lundi 30 novembre 2015

LA TOUR EIFFEL AUX COULEURS DE L'ÉCOLOGIE

LA TOUR EIFFEL AUX COULEURS DE L'ÉCOLOGIE. PHOTO FRANCK CASTEL

Via une application sur smartphone, « chaque personne va pouvoir donner vie à un arbre virtuel qui va pousser sur la Tour Eiffel au rythme des battements de son coeur et ensuite chaque arbre virtuel sera réellement planté dans un programme de reforestation », a expliqué l'artiste numérique Naziha Mestaoui à l'origine de ce projet.

« L'idée est de connecter le virtuel et le réel, la technologie et la nature et de donner la possibilité à chacun de concrètement passer à l'action », a-t-elle estimé.

Pour chaque arbre virtuel, payé de 3 à 10 euros selon l'espèce, un arbre sera véritablement planté à travers l'un des sept projets financés par cette opération (en Australie, Brésil, Sénégal, Inde, France, Pérou, Côte d'Ivoire). Chaque participant-donateur recevra un certificat et pourra suivre l'évolution de son arbre. Les premières plantations sont prévues à partir de début 2016. (avec AFP)

À LA RENCONTRE DES FEMMES MINEURS DU CHILI




Mais la nudité de l’Atacama est trompeuse, car sous ses dunes soyeuses et ses paysages lunaires faits de sel et de lave durcie repose l’élément vital du chili : des millions de tonnes de réserves de cuivre.

Plus grande mine à ciel ouvert

Je suis venue sur le plateau pour visiter la plus importante mine du Chili : Chuqimata, qu’on surnomme ici Chuqi, propriété de la compagnie minière du cuivre Codelco, qui appartient à l’Etat.

Cette mine de cuivre à ciel ouvert – la plus grande de la planète –, soit vieille de plus d’un siècle, représente encore environ un cinquième de la production totale de la société, bien que ses ressources ont considérablement diminué.

L’amenuisement de la production et la découverte de réserves de cuivre additionnelles ont incité Codelco à creuser plus profond, et la compagnie est actuellement au beau milieu du développement d’une mine souterraine de près de 4 milliards d’euros.

Superstition contre les femmes

Mais mon intérêt pour la mine n’a pas tant à voir avec le cuivre qu’avec les mineurs eux-mêmes. Un ami chilien m’a confié un jour qu’il y avait une vieille croyance dans le pays, qui voudrait que lorsque une femme entre dans une mine, une catastrophe ne tarde pas à survenir.

Les mines étaient considérées comme des entités femelles, à l’intérieur desquelles seul les hommes devaient entrer. Une femme pénétrant dans une mine pourrait déclencher jalousie et colère, ce qui conduirait à une baisse de la production dans le meilleur des cas, au pire à un désastre.

Ces croyances sont en train de changer. Si l’industrie minière du cuivre chilienne a connu son lot de hauts et de bas au cours des récentes années – on se souvient de l’effondrement de 2010 et du sauvetage qui a captivé le monde, inspirant même un film, « The 33 » –, il est certain que la présence de femmes dans les mines n’est pas à blâmer. L’incident de 2010 s’est produit à cause de la gestion désastreuse d’une compagnie minière privée et d’un manque effarant de mesures de sécurité. Quant aux pertes financières, elles doivent être imputées au flux et au reflux global de la demande en minéraux.

Incitation politique

Actuellement, les femmes représentent environ 7,5% de la main-d’œuvre minière chilienne (parmi lesquels 80% d’entre elles occupent des postes administratifs). Elles sont certes en petit nombre, mais il est important de souligner que l’idée même d’une femme mineur était encore inconcevable jusque très récemment.

Les décennies écoulées depuis le retour de la démocratie au Chili ont vu un basculement progressif – mais néanmoins remarquable – de l’attitude générale envers les femmes.

Aujourd’hui, le Chili a une femme pour présidente, Michelle Bachelet, et une ministre des Mines, Aurora Williams. Le gouvernement offre désormais un certificat aux compagnies qui remplissent un certain nombre de critères, dont le respect de l’égalité des genres. La mine Gabriela Mistral, qui appartient à Codelco, où les femmes représentent 24% des ouvriers, a déjà reçu ce certificat.


Hystérectomies

En 2014, une équipe de chercheurs de l’université catholique du Nord à Antofagasta a mené une étude dans le but de mieux comprendre quels facteurs empêchent les femmes d’intégrer l’industrie minière en plus grand nombre. Au travers d’entretiens en profondeur avec 70 mineurs hommes et femmes du nord du Chili, les chercheurs ont découvert que le manque de femmes dans l’industrie minière pouvait être attribué à « l’autodiscrimination des travailleurs eux-mêmes, les demandes des familles, et la prédominance masculine dans le secteur ».

En d’autres termes, même si les femmes sont davantage intégrées au secteur des mines que par le passé – et en dépit des efforts réalisés par le gouvernement pour aplanir ces disparités –, il subsiste encore de nombreux obstacles qui gardent les femmes d’entrer dans les mines, dont beaucoup sont auto-imposés.

« Certaines travailleuses ont subi une hystérectomie pour mettre un terme à leurs menstruations », rapporte l’étude.

« D’autres ont arrêté d’allaiter leurs enfants et ont aussi réduit au minimum leurs passages aux toilettes durant la journée sur leur lieu de travail. »

Pas très à l’aise

Malgré cela, beaucoup pensent que l’accroissement significatif de la présence des femmes dans les mines au Chili est le signe d’un glissement vers une structure sociale plus égalitaire. « C’est lié au progrès de la société, pas seulement de l’industrie minière », m’a confié Aurora Williams, la ministre des Mines, lors d’un entretien.

« Aujourd’hui, les femmes sont perçues différemment au sein de la société, en politique, dans la population active et dans les mines. »

Ces progrès ne me sautent pas aux yeux au cours du vol de deux heures qui m’entraîne de Santiago à Calama, l’avant-poste principal de la région la plus au nord du pays. Je ne remarque pas la présence d’une seule femme parmi les passagers de l’avion, et alors que nous atterrissons je ne me sens pas très à l’aise, comme si je venais de faire irruption chez un barbier en robe de soirée.

A bord d’un minivan, dans un tube

Le lendemain matin, je fais la connaissance d’Andrea Valdebenito Brown, l’employée de Codelco qui me servira de guide durant mon séjour à Chuqimata. Brown a grandi dans une famille de mineurs, et bien qu’elle n’en soit pas une elle-même, elle fait carrière au sein de l’industrie – à l’instar de la plupart des femmes travaillant pour Codelco, elle travaille dans un bureau et non dans une mine. Selon elle, s’il y a bien des femmes parmi les mineurs, elles demeurent en petit nombre et cela n’est pas près de changer. Elle ne peut pas me garantir que j’aurai la chance d’en rencontrer une au cours de ma visite.

Après qu’elle m’a briefé sur la sécurité, Brown et moi grimpons à bord d’un minivan qui nous conduit dans les entrailles de la nouvelle mine souterraine de Chuqi, encore en construction.

La mine est différente de ce à quoi je m’attendais. Ce que j’imaginais des mines a été façonné par les livres et le cinéma, et je m’étais à moitié préparée à descendre une échelle en bois branlante avec une pioche à la main. Au lieu de quoi nous roulons à travers un énorme tube, de deux fois la hauteur d’un tunnel routier, aussi large qu’une autoroute à trois voies.

850 m sous la surface de la terre

Le tunnel est percé d’autres routes qui finissent en impasses, dont la plupart sont gardées par des silhouettes accroupies vêtues de gilets de sécurité orange. Leurs visages plongés dans l’ombre derrière les lampes frontales leur donnent des allures de cyclopes, dont la lumière intensément blanche tranche avec les ténèbres de la mine.

De temps à autre, la lueur rouge d’une pièce d’équipement surgit de la pénombre avant de disparaître derrière nous. Nous portons des bottes coquées d’acier, ainsi que des appareils respiratoires autonomes en cas d’incendie.

Plus nous descendons, plus la route se fait cahoteuse. Mes oreilles commencent à ressentir des pops. Tandis que mes yeux s’accoutument à la basse lumière de l’endroit, je parviens à distinguer des nombres sur les murs, qui marquent la longueur de la route parcourue depuis l’entrée. Nous arrivons bientôt au repère des 4 250 m – 850 m sous la surface de la terre – et notre chauffeur effectue un demi-tour avant de s’arrêter. Il nous prie de descendre du véhicule.

« Nous avons trouvé une demoiselle ! »

« C’est votre jour de chance », s’exclame Brown à travers les craquements des talkies-walkies. A quelques mètres de nous, une jeune femme est au travail, qui prend des mesures au moyen d’un robot de prospection jaune canari, et consigne ses découvertes dans un carnet de notes.

« Nous avons trouvé une demoiselle ! »

Depuis l’époque inca, l’activité minière joue un rôle clé en politique, dans les affaires et dans la vie quotidienne du cône sud de l’Amérique latine. Les frontières modernes du pays ont été dessinées durant la guerre du Pacifique (1879-1883), et elles ont été pour une large part motivées par les revendications de territoires miniers. Aujourd’hui, l’activité minière dédiée au cuivre de Codelco représente à elle seule près d’un tiers des revenus du gouvernement, et même si l’industrie a ralenti sa course durant les dernières décennies, elle fait toujours partie des plus importantes du pays.

« Patas negras »

Malgré son importance, les mineurs n’ont pas toujours été tenus en haute estime au Chili. Il y a une expression argotique qui désigne les hommes qui couchent avec des femmes mariées : « patas negras » (pattes noires). Elle fait référence aux empreintes laissées par les mineurs de charbon qui s’insinuent dans le lit conjugal quand les maris ne sont pas là. De tels stéréotypes ne facilitent pas la tâche aux femmes qui veulent travailler dans l’industrie.

On déplore actuellement un manque de personnes qui souhaitent et sont capables de travailler dans les mines souterraines. Une bonne partie des mineurs les plus expérimentés de Chuqi sont trop avancés dans leur carrière pour suivre de nouvelles formations nécessaires au travail dans les mines souterraines – ou bien ils ne veulent tout simplement pas aller sous terre après des années de travail dans les mines à ciel ouvert.

Au début de l’année 2014, les femmes représentaient environ 8,5% de la main d’œuvre de la compagnie, mais l’expansion actuelle de Chuqi représente une occasion idéale d’accroître le ratio masculin/féminin en attirant de nouveaux employés.

« Une grande partie de ces femmes sont des mères de familles », a confié à Inter Press News Service Andrés León, le directeur des ressources humaines de la mine El Teniente, propriété de Codelco. Il estime que les femmes mineurs gagnent jusqu’à « cinq fois plus que ce qu’elles gagnaient en exerçant d’autres métiers ».

Alors que Codelco a mis en œuvre des efforts significatifs pour intégrer davantage de femmes à ses travailleurs – l’égalité des sexes fait désormais partie des critères d’évaluation des performances de la société –, beaucoup semblent penser que le nombre croissant de femmes qui s’intéressent à l’activité minière est plus largement le reflet d’une culture plus égalitaire.

Making of

L’intégralité de ce reportage (payant) écrit par Margot Bigg est disponible sur Ulyces, notre partenaire. Ulyces est un magazine qui publie des enquêtes, des grands reportages et des interviews exclusives (vous pouvez les acheter à l’unité ou vous abonner). 

« À la rencontre des femmes mineurs du Chili  » a été traduit de l’anglais par Nicolas Prouillac et Arthur Scheuer d'après l'article « Chile's Women of the Mines », paru dans Roads and Kingdoms. Découvrez sur Ulyces d’autres articles sur le Chili, comme «Perdus dans le désert d'Atacama », « Comment le Chili est en train de gagner la guerre des étoiles », ou encore « Les sorciers de Chiloé ». Rue89

vendredi 27 novembre 2015

NOUS AVONS LE POUVOIR : NOUS SOMMES LE CHANGEMENT

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PHOTO BIEKE DEPOORTER
TRINIDAD,2014 
EXPOSITION MUSÉE DE L'HOMME: DANS LE CADRE DE LA 21ÈME CONFÉRENCE CLIMAT (COP 21), EXPLOREZ CERTAINES DES SOLUTIONS POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE À TRAVERS UNE EXPOSITION MAGNUM PHOTOS / PNUE POUR LA COP 21.
L'ampleur du réchauffement climatique peut rendre toute réflexion sur ses impacts alarmante et décourageante. Que peut faire une personne, ou même un état isolé, pour ralentie ou mettre fin au changement climatique ? Depuis plus de deux ans, les photographes de l'Agence Magnum Photos parcourent le monde pour mettre en images certaines des solutions les plus prometteuses face au défi climatique.

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PHOTO MOISES SAMAN. SANTIAGO DU CHILE. AOUT 2013.
Du déploiement de l'éclairage efficace au Chili à la mise en place d'un service rapide par bus à Addis-Abeba, nombreux sont ceux qui agissent pour maintenir la hausse des températures sous la barre des 2 degrés Celsius par rapport aux températures de l'ère pré-industrielle. Les photographies réalisées par l'Agence Magnum Photos montrent que nous avons tous le pouvoir de changer les choses. Ensemble, nous avons le pouvoir de bâtir un avenir durable.

Le 9 décembre 2015, retrouvez des experts sur le climat, des membres du PNUE et de l'AIGP à l'Auditorium Jean Rouch.

En partenariat avec le PNUE (le Programme des Nations Unies pour l'Environnement). Créé en 1972, le PNUE est la voix du système des Nations nies en matière d'environnement. C'est la seule organisation des Nations Unies - avec UN Habitat - dont le siège se trouve dans un pays en développement, à Nairobi, au Kenya. Le PNUE a également six bureaux régionaux. La mission du PNUE consiste à accompagner les décideurs politiques et économiques et à encourager les partenariats en matière d'environnement en inspirant, informant et permettant aux nations et aux populations d'améliorer leur qualité de vie sans compromettre celle des générations futures.

Les photographies exposées ont donné lieu à la production de modules vidéos qui sont en consultation au Centre de ressources Germaine Tillion, du 4 novembre 2015 au 4 janvier 2016, ainsi que sur internet à l'adresse wehavethepower2030.org.


jeudi 26 novembre 2015

18 000 ANS AU CHILI

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SITE ARCHÉOLOGIQUE DE MONTE VERDE AU CHILI. PHOTO JOURNAL LA TERCERA
(Agence Science-Presse) – Des humains auraient-ils vraiment vécu il y a 18 000 ans au Chili ? Un site aussi célèbre que controversé, Monte Verde, relance la discussion. 
Déjà, ce site offrait les preuves les plus solides d’un peuplement ancien en Amérique du Sud : plusieurs artefacts vieux de 14 500 ans. À l’époque de sa découverte, il avait fallu bien du temps à des archéologues pour accepter cette possibilité, parce que si des humains s’étaient rendus si loin au sud, on aurait dû logiquement trouver des traces vieilles de 10 à 14 000 ans entre l’Alaska et le Chili.

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C’est peut-être mal considérer le problème, suggèrent Tom Dillehay et ses collègues dans un nouvel article où ils avancent une date de 18 000 ans pour Monte Verde. Si les premiers Amérindiens étaient des pêcheurs qui longeaient le rivage, il est normal qu’on ne trouve pas de traces d’eux à l’intérieur des terres. Qui plus est, sur l’immense distance entre l’Alaska et le Chili, certains groupes ont bel et bien pu explorer l’intérieur, mais disparaître. Ou rebrousser chemin vers le nord — ce qui pourrait expliquer, suggère l’anthropologue John Hawks sur son blogue, que les crânes les plus anciens des Amériques montrent plus de variations que ceux des Amérindiens d’aujourd’hui.

lundi 23 novembre 2015

INDIGNATION EN ARGENTINE APRÈS L’ÉDITORIAL DU JOURNAL « LA NACION » PRENANT LA DÉFENSE DES TORTIONNAIRES DE LA DICTATURE

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POCHOIR À BUENOS AIRES, 
LE « PLUS JAMAIS ÇA » ARGENTIN
« Il y a plusieurs questions urgentes à résoudre, avance cet éditorial : l’une d’elles est la souffrance honteuse des condamnés, des inculpés et des suspects de crimes commis durant les années de répression, et qui se retrouvent en prison, en dépit de leur vieil âge. À ce jour, ils sont plus de 300 détenus à être morts en prison, et cela constitue une vraie honte nationale. » Pour La Nacion, qui reprend en partie l'argumentaire des responsables de la dictature, « les faits tragiques des années 1970 ont été minorés par une gauche idéologiquement compromise avec les groupes terroristes qui assassinèrent avec des armes, des bombes et des cellules d'intégration qui ne diffèrent en rien de ceux qui ont provoqué, le vendredi 13 à Paris, une secousse mondiale ».

PHOTO AFP
Cet éditorial polémique, qui absout les tortionnaires et met sur le même plan les 30 000 « disparus » de la dictature argentine et les terroristes qui ont ensanglanté la France le 13 novembre, provoque une salve de critiques, y compris dans les rangs mêmes du quotidien.

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CAPTURE D'ÉCRAN DE TWITTER
« Je rejette l’édito de La Nacion du jour. Ni oubli, ni pardon. Cela ne sert aucun gouvernement que l’on appelle à la concorde. [Je suis] triste », s’indigne la journaliste Laura Rocha, qui a été rejointe par des dizaines et des dizaines d'autres messages.

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CAPTURE D'ÉCRAN DE TWITTER
« Je travaille à La Nacion, mais je ne partage pas l’opinion exprimée dans l’éditorial du jour. Je ne suis pas le seul journaliste de La Nacion à penser ainsi », écrit ce journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies.
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CAPTURE D'ÉCRAN DE TWITTER
« Je travaille pour le journal La Nacion. L’éditorial du jour est grave, quel que soit le bout par lequel on le prend. Un coup porté à la démocratie et à notre pays », renchérit un collaborateur des pages sport du journal.
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UNE CENTAINE DE SALARIÉS SE SONT D’AILLEURS RÉUNIS EN ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ET ONT ADOPTÉ UN TEXTE DE REJET.
Une centaine de salariés se sont d’ailleurs réunis en assemblée générale et ont adopté un texte de rejet.

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Les lignes publiées dans La Nacion sont la preuve en tout cas que les plaies laissées par les années noires de la dictature en Argentine sont encore loin d'être pansées.

« L'ESPRIT DES HOMMES DE LA TERRE DE FEU, SELK'NAM, YAMANA, KAWÉSQAR »

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COUVERTURE « L'ESPRIT DES HOMMES DE LA TERRE DE FEU» 
Ce premier ouvrage consacré aux photographies de Martin Gusinde est accompagné d’une exposition présentée aux Rencontres d’Arles cet été suivi d’une itinérance prévue en Europe et en Amérique du Sud. Le fonds iconographique Martin Gusinde est conservé à l’Anthropos Institut, en Allemagne. exb.fr



mardi 17 novembre 2015

CHILI : QUAND L’INDUSTRIE MINIÈRE ASSOIFFE LES VILLAGES ET POLLUE L’ENVIRONNEMENT

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L’EAU DU FLEUVE LOA, DANS LEQUEL IL FAISAIT ÉGALEMENT BON SE BAIGNER
PHOTO AXELLE DE RUSSÉ
Pourtant, Quillagua était, jusque dans les années 1990, une oasis florissante à l’agriculture prospère. Les habitants – principalement des agriculteurs issus du peuple aymara – cultivaient le maïs et la luzerne, irriguant leurs champs avec l’eau du fleuve Loa, dans lequel il faisait également bon se baigner, ce qui attirait les touristes. Mais aujourd’hui, le fleuve a disparu. Il ne reste plus que des flaques d’eau stagnante à l’odeur insupportable.

Le fleuve pollué à l’arsenic et à l’acide sulfurique...


PHOTO AXELLE DE RUSSÉ
« Codelco et Soquimich ont tué le Loa », explique Eliana Soza. Installée derrière la caisse du minimarché poussiéreux qu’elle tient avec son mari, elle raconte la catastrophe. Née à Quillagua il y a 53 ans, elle a vu le fleuve mourir brutalement, suite à la rupture de réservoirs d’eau contaminée par les déchets miniers de la compagnie publique Codelco, spécialisée dans l’extraction de cuivre. « C’était en mars 1997, se souvient-elle. Il y a eu de gros orages qui ont fait déborder les piscines d’eau contaminée. Il y a eu une coulée de boue noire qui s’est mélangée au fleuve. Les poissons sont morts, tous les animaux qui vivaient dans l’eau sont morts. »

La même catastrophe s’est répétée trois ans plus tard, en février 2000. En plus du fleuve, l’air et les champs alentours ont été durablement contaminés par les déchets miniers – en particulier l’arsenic et l’acide sulfurique : le bétail est mort, ainsi que les abeilles. Il est devenu impossible de cultiver les champs. La présence d’arsenic dans le sol s’étant élevée à des taux dix fois supérieurs au seuil critique.

PHOTO AXELLE DE RUSSÉ
Malgré les rapports d’experts, le ministère de l’Environnement a dédouané Codelco. L’entreprise n’a donc jamais été poursuivie, et n’a jamais versé un seul centime pour réparer les dommages subis par la communauté. Sans possibilité de cultiver la terre, et privés des revenus auparavant issus du tourisme et de l’élevage des crevettes de rivière, les habitants sont tombés dans les filets d’une autre compagnie minière, Soquimich, qui a racheté 70 % des droits d’extraction de l’eau détenus par la communauté.

...Puis asséché par une autre compagnie minière

PHOTO AXELLE DE RUSSÉ
Au Chili, depuis la loi sur l’eau instaurée en 1981 sous la dictature militaire du général Pinochet, l’eau est un bien commercial comme un autre, que l’on peut posséder, acheter et vendre. «Nous étions sans ressources. Des gens de la mine sont venus à la maison, ils nous ont proposé d’acheter nos droits sur l’eau. On n’avait pas le choix : on avait besoin de cet argent et, de toute façon, l’eau était contaminée, alors on a signé, » se souvient José Salazar, un habitant du village. Ce n’est pas un cas isolé : presque toutes les familles ont vendu leur droits d’extraction de l’eau. Depuis, Soquimich pompe sans relâche dans le fleuve, en toute légalité. En théorie, la communauté peut encore extraire du Loa soixante litres d’eau par seconde pour arroser ses cultures. Dans la pratique, à hauteur de Quillagua, il n’y a plus rien à prélever : le fleuve est à sec.

Suite à l’assèchement, la grande majorité des habitants sont partis. Ceux qui restent tentent de survivre. Trois fois par semaine, la ville est approvisionnée en eau potable par camion-citerne. Pas question de gâcher : « Avant, on avait autant d’eau qu’on voulait pour arroser les plantes, se laver, faire le ménage... Maintenant, il faut économiser », raconte Eliana. Économiser l’eau, mais aussi l’argent, devenu dur à gagner dans un village figé sous le sable du désert.

Une économie basée sur l’extraction

Les habitants de Quillagua ne sont pas les seules victimes du manque d’eau. Le nord du Chili – le désert d’Atacama en particulier – est constellé de mines, avec plus de 3 000 exploitations minières, principalement tournées vers l’extraction du cuivre. Le Chili est le principal producteur mondial de ce minerai, avec 5,7 millions de tonnes produites en 2014. C’est une ressource essentielle pour le pays, qui représente près de 50 % des exportations et contribue à hauteur de 11 % au produit intérieur brut.

Or, l’extraction du cuivre est particulièrement gourmande en eau et intervient dans une zone particulièrement sèche. Un contexte peu favorable et qui semble empirer, selon le glaciologue et ingénieur minier Jorge Hernandez : « À cause du changement climatique, les hivers sont chaque année plus courts, avec très peu de neige et des températures très élevées (à tel point qu’on peut se promener en tee-shirt à 4 500 mètres d’altitude), ce qui a un impact très fort sur l’approvisionnement hydrique de la région. » Or, l’eau utilisée dans les mines est principalement issue de la fonte des neiges et captée dans des fleuves ou des nappes souterraines près de la Cordillère des Andes.

Mélangée à divers produits chimiques, elle sert à séparer le cuivre des autres matériaux (roches, sédiments et minéraux) recueillis lors de l’extraction. « Par exemple, pour séparer le cuivre des minerais oxydés, on arrose le concentré de cuivre avec une solution d’eau et d’acide sulfurique pendant cinquante jours », explique Jorge Hernandez. Une fois utilisée, cette solution hautement toxique est conservée dans des bassins appelés « piscines de déchets ». Ces réservoirs n’ont pas vocation à être vidés : ils stockent indéfiniment des millions de tonnes de déchets toxiques issus de la mine. Lorsqu’une piscine est pleine, une autre prend le relais.

Une industrie en marge des lois

En cas de fortes pluies – très inhabituelles mais de plus en plus fréquentes dans le nord du pays, ces dernières années, probablement en raison du changement climatique – ou de tremblement de terre (le Chili est le pays le plus sismique au monde), les conséquences sur l’environnement sont désastreuses, comme ce fut le cas à Quillagua. Pour les populations locales, en majorité indigènes, l’industrie minière représente donc un double péril permanent : menaces d’assèchement des cours d’eau, d’un côté, de pollution, de l’autre. D’où de nombreux conflits entre les communautés et les entreprises minières.

C’est le cas de la communauté indigène aymara de Cancosa, située dans la région de Tarapaca, tout au nord du pays. La mine de Cerro Colorado, filiale de la multinationale BHP Billiton, est installée sur son territoire depuis 1981. Cette mine de cuivre extrait l’eau de nappes souterraines à raison de 90 litres par seconde. Or elle n’a légalement le droit d’utiliser que 35 litres par seconde. Conséquences directes : le niveau de la lagune est en baisse depuis 2002 ; le marécage d’altitude, les cinq sources d’eau de la communauté et de nombreux puits sont à sec. Il n’y a plus assez d’eau pour irriguer les cultures et abreuver les animaux.

La situation est reconnue par les tribunaux : la mine de Cerro Colorado a d’ailleurs été condamnée en février 2006 par la cour régionale de Tarapaca à verser une amende de 70 000 euros pour contamination environnementale. À cette occasion, la société s’est engagée à rétablir le niveau initial d’eau dans la lagune et le marécage (grâce à un système d’arrosage automatique puisant directement dans une nappe souterraine), et à installer des instruments d’observation pour surveiller leur niveau. Mais la solution n’est pas durable : quand la mine arrêtera d’arroser, la lagune et le marécage s’assècheront de nouveau.

Complicité et désinformation de l’État

La mine n’a jamais payé l’amende : elle a conclu un accord extrajudiciaire avec la communauté et s’est engagée à financer des programmes d’investissement et des bourses d’études pour les habitants de Cancosa. Cette stratégie de compensation directe des dommages causés aux communautés est très répandue au Chili. Les entreprises minières ont pris l’habitude de mettre en place des fondations d’aide aux résidents des communes sur lesquelles elles s’installent pour limiter les conflits potentiels.

De son côté, l’État n’hésite pas, au besoin, à désinformer les citoyens. Un exemple flagrant est l’attitude de l’État chilien face au désastre écologique provoqué par l’entreprise nord-américaine Andes Copper, puis par la société nationale Codelco dans la baie de Chañaral. « De 1938 à 1990, la compagnie Andes Copper, puis la société Codelco [à partir de 1971] , ont rejeté directement dans la mer les déchets miniers provenant de la mine El Salvador », raconte Manuel Cortés, auteur du livre La mort Grise de Chañaral et président de l’association Chadenatur, qui lutte pour la défense de la nature dans la commune. « 320 millions de tonnes de résidus solides et 850 millions de tonnes d’eaux usées ont été déversées dans la baie via le fleuve Salado », décrit-t-il en contemplant l’étendue grise qui fait office de plage.

Plage au sable toxique

Il s’agit en fait d’une accumulation de déchets miniers très fins, qui, à première vue, ressemblent à du sable. S’étendant sur neuf mètres d’épaisseur et sur près de six kilomètres de long, elle a fait reculer la mer de plusieurs centaines de mètres, rendant totalement inutilisables les installations portuaires aujourd’hui enfouies. Le sable de cette plage artificielle est hautement toxique. Une toxicité que nie totalement le gouvernement : la baignade est officiellement autorisée depuis 2003.

« De 2001 a 2003, Codelco a prétendument nettoyé la plage et la baie. Le président Ricardo Lagos [président de la République de 2000 à 2006] en personne s’est baigné ici en décembre 2003, devant les médias, pour prouver qu’il n’y avait plus aucun risque sanitaire, raconte Manuel Cortés. Et la municipalité a fait construire trois piscines sur la plage. Pourtant, les dernières analyses du sol indiquent une contamination grave, et il y a autant de nickel dans l’air qu’à proximité d’une centrale thermoélectrique. » Chañaral est d’ailleurs la commune qui compte le plus de morts par tumeurs au niveau régional, selon le service de santé d’Atacama.

Si aujourd’hui les déchets de la mine El Salvador ne sont plus rejetés directement dans la baie, c’est grâce à l’action des citoyens qui, en 1988, ont saisi la Cour suprême pour faire interdire cette pratique. Codelco a été contraint de faire construire un canal de décantation des déchets, mis en service en 2001. « Les eaux usées sont acheminées sur 78 kilomètres jusqu’à Caleta Palito, au nord de la baie. Les déchets solides tombent dans le fond du canal, et l’eau claire qui reste en surface est rejetée dans la mer… », explique Manuel Cortés. Malgré cette première victoire, le combat des habitants de Chañaral continue : « Nous exigeons la reconnaissance et la réparation des dommages subis par notre communauté. Nous réclamons le droit à vivre dans un environnement libre de contamination, comme le garantit l’article 19 de notre Constitution », martèle Manuel Cortés.

L’eau du sud : source d’énergie pour les mines du nord

Sa colère contre l’impunité des sociétés minières, Manuel Cortés la partage avec des milliers de Chiliens, du nord au sud du pays. Si les mines pompent l’eau du Nord, elles utilisent également indirectement l’eau du Sud, pour s’approvisionner en électricité. Si le nord du Chili est désertique, le sud est pour sa part très riche en eau, avec de nombreux lacs, fleuves et torrents, propices à l’installation de centrales hydroélectriques. Une énergie propre mais à l’impact environnemental non négligeable : les centrales fonctionnent grâce à la construction de grands barrages qui déséquilibrent totalement les systèmes hydriques, asséchant certains cours d’eau et inondant des zones sèches.

À Neltume, une localité située à 800 kilomètres au sud de Santiago, de nombreuses communautés mapuches sont mobilisées depuis 2006 contre le projet de construction de trois centrales hydroélectriques qui provoquerait l’inondation de 160 hectares de terres indigènes, dont une zone pourtant déclarée « réserve de la biosphère » par l’Unesco en 2007. L’énergie produite serait bien supérieure aux besoins locaux en électricité : « L’électricité produite au Sud, au détriment des populations locales, sert à alimenter en énergie les mines du Nord, dont les bénéfices profitent bien plus aux multinationales étrangères qu’à l’économie chilienne », dénonce Marcela Mella, porte-parole de l’association No a Alto Maipo, qui lutte contre l’installation d’une centrale hydroélectrique à quelques kilomètres de Santiago. Selon les chiffres émis par la Commission nationale d’énergie, la demande d’électricité du pays a été multipliée par quatre ces vingt dernières années, « ce qui est normal pour un pays minier, plus gourmand en énergie qu’un pays dont l’économie est basée sur d’autres types de services », a déclaré l’institution au journal La Tercera. Pour un pays qui ne dispose pas de ressources pétrolières ou gazières notables, l’énergie hydroélectrique s’impose comme la solution pour soutenir l’activité minière.

Une pression citoyenne efficace

La mobilisation citoyenne réussit cependant parfois à contrecarrer les projets industriels, comme celui baptisé HidroAysén. La transnationale espagnole Endesa prévoyait de construire une centrale hydroélectrique et cinq barrages en Patagonie ainsi qu’une ligne à haute tension de 2 000 kilomètres de long pour assurer l’acheminement de l’énergie produite jusqu’à Santiago. Sept ans de mobilisation citoyenne dans tout le pays ont finalement conduit au rejet du projet par le gouvernement en juin 2014. Face à ces difficultés d’acceptation des grands projets électriques, certaines mines mettent en place des solutions pour produire elles-mêmes une partie de leur électricité grâce à des champs de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes.

Le besoin des entreprises de redorer leur blason environnemental, d’être acceptées par les populations locales et d’anticiper un éventuel assèchement des sources d’approvisionnement en eau douce conduit les ingénieurs des mines à chercher des solutions pour résoudre les problèmes liés à l’eau [1]. Ainsi, de nombreuses mines privilégient désormais l’usage d’eau de mer à celui d’eau douce. Le groupe BHP Billiton construit actuellement, au sud d’Antofagasta, la plus grande usine de dessalement d’eau de mer du continent – d’une capacité de traitement de 2 500 litres d’eau par seconde – pour alimenter l’une de ses mines d’extraction de cuivre.

D’autres groupes, comme Antofagasta Minerals, ne dessalent qu’une petite partie (8 %) de l’eau de mer qu’ils utilisent, le sel ne nuisant pas à la plupart des procédés de traitement du cuivre. Grâce à l’eau de mer, les mines réduisent significativement leurs besoins en eau douce et donc leur impact environnemental [2]. Selon les estimations de la commission chilienne sur le cuivre (Cochilco), ce procédé permettrait de stabiliser la demande en eau douce de l’industrie minière autour de 550 millions de mètres cubes annuels à partir de 2016.

Cette technologie représente un surcoût de production pour l’industrie, qui doit par ailleurs faire face à une baisse du prix du cuivre. Mais elle ne diminue en rien l’intérêt économique que représente le secteur, dans un pays où l’impôt minier est très faible (de 3 à 15 % en fonction des minerais et seulement pour les mines dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 7 millions d’euros). Les bénéfices annuels réalisés au Chili par les principales sociétés minières représentent environ 12,5 milliards d’euros. Des chiffres qui expliquent la volonté des mines de développer des solutions garantissant leur approvisionnement en eau et en électricité sur le long terme.

Ces initiatives limitent sans aucun doute l’impact des mines sur l’environnement, mais n’apportent cependant aucune solution à la gestion des déchets miniers qui s’accumulent dans les piscines à proximité des cours d’eau. Elles ne changent en rien la situation des habitants de Quillagua, Cancosa, Chañaral et des centaines d’autres localités sinistrées par l’industrie minière, qui voient leur environnement et leur économie détruits en totale impunité, au nom d’une course aux profits à laquelle ils ne prendront jamais part.

Anne Le Bon

[1] Divers projets plus ou moins fantaisistes de transfert de l’eau du sud chilien vers le nord au moyens de canaux sur plusieurs milliers de kilomètres ont été proposés, dont l’un par l’entreprise française de BTP Vinci.

[2] Le dessalement comporte néanmoins des problèmes, comme une forte consommation d’énergie, et le problème de la pollution engendrée par les résidus extrêmement salins engendrés par les usines.

AU CHILI, LA VIE DE MOINE DES CHASSEURS D’ÉTOILES

« L’Observatoire est un peu comparable à un bateau ou à une plate-forme pétrolière en pleine mer, explique l’astronome de l’ESO, Julien Girard, car il n’y a rien à faire autour. » Il est déconseillé de s’éloigner à pied, car il est facile de se perdre, aucun point de repère n’existant. Et la ville la plus proche est à plus de 100 km de distance. « Si on ne fait ni fromage, ni bière, ni Chartreuse, on produit des données scientifiques, reprend Julien, dans un sourire. Notre vie ici est finalement très monacale. »

Un travail sans relâche

Dès le coucher du soleil, les astronomes manœuvrent les télescopes depuis la salle de contrôle pour réaliser les observations que les scientifiques du monde entier, européens en priorité, ont demandé. Chaque minute d’obscurité compte pour faire avancer la science. Du coup, l’observatoire ne s’arrête jamais. «Les seules raisons qui nous obligent à fermer, explique Maxime Boccas, le chef des ingénieurs de Paranal chargés de veiller au bon fonctionnement des télescopes, sont d’ordre climatique – pluie, vent tournant excessif… – ou, rarement, à cause de pannes. » Autrement dit, les astronomes travaillent, sans relâche, toutes les nuits de l’année, entre dix et vingt heures d’affilée, suivant la saison… Pour soutenir le moral des troupes, une table est constamment recouverte de café, thé, chocolat, biscuits et fruits secs, dans la salle de contrôle.

« L’ambiance est studieuse », reconnaît Julien. «Notre vie sociale est très réduite, car nous sommes assez peu nombreux à travailler de nuit – il y a entre un et quatre scientifiques par télescope – et chacun va se coucher à une heure différente. Le jour, on dort, chacun se réveille et déjeune à une heure différente. Aujourd’hui, j’ai fait du sport tout seul, par exemple. » Une vie de moine que Julien Girard supporte parce qu’il est passionné par son travail. Mais aussi parce qu’il n’y est pas tout le temps.

Les astronomes se relaient, passant entre un quart et un tiers de leur année sur la montagne. Le reste du temps, ils vivent généralement à Santiago. « Je ne ferais pas ça toute ma vie », sourit Evelyn Johnston, qui, à 27 ans, vient d’arriver d’Angleterre à l’ESO. «Tu dois constamment te recaler entre jour et nuit, explique-t-elle. C’est difficile, aussi, de ne jamais rester plus de trois ou quatre semaines de suite dans un même lieu, et tu dois tout prévoir 7 mois à l’avance, car tes séjours à Paranal sont fixés très longtemps à l’avance. »

« Ce qu'on fait ici est exceptionnel »

La vie y est quand même adoucie par un hôtel aux airs d’oasis, situé au pied du mont où sont construits les télescopes. Dans la « Residencia », la rampe d’accès longe un jardin exotique qui se termine par une piscine, donnant un peu d’humidité à une atmosphère qui en est dépourvue. Salle de cinéma, baby-foot, ping-pong, billard, salle de musique avec tous les instruments à disposition, permettent aussi de se divertir. Et une grande salle de sport face à l’hôtel également.

Même si ceux qui en profitent surtout sont les travailleurs de jour de l’ESO, les ingénieurs. « C’est une autre ambiance », souligne l’un d’entre eux, José Luis Alvarez. « On est beaucoup plus nombreux, et comme on a à peu près les mêmes horaires, on peut se caler une partie de volley ou de foot, on peut déjeuner ensemble. » Même si pour eux, la présence sur la montagne est aussi plus intense : ils y passent une semaine sur deux. « La compensation ? réfléchit José Luis, un quart de seconde, ce qu’on fait ici est exceptionnel, on ne pourrait le faire nulle part ailleurs! »

vendredi 13 novembre 2015

LE CHILI POSE LA PREMIÈRE PIERRE DU PLUS GRAND TÉLESCOPE AU MONDE

Bénéficiant d'un ciel totalement dégagé une grande partie de l'année, dans un air sec et froid, le nord du Chili abrite déjà les plus importants télescopes au monde, espérant concentrer 70% de l'infrastructure astronomique mondiale d'ici 2020.

"L'astronomie est une science sur le long terme. Nous continuerons sur le chemin des surprises que nous réserve l'univers et toutes les initiatives sont bienvenues, en pensant à l'essor des scientifiques et des futurs astronomes chiliens", a déclaré Mme Bachelet en inaugurant le chantier.

"Le GMT sera le télescope le grand du monde quand il entrera en fonctions en 2021. Il produira des images dix fois plus nettes que celles du télescope spatial Hubble et étudiera des questions-clés de la cosmologie, de l'astrophysique et de l'étude des planètes hors de notre système solaire", selon un communiqué de l'organisation gérant le télescope.

Il sera installé sur l'Observatoire de La Campanas, dans la région de Coquimbo, à 450 kilomètres au nord de Santiago et en plein désert d'Atacama.

Le télescope combinera sept des miroirs les plus grands qui puissent être fabriqués, chacun de 8,4 mètres de large, pour créer un seul télescope de 25 mètres de diamètre.


Son objectif principal sera de "découvrir des planètes similaires à la Terre", selon l'organisation GMT, qui regroupe 11 institutions internationales des Etats-Unis, d'Australie, du Brésil et de Corée, avec le Chili comme pays-hôte.
Il devrait commencer à observer l'univers en 2021 et être pleinement opérationnel en 2024.

Deux autres projets de télescopes optiques géants, l'E-ELT européen (39 mètres de diamètre) dans le nord du Chili et le TMT américain (30 mètres) à Hawai devraient également aboutir dans les dix prochaines années.

À l'heure actuelle, c'est l'ALMA qui est le plus grand radiotélescope de la planète, situé lui aussi dans le nord du Chili et géré par une association internationale entre l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Asie, en collaboration avec le Chili.