vendredi 29 janvier 2016

CHILI: UN RARE FAUCON ALBINOS SAUVÉ D'UN TRAFIC D'ŒUFS DESTINÉ À DUBAÏ

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PHOTO AFP
Interpellé le 22 octobre à l'aéroport de Sao Paolo, il avait en sa possession quatre oeufs de cette espèce rare dans une couveuse automatique.  

Le faucon pèlerin albinos, qui vit entre le Chili et l'Argentine en Patagonie, doit son plumage blanc à une mutation génétique, a expliqué à l'AFP Rafael Asenjo, un responsable du service de protection des animaux chiliens (SAG), et "un de ces œufs peut être vendu 20.000 dollars" sur le marché noir. 

Ces oiseaux, surnommés par certains les "guépards du ciel", foncent sur leurs proies en piqué, et peuvent atteindre les 385 km/h. 

Le trafiquant a été condamné le 17 décembre à quatre ans et demi de prison. 

PHOTO AFP
Les autorités brésiliennes et chiliennes ont mis en place une opération délicate pour rapatrier les oeufs. 

"Il fallait les rapatrier rapidement, avant l'éclosion pour éviter leur contact avec des humains, ce qui aurait nui à leur réinsertion dans leur habitat naturel", a expliqué Rafael Asenjo. 

Retour à l’état sauvage

Après ce long voyage, seul un des quatre oeufs saisis a éclos. Le poussin a d'abord été placé dans un élevage de rapaces à Santiago, au sein même du nid d'un couple de faucons pèlerins qui l'ont adopté. 

Trois semaines plus tard, l'oiseau a été réintroduit dans son habitat naturel, la Patagonie, donnant lieu à une nouvelle opération compliquée : le 22 décembre, deux alpinistes ont déposé le poussin sur un nid, déjà occupé par d'autres petits, à flanc de montagne, à 30 mètres d'altitude. 

"Quand nous sommes partis, la mère est revenue au nid, a alimenté le poussin et l'a entouré de ses ailes, ce qui indique qu'il avait été accepté dans le nid", se félicite M. Asenjo, précisant que le personnel du SAG allait continuer à surveiller le poussin pendant encore quelque temps.

jeudi 28 janvier 2016

LA FRANCE PRÉSENTE À LA CINQUIÈME ÉDITION DU CONGRÈS DU FUTUR AU CHILI

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PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ
Il s’agit du plus grand évènement de diffusion des sciences et des technologies au Chili et en Amérique Latine. Cette année, il a rassemblé 5 prix Nobel (Kailash Satyarthi, Aaron CiechanoverAda Yonath, Stefan Hell, Steven Chu ) et près d’une centaine de scientifiques et de personnalités de haut niveau venus du monde entier. Les conférences ont porté entre autres sur l’intelligence artificielle, la médecine du futur, le changement climatique et la société connectée au XXIème siècle. Kailash Satyarthi, prix Nobel de la Paix 2014, a clôturé ce cycle de conférences avec un appel ouvert « vers une société plus empathique ».

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PHOTO SEBASTIÁN RODRÍGUEZ
La France, qui a activement participé entre autres au financement de l’évènement, était notamment représentée par le journaliste Edwy Plenel, le paléoanthropologue Michel Brunet, et le biologiste Gilles Bœuf qui ont également donné des conférences à l’Institut français.

lundi 25 janvier 2016

UNE DIZAINE DE MILLIERS DE CALAMARS GÉANTS S’ÉCHOUENT SUR UNE PLAGE DU CHILI

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CAPTURE D'ÉCRAN ÉCHOUAGE  MASSIF 
Mais cette fois-ci les autorités avouent que la quantité de calamars morts dépasse très largement le niveau habituel, surtout sur une période aussi courte. Pour l’instant les experts n’ont pas pu identifier la cause de ce décès de masse, mais certaines hypothèses circulent déjà. 

Hécatombe de calamars : l’hypothèse d’une remontée d’eau

Selon Rodrigo Valencia directeur régional du Service national de pêche et d’agriculture : « la première piste est une remontée d’eau, couplée à une baisse du niveau d’oxygène en surface, qui a entraîné la mort de cette espèce ».

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Une remontée d’eau se produit lorsque de forts vents marins poussent l’eau en surface et laissent un vide où remontent des eaux de profondeurs. Ces eaux sont généralement froides, peu oxygénées, et remontent à la surface une très grande quantité de nutriments.

Ce changement soudain de leur environnement pourrait donc être à l’origine de ce drame marin. Avec la multiplication des ouragans au cours de ces dix dernières années, Rodrigo Valencia estime qu’il est probable qu’un phénomène de ce type, plus violent que d’habitude, puisse être à l’origine de cette remontée d’eau.

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Les calamars, victimes collatérales d’El Niño

Beaucoup d’experts estiment que cet événement pourrait avoir un lien avec le phénomène climatique El Niño. Courant côtier chaud qui apparaît généralement autour du mois de décembre, El Niño entraîne des épisodes climatiques beaucoup plus violents en 2016 que les années précédentes.

En réchauffant anormalement les eaux de surface de l’océan Pacifique, il est à l’origine de sécheresses en Asie et en Afrique, mais aussi des pluies torrentielles et des inondations en Amérique du Sud.

Extrêmement inquiétés par ces manifestations, les climatologues chiliens estiment que cette échouage massif pourrait être l’une des conséquences de ce trop grand réchauffement. Si ce n’est pas en réchauffant les eaux qu’il aurait tués les mollusques, El Niño pourrait être à l’origine d’un ouragan qui viendrait valider la première hypothèse.

En décembre dernier, 337 baleines avaient été découvertes mortes dans la baie d’un fjord du sud du Chili, à quelques centaines de kilomètres de l’Isla Santa Maria. Les scientifiques à l’origine de cette macabre découverte estimaient déjà qu’El Niño pouvait être à l’origine du désastre. Une enquête pour National Geographic est d’ailleurs en cours pour expliquer la multiplication de ce genre d’échouages depuis quelques mois au Chili.

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PHOTO ATON CHILE.

Un risque sanitaire

En attendant de connaître plus en détail des raisons de cet inquiétant phénomène, les autorités locales doivent prévenir l’île du risque de maladies induites par la décomposition des corps. Face à la quantité de cadavres et à l’inquiétude des familles qui vivent à proximité, des bateaux ont été affrétés depuis la côte pour tenter d’empêcher l’île de sombrer dans un état d’urgence sanitaire.

jeudi 21 janvier 2016

CHILI : DÉCÈS DE LA FOLKLORISTE SILVIA URBINA

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SILVIA URBINA À LA GUITARE


Silvia Urbina Pinto s'est éteinte le mardi 19 janvier 2016 à l'âge de 87 ans. Enseignante, musicienne, elle avait obtenu le « Prix des folkloristes et guitaristes du Chili » en 2004 pour l'ensemble de son œuvre. 


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« EL CAUTIVO DE TIL TIL »  VOIX SILVIA URBINA. PAROLES ET MUSIQUES PATRICIO MANNS.
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DURÉE : 00:02:58 
VICTOR JARA ET SILVIA URBINA 
EN TRAIN DE DANSER.
Silvia Urbina Pinto, née le 9 janvier 1928 à Placilla de Peñuelas, petite ville proche du Grand Valparaiso, est décédée à Santiago du Chili, victime d'un arrêt cardiaque.
                                                             
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POCHOIR SILVIA URBINA
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«  CUANDO BAILA EL CACHIMBO » VOIX ROLANDO ALARCÓN ET SILVIA URBINA 1964. PAROLES ET MUSIQUES PROLANDO ALARCÓN 
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DURÉE : 00:02:39 ______________________________
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 « LES BATEAUX DANS LA NUIT »
L'UNIQUE ALBUM COMME SOLISTE DE SILVIA 
Silvia fut une éducatrice, chanteuse et folkloriste chilienne, de vaste trajectoire dans la recherche et la diffusion de la musique folklorique. Cette année s'apprêtait à commémorer ses 60 ans d'activité artistique.
Urbina a commencé ses études musicales aux côtés de Margot Loyola dans l’« Escuela de Temporada» programme d'extension universitaire de l'Université du Chili. Avec Rolando Alarcón elle a créé en 1955 le groupe de chants et danses « Cuncumén », groupe auquel Víctor Jara a participé pendant quelques années.
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« LE FOLKLORE N'EST PAS MORT M…! »
En 1961 elle quitte le groupe pour former le premier groupe folklorique d’enfants sous le nom de « Cuncumenitos », diminutif du nom de son groupe d’origine « Cuncumén ».   Issue de l'école normale pour enseignants de maternelle, elle développe pendant cette période sa facette d'éducatrice, qu'elle cultivera le restant de sa vie.
Militante communiste de toute sa vie, lutteuse infatigable pour la vérité et la justice dans les temps de dictature, Silvia Urbina fut l'une des formatrices de quelques générations d'artistes chiliens. Plus tard pendant les années 1968 et 1969 elle a enregistré pour la maison de disques CBS deux albums. Le premier avec la complicité de Patricio Manns « Le folklore n'est pas mort M…! » , et elle fut la première interprète à enregistrer la populaire mazurka de P. Manns, « Le captif de Til-Til ». Ensuite avec Patricio Manns comme producteur, elle enregistre son unique album comme soliste « Les bateaux dans la nuit » accompagnée par l'orchestre du maestro Valentín Trujillo.
En 2012, elle reçoit une pension ex-gratia de l’État chilien des mains du Président Sebastián Piñera. 
C'est sans doute la dernière des grandes folkloristes formatrices du XXe siècle qui nous quitte.
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INTERVIEW 
Ñ

« EL CAUTIVO DE TIL TIL »

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« EL CAUTIVO DE TIL TIL »  VOIX SILVIA URBINA. PAROLES ET MUSIQUES PATRICIO MANNS,  DANS 
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DURÉE : 00:02:58 

mercredi 20 janvier 2016

UNE RÉVOLUTION CONSERVATRICE QUI AVANCE À VISAGE DÉCOUVERT

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ILLUSTRATION ANTOINE MOREAU-DUSAULT

En termes de philosophie politique, cela pouvait s’illustrer par le passage de relais entre Tocqueville, horizon indépassable des années antitotalitaires, et Carl Schmitt, théoricien de l’état d’exception (tiens, tiens…) réconciliant dans son antijuridisme marxistes désenchantés et libéraux post-aroniens. Il ne s’agissait pas évidemment de mettre en cause des individus (ceux qui aujourd’hui vont me [re]lire pourront le constater), mais un nouveau courant idéologique, annonciateur d’un « parti intellectuel », au sens de Péguy et de Thibaudet, désireux de prendre l’ascendant sur un marxisme en voie de décomposition. Et face à la faiblesse insigne des courants « libéraux » et réformistes. J’ai tenté et je tente toujours de faire de l’histoire des idées du « temps présent ». Mes hypothèses appelaient, j’ai eu la faiblesse de le croire, un débat de fond. Il n’eut malheureusement jamais lieu. Depuis les dénégations ne sont heureusement plus de saison. Même l’Université le reconnaît aujourd’hui. Ce nouveau parti intellectuel a aujourd’hui son quartier général : le mensuel Causeur. On n’ y a pas le triomphe modeste. On y savoure la débâcle du « progressisme » que la revue Eléments (de la Nouvelle Droite » appelle triomphalement « le grand retournement ». Le Rassemblement bleu Marine n’est pas en reste, qui par le truchement de son responsable aux intellectuels, Bertrand de La Rochère, lance un appel aux orphelins des utopies soixante-huitardes. Intellectuels de gauche, encore un effort… Ce billet doux étant tout particulièrement adressé à Michel Onfray, qui d’ailleurs n’ a pas accusé réception. Mais, dans le camp souverainiste, certains ont semblé devancer l’appel, en agitant l’idée d’une jonction entre tous les adversaires de l’euro, de droite comme de gauche. On mesurera sans doute un jour les effets de la perversion du « républicanisme » et du « patriotisme » chevénementistes sur la perte des repères dans une certaine intelligentsia. Le mot de « République », mais aussi ceux de « Lumières », « nation », de « laïcité », voire de « féminisme » ont pu être vidés de leur sens et retournés contre d’autres citoyens par d’habiles faussaires.
 PHOTO MAXIMILIEN LAMY 
L’antitotalitarisme, une fois le mur de Berlin abattu, a servi à disqualifier… la Révolution française et en fin de compte toute révolte contre l’ordre établi. Tout cela explique que la problématique du Rappel à l’ordre demeure plus que jamais actuelle à mes yeux. L’extension même du « domaine de la lutte » est frappante, il ne s’agit plus d’une querelle « bien parisienne ». Car c’est bien au cœur du champ politique et médiatique, et non plus seulement à « Saint-Germain-des-Prés », que le catéchisme néo-réactionnaire prospère. On continue pourtant de l’euphémiser alors qu’il prend de moins en moins de gants. L’infatigable Patrick Buisson aidant, il existe désormais un continuum qui va de l’aile dure de la droite républicaine aux Identitaires en passant par Philippe de Villiers, l’hebdomadaire Valeurs actuelles, le site FigaroVox et l’inévitable Eric Zemmour. Pour citer ce dernier, qui a entre autres qualités le sens de la formule, il s’agit de rien moins que de « déconstruire les déconstructeurs ». En clair d’en finir avec les principes issus de 1789. Et pourtant on continue à parler benoîtement de « déclinisme » à propos de cette révolution conservatrice qui avance désormais à visage de plus en plus découvert. On persiste à jeter un voile sur des discours malsains. Certes le pessimisme hautain a toujours été un excellent moyen d’épater le bourgeois. Il a ses lettres de noblesse, de Baudelaire à Cioran. Mais il ne s’agit plus de pose ou de dandysme ; certes il y a une obsession de la décadence chez Houellebecq, Finkielkraut, Eric Zemmour ou Richard Millet. Mais, si on creuse un peu, au-delà de la critique antimoderne de la société ouverte, c’est plus précisément la présence de barbares inassimilables au sein de la nation française qui est pour ces esprits distingués la racine du mal. Tout le reste en découle ; déclin de l’école, de la langue française, de la sacro-sainte autorité et, au bout du compte, descente aux enfers de la République (ô territoires perdus…) et de la laïcité (menacée par les menus sans porc dans les cantines scolaires). Aucun compromis avec cette anti-France. Pour en avoir suggéré un, à des conditions drastiques pourtant, le philosophe catholique Pierre Manent, peu suspect de « progressisme », a failli être mis à l’index par ses propres amis.
Appelons un chat un chat : ce ne sont pas des thèmes que l’on pourrait juger superficiellement « de droite » qui ont envahi le débat public à partir des années 1980. La fixation sur le néolibéralisme a été l’arbre qui a bien souvent caché la forêt. Ce sont des mots d’extrême droite, parfois identiques à ceux qui fleurissaient au Front National ou bien auparavant dans la tradition maurrassienne ininterrompue malgré les apparences, qui ont été introduits en contrebande dans le discours politique et idéologique mainstream. Alors que, longtemps après la chute du Mur, réfléchir sur la justice ou l’égalité, c’était surtout penser leurs limites. La conclusion aujourd’hui est sans appel : la pensée réactionnaire (je ne dirais pas la « droite », catégorie trop vague) a largement gagné la bataille des idées. En face les démocrates, les partisans de l’égalité sont présents, produisent, mais sont minoritaires. Des pamphlets contre-révolutionnaires tirent à des centaines de milliers d’exemplaires, ce qui ne s’était jamais vu depuis plus d’un siècle !

Kamel Daoud - Portrait de l'intégriste universel. L'intégriste, quelle que soit sa doctrine, rêve de restaurer le passé. Il voit en l'autre un ennemi et en la femme le mal.


On discute doctement de la réédition de Mein Kampf, tandis que des discours délirants portés par la vague complotiste qui déferle dur Internet sont en libre circulation. Le spectre du « Grand Remplacement », qui prolonge celui en vogue dans la décennie précédente d’une « Eurabie » soumise à la charia, hante beaucoup d’esprits. L’idée qu’il puisse y avoir une nation française qui ne soit pas de toute éternité, blanche et chrétienne, mais un creuset toujours en fusion, est insupportable à la droite « décomplexée » et à ses intellectuels organiques. Si ces derniers ont de nombreux points de désaccord entre eux, ils se retrouvent comme un seul homme (ou une seule femme…) pour refuser l’égalité réelle des citoyens français entre eux. Tel est le noyau dur de leurs convictions. Ils ne le disent pas ouvertement, mais leurs sarcasmes incessants stigmatisant l’antiracisme, ce « totalitarisme du XXIe siècle », sont suffisamment éloquents. Beaucoup d’entre eux, et non des moindres, regrettent ouvertement l’égalité des sexes et y voient un facteur mortifère pour nos sociétés « dévirilisées ». Avortement légal et regroupement familial furent vers 1975 les deux mamelles du « Grand Remplacement », selon Zemmour, comme pour Alain Soral, sans oublier un Philippe de Villiers remis en selle à partir des mêmes obsessions. L’individualisme et l’égalité des droits restent anathèmes dans cette mouvance qui, à la différence de la génération précédente, est étrangère à tout reste d’héritage libertaire. En s’imposant dans la rue (La Manif pour tous), les jeunes catholiques radicalisés peuvent même se permettre de rejeter les oripeaux « républicains » des néoréacs qui leur ont ouvert la voie, ainsi que le reste d’esprit soixante-huitard qui pouvait subsister à droite. Ils ne sont pas « Charlie » et ne se gênent pas pour le clamer. La mise à l’écart de Frigide Barjot, égérie du groupe Jalons au profit de Ludovine de La Rochère, plutôt de filiation Action française, est symbolique à cet égard. Parallèlement, l’éloge des Lumières, pourtant si utile pour stigmatiser les populations postcoloniales, perd du terrain et les « racines chrétiennes « sont à l’honneur. L’idée selon laquelle « notre » civilisation » occidentale chrétienne est menacée se retrouve aujourd’hui chez des athées endurcis. Le discours néoréactionnaire de périphérique qu’il était au moment de sa parution est devenu central, en passe même d’acquérir le statut d’idéologie dominante. De plus, il a aujourd’hui un grand frère, qui, comme au temps révolu de l’utopie communiste, siège à Moscou, plus troisième Rome que jamais. Vladimir Poutine est aujourd’hui la référence ultime de tous les nostalgiques d’une société autoritaire, virile, revendiquant sans complexe son identité et appuyée sur une version postmoderne de l’alliance du sabre et du goupillon. Cet attrait de la révolution conservatrice à la russe est d’autant plus irrésistible que nos sociétés sont fragiles, confrontées au défi terroriste et à une crise des idéaux démocratiques et européens. Le « parti du sursaut » que certains opposent au « parti de l’autre » aurait ainsi trouvé son modèle, et la dérive néoréactionnaire sa conclusion logique. Ce rejet de l’altérité n’est pas, on ne le dit pas assez, le seul fait de nos sociétés. Les mêmes démons affectent en miroir le monde arabo-musulman, l’Inde, la Chine, l’Afrique. Ici, la révolution conservatrice s’appelle islamisme, avec les mêmes références sorties tout droit, non pas seulement des sources « théologiques » de « nos » Spengler et autres Alexis Carrel (voir le trop cité essai de Ian Buruma et Avishai Margalit, L’Occidentalisme. Une brève histoire de la lutte contre l’Occident, Climats, 2006), ailleurs elle prend d’autres noms toujours en se réclamant d’un « retour » mythique à la pureté identitaire. Dans une tribune intitulée justement « L’intégriste universel », le grand écrivain algérien Kamel Daoud parle ainsi de ce personnage qui transcende les continents : « Quelle que soit sa doctrine, il rêve de restaurer le passé, voit en l’autre un ennemi, et dans la femme le mal » (Le Point, 14 janvier 2016). Tout est dit.

L’époque est dangereuse. Il est certain que la tentation va être grande pour certains d’instrumentaliser les crimes de Daech et les aléas des migrations de masse pour appuyer sur les fractures à vif de la société française. Et la responsabilité des intellectuels n’en sera que plus grande.

Historien des idées, Daniel Lindenberg est professeur de sciences politiques à l’université Paris-VIII. Il a notamment publié Destins marranes (Hachette, 2004), Le Procès des Lumières (Seuil, 2009) et Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil, 2016)


« CUMPLEAÑOS FELIZ N'NANCITO »

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      « CUMPLEAÑOS FELIZ» SONORA PALACIOS
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      mardi 19 janvier 2016

      « CUMPLEAÑOS FELIZ»




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          « CUMPLEAÑOS FELIZ» SONORA PALACIOS
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          samedi 16 janvier 2016

          « GRAVITY »


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              « GRAVITY DISCOVERS NEW DOUBLE STAR IN ORION » MUSIC JOHAN B. MONELL.
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              « GRAVITY » OUVRE L’ŒIL AU CHILI

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              PHOTO ESO/GRAVITY CONSORTIUM/NASA/ESA/M. MCCAUGHREAN 

              CE MONTAGE PERMET DE COMPARER LES IMAGES DE LA RÉGION ACQUISES PAR DIVERS TÉLESCOPES. L'IMAGE FINALE, RÉALISÉE PAR GRAVITY, RÉVÈLE DES DÉTAILS BIEN PLUS FINS DE L'ENVIRONNEMENT DES ÉTOILES LES PLUS FAIBLES DE L'AMAS, INACCESSIBLES AU TÉLESCOPE SPATIAL HUBBLE DU CONSORTIUM NASA/ESA. 

              Première lumière de la future machine à étudier des trous noirs. GRAVITY a été testé avec succès sur le VLTI.
              Observer au zoom les trous noirs est la principale mission de l'instrument GRAVITY récemment installé sur le Very Large Telescope de l'ESO au Chili. 

              Durant sa première campagne d'observation, GRAVITY a combiné avec succès la lumière stellaire capturée par les quatre Télescopes Auxiliaires. Le consortium européen qui a conçu et construit GRAVITY est très satisfait des performances obtenues. Ce consortium, regroupant des astronomes et des ingénieurs, est piloté par l'Institut Max Planck pour la Physique Extraterrestre de Garching. Au cours de cette première phase de tests, l'instrument a en effet déjà réalisé quelques « premières ». GRAVITY est le plus puissant des interféromètres installés à ce jour sur le VLT. 


              DANS LE CADRE DE LA PREMIÈRE CAMPAGNE D'OBSERVATION DU NOUVEL INSTRUMENT GRAVITY, L'ÉQUIPE A ÉTUDIÉ LES JEUNES ÉTOILES BRILLANTES DE L'AMAS DU TRAPÈZE SITUÉ AU CŒUR DE LA RÉGION DE FORMATION STELLAIRE DE LA CONSTELLATION D'ORION. LES DONNÉES DE TESTS ONT DÉJÀ PERMIS À GRAVITY D'EFFECTUER UNE DÉCOUVERTE : L'UNE DES COMPOSANTES DE L'AMAS (THETA1 ORIONIS F) EST EN RÉALITÉ UN SYSTÈME D'ÉTOILES DOUBLES.
              CETTE SÉQUENCE DE ZOOM VIDÉO DÉBUTE SUR UNE VUE ÉTENDUE DE LA CÉLÈBRE CONSTELLATION D'ORION (LE CHASSEUR) PUIS AFFICHE DES IMAGES TOUJOURS PLUS DÉTAILLÉES DE LA RÉGION ACQUISES AU MOYEN DE DIVERS TÉLESCOPES. ELLE S'ACHÈVE AVEC UNE IMAGE RÉALISÉE PAR GRAVITY, QUI RÉVÈLE DES DÉTAILS TRÈS FINS DE L'ENVIRONNEMENT DES ÉTOILES LES MOINS BRILLANTES DE L'AMAS, INACESSIBLES AU TÉLESCOPE SPATIAL HUBBLE DU CONSORTIUM NASA/ESA.
              CRÉDIT: ESO/M. MCCAUGHREAN/GRAVITY CONSORTIUM, NICK RISINGER (SKYSURVEY.ORG), 
              MUSIC: JOHAN B. MONELL (WWW.JOHANMONELL.COM).


              L'instrument GRAVITY combine la lumière collectée par plusieurs télescopes afin de constituer un télescope virtuel dont le diamètre peut atteindre jusqu’à 200 mètres. Cette technique baptisée interférométrie, permet aux astronomes d’obtenir des images d'objets astronomiques avec une résolution – ou niveau de détails – supérieure à celle des images acquises par un unique télescope.

              Depuis l'été 2015, une équipe internationale d'astronomes et d'ingénieurs conduite par Franck Eisenhauer (MPE, Garching, Allemagne) installe l'instrument dans des tunnels prévus à cet effet situés sous le Very Large Telescope de l'Observatoire Paranal de l'ESO au nord du Chili [1]. Il s’agit de la première phase de la mise en service de GRAVITY sur le Very Large Telescope Interferometer (VLTI).. Une étape cruciale vient d'être franchie : pour la toute première fois, l'instrument a combiné avec succès la lumière stellaire collectée par les quatre Télescopes Auxiliaires du VLT [2].

              « À l’occasion de sa première lumière, et pour la toute première fois dans l'histoire de l'interférométrie optique astronomique, GRAVITY a pu réaliser des poses de plusieurs minutes, plus de cent fois plus longues que ce qui était possible jusqu’à présent », précise Franck Eisenhauer. « GRAVITY va permettre d'étendre l'interférométrie optique à l'observation d'objets beaucoup moins lumineux, et repoussera bien au-delà des limites actuelles la sensibilité de l'astronomie à haute résolution angulaire ».


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              ZOOMER SUR DES TROUS NOIRS CONSTITUE LA PRINCIPALE MISSION DE L'INSTRUMENT GRAVITY RÉCEMMENT INSTALLÉ SUR LE VERY LARGE TELESCOPE DE L'ESO AU CHILI. DURANT SA PREMIÈRE CAMPAGNE D'OBSERVATIONS, GRAVITY A COMBINÉ AVEC SUCCÈS LA LUMIÈRE STELLAIRE EN PROVENANCE DES QUATRE TÉLESCOPES AUXILIAIRES. CETTE PHOTO MONTRE QUELQUES PERSONNES DE L'IMPORTANTE ÉQUIPE INTERNATIONALE DE GRAVITY DURANT LES PREMIÈRES OBSERVATIONS À L'OBSERVATOIRE DE PARANAL. PHOTO ESO/GRAVITY CONSORTIUM

              Parmi les observations de cette première campagne, l'équipe a pointé l’instrument sur de jeunes étoiles brillantes de l'Amas du Trapèze situé au cœur de la région de formation stellaire de la constellation d'Orion. Ces premières données de test ont déjà permis à GRAVITY d'effectuer une petite découverte : l'un des composants de l'amas est un système d'étoiles doubles [3].

              Le succès de cette opération reposait sur la capacité à stabiliser le télescope virtuel suffisamment longtemps, en utilisant la lumière issue d'une étoile de référence, pour permettre une pose longue sur un second objet bien plus faible. En outre, les astronomes sont parvenus à stabiliser la lumière provenant simultanément de quatre télescopes – un exploit inédit avec ce niveau de performance [3].

              GRAVITY peut mesurer la position d’objets astronomiques avec la plus haute précision, faire de l’imagerie interférométrique ainsi que de la spectroscopie [4]. À titre d'exemple, il pourrait apercevoir des éléments de construction sur la Lune et les localiser à quelques centimètres près. L’imagerie à une résolution aussi extrême a de nombreuses applications. Mais l’objectif principal de GRAVITY est d’étudier l’environnement des trous noirs.

              GRAVITY étudiera notamment les effets de l'intense champ gravitationnel régnant à proximité de l'horizon des événements du trou noir super-massif situé au centre de la Voie Lactée – ce qui explique le choix du nom de l'instrument. Ces effets sont dominés dans cette région par la théorie de la relativité générale d'Einstein. Par ailleurs, GRAVITY observera en détail les phénomènes d'accrétion et de jets de matière qui se produisent à proximité des trous noirs super-massifs au centre des galaxies ainsi que dans l'environnement des étoiles nouvellement formées. Il excellera également dans l’étude  des mouvements des étoiles binaires, des exoplanètes et des disques autour des étoiles jeunes, et dans l’imagerie des surfaces d'étoiles.

              Jusqu'à présent, GRAVITY a été testé avec les quatre Télescopes Auxiliaires d'1,8 mètre. Les premières observations avec les quatre Télescopes Unitaires de 8 mètres du VLT sont prévues pour 2016.

              Le consortium GRAVITY est piloté par l'Institut Max Planck pour la Physique Extraterrestre de Garching en Allemagne. Les autres institutions partenaires sont :

              LESIA, Observatoire de Paris, PSL Research University, CNRS, Sorbonne Universités, UPMC Univ. Paris 06, Univ. Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, Meudon, France
              Institut Max Planck pour l'Astronomie, Heidelberg, Allemagne
              1. Institut de Physique, Université de Cologne, Cologne, Allemagne
              IPAG, Université Grenoble Alpes/CNRS, Grenoble, France
              Centre Pluridisciplinaire d'Astrophysique, CENTRA (SIM), Lisbonne et Porto, Portugal
              ESO, Garching, Allemagne
              Le Centre Français de Recherche Aérospatiale (ONERA)

              Notes

              [1] Les tunnels ainsi que la salle de combinaison des faisceaux du VLTI ont récemment fait l'objet d'importants travaux afin d'accueillir GRAVITY et de préparer l'installation d'autres instruments à venir.

              [2] Il serait plus pertinent de nommer cette phase « premières franges » puisqu’elle a consisté en la première combinaison de lumière en provenance de plusieurs télescopes produisant des franges d'interférence.

              [3] Le système d'étoiles doubles nouvellement découvert se nomme Theta1 Orionis F. Les observations ont été effectuées en utilisant l'étoile brillante Theta1 Orionis C comme proche référence.


              [4] GRAVITY a pour objectif de déterminer la position des objets à une précision de l’ordre de 10 microsecondes d'angle, et d'imager les objets avec une résolution de quatre millisecondes d'angle.

              GASTRONOMIE: PARIS CÉLÈBRE SES 84 CHEFS « ÉTOILÉS »

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              PHOTO MAIRIE DE PARIS

              Étaient ainsi présents Joël Robuchon, Alain Ducasse, Pierre Gagnaire, Cyril Lignac, Guy Martin, Yannick Alléno ou Anne-Sophie Pic entre des dizaines d'autres. 

              «Ce que vous apportez à Paris et à la France est indescriptible, vous portez l'image et l'attractivité de notre ville », a affirmé Mme Hidalgo, avant de remettre la médaille aux chefs, quasiment tous en vestes blanches de cuisiniers. 

              «Quand les étrangers pensent à notre pays, ils pensent à la gastronomie », a-t-elle ajouté en célébrant également le réseau d'apprentis, d'artisans, de commerçants ou de marchés parisiens «qui sont tirés par l'excellence que vous proposez »

              Au nom des chefs, Alain Ducasse a salué «l'honneur » fait aux chefs, un honneur qui «interpelle notre responsabilité, celle de porter la gastronomie comme un humanisme qui crée du lien entre les hommes »

              La gastronomie française est «une référence par laquelle passent les plus grands chefs de la planète » mais doit aujourd'hui être «la matrice des valeurs universelles de la gastronomie à travers toutes les cuisines du monde », a-t-il ajouté. 

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              Le chef Thierry Marx, interrogé par l'AFP, a salué le fait qu'une « autorité comme la maire de Paris rende hommage à cette industrie. Ce sont des PME qui prennent des risques en termes financiers, qui emploient, qui créent une dynamique dans un quartier »«Pour l'ensemble des artisans cuisiniers, pâtissiers, bouchers, c'est une reconnaissance », a-t-il dit. 

              La récompense de la Ville «nous met du baume au coeur », a pour sa part affirmé Cyril Lignac, après la «baisse de régime à cause des attentats horribles »

              Pour Joël Robuchon, «la cuisine française est toujours très appréciée à travers le monde. Au Japon, on voit de plus en plus de restaurants français, gastronomiques, mais aussi de bistrots, ça veut dire que la cuisine française est très bien exportée »

              Pour Guy Martin, il est important de mettre en valeur la cuisine française, «par rapport à nos amis mexicains, espagnols, péruviens, qui mettent énormément de moyens après les pays du Nord. On a besoin d'être soutenus. Nous sommes une des meilleures cuisines au monde mais les parents pauvres au niveau des budgets. On a besoin de dire que la cuisine française est toujours au top, que nous avons des fournisseurs exceptionnels, une qualité de produits incroyable ». 

              vendredi 15 janvier 2016

              LA DÉCOUVERTE DE LA SUPERNOVA LA PLUS LUMINEUSE DE L’UNIVERS

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              LA DÉCOUVERTE DE LA SUPERNOVA LA PLUS LUMINEUSE DE L’UNIVERS. PHOTO SCIENCE

              Tout au long de l’histoire humaine, on trouve des signalements d’apparitions soudaines d’astres extrêmement lumineux sur la voûte céleste. Les comptes-rendus les plus complets soulignent que leur éclat décroît durant plusieurs mois ou années jusqu’à devenir imperceptible. Ainsi, l’une des supernovae les plus célèbres, apparue dans la constellation du Taureau en juillet 1054, a été observée à l’œil nu en Chine jusqu’en avril 1056. Aujourd’hui encore, il suffit d’un petit télescope d’amateur pour distinguer la tache floue du nuage de débris en expansion engendré par l’explosion de 1054, la nébuleuse du Crabe. À l’échelle temporelle humaine, les supernovae restent des phénomènes relativement rares dans notre galaxie, mais les astronomes disposent d’instruments leur permettant de scruter d’innombrables galaxies et les catalogues de supernovae ne cessent donc de s’étoffer. Différents types de supernovae ont été identifiés et l’on utilise leurs propriétés spécifiques pour déterminer la distance de leur galaxie hôte avec précision, voire pour tenter de mettre en évidence l’accélération de l’expansion de l’univers. Les supernovae sont donc des astres essentiels pour notre compréhension du cosmos et l’explication correcte de leur formation et de leur évolution est fondamentale.

              Pourtant, depuis une vingtaine d’années, un nouveau groupe de supernovae trouble les théoriciens. Ce sont des supernovae dites « super lumineuses », car elles sont jusqu’à cent fois plus lumineuses à leur pic que les supernovae ordinaires, et aucun des processus physiques connus à ce jour ne permet d’expliquer convenablement leur brillance hors du commun. Ces supernovae super lumineuses sont rares, sans doute mille fois plus rares que les supernovae ordinaires, et elles n’ont été découvertes que grâce à la mise en service de nouvelles générations de réseaux de télescopes automatiques qui moissonnent régulièrement des champs stellaires de plus en plus vastes, alors que la recherche des supernovae concernait plutôt auparavant des zones choisies pour leur richesse en galaxies et n'était pas aussi systématique. Avec la découverte des premières supernovae super lumineuses les chercheurs ont pensé que l’éclat d’une supernova ordinaire pouvait être amplifié par la présence d’un magnétar. Ce corps extrêmement rare de quelques kilomètres de diamètre seulement est le résidu hyperdense de la contraction du cœur de l’étoile. Il est composé de neutrons pressés les uns contre les autres, tourne très vite sur lui-même – jusqu’à mille fois par seconde – possède un champ magnétique d’une puissance colossale et peut engendrer un rayonnement hautement énergétique capable de chauffer intensément le gaz en expansion suite à l’explosion, augmentant ainsi vivement sa luminosité. Mais ce processus extrême, qui pourrait expliquer l’éclat exceptionnel de certaines des supernovae super lumineuses les moins intenses, ne pourrait vraisemblablement pas donner naissance à une supernova comme ASASSN-15lh qui est près de deux fois plus lumineuse que la plus éclatante des supernovae super lumineuses cataloguées à ce jour. Dans la revue Nature, Edo Berger, chercheur à l’université d’Harvard, suggère même que ASASSN-15lh pourrait bien ne pas être une supernova, mais plutôt l’éclat engendré par le déchirement gravitationnel d’une étoile chutant vers un trou noir supermassif. Le débat est ouvert et le plus important est donc d’accumuler le maximum d’observations qui pourront nourrir la réflexion des théoriciens.

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              AU PREMIER PLAN, DEUX DES QUATRE INSTRUMENTS DU ALL SKY AUTOMATED SURVEY FOR SUPERNOVAE INSTALLÉS À L’OBSERVATOIRE DE CERRO TOLOLO AU CHILI AVEC LESQUELS A ÉTÉ DÉCOUVERTE LA SUPERNOVA ASASSN-15LH LE 14 JUIN 2015. IL S’AGIT DE CAMÉRAS CCD ÉQUIPÉES DE TÉLÉOBJECTIFS DE 400 MILLIMÈTRES DE FOCALE CAPABLES DE PHOTOGRAPHIER RAPIDEMENT DE VASTES CHAMPS STELLAIRES JUSQU’À LA DIX-SEPTIÈME MAGNITUDE. PHOTO WAYNE ROSING/ASAS-SN  

              Au premier plan, deux des quatre instruments du All Sky Automated Survey for SuperNovae installés à l’observatoire de Cerro Tololo au Chili avec lesquels a été découverte la supernova ASASSN-15lh le 14 juin 2015. Il s’agit de caméras CCD équipées de téléobjectifs de 400 millimètres de focale capables de photographier rapidement de vastes champs stellaires jusqu’à la dix-septième magnitude.
              Crédits : Wayne Rosing/ASAS-SN

              C’est ce à quoi se sont employés ces derniers mois l’astronome chinois Suba Dong (Institut Kavli pour l’astronomie et l’astrophysique, université de Pékin) et ses collègues de la All-Sky Automated Survey for SuperNovae qui ont découvert ASASSN-15lh le 14 juin dernier. Au fil des semaines, ils ont obtenu des observations dans différentes longueurs d’ondes et des spectres pris avec de nombreux instruments terrestres et spatiaux. Ils publient aujourd’hui dans la revue Science les résultats de leurs investigations. La All-Sky Automated Survey for SuperNovae (ASAS-SN) est un réseau de petits instruments en cours de déploiement depuis 2013 avec, pour l’heure, un site opérationnel à Hawaii et un autre au Chili. Outre ces deux sites, ce réseau présente la particularité de réunir des astronomes amateurs dispersés sur la planète qui peuvent confirmer rapidement les découvertes. Les instruments utilisés sont des caméras CCD équipées de téléobjectifs de 400 millimètres de focale qui enregistrent rapidement de larges champs jusqu’à la dix-septième magnitude et captent donc la lumière d’astres plus de 25 000 fois moins lumineux que les plus faibles étoiles visibles à l’œil nu dans un ciel noir parfait. Collecter des images le plus régulièrement et rapidement possible n’est qu’une partie de l’activité de ASAS-SN. L’essentiel du travail préliminaire a consisté à automatiser la recherche des phénomènes transitoires comme les supernovae dans ce flux d'images. Pour cela, l’équipe de ASAS-SN a développé avec l’aide du Los Alamos National Laboratory un logiciel capable d’analyser les photographies, de les comparer avec celles déjà obtenues et de signaler les éventuels éléments nouveaux. Leur programme ne se contente pas de révéler chaque différence, il apprend à distinguer les défauts techniques des réels événements astronomiques et accroît ainsi peu à peu son efficacité. À terme, le réseau ASAS-SN devrait être capable de réaliser chaque nuit une surveillance automatique de l’ensemble de la voûte céleste accessible depuis chaque site, ce qui demande actuellement deux à trois nuits, et de multiplier au moins par dix le nombre d’objets détectés. Depuis juin 2013, l’équipe a déjà identifié 273 supernovae.

              Détectée sur des images prises le 14 juin 2015 à l’observatoire de Cerro Tololo (Chili), ASASSN-15lh n’est donc pas simplement une supernova super lumineuse, elle est près de deux fois plus lumineuse que sa suivante immédiate dans ce groupe. À son pic d’éclat, ASASSN-15lh a été 570 milliards de fois plus lumineuse que le Soleil. Pour donner un ordre d’idée, cela signifie que l’explosion de cette unique étoile a été plus lumineuse que toutes les étoiles contenues dans une cinquantaine de belles galaxies comme la Voie lactée ! Si on aime jongler avec des chiffres impressionnants, on peut même calculer que le Soleil devrait briller durant 90 milliards d’années à son niveau actuel pour atteindre la quantité d’énergie libérée par ASASSN-15lh lors de son explosion et des quatre mois qui ont suivi. Ce qui est naturellement impossible puisque notre étoile n’a plus « que » 5 ou 6 milliards d’années devant elle avant de disparaître, mais cela fixe le niveau de ce monstre stellaire.

              asassn-15lh
              Une image d’archive (à gauche) de la Digital Sky Survey montre ce qui semble bien être la galaxie hôte de ASASSN-15lh ; à droite, l’image de confirmation de la découverte prise le 16 juin 2015. Distante de près de 3 milliards d’années-lumière, une supernova aussi lumineuse que ASASSN-15lh n’apparaît en fait que comme un noircissement des pixels de la galaxie. Le cercle rouge à un diamètre apparent de 2 secondes d’arc sur les deux images.
              Crédit : Astronomer’s Telegram/ASAS-SN


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              UNE IMAGE D’ARCHIVE (À GAUCHE) DE LA DIGITAL SKY SURVEY MONTRE CE QUI SEMBLE BIEN ÊTRE LA GALAXIE HÔTE DE ASASSN-15LH ; À DROITE, L’IMAGE DE CONFIRMATION DE LA DÉCOUVERTE PRISE LE 16 JUIN 2015. DISTANTE DE PRÈS DE 3 MILLIARDS D’ANNÉES-LUMIÈRE, UNE SUPERNOVA AUSSI LUMINEUSE QUE ASASSN-15LH N’APPARAÎT EN FAIT QUE COMME UN NOIRCISSEMENT DES PIXELS DE LA GALAXIE. LE CERCLE ROUGE À UN DIAMÈTRE APPARENT DE 2 SECONDES D’ARC SUR LES DEUX IMAGES. PHOTO  ASTRONOMER’S TELEGRAM/ASAS-SN


              ASASSN-15lh se situe dans le ciel austral, à la frontière des constellations du Toucan et du Paon, juste à l’emplacement d’une galaxie bien visible sur les images d’archive. Même si elle semble insignifiante sur les images de la découverte, cette galaxie est en fait plus grande et plus lumineuse que la Voie lactée. Des recherches ont révélé l’éclat de ASASSN-15lh dès le mois de mai et montré que son pic lumineux a dû être atteint vers le 5 juin avec une magnitude visible de 16,9. Quant aux observations de la galaxie hôte réalisées avec des instruments plus puissants dans les jours qui ont suivi, notamment avec le télescope SALT (South African Large Telescope) de 10 mètres de diamètre, elles ont permis de mesurer son décalage spectral (z = 0,2326) et d’estimer sa distance à près de 3 milliards d’années-lumière, ce n’est qu’alors que l’incroyable éclat intrinsèque de ASASSN-15lh a pu être confirmé. Il n’est pas exclu que ASASSN-15lh appartienne en fait à une galaxie naine trop peu lumineuse pour être visible et située exactement dans le même alignement devant l’autre galaxie. Suba Dong et ses collègues ont donc demandé du temps d’observation avec le télescope spatial Hubble pour lever ce doute et pour continuer d’accumuler des observations sur cet astre encore bien mystérieux.


              Sources
              ASASSN-15lh: A highly super-luminous supernova, par Subo Dong & al., Science.