobéissantes. Mais marcher en nos noms, sous cette banderole, c’est différent, il y a une question de légitimité. »

La réponse à cette question a été unanime : de nombreux Argentins se sont approchés pour les remercier, les enlacer, les embrasser. Parmi eux, il y a Patricia Isasa, survivante de la dictature, séquestrée, torturée, violée. Autour de son cou, une pancarte : «Je suis victime du terrorisme d’État et des pères de ces femmes que je prends dans mes bras.» Elle serre longuement Erika contre elle, dont les longs cheveux noirs cachent les yeux, cachent les larmes. « Nous avons toutes été victimes de ces hommes cruels. Moi pendant leurs heures de travail, elles sur leur temps libre. Mais aujourd’hui, nous disons ensemble : plus jamais.» Au cortège qui s’est étoffé, trois nouvelles filles désobéissantes viennent de s’agréger. Bibiana Reibaldi, 60 ans, se laisse envahir par l’émotion : « La douleur est plus légère quand on la partage. Aujourd’hui, nous venons apporter de la lumière. Nous formons la partie d’un tout et ce tout a à voir avec la justice. »

«Un signe que l’histoire s’est retournée»

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« HISTORIAS DESOBEDIENTES »
(HISTOIRES DÉSOBÉISSAN
TES

Les histoires personnelles se tissent, s’entrelacent et se superposent pour créer un récit commun encore jamais raconté, jamais entendu. Il offre une nouvelle perspective sur l’histoire nationale. « Nous sommes en train de fouiller dans nos souvenirs. Nous avons grandi avec eux, nous connaissons leur mode de fonctionnement, de pensée. Peut-être certains détails qui nous semblent anodins peuvent-ils servir à la justice », s’interroge Liliana Furio, tout en longeant les murs de granit du parc de la Mémoire, où sont inscrits les noms des disparus de la dictature.

Les militaires ont appliqué la loi du silence. Même pendant les procès, ils n’ont pas desserré les dents. «Le fait que certains de leurs enfants soient passés dans l’autre camp, alors qu’eux, en volant les bébés des disparus et en les élevant en leur sein, voulaient les con vertir, c’est encore un signe que l’histoire s’est retournée contre eux», analyse Liliana. A ses côtés, Erika continue : « Il y a tant d’histoires sans fin. Des corps qui n’ont jamais été retrouvés, des grands-mères sans leurs petits-enfants. Ensemble, nous pouvons peut-être être utiles. Nous sommes une boîte de Pandore que l’on vient d’ouvrir, qui sait ce qui en sortira. » Puis elles s’éloignent, longeant les eaux troubles du Rio de la Plata.


vendredi 16 juin 2017

ARTURO ALESSANDRI, LE PRÉSIDENT QUI VOULUT VENDRE L’ÎLE DE PÂQUES AU JAPON!


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LE PRÉSIDENT ARTURO ALESSANDRI A MÊME VU SON PORTRAIT
FINIR SUR DES BILLETS DE BANQUE, AU TEMPS DE L’ESCUDO
CHILIEN (REMPLACÉ PAR LE PESO EN 1975).
CHILI, le 15 juin 2017. Histoire - De toutes les histoires que les vents puissants du grand océan colportent au gré des bourrasques, l’une des plus secrètes est sans doute celle de l’homme qui voulut vendre l’île de Pâques au Japon. Alors président de la République du Chili, Arturo Alessandri, avec la complicité de son ministre de la Défense, essaya de se débarrasser à bon compte de cette île qui n’intéressait personne à Santiago. Et la vente fut bel et bien à deux doigts de se réaliser, dans le plus grand secret ! 
LE PRÉSIDENT ALESSANDRI PALMA
ET SON CHIEN ULK EN 1932
Pendant longtemps, les historiens ont pensé que cet intérêt japonais pour l’île de Pâques n’avait été, en 1937, que le fait d’initiatives privées et commerciales (pêcheries essentiellement). Mais en fait, les archives diplomatiques japonaises ont révélé à la fin du XXème siècle que l’affaire était, au contraire, tout à fait officielle entre les deux pays et au plus haut niveau. Même si toute cette négociation était classée « top secret », tant les enjeux, en termes de géopolitique, étaient importants. 

Tout commença le 8 juin 1937 pour se terminer le 9 août de la même année. 

Ile de Pâques et Sala y Gomez

Officiellement, le 8 juin 1937, il y a exactement 80 ans, le gouvernement chilien, via son président Arturo Alessandri et son ministre de la Défense, faisait officiellement savoir que l’île de Pâques était mise aux enchères au plus offrant, les pays sollicités étant le Japon, les États-Unis, l’Allemagne et l’Angleterre. Dans la « corbeille », toute l’île de Pâques (avec la pleine souveraineté qui s’y attachait) et l’îlot de Sala y Gomez (à 391 km au nord-est de Rapa Nui, d’une superficie de 0,15km2, inhabité). Motif de la vente, la situation financière désastreuse du Chili après une décennie de crise, liée, entre autres, à la grande dépression de 1929 aux États-Unis. 

L’offre pouvait paraître honnête, mais les dés avaient été pipés par le président du Chili lui-même, Arturo Alessandri. Le 10 juin 1937, un télex codé de la légation du Japon à Santiago parvenait à Tokyo, télex dans lequel il est écrit, parlant du président chilien : « il souhaite savoir si le gouvernement japonais est intéressé par cette acquisition ; cette information devrait être communiquée à votre gouvernement ; nous espérons une réponse rapide du fait que pour l’heure, nous n’avons pas communiqué l’information à d’autres pays ». En plus clair, Alessandri ne souhaitait pas réellement passer par des enchères publiques, préférant vendre en toute discrétion Rapa Nui aux Japonais, « ni vu ni connu ». 

Une affaire très sensible

Personne, sur l’île, n’avait bien entendu été mis au courant, pas plus que les Chiliens sur le continent. 

Le diplomate nippon Hara prit l’affaire très au sérieux, et toutes les négociations entre les diplomates japonais en poste à Santiago et leur hiérarchie à Tokyo furent menées en utilisant le code secret réservé aux affaires très sensibles. 

La lecture de ces échanges est intéressante, car elle permet de mieux comprendre les motivations du président chilien : « La marine chilienne a besoin de construire de nouveaux croiseurs et autres bâtiments de guerre, et pour cela, elle a besoin de nouvelles sources de financement ; d’où la proposition de vendre quelque îles de peu d’importance pour le Chili». 

Les Japonais hésitaient. Ils venaient de s’allier avec l’Allemagne nazie et l’Italie pour combattre le communisme, le Japon venait d’annexer la Mandchourie et l’Occident connaissait parfaitement bien ses visées expansionnistes sur le Pacifique et l’Asie, visées qui inquiétaient l’empire britannique autant que les Américains. 



Alessandri, deux fois président de la République

Arturo Fortunato Alessandri Palma (20 décembre
HOMMAGE AU PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE
1868 - 24 août 1950) est l’homme politique qui voulut vendre Rapa Nui aux Japonais. Avocat chilien, patriarche d’une riche famille d’origine italienne (les Alessandri), il fut élu à la présidence de la République chilienne par deux fois : une première fois de 1920 à 1925 et une seconde fois de 1932 à 1939. C’est durant cette seconde période, son pays en proie à des difficultés financières liées aux suites de la crise de 1929, qu’il chercha par tous les moyens à assainir les comptes publics, dans le rouge vif. 
Vu sous le seul angle de la vente en catimini de l’île de Pâques, il pourrait paraître un président quelque peu fantaisiste, mais en réalité, il est considéré, aujourd’hui encore, comme l’un des hommes politiques chiliens les plus marquants du XXe siècle. C’est lui qui, un peu à la manière du général de Gaulle en France, instaura un régime présidentiel fort pour faire cesser les crises politiques liées à un parlementarisme débridé. 
Jeune, il fut éduqué en partie en français, au collège des Pères des Sacrés Cœurs de Picpus à Santiago, avant de se consacrer à des études de droit. Il prit en main les destinées de la bibliothèque du Congrès national du Chili en 1893 et se lança dans la vie politique en 1897, avec une carte du Parti libéral. Président de la République en 1920, il se trouva confronté à une première crise économique majeure : le Chili tirait une grande partie de ses revenus de l’exploitation des gisements de salpêtre, au nord du pays, et la fin de la première guerre mondiale sonna le glas de cette exploitation. Sa politique sociale tomba à l’eau, faute de moyens et faute de majorité au Congrès. Une crise politique (et militaire) majeure le décida à renoncer à ses fonctions et à démissionner, son premier mandat se terminant par un coup d’État militaire. Le parlementarisme était à bout de souffle et Alessandri revint toutefois en 1925 pour finaliser une nouvelle constitution nettement plus présidentielle dans son esprit. 
Obligé de renoncer à ses fonctions une seconde fois, face à l’intransigeance des militaires, Alessandri ne redevint président de la République du Chili qu’en 1932. 
Cette fois-ci, ce furent les conséquences de la crise de 29 qu’il dut affronter, avec l’épisode de la quasi-vente de l’île de Pâques au Japon. Alessandri, au terme de son mandat de président en 1938, demeura un homme politique de premier plan (il fut président du Sénat) jusqu’à ce qu’une crise cardiaque l’emporte à l’âge de 81 ans, alors qu’il siégeait toujours au Sénat en tant que président de l’institution. 


Les Américains dans la course

Finalement, le Japon décida qu’il était urgent d’attendre et de se donner le temps de la réflexion, d’autant que le 1er juillet, le président Alessandri, dans un éclair de lucidité, avait tout de même cru bon de prévenir ses interlocuteurs nippons qu’il lui faudrait quand même l’aval du Congrès pour se séparer d’une partie, même lointaine et infime, du territoire national. 

À la même date, les Japonais apprirent que la même offre avait finalement été faite aux Américains, de manière à faire monter les enchères et à ménager la susceptibilité de l’Oncle Sam, chatouilleux dès lors qu’il s’agissait de géopolitique dans « sa » mer. 

La grosse bourde chilienne


Le 14 juillet, le Chili commit sans doute la grosse bourde qui sauva de la « japonisation » l’île de Pâques. Pour décider les Nippons à acheter, le président Alessandri fit parvenir à Tokyo, via la légation de Santiago, des documents sur Rapa Nui, dont le bouquin hautement fantaisiste de Eugenio Camillo Branchi, intitulé «L’Isola di Pasqua. Impero degli antipodi ». L’ouvrage avait été publié trois ans auparavant à Santiago et rassemblait un tissu de généralités et de bêtises, Branchi soutenant la thèse d’un continent Mu ayant coulé et dont l’île serait le seul souvenir. Il reprenait les théories de James Churchward, écrivain britannique qui avait publié en 1926 « Mu, le continent perdu », englouti dans le Pacifique. 

De ces informations fournies par les Chiliens ressortaient plusieurs éléments : le sol de l’île était quasiment stérile, l’île elle-même était très isolée, le sous-sol ne contenait aucune richesse potentielle, il n’y avait aucun port pour un ancrage sûr et enfin, sur le plan stratégique, l’emplacement de Rapa Nui dans ce secteur du Pacifique Sud était sans aucun intérêt. La preuve en était donnée par le Chili lui-même qui n’y avait jamais rien construit et qui ne s’en servait que pour y entasser des lépreux et des criminels… 

4 raisons de ne pas acheter


CARTE DE MU SELON JAMES CHURCHWARD.
Hiro Hito, en pleine guerre avec la Chine (que son pays avait envahi) ne finalisa pas l’achat de l’île de Pâques, compte tenu du peu d’intérêt stratégique de Rapa Nui, très mal mise en valeur par les autorités chiliennes de l’époque.
Hiro Hito, en pleine guerre avec la Chine (que son pays avait envahi) ne finalisa pas l’achat de l’île de Pâques, compte tenu du peu d’intérêt stratégique de Rapa Nui, très mal mise en valeur par les autorités chiliennes de l’époque.

Avouons qu’un tel tableau avait de quoi refroidir les ardeurs des Japonais, et d’ailleurs le 23 juillet, le directeur nippon des Affaires américaines, M. Yoshizawa, écrivait à M.Toyota, directeur de l’administration au ministère de la Marine et à M. Tamura, le président de Nippon Suisan, la maison mère de la compagnie de pêcheries, que l’île de Pâques ne présentait pas réellement d’intérêt pour quatre raisons : 


1) Rapa Nui n’avait effectivement aucun intérêt stratégique, même s’il valait certes mieux en disposer. 2) Dans le futur, quand l’aviation serait développée, l’île aurait peut-être une valeur, mais pour l’heure, ce n’était pas le cas. 3) Sur le plan des ressources halieutiques, on peut certes y bâtir une base de pêche, mais l’avis de spécialistes et du ministère des Pêches devait confirmer cette possibilité. 4) Sur le plan diplomatique, il est clair que les États-Unis s’opposeraient à l’installation de Japonais dans ce secteur, et que de ce fait, seule une base militaire pourrait s’y maintenir, ce qui rendait caduque l’idée d’en faire une base civile de pêche. 

Seconde guerre sino-japonaise

Un autre facteur entra en ligne de compte dans la négociation : du côté du front chinois, l’envahisseur japonais n’avait pas bonne presse sur le plan international et tout bascula très vite à la mi-1937 : le 7 juillet intervint l’incident du pont de Marco Polo, à 16 km de Pékin seulement, qui vit les forces chinoises et japonaises entrer en conflit ouvert, trois ans après l’annexion par le Japon de la Mandchourie, au nord de la Chine. 

Le conflit sino-japonais entrait dans sa phase la plus violente, l’armée impériale japonaise allant, début août, jusqu’à s’emparer de Pékin. Ce que l’on appela la seconde guerre sino-japonaise était déclarée, et ipso facto, l’île de Pâques devenait un souci annexe pour le pouvoir à Tokyo. 

On peut considérer que cette vente de Rapa Nui au Japon tomba définitivement à l’eau le 9 août 1937, date à laquelle, un courrier officiel des autorités japonaises faisait savoir au président Alessandri que l’empire du Soleil levant déclinait l’offre chilienne. 

Une affaire étouffée par la guerre

Très vite, le monde, et plus particulièrement le Pacifique après Pearl Harbour, allaient connaître des soubresauts tels que cette petite histoire secrète et avortée tomba dans l’oubli, étouffée par le bruit des canons, des bombes et des torpilles dans toute la partie ouest du vaste océan. 

À l’extrême est du grand conflit mondial, Bora Bora se trouva stratégiquement intéressante pour les Américains qui y construisirent la base dont la Polynésie se souvient, tandis que plus à l’est encore, dans une zone complètement isolée, l’île de Pâques ne présenta jamais le moindre intérêt pour les belligérants. 

La maladresse du président Alessandri, la guerre en Chine, la montée des tensions internationales furent autant d’éléments qui, en 1937, firent ainsi capoter cette vente. 

L’île de Pâques avait pourtant bel et bien failli devenir japonaise ! 


jeudi 15 juin 2017

OUVRIR UNE LIBRAIRIE FRANÇAISE AU CHILI, IL FAUT « UN PETIT GRAIN DE FOLIE »



ENTRETIEN – La Librairie le Comptoir a vu le jour il y a un peu plus de 20 ans à Santiago du Chili. Maryline Noël, sa fondatrice, a conservé la passion et la flamme, dans un territoire qui n'a pas la réputation, reconnaît-elle, d'être un pays de lecteurs. Ouvrir une librairie française en pleine Amérique du Sud, le défi n'était pas des moindres.

ActuaLitté : Comment avez-vous organisé le projet de cette librairie ? 
Maryline Noël : Je l’ai créée d’abord comme une librairie itinérante, sans boutique, qui proposait des livres français aux enfants du réseau des écoles françaises du Chili. Puis nous avons posé nos valises dans le quartier de Vitacura, à Santiago, avec une offre maintenant généraliste, principalement littérature, jeunesse, beaux livres et papeterie.

Nous continuons de parcourir le Chili du nord au sud régulièrement pour aller à la rencontre des clients et essayons d’appliquer une politique d’animations dynamique au sein de la librairie.

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre au Chili ?

Maryline Noël : Le Chili n’a pas une réputation de pays « lecteur ». C’est un petit marché pour les maisons d’édition locales et la longue période des années noires a retardé longtemps l’émergence de maisons d’édition indépendantes. Paradoxalement c’est un grand pays pour les écrivains, nous y comptons deux prix Nobel de littérature, dont une femme ! (Gabriela Mistral et Pablo Neruda). 

C’est un pays riche en talents, beaucoup de jeunes écrivains sont traduits et appréciés en France… Depuis quelques années on assiste à l’émergence de bien belles librairies, enfin. Il s’agit maintenant de mener une véritable politique de promotion de la lecture auprès de la population.

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

Maryline Noël : L’éloignement a des répercussions économiques sur le transport des livres qui peut atteindre 30 à 40 % du prix final de vente, car nous privilégions l’avion pour une plus grande réactivité. Sans compter qu’au Chili, la TVA sur les livres est de 19 % ! Ces deux facteurs à eux seuls grèvent fortement le prix final des livres. 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

Maryline Noël : Nous lisons énormément en amont, bien avant les sorties. Pour les nouveautés en littérature, nous suivons nos coups de cœur, pour les poches nous nous appuyons sur notre longue expérience et connaissance de notre clientèle très variée. Souvent en choisissant un livre nous savons à qui nous allons le proposer ! 

En jeunesse nous aimons pousser nos jeunes lecteurs toujours plus loin en leur proposant des choses plus pointues pour les accompagner doucement hors de leur zone de confort tout en maintenant en stock leurs séries et héros favoris. 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs?

Maryline Noël : Elles sont vraiment excellentes. J’ai commencé dans le métier au même moment que plusieurs représentants toujours en poste qui sont devenus des amis au fil du temps. Beaucoup de démarches se sont mécanisées avec les années et s’il est vrai que l’on a de moins en moins à faire à de « vrais » interlocuteurs, notamment chez les distributeurs, il est toujours possible d’engager un dialogue quand nécessaire.

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?

Maryline Noël : Principalement un sentiment d’appartenance que ce soit à un réseau, à une famille professionnelle. On ne devient pas libraire par hasard : il faut un petit grain de folie, surtout au bout du monde et en pays non francophone ! Les libraires sont curieux, ouverts, passionnés… et les passionnés ont besoin de se retrouver entre eux pour partager leur « locura » (sourire)

Plus sérieusement, l’AILF nous permet d’exister en tant que confrérie à l’heure de négocier auprès des autorités, d’organiser des séminaires de formation, etc.

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre?

Maryline Noël : Un regard optimiste : le « livre » prend des dimensions plurielles, c’est une industrie toujours en évolution. Les acteurs de la chaîne du livre, notamment les plus fragiles, doivent renouveler leurs pratiques et s’adapter très souvent, ce qui est à la fois stimulant et angoissant. D’où l’importance de l’accompagnement et des politiques publiques en faveur du livre.

Libraire du bout du monde dans un pays hispanophone, qui sont vos partenaires francophones dans cette ville et vous sentez-vous soutenu par l’ambassade de France localement ?

Maryline Noël : Les relations avec les Institutions françaises sont toujours une question de personnes. Les responsables passent et ne se ressemblent pas. 

Nous, nous restons et devons conjuguer à chaque fois avec de nouvelles personnalités, façons de voir les choses, avec le sentiment souvent de devoir tout recommencer à zéro. En ce moment, l’équipe pédagogique de l’Institut français de Santiago est particulièrement dynamique et ouverte aux collaborations, à suivre donc…


En partenariat avec l'AILF

dimanche 11 juin 2017

CHILI - RAPPEL DE LA DETTE ENVERS LE PEUPLE MAPUCHE DE LA PART DE L’EVÊQUE DE TEMUCO À LA VEILLE DU DÉPÔT DU PROJET DE LOI SUR L’ARAUCANIE

PHOTO CAMILO TAPIA


Arica – En participant à un séminaire dédié à la réalité national hier à Arica, dans le nord du Chili, l’Evêque de Temuco, S.Exc. Mgr Héctor Vargas, a relaté son expérience de membre de la Commission de dialogue pour la cause Mapuche. « Nous avons subi six mois de vexations continuelles. De toutes parts pleuvaient de dures critiques – a déclaré l’Evêque selon la note parvenue à Fides. Dès que j’ai été nommé membre de la Commission, les réactions ont été terribles. Je n’ai jamais vu autant de mensonges, de calomnies et de dénigrement gratuits ». 
UNE DE QUÉ PASA
Les travaux de la Commission consultative pour l’Araucanie ont débuté le 8 juillet 2016 et se sont poursuivis jusqu’au 23 janvier de cette année, lorsque le rapport final a été remis au Président chilien, Michelle Bachelet. 

Au cours des près de six mois de travaux des 22 représentants des différents secteurs de la zone, les difficultés n’ont pas manqué, selon l’Évêque, tout comme également les épisodes curieux.« Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, nous étions 22 inconnus dont la moitié regardait de travers l’autre moitié – a indiqué Mgr Vargas. Chacun faisait les comptes et, par principe, défendait son propre secteur. Ce fut alors que j’ai suggéré de ne pas voter les propositions. Si un seul d’entre nous n’était pas d’accord, la proposition n’était pas acceptée. A la fin nous nous sommes accordés sur 70 propositions ».

DESSIN DE TARDI, EXTRAIT DE L'ALBUM-CD 1968... 2008,
N’EFFACEZ PAS NOS TRACES !
DE TARDI ET DOMINIQUE GRANGE, EDITIONS CASTERMAN.


En concluant, l’Évêque a affirmé : « Selon le dernier recensement, plus de 200.000 Mapuches vivent dans la IX° Région. Le peuple Mapuche, et je ne parle pas là de groupes extrémistes qui sont très peu, demeure extrêmement tranquille. Sur un total de 3.500 communautés, pas plus de 40 ne sont impliquées dans la violence. Malgré les 18 églises incendiées, je crois profondément qu’à part des groupes extrémistes et violents, il existe une dette significative envers ce peuple ». À la fin du mois de juin devrait être prêt le projet de loi sur l’Araucanie. Le texte, élaboré suite aux conclusions de la Commission consultative, a provoqué des critiques encore avant de faire son entrée au Parlement. Les communautés accusent en particulier les autorités de ne pas avoir été prises en considération lors de la rédaction du texte.

mardi 6 juin 2017

ECONOMIE : LE TRAITÉ BILATÉRAL ENTRE LE CANADA ET LE CHILI INTÈGRE L’ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES


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Les deux pays se sont engagés à mettre en place un comité du commerce et de l’égalité entre les sexes pour superviser les expériences communes et favoriser la participation des femmes dans l’économie.
Le Monde.fr avec l'AFP

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Le Canada et le Chili ont modernisé lundi 5 juin leur accord de libre-échange bilatéral en y ajoutant un chapitre sans précédent sur l’égalité entre les sexes afin d’encourager l’entrepreneuriat et l’emploi des femmes.


Les deux pays se sont engagés à mettre en place un comité du commerce et de l’égalité entre les sexes pour superviser les expériences communes dans la conception des programmes afin de favoriser la participation des femmes dans l’économie.

C’est une première pour un État membre du G20, a fait savoir le ministre du commerce international canadien, François-Philippe Champagne, mais le Chili a lui-même récemment adopté une clause semblable dans un traité avec l’Uruguay.

« Davantage inclusif »

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« Ce nouveau chapitre sur l’égalité entre les sexes va encourager une croissance économique inclusive », a déclaré le premier ministre canadien Justin Trudeau lors d’une conférence de presse avec la présidente chilienne Michelle Bachelet, en visite au Canada. « C’est un grand moment pour le Canada et le Chili et pour le commerce progressiste dans le monde », a-t-il ajouté.

Cette modification du traité de libre-échange, qui devra être ratifiée par les deux pays, se fait en réponse aux « défis mondiaux », y compris le protectionnisme américain, a déclaré pour sa part Mme Bachelet. « Le Chili et le Canada répondent en renforçant et en mettant à jour leur accord de libre-échange vieux de vingt ans pour s’assurer qu’il soit davantage inclusif (…) et bénéfique pour nos citoyens».

Les deux pays ont également mis à jour les chapitres du traité concernant les appels d’offres publics, l’investissement et la responsabilité sociale des entreprises.

Le commerce entre le Canada et le Chili a triplé depuis la signature de l’accord, en 1996, atteignant 2,4 milliards de dollars canadiens (1,6 milliard d’euros) l’an dernier, selon le gouvernement canadien.

lundi 29 mai 2017

BRP


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« B.R.P. (BRIGADAS RAMONA PARRA) » (VICTOR JARA) MUSIQUE CELSO GARRIDO-LECCA, CE TITRE EST EXTRAIT DE L' ALBUM  « EL DERECHO DE VIVIR EN PAZ »,  ENREGISTRÉE CHEZ DICAP CHILI (JJL-11) EN 1971.      LICENCE YOUTUBE STANDARD  DURÉE : 00:03:15 

dimanche 28 mai 2017

LA CONSTRUCTION DU PLUS GRAND TÉLESCOPE DU MONDE EST LANCÉE AU CHILI



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La construction du plus grand télescope du monde a démarré au Chili. L’appareil aura un diamètre de 39m et coûtera un milliard d'euros.
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La Présidente chilienne Michelle Bachelet a lancé vendredi, dans le nord du pays, la construction du plus grand télescope du monde, le Télescope Géant Européen (en anglais : ELT pour Extremely Large Telescope). Il sera capable de capter des images en direct de planètes évoluant hors du Système solaire.

Le site choisi pour sa construction est situé à 3 000 mètres d'altitude dans le désert d'Atacama. Des vents puissants ont empêché vendredi dernier la Présidente de poser symboliquement la première pierre de l'ELT, qui sera construit par l'Observatoire européen austral (ESO), relate l'AFP.

Bénéficiant d'un ciel totalement dégagé pendant une grande partie de l'année ainsi que d'un air sec et froid, le nord du Chili abrite déjà les plus importants télescopes au monde et espérant concentrer 70 % de l'infrastructure astronomique mondiale d'ici 2020.

Ce « saut géant de capacité est aussi grand que celui qu'a expérimenté Galilée quand il a regardé le ciel nocturne avec un petit télescope », a affirmé le directeur général de l'ESO, Tim de Zeeuw.

Un signal mystérieux en provenance de la constellation du Lion détecté

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« Il est d'ailleurs possible que l'ELT trouve des preuves de vie ailleurs », a-t-il ajouté.

Le télescope aura un diamètre de 39 mètres et sera situé sur un énorme dôme de 85 mètres de diamètre. Le chantier, d'un budget d'un milliard d'euros, aboutira en 2024.

Seize pays participent à l'Observatoire européen austral, dont la France, l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni, associés au Chili.