samedi 31 octobre 2015

AVANT/APRÈS : QUE DES MILLIONS DE FLEURS TAPISSENT LE DÉSERT D'ATACAMA

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PHOTO VALERIO PILAR ET AFP
Des milliers de «soupirs des champs» (nolana parradoxa) aux tons violets et blancs, et de jaunes «añañucas de la cordillère» (rhodophiala rhodocirion) recouvrent désormais le sol pâle du désert chilien. Ces plantes viennent compléter le festival de couleurs constitué par les «griffes du lion» (bomarea ovallei), une espèce endémique chilienne de couleur rouge, et les «pattes de guanaco» (calandrinia longiscapa), aux tons variés.
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PHOTO VALERIO PILAR ET AFP
Une merveille de la nature qui se produit tous les quatre ou cinq ans, mais qui cette année atteint une intensité inédite depuis plusieurs décennies. «Cette année est spéciale parce que la grande quantité d’eau qui est tombée a permis d’observer peut-être l’épisode le plus spectaculaire de ces 40 ou 50 dernières années», explique Raul Cespedes, muséologue et universitaire à l’université d’Atacama.


Le phénomène climatique «El Niño» est un grave épisode météorologique se traduisant aussi bien par des sécheresses que par des inondations et qui survient tous les deux à sept ans. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui dépend de l’ONU, il a «une incidence majeure» sur le climat mondial, se manifestant par une hausse de la température de l’océan Pacifique qui produit des changements dans l’atmosphère, modifiant les vents et les régimes de pluie en Amérique latine.





Un écosystème latent

Particulièrement intense cette année, «El Niño» a apporté une quantité de pluie nécessaire pour que les bulbes et les rhizomes (tiges souterraines horizontales produisant des racines) puissent germer et se maintenir dans cet environnement aride. «Quand on pense au désert, on pense à la sécheresse absolue, mais il y a un écosystème latent qui attend certaines conditions - comme la pluie, les températures élevées et l’humidité - pour s’activer», raconte Raul Cespedes.

Après un premier épisode pendant l’hiver après les pluies intenses tombées en mars – qui ont provoqué des inondations et causé la mort de plus de 30 personnes dans la région –, une deuxième floraison s’est produite au début de ce printemps austral. «Le phénomène actuel est très inhabituel, il est dû aux inondations de mars qui ont provoqué une floraison spéciale en hiver, quelque chose que l’on n’avait encore jamais vu, […] puis encore une floraison au printemps, raconte Daniel Diaz, directeur régional du Service national du tourisme dans la région d’Atacama. Deux floraisons dans l’année, c’est quelque chose d’exceptionnel dans le désert le plus aride du monde. Un moment dont nous avons pu profiter pendant le printemps avec des amateurs du monde entier. Il y a beaucoup d’attente et d’intérêt autour de ce phénomène.» Un spectacle bénéfique pour la région qui enregistre une augmentation de près de 40% de la fréquentation touristique.

mercredi 28 octobre 2015

HISTOIRE DU CHILI, POÉTIQUE DE L’EAU ET DU COSMOS



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  FRANCE CULTURE, « LA REVUE DES IMAGES D'HÉLÈNE DELYE  »,  PAR HÉLÈNE DELYE ÉMISSION DU MARDI 27 OCTOBRE 201 - 08:48 22  DURÉE : 00:03:59
      Le nouveau documentaire de Patricio Guzmán Le Bouton de nacre sort demain au cinéma. Réalisé 5 ans après Nostalgie de la lumière avec lequel il forme un diptyque, le film mêle une réflexion sur le cosmos et l’eau avec l’histoire des peuples indigènes de Patagonie et celle des victimes de la dictature du général Pinochet.

      Tourné en Patagonie, à l’extrême sud du Chili, Le Bouton de nacre forme avec le précédent film de Patricio Guzmán Nostalgie de la lumière sorti en 2010 un diptyque cosmique, éblouissant par sa beauté et par la poétique de sa narration, tout en explorant l’histoire du Chili, celle des peuples amérindiens disséminés par les colons au XIXème siècle, et celle des opposants à la dictature de Pinochet torturés et éliminés pendant les années de plomb.

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      Deux boutons de nacre au fond de l’océan Pacifique.

      Ce sont deux boutons de nacre qui font le lien entre ces deux périodes de l’histoire chilienne qu’explore le cinéaste. Deux boutons retrouvés au fond de l’océan Pacifique, l’un datant du XIXème siècle et appartenant à un Amérindien de Patagonie, l’autre à un prisonnier du régime Pinochet jeté à la mer.
      Et c’est cette mer, cette eau qui est à la fois le fil conducteur de la narration du film, l’élément central de son esthétique, et aussi celui qui permet à Patricio Guzmán de développer ici, comme il l’avait fait dans Nostalgie de la lumière, une philosophie du cosmos rappelant celle de Gaston Bachelard.

      De cet enchevêtrement complexe entre deux épisodes de l’histoire chilienne et une réflexion sur l’eau comme pont entre le cosmos et nous, le réalisateur aujourd’hui âgé de 75 ans parvient à tirer un film à la fois contemplatif et politique.

      Contemplatif, il l’est surtout dans sa première partie, où Patricio Guzmán filme au plus près les glaciers de Patagonie qui plongent dans l’océan Pacifique, et reproduit en images les voyages d’île en île que faisaient les Amérindiens qui vivaient et se déplaçaient à travers les fjords. Pour ce « peuple de l’eau » comme dit le cinéaste, la mer était un élément d’identité. Ce jusqu’à l’arrivée des colons et des missionnaires, qui les ont contraints à se couper de leur identité quand ils ne les ont pas exterminés.
      Un film contemplatif et politique


      La dimension politique du Bouton de nacre est omniprésente, même lorsque Patricio Guzmán s’intéresse au cosmos. Mais c’est vrai que dans la seconde partie du film, lorsque le réalisateur s’intéresse à la manière dont les officiers de la dictature de Pinochet jetaient les corps des prisonniers à la mer en les attachant à des morceaux de rails pour les maintenir au fond de l’eau et les faire disparaître, le documentaire se recentre sur une période plus récente de l’histoire politique du Chili, celle-là même qui obsède et qu’explore le cinéaste depuis ses premiers films.

      Dans La Nostalgie de la lumière, Patricio Guzmán raconte comment les cadavres des déportés politiques ont été enfouis dans le sable pendant la dictature. Aujourd’hui, dans Le Bouton de nacre il fait ressurgir la mémoire d’autres de ces opposants politiques dont les corps ont été enfouis dans la mer. Et il fait ressurgir, aussi, la pensée de Gaston Bachelard qui, dans L’Eau et les rêves (1942) écrit que « la peine de l’eau est infinie ».

      mardi 27 octobre 2015

      LE CHILI MET EN TERRE 6900 PLANTS DE CANNABIS À DES FINS MÉDICALES

      ILLUSTRATION WIETBLOG

      Le projet, approuvé par le Service agricole et d'élevage (SAG) de la commune de Colbun, à 260 kilomètres au sud de Santiago, est soutenu par 20 municipalités chiliennes, qui espèrent bénéficier du médicament à base de cannabis afin de soigner quelque 4000 patients souffrant de cancer, d'épilepsie et de douleurs chroniques liées au cancer. 

      Développé par un laboratoire privé avec l'Institut de santé publique

      « Nous commençons avec la culture, puis viendra la récolte et enfin l'élaboration du médicament. Il s'agit d'un projet important dans lequel sont impliquées d'autres organisations. Nous espérons avoir le médicament prêt en 2017 », a expliqué Mme Ahumada. 

      Le médicament à base de cannabis sera développé par un laboratoire privé en étroite collaboration avec l'Institut de santé publique. La fondation Daya et la commune de La Florida, au sud de Santiago, avaient obtenu en septembre 2014 le tout premier permis délivré par la SAG afin de planter de la marijuana, faisant du Chili le premier pays d'Amérique latine à cultiver du cannabis à des fins thérapeutiques. En avril dernier, c'est devant la presse qu'avaient été présentés les 400 plants de plus de deux mètres de haut. 

      La marijuana, une drogue dure au Chili

      L'autorité agricole chilienne a également autorisé en janvier dernier un projet de l'entreprise Agrofuturo pour la plantation de marijuana destinée à la fabrication et à l'exportation d'huile de cannabis. La législation chilienne est stricte et considère la marijuana comme une drogue dure, mais les autorités ont autorisé la culture du cannabis à des fins thérapeutiques. 

      Et le Parlement discute actuellement un projet de loi visant à dépénaliser sa consommation à des fins médicinales et récréatives. 

      jeudi 22 octobre 2015

      CHILI : LE PLUS GRAND SITE ASTRONOMIQUE DU MONDE ATTEINDRA SA PLEINE CAPACITÉ À LA FIN DE L'ANNÉE

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      ARC-EN-CIEL COSMIQUE EN ULTRA HD
      PHOTO ESO/B. TAFRESHI (TWANIGHT.ORG)

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        FRANCE INTER, « LE 5/7 AILLEURS » ÉMISSION DU JEUDI 22 OCTOBRE 2015
      DURÉE : 00:02:44  


          « L’Alma c’est plus fort, plus gros, plus rapide. Il y a plus d’antennes, c’est la technologie la plus avancée, il peut voir plus loin… c’est comme une télé en 3D. Dès qu’il est entré en service, il a fait des découvertes. »

          Le radio-telescope Alma, le plus grand site astronomique de la planète, a été inauguré en 2013 dans le nord du Chili, mais c’est seulement à la fin de cette année qu’il va atteindre sa pleine capacité. Avec ses soixante-six antennes, posées à 5000 mètres d’altitude, il fait fantasmer tous les astronomes. C’est un reportage de Frédéric Faux.
          « Ici c’est OSF, la base opérationnelle d’où on contrôle les télescopes, en bas ce sont les résidence, la cantine… »
          Nous sommes à la base de l’Alma, à 2900 mètres d’altitude. Ici travaillent des astronomes du monde entier qui auscultent les zones froides de l’univers, les plus lointaines et les plus mystérieuses. Leurs yeux, ce sont soixante-six paraboles posées encore plus haut, à 5000 mètres. Nous y retrouvons l’informaticien Juan Carlos Gattica
          « Bon cette antenne a été fabriquée aux Etats-Unis, celle-ci est japonaise, celle-là européenne. Ce ne sont pas des antennes qui vont rester toujours au même endroit. On peut les bouger. Le fait de les rapprocher ou de les éloigner, c’est comme faire bouger le zoom d’une caméra. »
          Chaque antenne pèse 100 tonnes, pour 12 mètres de diamètre. L’Alma a déjà découvert des molécules de sucre dans l’espace. Il a observé la formation d’un système planétaire. Pour Le Suisse Serge Guniat, ingénieur en chef de l’Alma, ce n’est qu’un début…

          « On a soixante-six antennes, on peut considérer qu’on est à la puissance maximale. Cependant on apprend comment fonctionne cet engin qui est en fait un prototype. De la validation d’hypothèses, on va passer à « on ne sait pas trop ce qu’on va voir ». Et ça c’est quelque chose qui n’arrive pas si souvent, et on est justement à ce moment-là. »
          Le soleil se couche, et l’astronome Violette Impellizzeri s’installe dans la salle de contrôle de l’Alma.

          « Vous voyez ces astronomes qui attendent… toutes les antennes vont bouger ensemble, comme si elles dansaient, et faire leur mise au point … moi je vais chercher de l’eau dans une galaxie voisine
          Toutes les nuits, l’Alma explore ainsi le cosmos, avec cependant une limite : celle de son succès. Seul un projet sur quatre est accepté, faute de temps disponible.

          jeudi 15 octobre 2015

          REINA DE TODAS LAS FIESTAS

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          REINA DE TODAS LAS FIESTAS  -  CHICO TRUJILLO
          DURÉE : 00:03:38  

              CHICO TRUJILLO, AMBASSADEUR DE LA FIESTA CHILIENNE

              Le 16 octobre, elle reçoit Chico Trujillo, le nec plus ultra de la cumbia chilienne, une petite bande ultra-tonique qui, non contente d’être star au Chili, peut revendiquer le titre d’ambassadeur le plus actif du genre, auquel il mélange rock, ska, et diverses saveurs épicées participant à l’identité musicale du Chili ou d’autres pays d’Amérique latine (Pérou, Mexique, et bien sûr, Colombie, la terre mère de la cumbia).

              Actuellement en tournée pour présenter son 7e album, Reina de todas las fiestas, paru en juin, sur lequel intervient le chanteur Alvaro Henriquez, du groupe vedette de rock chilien Los Tres, Chico Trujillo se produit régulièrement en Europe. En France, on l’a vu déjà mettre en état de grâce festive plusieurs scènes et festivals, entre autres, cet été, les Escales de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Les membres de la communauté chilienne émigrée en France y avaient convergé en nombre pour participer à ce qui avait valeur d’événement pour elle. Les super-héros du Chili, Chico Trujillo, étaient là, mais également avec eux une flopée de musiciens venus de Valparaiso, la ville aux 40 collines, à laquelle le festival nazairien consacrait un focus cette année. Tous mélangés au public ou en bord de scène pendant la prestation échevelée des gaillards qui invitèrent certains à les rejoindre, dont les fringants papys chanteurs de mélodies sentimentales, La Isla de la fantasia.




              Chico Trujillo s’est créé en 1999 à Villa Alemana, située à une trentaine de kilomètres de la deuxième ville du Chili, Valparaiso, où le poète Pablo Neruda (1904-1973) avait élu domicile à 58 ans, dans une maison perchée sur une colline, avec vue plongeante vers le Pacifique. « Valparaiso fait rêver ? Normal ! C’est clairement un port chaotique, mais avec toute cette magie propre aux ports, justement. Il faut y venir absolument au moins une fois dans sa vie. Quand on arrive, en bateau, en avion, en vélo, c’est magnifique. Tu y découvres des points de vue époustouflants. Quand tu es dans les hauteurs, tu entends la musique qui vibre partout en contrebas. C’est un cœur palpitant », nous raconte avec faconde le chanteur, Aldo Asenjo « Macha », le leader de Chico Trujillo.





              DIME QUE PASA DU GROUPE PUNK LA FLORIPONDIO 

              Humour parfois corrosif

              L’office de tourisme de sa ville natale (il y a vu le jour en 1968) ne pouvait rêver meilleur relais pour vanter ses attraits. L’homme a du bagout, de la gouaille et du caractère. Persuasif entertainer, il n’avait pas assez du groupe punk La Floripondio, créé en 1992, dans lequel il officiait avec la même exubérante énergie. Il a donc créé avec quelques compères Chico Trujillo. Aujourd’hui, il passe de l’un à l’autre. «J’avais envie d’une autre histoire, totalement festive. Chacun des deux groupes a son propre répertoire et l’énergie, le style, sont différents. La Floripondio est une formation plus expérimentale pour moi qui écrit les textes. »

              Si l’humour, parfois corrosif, irrigue le répertoire de Chico Trujillo, en revanche peu d’engagement autre que celui pour le plaisir et la fête n’y affleure. « Mon métier, c’est musicien. Quand je me lève, je ne fais que cela et je veux juste m’amuser. Mais quand je me mets à écrire, c’est inévitable, il y a de la rage ou d’autres sentiments qui apparaissent parfois. » Des expressions et des réflexions qui vont nourrir le répertoire de La Floripondio plutôt que celui de Chico Trujillo et sa célébration de la fête érigée en attitude.
              A l’origine uniquement instrumentale, jouée par les esclaves ou leurs descendants dans les ports coloniaux en Colombie, la cumbia a évolué vers une musique rurale métissée (éléments africains, indiens et espagnols) pour devenir l’un des fondamentaux de la fête version colombienne, avec le vallenato, autre style rural du cru, puis de se prolonger, voire se réinventer au Pérou, ou en Argentine, patrie de la « nueva cumbia » (la cumbia digitale ou électro), et au Mexique. Qu’est-ce qui différencie la cumbia chilienne de ses sœurs et cousines, Monsieur Aldo Asenjo ? La réponse fuse dans un éclat de rire : « Quinze degrés en moins de température ! »
              Reina de todas las fiestas.1 CD Barbès Records/Differ-Ant. En concert le 16 à Marseille (0 h 30 - Fiesta des Suds), le 18 à Paris (19 h 30 - Cabaret Sauvage).


              Patrick Labesse 
              Journaliste au Monde


              lundi 12 octobre 2015

              LE PARTI DE LA LIQUETTE

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              PHOTO LEFIGARO.FR
              Si l’on avait le goût de l’ironie, on dirait que le lamento décliniste ne se relèvera pas d’un coup pareil, d’une infirmation aussi catégorique ! Coup d’arrêt au déclin ! Mais l’ironie n’enlève pas la part de vérité, fut-elle ténue : un pays où les hommes du capital finissent en liquette est un pays qui a cessé de décliner, un pays qui commence à se relever. Car, dans la tyrannie du capital comme en toute tyrannie, le premier geste du relèvement, c’est de sortir de la peur.

              Le salaire de la peur

               PHOTO SIPA
              Le capitalisme néolibéral règne à la peur. Il a été assez bête, demandant toujours davantage, pour ne plus se contenter de régner à l’anesthésie sucrée de la consommation. La consommation et la sécurité sociale étaient les deux piliers de sa viabilité politique. Le voilà qui s’acharne à détruire le second – mais Marx ne se moquait-il pas déjà « des intérêts bornés et malpropres » de la bourgeoisie, incapable d’arbitrer entre profits financiers immédiats et bénéfices politiques de long terme, acharnée à ne rien céder même quand ce qu’il y a à céder gage la viabilité de longue période de son règne?


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              Sans doute, en comparaison, l’ankylose par le gavage marchand continue-t-elle de recevoir les plus grands soins. Tout est fait d’ailleurs pour convaincre l’individu qu’en lui, seul le consommateur compte, et que c’est pour lui qu’on commerce avec le Bangladesh, qu’on ouvre les magasins le dimanche et… que « les plans sociaux augmentent la compétitivité pour faire baisser les prix ». « Oubliez le salarié qui est en vous » est l’injonction subliminale mais constamment répétée, pour que cette identité secondaire de producteur disparaisse du paysage.


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              Comme on sait, le refoulé a pour propre de faire retour, et les identités sociales déniées de revenir. Dans le plus mauvais cas privativement, et ce sont des individus séparés-atomisés, qui chacun par devers eux se souviennent que le Bangladesh est aussi le lieu de destination de la délocalisation qui a fait leur plan social, ou que la consommation «libérée » des autres fait leur astreinte du dimanche à eux. Dans le meilleur des cas collectivement. Car c’est collectivement, d’une part qu’on sort de la peur, et d’autre part qu’on a quelque chance de faire paraître sur la scène publique qu’il y a des producteurs, contre tout le travail idéologique qui s’efforce de les faire oublier pour que rien ne vienne troubler la félicité des consommateurs.

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              SOURCE
              L’accès à la consommation élargie aura sans doute été l’opérateur passionnel le plus efficace de la stabilisation politique du capitalisme. Mais, sauvé des eaux au sortir de la séquence Grande Dépression-Guerre mondiale, le capitalisme n’a pas manqué de se réarmer dans le désir de la reconquête, et d’entreprendre de revenir sur tout ce qu’il avait dû lâcher pendant les décennies fordiennes… et à quoi il avait dû son salut. Néolibéralisme est le nom de la reconquista, le nom du capitalisme sûr de sa force et décidé à obtenir rien moins que tout. Le capital entend désormais se donner libre cours. Toute avancée sociale est un frein à ôter, toute résistance salariale un obstacle à détruire. Dans une conférence mémorable (1) et qui mériterait bien quelques tours de JT, Alexandre de Juniac observe que, la notion d’« enfant » ayant historiquement varié, l’interdiction de leur mise au travail est une question qui mériterait elle-même d’être remise au travail. Et de faire part, puisqu’il disserte sur la relativité de la notion d’«acquis sociaux », des réflexions de son collègue de Qatar Airways qui le plaint beaucoup d’avoir eu à essuyer une grève : « M. de Juniac, chez nous on les aurait tous envoyés en prison ».




              AIR FRANCE : SALAUDS DE GRÉVISTES ! « IMAGES HALLUCINANTES », « SCÈNE INCROYABLE »,« VIOLENCE EXTRÊME »... LE TRAITEMENT MÉDIATIQUE DU CONFLIT SOCIAL D’AIR FRANCE, CE LUNDI 5 OCTOBRE 2015, MONTRE UN PARTI PRIS QUI RAPPELLE QUELQUES PRÉCÉDENTS. Politis

              Si donc la mobilisation productive doit se faire sous le coup de la terreur, ainsi sera-t-il. En réalité le capitalisme néolibéral n’a pas à forcer son talent, car la terreur est le fond inaltérable du capitalisme tout court. Seul le recouvrement de la stabilisation macroéconomique (relative…) et de ce qui reste de protection sociale empêche de voir le roc ultime sur lequel le capital a assis son pouvoir : la prise d’otage de la vie nue. Réalité pourtant massive dont les salariés font la douloureuse expérience lorsque l’employeur, dont ils dépendent en tout et pour tout, décide qu’ils sont surnuméraires. En tout et pour tout en effet, puisque le salaire, condition de la vie matérielle dans ses nécessités les plus basales, est, par-là, la condition de la vie tout court, le prérequis à tout ce qui peut s’y construire. Et qu’en être privé c’est frôler l’anéantissement social – parfois y tomber carrément.

              Comme de juste, la menace qui fait tout le pouvoir du capital et de ses hommes, menace du renvoi des individus ordinaires au néant, cette menace n’a pas même besoin d’être proférée pour être opératoire. Quoi qu’en aient les recouvrements combinés de la logomachie managériale, de l’idéologie économiciste et de la propagande médiatique, le fond de chantage qui, en dernière analyse, donne toute sa force au rapport d’enrôlement salarial est, sinon constamment présent à l’esprit de tous, du moins prêt à resurgir au moindre conflit, même le plus local, le plus « interpersonnel », où se fait connaître dans toute son évidence la différence hiérarchique du supérieur et du subordonné – et où l’on voit lequel « tient » l’autre et par quoi : un simple geste de la tête qui lui montre la porte.

              Il faut donc, en particulier, toute l’ignominie du discours de la théorie économique orthodoxe pour oser soutenir que salariés et employeurs, adéquatement rebaptisés sous les étiquettes neutralisantes d’« offreurs » et de « demandeurs » de travail – car, au fait oui, si dans la vraie vie ce sont les salariés qui « demandent un emploi », dans le monde enchanté de la théorie ils « offrent du travail » ; autant dire qu’ils sont quasiment en position de force… –, il faut donc toute la force de défiguration du discours de la théorie économique pour nous présenter l’inégalité fondamentale de la subordination salariale comme une relation parfaitement équitable entre co-contractants symétriques et égaux en droit.


              De part et d’autre du revolver

              La réalité du salariat c’est le chantage, et la réalité du chantage c’est qu’il y a une inégalité entre celui qui chante et celui qui fait chanter – on ne se porte pas identiquement à l’une ou l’autre extrémité du revolver. Même les salariés les plus favorisés, c’est-à-dire les plus portés à vivre leur enrôlement sur le mode enchanté de la coopération constructive, et à trouver scandaleusement outrancier qu’on en parle dans des termes aussi péjoratifs, même ces salariés sont toujours à temps de faire l’expérience du voile déchiré, et de l’os à nouveau découvert. Car c’est bien sûr à l’épreuve, non pas des temps ordinaires, mais du différend que se montrent les vrais rapports de pouvoir. Et que se posent à nouveau des questions – les questions élémentaires de la relation salariale – comme : jusqu’où puis-je porter la contestation devant mon supérieur, avec quel ton puis-je lui parler, quelle latitude réelle ai-je de refuser ce qu’on (il) m’impose de faire et que je ne veux pas faire et, pour finir : ce différend s’accomplit-il vraiment dans les mêmes conditions que celui que je pourrais avoir avec quelqu’un dont je ne dépendrais pas et dont je n’aurais rien à craindre – en situation d’égalité. L’individu qui plie n’en a-t-il pas toujours sourdement conscience du seul fait de se dire que « dans d’autres conditions, ça ne se passerait pas comme ça » ? La dépendance vitale et, subséquemment, la peur, voilà la vérité ultime du salariat telle qu’elle se dévoile inévitablement, non pas quand tout va bien, mais à l’épreuve du différend, dont le mode de résolution ultime a un nom : l’obéissance.

              Et cependant l’époque se gargarise d’« égalité démocratique » quoiqu’elle laisse prospérer en son sein toute une organisation collective de la vie matérielle dont l’ultime ressort est la peur. Pourquoi, en dernière analyse, le capital règne-t-il sur les individus ordinaires ? Parce qu’il a les moyens de leur faire courber la tête. Le socioéconomiste Albert Hirschmann a résumé d’une trilogie frappante, mais peut-être insuffisante, les attitudes possibles de l’individu en situation institutionnelle : loyalty, voice, exit. Loyalty comme son nom l’indique ; voice quand on choisit de l’ouvrir – mais jusqu’où, quand l’institution est l’entreprise capitaliste ? – ; exit quand on ne se sent plus le choix que de prendre le large – mais à quel coût quand « le large » signifie l’abandon du salaire qui fait vivre ?

              En vérité il faudrait augmenter la trilogie d’une quatrième figure qu’on pourrait baptiser guilt. Guilt, c’est le mouvement de retournement contre soi par lequel le salarié introjecte la violence institutionnelle-capitaliste qui lui est faite en se mettant en cause lui-même. Guilt connait deux modalités. Therapy (2) – le salarié se pense comme insuffisant et entreprend de se soigner : se vivant comme mal adapté, il se rend à l’idée que ce n’est pas l’environnement odieux auquel il est sommé de s’adapter qui doit être changé, mais lui-même, et qu’il lui appartient de faire le chemin de l’adaptation – terrible fatalité de l’émiettement individualiste du salariat puisqu’il est bien certain que, seul, nul moyen n’existe de changer l’« environnement », et que nulle idée politique d’un tel changement ne peut naître : il ne reste plus que soi à mettre en cause. Et la vérole du coaching prospère sur ce désespérant terrain.

              Therapy donc, et puis suicide. Soit le fin fond de la violence introjectée. Tragique retournement par lequel les individus, privés des ressources collectives de lutter contre l’ennemi du capital, se font, par défaut, les ennemis d’eux-mêmes, et, dit-on, « se tuent », quand en vérité c’est bien autre chose qui les a tués. Quand le discours managérial ne fait pas du suicide une « mode », à l’image de l’excellent président de France Télécom qui voyait la défenestration comme une tendance, le discours médiatique, spécialisé dans l’inconséquence et la déploration sans suite, se contente de chialer un peu, de faire une manchette qui dit que c’est bien triste, puis de ne rien mettre en cause de sérieux, de n’avoir aucune suite dans les idées, et de passer aussi vite que possible à autre chose. Après quoi la violence d’une chemise en lambeaux lui semble intolérable.

              Les responsables structuraux

              Sans doute la conscience immédiate se cabre-t-elle spontanément à la seule image générique d’une violence faite à un homme par d’autres hommes. Mais précisément, elle ne se cabre que parce que cette image est la seule, et qu’elle n’est pas mise en regard d’autres images, d’ailleurs la plupart du temps manquantes : l’image des derniers instants d’un suicidé au moment de se jeter, l’image des nuits blanches d’angoisse quand on pressent que « ça va tomber », l’image des visages dévastés à l’annonce du licenciement, l’image des vies en miettes, des familles explosées par les tensions matérielles, de la chute dans la rue. Or rien ne justifie le monopole de la dernière image – celle du DRH. Et pourtant, ce monopole n’étant pas contesté, l’image monopolistique est presque sûre de l’emporter sur l’évocation de tous les désastres de la vie salariale qui, faute de figurations, restent à l’état d’idées abstraites – certaines d’avoir le dessous face à la vivacité d’une image concrète. Et comme le système médiatique s’y entend pour faire le tri des images, adéquatement à son point de vue, pour nous en montrer en boucle certaines et jamais les autres, c’est à l’imagination qu’il revient, comme d’ailleurs son nom l’indique, de nous figurer par images mentales les choses absentes, et dont l’absence (organisée) est bien faite pour envoyer le jugement réflexe dans une direction et pas dans l’autre. Dans son incontestable vérité apparente, l’image isolée du DRH est une troncature, et par conséquent un mensonge.

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              LA PRESSE UNANIME
              Sans doute, à froid et à distance des situations, la pensée renâcle-t-elle, elle aussi, à l’imputation personnelle d’effets qui devraient être mis au compte d’une structure impersonnelle – car, analytiquement parlant, c’est toute la structure des rapports sociaux du capitalisme qui est à l’œuvre dans la « situation Air France », bien au-delà d’un DRH qui passe par là au mauvais moment. Mais c’est que, si l’on n’y prend garde, « l’analyse » a vite fait de tourner à l’asile des dominants, et l’impersonnalité des structures au dégagement de toutes les contributions personnelles : « le système s’impose par sa force propre et personne n’y peut rien ». Le terme de l’analyse c’est toujours l’abstraction du « système », bien faite pour saper la question de la révolte qui est toujours concrète : car comment se révolter concrètement contre une abstraction ? En réalité, l’explosion colérique se moque bien de ces subtilités : elle prend ce qui lui tombe sous la main – le mobilier de la sous-préfecture ou la limouille du DRH.



              La vue structurale des choses cependant n’est pas entièrement condamnée à l’impossibilité des mises en cause individuelles. Qui peuvent être de trois sortes. Car si l’on veut se donner la peine d’y regarder de plus près, des individus particuliers, on en distinguera bien quelques-uns. Il y a ceux qui ont fait les structures, ceux qui les font tourner, enfin ceux qui les célèbrent et, les célébrant, s’efforcent de barrer toute tentative de les changer.

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              Il y a d’abord en effet que les structures ne tombent pas du ciel : elles ont été faites de main d’homme – en tout cas de certains hommes. Qui a fait la libéralisation financière depuis le milieu des années 1980 ? Qui a poussé les feux de toutes les déréglementations européennes ? Qui a signé les traités commerciaux internationaux ? Qui usine le TTIP ? Qui envisage de faire sauter les protections du droit du travail ? En résumé, qui a installé les structures de la violence néolibérale ? Qui a mis en place les cadres institutionnels libérant de toute retenue la valorisation du capital et lui ouvrant des latitudes stratégiques, c’est-à-dire des possibilités de brutaliser, sans précédent : chantage à la compétitivité, menace de la délocalisation, démantèlement des formes institutionnalisées de la résistance salariale – contre-pouvoirs syndicaux, règles du licenciement, organisation de la négociation sociale, etc. ? Voilà bien des questions précises auxquelles on peut tout à fait donner des réponses précises, c’est-à-dire des noms – spécialement en ce moment.
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              Il y a ensuite que, ces structures en place, elles n’œuvrent pas toutes seules : les rapports qu’elles déterminent sont effectués – par des individus concrets. En partie dépassés par les structures dont ils sont les opérateurs, parfois secrètement réticents à ce qu’elles leur font faire, parfois collaborateurs zélés de leur effectuation. Aussi ceux qui ajoutent leur touche particulière odieuse à l’effectuation de rapports odieux sont-ils sans doute spécialement (auto-)désignés à l’imputation personnelle des effets de structure impersonnels... Les salariés ne s’y trompent pas d’ailleurs qui savent le plus souvent distinguer le malgré-lui modérateur du vrai salaud.

              Les artisans de l’impasse – les vrais fauteurs de violence

              Lire Gilles Balbastre, « Le monde du travail, interdit de télévision », Le Monde diplomatique, juin 1996.Il y a enfin, en apparence les plus distants mais peut-être les pires, les célébrants de la structure, les conservateurs symboliques de l’état des choses. Eloignés du théâtre des opérations à un point qui semble rendre absurde leur mise en cause, il faut pourtant les remettre en première ligne de la responsabilité. Accompagnant depuis des décennies toutes les transformations, présentées comme « inéluctables », d’où le capital a tiré une emprise sans précédent sur la société, ils ont interdit que cette emprise soit reconnue, et nommée, pour ce qu’elle est : une forme de tyrannie ; ils ont systématiquement empêché que s’en élabore dans la société une contestation institutionnalisée, c’est-à-dire une mise en forme symbolique et politique des tensions que ce capitalisme ne pouvait manquer de faire naître, et sont par-là les vrais agents de la fermeture.

              Tautologiquement, des colères qui ne se trouvent plus aucune solution de symbolisation, n’ont plus accès qu’à des expressions désymbolisées : l’explosion de rage. Mais à qui doit-on ces impasses dont ceux qui s’y trouvent coincés n’ont plus que la ressource de faire péter un mur pour en sortir ? À qui sinon à ceux qui ont aménagé l’impasse même, bétonné le débat, répété l’inéluctable état des choses, pédagogisé sa nécessité, ridiculisé, disqualifié et finalement fait barrage à toute idée critique, donc empêché toute formation d’une perspective politique alternative qui aurait fait réceptacle ?

              De ce point de vue, et quelque désaccord qu’on ait avec lui, on pourra tenir pour exemplaire le traitement ignoble, notamment iconographique, réservé à Jean-Luc Mélenchon dans Libération, et d’ailleurs dans toute la presse de droite complexée qui le vomit à un point inimaginable, précisément parce qu’il est le seul acteur significatif du champ politique à y faire entendre le point de vue de l’oppression salariale, et rendre au moins concevable qu’une ligne politique soit tirée à partir de là (quant à sa réalité, c’est une autre affaire, et on jugera(it) sur pièce). S’il y a quelque chose comme des «responsables structuraux » de la violence, les gate-keepers médiatiques en font assurément partie. Avec au surplus cette ironie amère que ceux qui ont fermé tous les degrés de liberté du système, ne laissant plus ouverte que l’alternative de la chape ou de l’explosion, sont ceux-là mêmes qui viennent faire la leçon outragée quand « ça explose ».

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              DES SALARIÉS D'AIR FRANCE MANIFESTENT DEVANT LE SIÈGE DE LA COMPAGNIE À ROISSY-EN-FRANCE, LE 5 OCTOBRE 2015. PHOTO KENZO TRIBOUILLARD. AFP
              Forcément cette presse de gauche de droite, puisque c’est par définition à la presse de gauche que revenait de créer les espaces organisés de la critique et par là les conditions de possibilité de la symbolisation politique, cette presse-là, passée à droite et démissionnaire de sa fonction historique, tombe au dernier degré de l’embarras quand il lui faut faire face à de telles éruptions de colère. On voit d’ici la balance de précision où a été pesé l’éditorial de Libération, qui s’efforce de tenir ensemble la condamnation des « inadmissibles violences » et la compassion pour les salariés restructurés, qui va même jusqu’à parler de « la violence des plans sociaux » (3) mais pour soigneusement éviter, dans le parfait équilibre des violences symétriques, de prendre le moindre parti net, essence du joffrinisme qui a pour seule ligne directrice le louvoiement, la conciliation apparente des inconciliables – mais le parti pris réel, car il y en quand même bien un, quoique inavouable quand on s’accroche ainsi à son étiquette de « gauche » alors qu’on est finalement aussi à droite, le parti pris foncier pour l’ordre social présent, jugé bon dans sa globalité, sans doute perfectible de ci de là, mais grâce au ciel le rosanvallonisme ou le pikettisme sont là pour nous fournir les rustines.

              Voilà donc ce que jamais on ne lira nettement dans Libération ni dans aucun de ses semblables : que cette image des deux hauts cadres en liquette est un symptôme de plus, après beaucoup d’autres restés ignorés, d’un monde à changer d’extrême urgence. Que, faute de toute solution politique d’un tel changement, solution que des organes comme Libération se sont appliqués à empêcher d’advenir, cette image est au total porteuse d’espoir : car c’est l’image du corps social qui, par ses propres moyens, commence à sortir de son tréfonds d’impuissance, qui n’a plus peur de la tyrannie du capital. On ne lira pas non plus dans Libération que les détails de la situation n’ont pas grande importance, ni le salaire des pilotes ni l’état financier d’Air France, car, dans l’époque qui est la nôtre, l’important est le salariat qui relève la tête, quelle qu’en soit la fraction, l’exemple ainsi donné aux autres, et que ceci est un bon signe. On n’y lira pas enfin que Manuel Valls est le méta-voyou, celui qui non seulement prend le parti des voyous, mais traite de voyous les victimes des voyous.

              Le parti du capital

              Au vrai c’est toute la droite générale, celle qui va du PS à l’UMP, organes médiatiques inclus, qui, dans un spasme réflexe a refait son unité, comme toujours quand un événement à fort pouvoir de classement la soumet de nouveau à l’épreuve – référendums européens, conflits sociaux durcis, etc. Bien sûr, dans la droite générale, il y a la composante honteuse, qui préférera s’abstenir de paraître. À côté des habituels L’Opinion, Le Figaro, Les Echos, Le Parisien, dont les unes sont toutes plus gratinées les unes que les autres, la presse de droite complexée fait courageusement la sienne sur un écrivain suédois disparu – abstention qui a malheureusement tout le poids d’un parti. Le parti pris d’un certain parti, qui est ce parti informel de l’ordre social capitaliste, parti agglomérant bien sûr des partis politiques au sens classique du terme, on a dit lesquels, mais également tous ceux qui concourent activement à sa reproduction symbolique, économistes, éditorialistes, faux intellectuels, à commencer par ceux qu’on pourrait appeler les objecteurs cosmétiques, spécialistes de la critique secondaire, passionnés de l’inessentiel, stratèges de l’évitement (4) , en tout cas tous bien occupés à fermer le champ du pensable, pour donner comme impensable que les choses soient fondamentalement autres qu’elles ne sont.

              C’est qu’en effet, de ceux qui installent les structures à ceux qui les font tourner en passant par ceux qui les déclarent nécessaires (quand ils ne les disent pas admirables), tout ça fait du monde ! Un parti de fait. Le parti du capital. Car on peut bien appeler « parti du capital » l’ensemble de ceux qui approfondissent le règne du capital, qui s’abstiennent de lui opposer la moindre critique sérieuse, et qui barrent résolument la route à ceux qui auraient le projet de le faire. Le parti du capital va donc bien au-delà des seuls capitalistes, mais se scandalise uniement lorsque des têtes se relèvent.

              Pour ce grand parti informel, nul doute que les images d’Air France n’ont rien que de glaçant. C’est qu’elles lui tendent le miroir de son devenir possible : en parti de la liquette, grand rassemblement des candidats à la guenille car, avéré l’inexistence des solutions institutionnelles d’endiguement à froid du capital et de son emprise totalitaire sur la société, la probabilité des solutions à chaud va croissant chaque jour. À ce stade d’ailleurs, ça n’est même plus une question de préférence ou de jugement : c’est une question entièrement positive. Quoi qu’on en pense, la tyrannie, la maltraitance que rien n’arrête, finissent toujours, privées de régulation externe et incapables de contenir leur propre tendance interne à l’abus, par franchir un de ces seuils invisibles où la peur des maltraités se retourne en fureur. Il ne faudra pas venir chialer ce jour-là qu’il y a du verre brisé et « d’inadmissibles violences » comme dirait l’éditorialiste de Libération. Car quand le couvercle de la cocotte ne peut plus que sauter, il saute ! Et les vrais coupables sont ceux qui ont installé la gazinière, monté le feu, et célébré la nouvelle cuisine.

              Dernière station avant l’autoroute

              Battue par trois décennies de néolibéralisme, la société en arrive à un point à la fois de souffrance et d’impossibilité où la question de la violence en politique va devoir se poser à nouveaux frais, question tabouisée par excellence et pourtant rendue inévitable au point de faillite de tous les médiateurs symboliques où nous sommes. Les galéjades habermassiennes de « l’agir communicationnel » paraissant maintenant pour ce qu’elles sont – une illusion de démocratie discursive recouvrant les rapports de force réels, la surdité arrogante des dominants et l’imposition sans appel de leur ordre (on ne s’étonnera pas qu’elles soient régulièrement célébrées dans Le Monde) –, le compte des solutions de transformation sociale réelle est vite fait. Comme s’il s’efforçait inconsciemment de rejoindre son concept, le parti de la liquette, fermant toute autre possibilité, créé la situation de l’épreuve de force. Il finira bien par l’avoir.

              Epreuve de force et épreuve de vérité. Car la presse tombe le masque quand l’ordre de la domination capitaliste est réellement pris à partie, fut-ce très localement, et qu’il l’est de la seule manière que les dominés aient à leur disposition, puisque abandonnés de tous, sans le moindre espoir que leur parole soit portée ni dans le cénacle des institutions politiques ni dans l’opinion publique par un canal médiatique mentalement et financièrement inféodé, privés donc de tous les recours de la lutte symbolique, ils n’ont plus que leur bras pour exprimer leur colère.

              On ne dira jamais assez combien c’est la réduction au dénuement symbolique qui jette les individus dans l’action physique – désymbolisée. Pas plus qu’on ne rappellera jamais assez que des hommes ou des femmes, qui n’ont somme toute que le désir de vivre paisiblement et de jouir d’une stabilité matérielle minimale, qui n’ont en réalité aucune préférence pour la lutte et encore moins pour la violence, car ils n’aspirent qu’à la tranquillité, ces hommes et ces femmes, donc, ne sortent de leurs gonds que parce que quelque chose, ou quelqu’un, les en a fait sortir.

              C’est peut-être une économie générale de l’offense qui commence à se manifester ici, dans laquelle il n’y aura pas à payer que l’état objectif de la violence sociale capitaliste, mais également, petit supplément qui fait parfois les grandes révolutions, cette inimitable touche d’arrogance ajoutée par les dominants aux structures de leur domination. Et c’est vrai que le parti du capital, futur parti de la liquette, n’en aura pas manqué. Depuis les rires gras de l’assistance patronale de Royaumont entendant de Juniac briser quelques « tabous » de son cru, comme le travail des enfants ou l’emprisonnement des grévistes, jusque, dans un autre genre, aux selfies rigolards venant couronner des années de consciencieux efforts pour expliquer aux peuples européens dévastés par l’austérité qu’ils l’avaient bien cherchée.

              Quand la loi a démissionné, les dominants ne connaissent qu’une force de rappel susceptible de les reconduire à un peu de décence : la peur – encore elle. C’est bien celle que leur inspirait le bloc soviétique qui les a tenus à carreaux pendant les décennies fordiennes. À des individus que le sens de l’histoire n’étouffe pas, la chute du Mur et l’effacement du mouvement communiste n’ont rien signifié d’autre qu’« open bar ». Dans cette pensée dostoïevskienne du pauvre, ou plus exactement du nouveau riche, « si le communisme est mort, alors tout est permis ». L’instance externe de la peur effondrée, et l’instance interne de la contention – le pouvoir politique – passée avec armes et bagages du côté des forces qu’elle avait à contenir, la peur ne retrouvera plus d’autre origine que diffuse et immanente : elle viendra du bas – du bas qui se soulève.

              Les dévots qui se sont engagés corps et âme dans la défense d’un ordre ignoble et forment sans le savoir l’avant-garde de la guenille, sont encore trop bêtes pour comprendre que leur faire peur en mots – ou bien en tartes à la crème – est la dernière solution pour leur éviter de connaître plus sérieusement la peur – dont ils ne doivent pas douter qu’elle viendra, aussi vrai qu’une cocotte sans soupape finit par exploser. Aussi s’empresseront-ils d’incriminer les «apologètes de la violence » sans même comprendre que signaler l’arrivée au point de violence, le moment où, du fond de l’impasse, elle va se manifester, est le plus sûr moyen, en fait le seul, de forcer la réouverture de perspectives politiques, et par là d’écarter l’advenue de la violence.

              Frédéric Lordon

              (1) Alexandre de Juniac « Les acquis sociaux », Les Entretiens de Royaumont, 6-7 décembre 2014. Voir le montage posté sur Twitter par Olivier Cyran.

              (2) Je dois une part de ces idées au travail d’un de mes étudiants, Hugo Claret, « La contribution des déterminations socio-passionnelles du rapport salarial à la régulation socio-politique du néolibéralisme », mémoire de Master, EHESS.

              (3) Grégoire Biseau, « Air France : de la violence des plans sociaux », Libération, 7 octobre 2015.


              dimanche 11 octobre 2015

              ÉLISABETH ROUDINESCO. « L’ŒUVRE DE FREUD N’APPARTIENT PLUS AUX PSYCHANALYSTES »

              PORTRAIT DE SIGMUND FREUD
              On n’a pas, concernant Freud en France, ce qu’on a dans le monde anglo-saxon avec James Strachey ou en Espagne ou au Japon ou en Italie. En France, les querelles entre traducteurs ont reflété celles entre groupes psychanalytiques : un Freud pour les freudiens classiques, un autre pour les lacaniens, etc. L’œuvre freudienne ne se limite pas aux textes publiés de son vivant. Il faut ajouter l’immense correspondance – environ dix mille lettres retrouvées –, dont la publication est presque achevée en allemand et en partie en français. Cette correspondance fait désormais partie de l’œuvre de Freud. On ne peut pas lire aujourd’hui les textes canoniques sans ajouter les correspondances (de voyage, de famille ou professionnelle) qui apportent un éclairage absolument capital à son œuvre. C’est pourquoi Jean-Pierre Lefebvre et moi avons intitulé notre opus, le premier en France, Écrits philosophiques et littéraires.


              À quel public s’adresse cette œuvre ?

              Élisabeth Roudinesco L’œuvre de Freud n’appartient plus aux psychanalystes. Les traducteurs d’aujourd’hui n’ont plus besoin du label « psychanalyse » pour approcher l’œuvre de Freud. Et c’est salutaire. Freud est devenu pour ainsi dire « laïc ». Aux États-Unis, ce changement date des années 1980-1990. Ce renversement s’est produit plus tard en France. Pratiquement, les psychanalystes américains, à quelques exceptions près, s’occupent de neurosciences et de clinique et pas beaucoup des textes de Freud. Ils ont quitté le champ de l’érudition, de la langue et de la culture pour s’intéresser aux neurones. Ils sont devenus des psychothérapeutes (psychiatres ou psychologues). Ils se passionnent pour la plasticité cérébrale et doivent donner de prétendues « preuves » de leur scientificité. En conséquence, ce sont les chercheurs des départements de sciences humaines (gender studies, cultural studies, littérature, histoire) qui travaillent sérieusement sur l’œuvre de Freud, lequel est donc devenu un penseur de la culture occidentale dont l’œuvre n’est pas réductible à la clinique. Ce phénomène de « clinicisation » du milieu psychanalytique commence à se faire sentir en France puisque, à l’université, les futurs psychanalystes sont formés dans des départements de psychologie et plus du tout dans le champ des humanités (littérature, philosophie, histoire).

              L’antifreudisme n’en forme-t-il pas l’envers ?

              Élisabeth Roudinesco L’antifreudisme existe depuis
              SIGMUND FREUD ET CARL JUNG
              À LA SORTIE DU SAUNA, 1907.
              les années 1905. C’est-à-dire depuis le début. Il a pris différentes formes. Pendant la première moitié du siècle, l’opposition à Freud venait essentiellement des milieux catholiques et conservateurs qui lui reprochaient de tout sexualiser, d’être responsable de la destruction de la famille, de l’émancipation des femmes ou encore de la masturbation des enfants. Cela s’est produit sur la base d’un contresens absolument extraordinaire. Le deuxième axe d’opposition a été développé par les nazis, dans les années 1930 et 1940. Ils ont décrété que la psychanalyse était une « science juive » et que, en tant que telle, elle devait être exterminée (son vocabulaire, ses concepts) au même titre que ses praticiens. Enfin, il y a eu la critique stalinienne, à partir des années 1940, qui a fait de la psychanalyse une « science bourgeoise », dont on a interdit la pratique. Ceci culmine en 1949, avec la dénonciation de la prétendue « psychanalyse américaine ». Ce qui est un paradoxe, car on connaît l’antiaméricanisme de Freud. Le Parti communiste français a remis Freud à l’honneur en 1964, grâce en particulier à Louis Althusser. Et depuis, le Parti communiste a toujours été très favorable aux études freudiennes.



              La deuxième partie du siècle est caractérisée par une haine de Freud très différente. On se rend compte, en gros, que la société a évolué, que les gens divorcent, que la sexualité infantile est un fait accepté. Nous sommes dans une société presque « sexologique », celle de la performance et du bien-être : on s’occupe plus de sexe que de désir. À partir des années 1980, l’antifreudisme s’articule à l’idée que la psychanalyse n’est pas une science et que Freud n’est pas un scientifique. Cette critique est absurde puisque jamais Freud n’a prétendu faire une science au sens d’une science dure. Il a abandonné la neurologie, et la clinique des médecines de l’âme – toutes tendances confondues – ne peut en aucun cas prétendre à une scientificité comme la médecine moderne. La critique scientiste émane de psychiatres entraînés par l’évolution de l’approche exclusivement chimique du traitement des maladies psychiques. À cette critique scientiste s’en ajoute une autre, qui est morale. Elle vient des pays puritains et, essentiellement, de polémistes américains. On accuse Freud non plus d’être responsable d’une destruction de la société, mais au contraire d’être un sombre réactionnaire libidinal et menteur qui aurait violé ses patientes et sa belle-sœur. Cette disqualification sur la vie privée laisse entendre que sa théorie serait un mensonge. Freud serait non seulement un gourou non scientifique, mais une sorte de chef de secte avide d’argent, violeur, avorteur, menteur et escroc. Cette thèse est aussi celle des antisémites, qui ajoutent à cette vulgate l’idée d’un Freud « nazi », qui aurait inventé des persécutions antisémites à son encontre et aurait abandonné ses sœurs à Vienne, en 1938, en sachant qu’elles seraient exterminées. Thèse classique : le juif est responsable de ce qui lui arrive. La vérité est plus simple et moins manichéiste : Freud n’était ni un gauchiste libertaire, ni un pervers sexuel, ni un puritain, mais un conservateur libéral et éclairé. Il ne pouvait pas imaginer, en 1938, l’existence des chambres à gaz et il n’a pas « abandonné » ses sœurs. Il pensait que l’être humain devait maîtriser ses pulsions, il a été plutôt hostile au communisme, il a fait pas mal d’erreurs dans son antiaméricanisme forcené, et il s’est souvent égaré dans des théories peu convaincantes. Mais c’est en cela qu’il est un penseur paradoxal et passionnant, commenté dans le monde entier. Face à cette réalité, l’antifreudisme radical et manichéiste des années 1990-2010 a pris une tournure complotiste (surtout après le 11 septembre 2001), d’autant que, pendant des années, les archives Freud de Washington ont été fermées aux savants et réservées à une caste, et que les psychanalystes sont devenus de plus en plus réactionnaires et propagateurs d’une légende dorée. Autrement dit, les antifreudiens d’aujourd’hui pensent non seulement que Freud est un gourou peu scientifique, mais que ses héritiers, les « milices freudiennes », se seraient organisés pour dissimuler des vérités. C’est absolument fascinant de lire cette littérature.

              On en trouve la trace dans le Livre noir de la psychanalyse – Freud et les psychanalystes seraient les auteurs d’un « goulag » de la pensée – et, bien entendu, dans le brûlot de Michel Onfray de 2010 (le Crépuscule d’une idole) qui associe tous les courants de l’antifreudisme dans l’idée que Freud serait un « affabulateur ». Tout est mêlé : scientisme, complotisme, accusation « libidinale », thèse d’extrême droite. À quoi s’ajoutent 600 erreurs factuelles. On commence aujourd’hui à comprendre à quelle escroquerie on a affaire. Ce serait comique si nous n’avions pas, en France, désormais, chez des polémistes professionnels qui soutiennent Onfray, un retour du refoulé vichyste et un désir inconscient de fascisme. Éric Zemmour et ceux qui l’entourent et le défendent comme un « martyr des bien-pensants » en sont l’incarnation la plus évidente.

              Vous évoquez les trois figures de Freud, Darwin et Marx comme trois penseurs particulièrement visés par la critique réactionnaire. Pourquoi ?


              Élisabeth Roudinesco Et Einstein et bien d’autres encore… Il y a, actuellement, un assaut systématique lancé contre ces grandes figures, accusées d’être les représentantes d’un prétendu « savoir officiel ». Freud, Darwin, Marx et Einstein, ce sont des penseurs qui ont mis en cause, à un moment donné, notre façon de voir l’univers et la société, qui ont effectué des révolutions symboliques ou scientifiques. Ils ont été à l’origine de quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, d’autres grands penseurs dérangent tous ceux qui, autour de certains médias, prétendent dénoncer la « bien-pensance des élites » et qui usent du style des pamphlets de l’entre-deux-guerres. On s’en prend pêle-mêle aux homosexuels, aux femmes, aux étrangers, aux réfugiés, aux immigrés qui viseraient à défigurer notre belle patrie française. Et cette prétendue « bien-pensance » ne serait autre, aux yeux de ces dénonciateurs publics, que ce qui constitue aujourd’hui le patrimoine intellectuel français le plus traduit et le plus admiré dans le monde. Revanche des souverainistes de terroir, frileux et xénophobes, fascinés par le discours lepéniste et haïssant les « cosmopolites » de la pensée. Ces adeptes du « terroir français », terrorisés par la crise économique, les guerres aux Moyen-Orient, etc., recherchent des boucs émissaires : ils se dressent donc contre ce patrimoine si admiré hors de France, contre Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre – copieusement insultés (ce n’est pas nouveau) –, contre Michel Foucault (responsable de la transmission du sida ou khomeyniste), contre Louis Althusser (assassin marxiste et donc adepte du goulag), contre Gilles Deleuze (toxicomane), contre Roland Barthes et Jacques Derrida (déconstructeurs de la langue et donc de l’école républicaine), tous décrits comme des monstres physiques et intellectuels, responsables du prétendu « déclin » de la France. Et ça ne fait que commencer : on a du pain sur la planche ! Il va falloir lutter contre ce nouveau désir de fascisme qui utilise le désarroi des masses.
              LIRE l’œuvre DE SIGMUND FREUD  Depuis son entrée dans le domaine public en 2010, l’œuvre de Freud fait l’objet d’un intense travail de traduction. Entreprise engagée il y a plus 
de 25 ans, celle des Œuvres complètes, 
aux PUF, s’achève en cette rentrée avec la publication du volume I consacré 
aux écrits de la période 1885-1893. On retrouvera dans ce volume le récit que Freud fait de son séjour à Paris auprès de Charcot à la Salpêtrière, ainsi que les textes qui accompagnent l’élaboration des 
premiers concepts de 
la psychanalyse. À noter, aux PUF également, 
le Sigmund Freud de Jean-Michel Quinodoz, publié dans la collection « Que-sais-je ? ». 
À destination des jeunes lecteurs, l’Inconscient expliqué à mon petit-fils, d’Élisabeth Roudinesco, publié aux éditions du Seuil, sera l’occasion d’une approche originale des idées de la psychanalyse au fil d’un dialogue engagé par 
la psychanalyste avec des enfants. Du même auteur et chez le même éditeur, on relira Sigmund Freud, en son temps et dans le nôtre.