mercredi 30 novembre 2016

CHILI: LA DÉTENTION D'UNE CHAMANE MAPUCHE FAIT POLÉMIQUE


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FRANCISCA LINCONAO HUIRCAPÁN
PHOTO LA TERCERA
Au Chili, une partie de l’opinion publique s’insurge contre la détention provisoire d’une chamane du peuple indigène mapuche depuis déjà huit mois. La machi, comme on l’appelle dans la langue mapuche, Francisca Linconao, est accusée par la justice d’avoir organisé l’incendie qui a tué un couple au Sud du pays en 2013. Un crime pour lequel elle plaide son innocence.
MACHI FRANCISCA LINCONAO
Les faits remontent au 4 janvier 2013. En pleine nuit, un groupe fait irruption dans une propriété en pleine campagne, près de la petite ville de Vilcun, dans le sud du Chili, avec l’intention de mettre le feu à la maison. Le propriétaire, Werner Luchsinger, se défend en tirant sur les agresseurs, tout en appelant la police et ses proches. Leur fils arrive le premier sur les lieux, mais la maison brûle déjà et les pompiers retrouvent les corps de son père et sa mère, Vivianne Mackay, calcinés.


Des terres ancestrales revendiquées par les mapuches

Sur les lieux du drame, les enquêteurs retrouvent des pamphlets sur l’autonomie des Mapuches. Ce peuple vivait dans cette région avant même la colonisation espagnole, et une petite minorité d’entre eux, chiffrée à un million, revendique leurs terres ancestrales.

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WERNER LUCHSINGER ET SA FEMME VIVIANNE MCKAY †, UN COUPLE DE LATIFONDISTES D'ORIGINE  SUISSE  EST MORT BRÛLÉ DANS L’INCENDIE DE LEUR PROPRIÉTÉ À VILCUN, À 650 KILOMÈTRES AU SUD DE SANTIAGO DU CHILI. PHOTO 24 HORAS

En effet, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, l’État chilien avait offert des terres à tout immigrant voulant les cultiver. Mais ces terres dites vierges appartenaient en fait aux Mapuches. Ainsi, depuis plus d’une vingtaine d’années, une partie d’entre eux souhaitent les récupérer. Le couple Luchsinger-McCkay appartenait à une des premières familles de migrants arrivées dans la région. Ils étaient très riches, très influents, notamment dans le parti de droite Rénovation nationale, de l’ancien président de la République Sebastian Pinera. Leur mort a donc non seulement beaucoup choqué, mais la pression est grande pour retrouver les coupables.

Selon le procureur, la machi Francisca Linconao serait à la tête du groupe qui a incendié la maison. Seulement, la défense a démonté une à une les preuves contre elle. La seule qui reste désormais est le témoignage d’un autre accusé dans l’affaire qui s’est ensuite dédit. Il a expliqué devant le tribunal que la police qui le détenait l’avait obligé à signer. La machi est pourtant en détention provisoire depuis mars dernier. Et cette femme de 60 ans se trouve dans un état de santé préoccupant. Elle a été hospitalisée d’urgence 4 fois déjà, et elle est en ce moment même dans un centre de médecine mapuche. Elle a notamment des problèmes d’hypertension.



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mardi 29 novembre 2016

DISPARITION FORCÉE DE CARMEN BUENO ET JORGE MÜLLER


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La première du documentaire « le 29 novembre » à Santiago du Chili le mardi 29 novembre 2016, film de Carla Toro et Mauricio Villarroel, cinéastes de l'Université de Valparaiso. Hommage à Carmen Bueno et Jorge Müller détenus disparus de la dictaure chilienne. La date fut choisie en commémoration de la disparition forcée de l’actrice Carmen et de son compagnon le cameraman Jorge ayant eu lieu le 29 novembre 1974.




 JORGE MÜLLER  ET CARMEN BUENO
L'année 2014, le Ciné club et la Cineteca de l’Université du Chili ont organisé la projection des prises de vue inédites que Jorge Müller a enregistrées à peine 5 jours avant sa disparition. Sur l’histoire de la tragique disparition du couple et la mise en place d’une journée du cinéma chilien , voir :  40 ans de l’assassinat de deux jeunes cinéastes chiliens.




SUR LE MÊME SUJET :

vendredi 25 novembre 2016

ESPAGNE: MORT DU POÈTE MARCOS ANA, 23 ANS EN PRISON SOUS FRANCO


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LE POÈTE MARCOS ANA

Le poète espagnol Marcos Ana, qui avait passé 23 ans en prison sous la dictature de Francisco Franco, est décédé à Madrid à 96 ans, a annoncé le Parti communiste d'Espagne (PCE).

MARCOS ANA DANS LA PRISON
DE PORLIER (MADRID) EN 1939 
Né Fernando Macarro Castillo en 1920, le poète est «décédé jeudi à l'hôpital Gregorio Marañón, accompagné de sa famille et d'amis », a indiqué Mundo Obrero, publication du PCE, au sein duquel il milita jusqu'à la fin. « Accusé de trois assassinats pour lesquels d'autres détenus avaient déjà été fusillés », il était entré en prison à 19 ans et n'en était sorti qu'à 42, a rappelé le quotidien El Pais, le présentant comme « le prisonnier politique ayant passé le plus de temps dans les geôles franquistes ».

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MARCOS ANA  ET VIDA SENDER JUILLET 2015 À MADRID
PHOTO SAMUEL SÁNCHEZ
Affilié très jeune au Parti communiste, il s'était enrôlé dans le camp républicain pendant la guerre civile (1936-1939). Après la victoire du camp nationaliste, il avait été arrêté à Madrid.

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PABLO NERUDA ET  MARCOS ANA DANS LE THÉÂTRE 
CAUPOLICÁN DE SANTIAGO DU CHILI 1963 

Condamné à mort par deux fois, sa peine avait été commuée en réclusion. Le jeune détenu avait alors commencé à écrire des livres de poésie - tel « España a tres voces » (L'Espagne à trois voix) - qui allaient lui valoir les éloges de Pablo Neruda ou de Rafael Alberti.

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MARCOS ANA EN 2008
PHOTO 
LUIS SEVILLANO
Son pseudonyme de Marcos Ana, il l'avait conçu en réunissant les prénoms de ses deux parents, son père étant mort dans un bombardement pendant la Guerre civile. 

Quand il avait été libéré en 1961, Marcos Ana s'était exilé en Paris où il avait dirigé le Centre d'information et de solidarité « avec Pablo Picasso comme président d'honneur », a rappelé Mundo Obrero.

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MARCOS ANA CHEZ LUI À MADRID 2009
PHOTO ÁLVARO GARCÍA
Après la mort de Franco en 1975, il avait pu rentrer en Espagne, où il avait continué à écrire et à militer pour la libération de prisonniers politiques, notamment ceux détenus au Chili sous la dictature de Pinochet.

Réagissant à son décès, le dirigeant du parti antiaustérité Podemos (gauche radicale), Pablo Iglesias l'a salué sur Twitter comme « un héros du peuple ». « Tu fais la fierté de tes camarades et la nôtre », a-t-il écrit.

MARCOS ANA AVEC SON LIVRE
«DITES-MOI À QUOI RESSEMBLE UN ARBRE!»,
DANS UN HOTEL DE BILBAO EN 2007.
PHOTO TXETXU BERRUEZO
En 2007, Marcos Ana avait publié des mémoires intitulées « Dites-moi à quoi ressemble un arbre! », puis en 2013, un livre dédié à la jeunesse confrontée à la crise économique, « Vale la pena luchar » (Cela vaut la peine de lutter).

Très en forme à 95 ans, il avait donné en 2015 une interview vidéo au journal en ligne eldiario.es, dans laquelle il rappelait n'avoir jamais été un « partisan de la vengeance ».  AFP

mercredi 23 novembre 2016

AU BISTROT DES AMOURS MANQUÉES

THÉÂTRE DE LA 

PARFUMERIE À GENÈVE
Le Théâtre Spirale crée à Genève la pièce Amores de cantina du Chilien Juan Radrigán, opposant au régime de Pinochet. À découvrir dès mardi soir à la Parfumerie.

PHOTO THÉÂTRE SPIRALE
La création d’une pièce de Juan Radrigán en français ne va pas de soi. Célèbre au Chili, ses pièces de théâtre ne sont pas souvent montées en Europe. Décédé le 16 octobre dernier, il a eu droit à un deuil officiel, après avoir été l’un des acteurs importants de la résistance culturelle contre Pinochet. Son œuvre, une quarantaine de pièces dont une grosse quinzaine écrites et réalisées sous la dictature (1973-1990), est toute entière tournée vers la vie des exclus de la politique ultralibérale menée sous le régime militaire. Un régime dérégulateur, qui privatise les domaines les plus élémentaires de la vie sociale, et hante encore le Chili à bientôt trente ans du retour à la démocratie.

Les pièces de Radrigán ont-elles encore quelque chose à dire au public européen? Affirmatif!, nous répond Michele Millner, qui met en scène dès ce soir sa pièce Amores de cantina au Théâtre de la Parfumerie, à Genève. «Nous sommes nombreux à connaître cette sensation à la fois mélancolique, colérique et désillusionnée d’un ailleurs ou d’un passé à la fois merveilleux et terrible. Amores de cantina est une pièce désespérée, un cri du cœur, qui parle du Chili mais aussi de notre monde, où les riches ont gagné et les pauvres ont perdu.»

À Genève en 1988

Pendant le régime militaire, la compagnie de Juan Radrigán, le Teatro El Telón, jouait ses pièces dans les quartiers populaires, mais avait surtout réussi à les présenter dans les salles du circuit du théâtre indépendant – entendez, non institutionnel, et surtout politiquement «indépendant» du régime –, ce qui avait permis à ce dramaturge, qui avait d’abord été syndicaliste, d’être admis dans le cercle réduit du théâtre chilien. La sympathie que l’opposition à Pinochet inspirait à l’intelligentsia européenne a aussi donné l’occasion à Radrigán et ses comédiens de partir plusieurs fois en tournée à l’étranger, notamment au Festival de Nancy.

En 1986, à la suite d’un attentat dont Pinochet sort indemne, le régime chilien déclinant déchaîne une nouvelle vague d’actes répressifs et de terreur, ce qui oblige nombre d’artistes menacés de mort, dont Radrigán et sa compagnie, à quitter temporairement le pays.

C’est dans ce contexte de tournée forcée que El Telón crée la pièce La Contienda humana (la dispute humaine) à Genève en février 1988, sans aucune publicité, en présence de quelques exilés. Quelques-uns se souviennent vaguement d’une salle de paroisse du bas du quartier de la Servette. Sergio Medina, le rédacteur du Correo del Sur, un bulletin communautaire de l’époque, y avait vu une parabole de l’écrivain accablé de remords de n’avoir pas su défendre ses personnages des forces de la réalité. Une pièce noire, d’où ressortent cependant quelques tallas, des traits d’humour dont les Chiliens sont friands. Si la mélancolie et le pessimisme collent à la peau de Radrigán, Miguel Angel Cienfuegos, qui l’avait accueilli dans son Teatro Paravento de Locarno, se souvient que Radrigán était plus porté pour la blague et le bon mot que ses pièces ne le laissaient imaginer.

Le style de Radrigán, qui s’est longtemps attaché à la manière de mal parler le bon espagnol davantage qu’à valoriser l’inventivité langagière de la vie quotidienne, apparaît à la lecture comme une transcription expérimentale de l’oralité des bas-fonds, ce qui, d’une part, n’a pas facilité la traduction de la majorité de ses pièces et, d’autre part, souligne à gros traits la marginalité de ses personnages.

Tournures en «spanglish»

Amores de Cantina, pièce peuplée d’hommes et de femmes hantés par les mauvais souvenirs et les amours irrésolus, appartient à la dernière génération de ses pièces. Elle est ponctuée de chansons et est écrite en décimas, un genre poétique en vers aussi ancien que complexe. Les personnages sont, cette fois, encadrés dans une forme qui les rattache à une tradition littéraire et virtuose qui les rehausse en dignité, dans des dialogues à la «fois totalement désillusionnés et traversés d’espièglerie et d’euphorie», nous dit Michele Millner.

«Nous avons eu à cœur de rendre la pièce accessible aux francophones, mais aussi de tenir compte que Genève est un territoire où les langues cohabitent et se reforment. Nous jouerons en espagnol, en intégrant les surtitres à la scénographie et des tournures en spanglish, franglais, et fragnol, ces mots et expressions qui font cette langue des sans-langue, que parlent les exilés, les binationaux, les apatrides.»


Théâtre de la Parfumerie, Genève, du 22 novembre au 11 décembre, www.theatrespirale.com






dimanche 13 novembre 2016

LA PLANÈTE SE RÉCHAUFFE: MÊME LA PATAGONIE CHILIENNE PRODUIT DU VIN


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VIGNOBLE VILLASEÑOR 


Puelo (Chili) - Au milieu des volcans enneigés des Andes et de forêts millénaires, le réchauffement climatique a rendu possible l'impensable: la Patagonie chilienne, connue pour son climat froid et pluvieux, commence à produire du vin, qui fait les délices d'amateurs chinois et américains.
DES ŒNOLOGUES AU MILIEU DES VIGNES QUI 
PRODUISENT LE « PUELO PATAGONIA »,
LE 18 OCTOBRE 2016 À PUELO LOS LAGOS AU CHILI 
PHOTO MARTIN
BERNETTI
Dans cette région située au bout de l'Amérique du sud, des raisins de cépage Pinot noir ont trouvé leur place là où le soleil arrive à percer suffisamment pour qu'ils mûrissent.


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C'est ainsi qu'est née en 2014 la cuvée "Puelo Patagonia", un vin rouge haut de gamme. 

"Nous avons réussi à trouver un microclimat où, certains jours, les températures varient de 14 à 32 degrés l'été", raconte à l'AFP Sergio Subiabre, directeur commercial du vignoble Villaseñor, qui produit ce vin, destiné entièrement à l'exportation. 

Une telle chaleur permet que "le raisin parvienne à une maturation forcée pendant les deux ou trois derniers mois de sa croissance", explique-t-il, donnant naissance à un vin qui a "les mêmes caractéristiques, le même degré d'alcool et la même quantité de sucre que celui que nous pourrions obtenir dans la zone centrale" du Chili, terrain traditionnel de la viticulture chilienne. 

Ces vignes poussent sur les rives du fleuve Puelo, loin de toute civilisation et entourées de moutons. Pour s'y rendre, comptez trois heures de route depuis l'aéroport le plus proche, puis une demi-heure de navigation en barque jusqu'à la petite commune de Puelo, à 1.000 kilomètres au sud de Santiago. 


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VIGNOBLE VILLASEÑOR
- L'étiquette 'Patagonie', argument de luxe - 

Les premiers raisins ont été plantés il y a six ans, sur une surface d'un hectare et la première cuvée a vu le jour en 2014: 1.500 bouteilles, toutes vendues au marché chinois. 

Sur l'étiquette, le nom "Patagonie" est une arme de séduction efficace pour les acheteurs. Dégustant ce vin, ils peuvent rêver aux paysages à couper le souffle d'une région qui attire chaque année des milliers de touristes. 

La prochaine cuvée est déjà réservée par des clients chinois et américains, à environ 120 dollars la bouteille, un tarif très élevé pour le Chili, qui est le huitième producteur mondial de vin et quatrième exportateur. 

"Le Chili a toujours eu un point faible, en étant connu comme un producteur de vins pas chers", rappelle à l'AFP Maximiliano Morales, ingénieur agronome et consultant en marketing du vin. "Avec ce genre d'initiatives, on a une valeur ajoutée qui multiplie par dix le prix moyen à l'export de la caisse de bouteilles". 

Les œnologues du vignoble Villaseñor expérimentent déjà d'autres cépages, comme le Sauvignon gris ou le Pinot gris, dans cette zone où les températures ont grimpé de deux degrés et les pluies diminué de 30% en dix ans et où la minéralisation apportée par le paysage environnant est un bon atout. 

"Nous sommes entourés de volcans, de montagnes (...) les vins sont chargés de nombreux minéraux", explique Sergio Subiabre. Ils ont "plus de saveurs, plus de fruits" que ceux du centre du Chili, affirme-t-il. 


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- Caprices du climat - 

Si le réchauffement climatique fait les affaires des viticulteurs en Patagonie, il n'est toutefois pas une bonne nouvelle pour l'écosystème de la région en général, relève le chercheur José Luis Iriarte, spécialiste des écosystèmes marins en hautes altitudes, à l'Université australe du Chili. 

"Dans le fleuve Puelo, il y a eu une baisse des débits en raison de la diminution des précipitations et de la moindre formation de neige", explique-t-il à l'AFP. 

Dans d'autres régions, le vin lui-même souffre des caprices du climat: en 2016, la production mondiale a été une des plus basses de ces 20 dernières années, notamment en raison des fortes intempéries en Amérique latine, selon l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). 

En Amérique du sud, l'Argentine, le Chili et le Brésil ont ainsi vu leur production diminuer. 

Le vignoble Villaseñor envisage, lui, l'avenir d'un œil plus optimiste, prévoyant d'étendre et de diversifier sa production sur une quarantaine d'hectares, au lieu d'un seul hectare aujourd'hui. 

D'autres producteurs tentent aussi leur chance avec plusieurs cépages dans la Patagonie chilienne, encouragés par les succès de leurs homologues de la Patagonie argentine, où une douzaine de vins sont déjà élaborés. 

"En Amérique du sud et dans l'hémisphère sud en général, il y a toujours eu une course vers le sud pour produire du vin", observe Maximiliano Morales. "Le réchauffement climatique fait que certaines variétés s'acclimatent désormais et c'est en train de générer une nouvelle activité économique". 

jeudi 10 novembre 2016

AU CHILI, L'ALGUE ROUGE DE L'AGAR-AGAR MENACÉE DE DISPARITION

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SUR LA PLAGE DE COIHUIN, DANS LE SUD DU PAYS, LES PÊCHEURS-AGRICULTEURS, AIDÉS DE VIEILLES CARRIOLES TIRÉES PAR DES CHEVAUX, SONT EN PLEINES SEMAILLES DE L'ALGUE GRACILARIA CHILENSIS, QUI POUSSE DANS LE SABLE DE CETTE BAIE CARESSÉE PAR LES EAUX FROIDES DE L'OCÉAN PACIFIQUE. 
PHOTO MARTIN BERNETTI



C'est une algue rouge qui permet de fabriquer l'agar-agar, un gélifiant prisé des végétariens, mais au Chili, l'un de ses principaux producteurs mondiaux, elle est désormais menacée d'extinction après des années de surexploitation. 
par MIGUEL SANCHEZ


PHOTO MARTIN BERNETTI 
Sur la plage de Coihuin, dans le sud du pays, les pêcheurs-agriculteurs, aidés de vieilles carrioles tirées par des chevaux, sont en pleines semailles de l'algue Gracilaria chilensis, qui pousse dans le sable de cette baie caressée par les eaux froides de l'océan Pacifique.

Une fois transformée, l'algue donnera naissance à l'agar-agar, un gélifiant végétal utilisé en cuisine et dans l'industrie agroalimentaire pour faire des gelées, confitures, glaces et bonbons. Au cours des dernières années, elle a rencontré un grand succès: les végétariens et les adeptes de religions interdisant la consommation de porc la préfèrent à la gélatine d'origine animale.

Le Chili, l'Espagne et le Japon, les trois principaux producteurs mondiaux, représentent 60% de la production mondiale, selon le gouvernement chilien et l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Le pays sud-américain en exporte chaque année 1.800 tonnes, presque entièrement destinées au marché asiatique (Japon, Chine, Thaïlande).

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PLAGE DE COILHUN À PUERTO MONTT OÙ EST
CULTIVÉE L'AGAR-AGAR, LE 19 OCTOBRE 2016
 PHOTO  MARTIN BERNETTI

Près de Puerto Montt, à environ 1.000 kilomètres au sud de Santiago, l'algue rouge est au coeur d'une activité encore très artisanale, où l'on sème à la main, sans l'aide d'aucune machine.

"D'ici quinze jours, on pourra faire la première taille", explique Carlos Leiva, l'un des pêcheurs. "Après, on va faire encore deux ou trois récoltes jusqu'à février-mars", affirme le pêcheur.

Cette algue "a pour propriété de pouvoir vivre enterrée dans le sable", souligne Alejandro Buschmann, directeur du Centre de recherche et développement en ressources et environnements marins (i-mar). "Il y a très peu d'algues qui peuvent le faire, cela la rend unique", souligne-t-il.

Carlos Leiva se souvient avoir commencé enfant, comme la plupart de ses collègues, à récolter ces algues, mais depuis cette époque, la surexploitation a presque été fatale à l'un des grands produits d'exportation du pays.

Car si avant, il suffisait de se pencher pour ramasser cet "or rouge" qu'offrait généreusement la nature, désormais il est obligatoire de le semer d'abord.

- Prix en chute -

"Il y a des années, tout ça était rempli, (les algues) arrivaient jusqu'à nos genoux, même jusqu'à la ceinture", raconte, nostalgique, un autre agriculteur-pêcheur de Coihuin, Pedro Soto, en montrant l'immense étendue de sable où est cultivée l'algue.

"Il n'y avait pas un seul endroit" sans ces filaments rouges. "Cette année, il y en a moins", déplore-t-il.

"Pratiquement toutes les algues (rouges qui se trouvaient naturellement sur la côté sud chilienne, ndlr) ont disparu", regrette aussi Alejandro Buschmann.
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UN PÊCHEUR RÉCOLTE DES ALGUES D'AGAR-AGAR À
MARÉE BASSE SUR LA PLAGE DE PUERTO MONTT, LE 19 OCTOBRE 2016
PHOTO MARTIN BERNETTI
L'an dernier, une étude de la Faculté de sciences biologiques de l'Université catholique du Chili, en partenariat avec le CNRS français, a mis en garde contre le "danger d'extinction" de cette algue qui était déjà utilisée comme aliment ou traitement traditionnel il y a près de 15.000 ans, par les premiers habitants du sud du Chili.

La surexploitation n'est pas la seule en cause: un ver qui se nourrit de cette algue et les résidus polluants des fermes à saumon locales ont également mis en péril cette activité artisanale qui fait vivre actuellement quelque 2.000 personnes.

"La pisciculture a fait que la plage s'est remplie d'excréments de saumons", pénalisant la production d'algues, explique Pedro Soto.

Les prix ont également chuté : le kilo mouillé de Gracilaria chilensis se vend environ 70 pesos (0,10 centimes de dollars), contre 400 dans les années 1980.

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UN PÊCHEUR RÉCOLTE DES ALGUES D'AGAR-AGAR À
MARÉE BASSE SUR LA PLAGE DE PUERTO MONTT, LE 19 OCTOBRE 2016
PHOTO MARTIN BERNETTI
Outre son usage dans le domaine alimentaire, l'agar-agar, qui est fabriqué à 65% à partir de cette variété d'algue, est utilisée dans la cosmétique, les colorants textiles, l'industrie plastique... Le gélifiant est également populaire au Japon comme coupe-faim dans les régimes.

Le long de ses 4.500 kilomètres de côtes, le Chili produit d'autres types d'algues, en exportant au total 6.000 tonnes chaque année. En 2015, cette activité a généré 246 millions de dollars en exportations, selon l'Institut de la pêche (Ifop).

mercredi 9 novembre 2016

UNE ÉMEUTE ÉLECTORALE


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PHOTO LEON NEAL

Une analyse au moins fait l’unanimité : la victoire de Donald Trump est l’expression d’un rejet profond de cet « establishment » qu’Hillary Clinton incarne jusqu’à la caricature. C’est une sorte d’émeute électorale, désordonnée, régressive et réactionnaire qui est finalement sortie des urnes en ce 8 novembre 2016 américain. Le drame de cette élection, c’est que le choix politique, depuis l’élimination de Bernie Sanders, était tout simplement calamiteux entre une politicienne professionnelle aux affaires depuis près de trente ans qui ne pouvait que délivrer un message de continuité, et un provocateur sans principes qui a réussi à tenir un discours crédible de changement. C’est finalement l’argument de l’expérience, dont Hillary Clinton avait fait son principal slogan de campagne, qui aura le plus coûté à la candidate démocrate.
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Les scrutins de cette élection sont marqués de 
plusieurs paradoxes. Le premier tient à la personnalité de Trump. Faire de ce milliardaire sans foi ni loi le champion de la classe pauvre a évidemment de quoi surprendre les Français. Ce n’est pas tout à fait contradictoire dans la vision américaine qui identifie la justice sociale à la liberté d’entreprendre. « Tout le monde peut devenir riche comme moi », a martelé Trump au cours de la campagne. Il suffit pour cela de se libérer des chaînes de l’État fédéral. Le discours anti-Washington marche toujours au pays de la guerre de Sécession. Et il suffit de baisser les impôts, fut-ce aux dépens des services publics et de tout système de protection sociale. Trump a surfé dans cette partie de l’Amérique sur la haine de l’Obamacare.

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PHOTO LEON NEAL

L’autre paradoxe, c’est évidemment l’élection au nom de la sécurité du personnage le plus dangereux et le plus imprévisible que les Américains aient jamais porté à la Maison Blanche. L’explication de cette apparente contradiction se résume d’un mot : la peur. Une peur qui n’est pas seulement le résultat d’un fantasme. Une peur fondée qu’une certaine Amérique, blanche, principalement rurale, du sud et du centre, vit dans son quotidien. Une peur des effets économiques de mondialisation libérale, de la concurrence avec la Chine, notamment. Mais une peur dévoyée, retournée contre les migrants et les minorités ethniques. Le racisme et le machisme de Donald Trump, qui ont tant choqué une partie des classes supérieures des côtes est et ouest et les intellectuels, le « politiquement incorrect » ont été ses principaux atouts. La peur légitime s’est transformée en panique devant les transformations qui sont à l’œuvre dans le pays.

En 2042, la population blanche deviendra minoritaire dans le pays. Les électeurs de Trump croient pouvoir arrêter l’évolution démographique, interdire le métissage en édifiant des murs et en pratiquant un repli qui ne leur apporteront pourtant rien de bon. Mortelle illusion qui n’arrêtera pas l’histoire, mais qui peut dans l’immédiat engendrer beaucoup de haines et de violences que des pauvres dirigeront contre de plus pauvres qu’eux. Ce qui s’est passé aux États-Unis doit être médité chez nous. Donald Trump a reçu les félicitations empressées de Marine Le Pen, candidate elle aussi au dévoiement de colères légitimes. Nous pouvons — et nous devons — évidemment pointer un doigt accusateur contre Trump et ses semblables. Mais, au-delà, il faut aller à l’origine du problème, et prendre la mesure de l’effet dévastateur d’un système libéral oppressant, producteur d’inégalités sans précédent dans l’histoire du monde. Et qui peut rendre fou.

samedi 5 novembre 2016

UN SÉISME DE 6,4 SECOUE LE CENTRE DU CHILI


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RAPPORT DU TREMBLEMENT DE TERRE 


Un séisme de magnitude 6,4 sur l'échelle de Richter a frappé vendredi le centre du Chili. Il a été ressenti à Santiago, la capitale, mais n'a pas fait de dégâts majeurs, selon les premières constatations.

Vendredi, en début d'après-midi, un séisme de magnitude 6,4 sur l'échelle de Richter a frappé le Chili. Le tremblement de terre n'a pas fait de dégâts majeurs, d'après les premières constations, a annoncé le Centre national des séismes.

La secousse a cependant provoqué des mouvements de panique dans les rues de Santiago, la capitale, où elle a été ressentie. L'épicentre se situe à 38 km au sud-est de la ville de Curico (200 km au sud de Santiago).

Pas d'alerte tsunami

L'armée a pour sa part annoncé que ce "séisme ne réunit pas les conditions nécessaires pour provoquer un tsunami sur les côtes chiliennes". Le Bureau national des situations d'urgence (Onemi), a qualifié ce séisme de "forte intensité". "Pour l'heure, on ne signale pas de victimes, de dégâts ou de perturbation au niveau des services publics", a ajouté l'Onemi.

En septembre 2015, un séisme de 8,3 avait touché le pays, provoquant l'évacuation d'un million de personnes. 

mercredi 2 novembre 2016

OÙ EST-IL JOSÉ HUENANTE ?


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JOSÉ GERARDO HUENANTE HUENANTE, NÉ À PUERTO MONTT,
LE 1ER  NOVEMBRE  1988 - DISPARU À PUERTO MONTT, LE 3  SEPTEMBRE 2005  


Dans la nuit du 3 septembre 2005, José Huenante, 16 ans, faisait la fête avec ses amis sur le côté d'une route à Puerto Montt, dans le sud du Chili. Ils buvaient de la bière et se comportaient mal. Quand une voiture de patrouille de la police est passée par là, ils l'auraient caillassée avant de fuir. 
par PEDRO CAYUQUEO

La police les a pris en chasse et a appelé en renfort 12 autres officiers. Tout le monde a échappé à l'exception de Huenante, qui a été pris et amené à bord de la voiture de patrouille No 1375. Il n'a plus jamais été revu.

Une enquête sur la disparition de cet adolescent a découvert des dossiers d'arrestation falsifiés, des intimidations de sa famille par la police et une montagne de mensonges rapportés des officiers qui l'avait arrêté. Onze ans après la disparition de Huenante, l'enquête est toujours en cours, aucune personne n'a été punie et les policiers impliqués dans l'arrestation continuent à travailler normalement.

Cette première disparition forcée du Chili depuis la fin de la dictature de Pinochet qui concerne un Mapuche aurait pu être une simple coïncidence, mais ce n'était pas une surprise. Pour le journaliste Mapuche, Pedro Cayuqueo, elle n'était qu'un cas parmi tant d'autres.