mercredi 24 juillet 2013

RAMADAN À SANTIAGO

 CALENDRIER RAMADAN 1434 / 2013   ÉDITÉ PAR LA MOSQUÉE AS-SALAM DE SANTIAGO DU CHILI

En se rendant aux mosquées, les membres de la communauté musulmane tiennent à emmener leurs enfants en vue de leur inculquer, dès leur jeune âge, les principes de l'Islam et ses valeurs promouvant la paix, la tolérance et la coexistence.

Pendant ce mois, la mosquée As-Salam de Santiago, l'une des plus grandes du pays, devient la destination privilégiée des fidèles pour accomplir les rites religieux, assister aux séances de prédication et d'orientation religieuses et écouter les récitations du Saint Coran.

Resserrer les liens entre musulmans

Au demeurant, ce mois sacré constitue l'occasion de consolider les liens de solidarité et d'entraide entre les musulmans de tout bord vivant au Chili, et de réaffirmer leur attachement aux valeurs authentiques de l'islam.

« Ramadan constitue un moment de retrouvailles et une opportunité tant attendue pour pouvoir partager avec les autres membres de la communauté musulmane les repas des Iftars et accomplir ensemble les prières et les Taraouih, avant de rentrer chez nous. » YOUSSEF, UN CHILIEN QUI S'EST CONVERTI IL Y A SIX ANS À L'ISLAM.

Les repas d'Al Iftar sont financés par les ambassades des pays musulmans accréditées au Chili, notamment le Maroc, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, la Jordanie et de l'Irak, ainsi que par le Centre islamique basé dans la capitale.

De nombreux fidèles assistent chaque jour aux séances de prédication religieuse sur les valeurs de l'islam et les vertus du mois de ramadan, avant les prières d'Al Maghrib et après les autres prières quotidiennes, fait savoir l'imam As-Salam.

Pourtant, certains font état de difficultés pour trouver des espaces de prière et s'approvisionner en viande halal, dans une société sud-américaine de plus en plus matérialiste.

mardi 23 juillet 2013

VIRUS GÉANTS : UNE NOUVELLE FORME DE VIE ?


Des chercheurs du laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Université Aix-Marseille), associés au laboratoire Biologie à Grande Échelle (CEA/Inserm/Université Grenoble Alpes), viennent de découvrir deux virus géants dont le nombre de gènes rivalise avec celui de certains microorganismes cellulaires eucaryotes (cellules à noyau). Ces deux virus d’un type totalement nouveau ont été baptisés « Pandoravirus », ce qui évoque à la fois leur forme en amphore et leur contenu génétique mystérieux. Ces résultats sont publiés en couverture du numéro du 19 juillet 2013 de la revue Science.


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COUVERTURE DU NUMÉRO DU 19 JUILLET 2013 DE LA REVUE SCIENCE
Après Mimivirus, découvert il y a 10 ans, et plus récemment Megavirus chilensis [1], les chercheurs pensaient avoir touché la limite ultime du monde viral en termes de taille et de complexité génétique. Avec un diamètre proche du micron et un génome contenant plus de 1100 gènes, ces virus géants qui infectent des amibes du genre Acanthamoeba empiétaient déjà largement sur le territoire que l’on pensait être réservé aux bactéries. A titre indicatif, des virus courants, tels que le virus de la grippe ou celui du SIDA, ne renferment qu’une dizaine de gènes.


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UN NOUVEAU VIRUS GÉANT DANS LA MER. DÉCOUVERTE D'UN NOUVEAU VIRUS GÉANT DE PHAEOCYSTIS GLOBOSA

Dans l’étude publiée dans la revue Science, les chercheurs annoncent la découverte de deux nouveaux virus géants :


  • Pandoravirus salinus, sur les côtes chiliennes ;
  • Pandoravirus dulcis, dans une mare d’eau douce à Melbourne (Australie).

L’analyse détaillée de ces deux premiers Pandoravirus révèle qu’ils n’ont quasiment aucun point commun avec les virus géants précédemment caractérisés. De plus, seul un infime pourcentage (6%) des protéines codées par les 2500 gènes de Pandoravirus salinus ressemble à des protéines déjà répertoriées dans les autres virus ou les organismes cellulaires. Avec un génome de cette taille, Pandoravirus salinus vient démontrer que la complexité des virus peut dépasser celle de certaines cellules eucaryotes [2]. Autre singularité : les Pandoravirus n’ont aucun gène qui leur permettrait de fabriquer une protéine ressemblant à la protéine de capside, la brique de base des virus traditionnels.

Malgré toutes leurs propriétés originales, les Pandoravirus conservent les caractéristiques essentielles du monde viral : absence de ribosome, de production d’énergie et de division.


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APRÈS LES MIMIVIRUS ET LES MÉGAVIRUS, LES PANDORAVIRUS. DEUX NOUVEAUX VIRUS GÉANTS, ÉLÉMENTS INCLASSABLES ENTRE LE MONDE VIRAL ET LE MONDE CELLULAIRE EN TERMES DE TAILLE ET DE COMPLEXITÉ GÉNÉTIQUE, ONT ÉTÉ DÉCOUVERTS PAR L’ÉQUIPE DE JEAN-MICHEL CLAVERIE ET CHANTAL ABERGEL ("SCIENCE" DU 19 JUILLET). L’UN A ÉTÉ TROUVÉ SUR LES CÔTES CHILIENNES "PANDORAVIRUS SALINUS"), L’AUTRE DANS UNE MARE D’EAU DOUCE EN AUSTRALIE ("PANDORAVIRUS DULCIS"). CRÉDITS : IGS CNRS-AM 

Dans ce contexte de nouveauté absolue, l’analyse du protéome de Pandoravirus salinus a permis de montrer que les protéines qui le constituent sont bien celles prédites à partir de la séquence du génome du virus. Les Pandoravirus utilisent donc le code génétique universel, code commun à tous les organismes vivants sur notre planète.

Ce travail souligne à quel point notre connaissance de la biodiversité microscopique reste étonnamment partielle dès que l’on explore de nouveaux environnements. En effet, les Pandoravirus, jusqu’alors totalement inconnus, ne sont sans doute pas rares comme l’atteste la découverte simultanée de deux spécimens de cette nouvelle famille virale dans des sédiments localisés à 15000 km de distance.

La découverte qui a été réalisée comble définitivement une discontinuité entre le monde viral et le monde cellulaire, discontinuité qui a été érigée en dogme depuis les fondements de la virologie moderne dans les années 1950. Elle suggère également que l’émergence de la vie cellulaire a pu s’accompagner d’une diversité beaucoup plus foisonnante de formes pré-cellulaires que celles envisagées classiquement, ce nouveau type de virus géant étant quasiment sans homologie avec les trois domaines du vivant reconnus : eucaryotes, eubactéries et archébactéries.


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PANDORAVIRUS SALINUS OBSERVÉ PAR MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE © IGS CNRS-AMU


Notes
[1] Arslan D, Legendre M, Seltzer V, Abergel C, Claverie JM (2011) “Distant Mimivirus relative with a larger genome highlights the fundamental features of Megaviridae”. Proc Natl Acad Sci USA. 108: 17486-91.

[2] Il s’agit notamment des microsporidies parasites du genre Encephalitozoon.
“Pandoraviruses: Amoeba viruses with genomes up to 2.5 Mb reaching that of parasitic eukaryotes”. Nadège Philippe, Matthieu Legendre, Gabriel Doutre, Yohann Couté, Olivier Poirot, Magali Lescot, Defne Arslan, Virginie Seltzer, Lionel Bertaux, Christophe Bruley, Jérome Garin, Jean-Michel Claverie, Chantal Abergel. Science. DOI : 10.1126/science.1239181

RAMONA, PAR ESTEBAN GONZALEZ

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IMAGE DE SIMPSON DANS HOW MUNCHED IS THAT BIRDIE IN THE WINDOW?, 7ÈME ÉPISODE DE LA 22ÈME SAISON.
Le tremblement de terre du 3 mars 1985 au Chili, vu à travers les yeux d'un enfant qui, avec sa mère, a recueilli et soigné un pigeon blessé. Ce récit, signé Esteban Gonzalez, fait partie des finalistes du Prix du récit Radio-Canada 2013. Le nom du gagnant sera dévoilé le 22 juillet.  

Au Chili, on dit que le décollage soudain d'un vol d'oiseaux est le signe avant-coureur des tremblements de terre. Observation futile, car un séisme de 8,0 de magnitude sur l'échelle de Richter frappe la lithosphère trop vite et trop rudement pour que l'on puisse avoir le temps de suivre une volée d'oiseaux. Le vacarme est tel que l'on dirait que tous les cadavres du monde voudraient s'extirper soudainement de leurs cercueils à grands coups de poing et de pied. Le sol finit par se fissurer et l'asphalte s'ouvre et se soulève comme une plaie béante. De ces cassures émerge la voix rauque de la terreur. Alors, les gens courent dans tous les sens, comme les danseurs fous d'une énorme chorégraphie du chaos. La réplique maudite ne dure que quelques minutes. Et après la catastrophe, entre les cris et les pleurs des familles, les hommes inspectent les planchers et les murs fissurés. Pendant ce temps, le regard effrayé du monde est fixé au sol, et personne ne regarde les oiseaux.

Je me souviens que c'est en hiver que maman a recueilli un pigeon blessé à la tête. Elle attendait l'autobus et avait vu l'accident. En arrivant à la maison, elle tenait dans ses mains un petit paquet de plumes grisâtres et blanchâtres, maculé de sang. Elle nous a dit que, comme d'habitude, le véhicule bleu n'avait même pas ralenti quand il avait percuté l'oiseau. Et quand je l'ai vu, ma bouche a émis un timide ouache! En effet, le pigeon semblait avoir eu la moitié supérieure du crâne arrachée par l'impact. Et même si sa blessure semblait grave, les yeux de l'oiseau exprimaient la nervosité et l'effroi. Immédiatement, on a trouvé une grosse boîte en carton, du papier journal et on a placé l'animal blessé dans son nouveau refuge.

Le soir, devant le téléviseur, ma mère avait décidé que le pigeon biset était une pigeonne et qu'on allait l'appeler Ramona. Prénom emprunté à un sinistre personnage des telenovelas grises diffusées pendant les après-midi au Chili. J'avais sept ans et je répétais sans cesse dans ma tête : ne meurs pas, Ramona! Ne meurs pas! Tout en maudissant l'automobiliste fautif. J'ai toujours aimé les animaux. Surtout ceux qui volent. J'avais alors souhaité qu'il devienne notre pigeon voyageur et que tout le monde vienne le voir. Je voulais que l'oiseau guérisse et qu'il déploie ses ailes à nouveau. Je me suis finalement endormi, les yeux fixés sur la boîte en carton, bercé par un sentiment étrange, sombre et lourd. Était-ce l'indignation?

Le lendemain, mon premier réflexe a été de voir si Ramona était vivante. Elle l'était! L'oiseau pouvait bouger un peu l'aile droite et se déplacer en poussant son corps avec sa patte droite. Mais, oh qu'elle était laide! Quelques plumes en mauvais état sentaient le sang séché. Et les yeux du pigeon exprimaient encore le traumatisme. Maman soignait sa tête blessée avec une crème blanche. L'onguent, et surtout le petit bout de gaze posé sur la tête de l'oiseau, créaient l'illusion parfaite d'un panama. Et avec sa démarche bancale, on aurait pu jurer de voir un de ces pochards qui titubent dans les sombres escaliers de Valparaiso un jour de fête… Ramona l'ivrogne! Quelques jours seulement après l'accident, Ramona mangeait sa ration de maïs soufflé que maman préparait le soir. Le crachin froid d'août laissait place à la chaleur sucrée et au bruit du maïs qui éclatait dans la cuisine.

Lors de cet hiver de l'année 1984, la pluie abondante qui battait sur les toits en zinc rouillés des maisons de la ville a permis à Ramona de retrouver ses forces. Le soir, devant la télé, on la gardait au chaud entre nos bras et on la transportait doucement, exactement comme si on transportait un bouquet d'œillets pour la procession de la Vierge Marie. Au fil des jours, amis et voisins venaient voir l'oiseau blessé. Malheureusement, il y avait toujours des adultes qui discréditaient les soins apportés à Ramona, et ce, simplement parce que c'était un pigeon. Je ne me rappelle pas le nombre de fois que j'ai entendu dire qu'il fallait laisser mourir l'oiseau. « Un pigeon, c'est sale! » « C'est plein de parasites! » « Et tes enfants vont devenir malades! » disaient les femmes à ma mère. « Après tout, ce n'est qu'un pigeon et pas un nandou de Darwin », s'exclamaient d'autres avec mépris. Moi, je m'occupais d'effaroucher les multiples chats qui rôdaient autour de la maison, ces derniers se rapprochant toujours un peu trop du salon. Ramona était une cible trop évidente et, l'instinct étant plus fort que le dérangement produit par mes coups de balai, il fallait que je sois aux aguets continuellement. Mais grâce à la pluie et aux bourrasques hivernales, les fenêtres et les portes étaient souvent fermées. Petit répit venu du ciel pour que Ramona guérisse en toute tranquillité et à l'abri des prédateurs du quartier.

C'est ainsi que le pigeon, avec circonspection, a commencé à sortir de la maison. Et c'est Carlos, le chat noir du voisin, qui a provoqué la peur suffisante à Ramona pour qu'elle s'envole. En octobre, au printemps, j'ai entendu l'attaque du félin. Et le temps d'aller chercher mon balai, j'ai vu le pigeon s'élever dans les airs pour aller se percher sur le prunier en fleurs de la cour. La suite s'est faite naturellement. Ramona n'était plus un animal blessé, elle est devenue une discrète résidente de notre petit logis. Et les sorties sont devenues de plus en plus longues. Parfois, elle passait la nuit à l'extérieur et on ne la voyait que dans la matinée. Discrète, elle rentrait dans le salon et allait dans sa boîte pour becqueter du maïs soufflé.

Le dimanche matin du trois mars de 1985, Ramona n'était pas dans le salon. La chaleur estivale du Chili s'immisçait allégrement dans le vent frais de l'océan Pacifique. Ça sentait le repos dominical. Les petits gâteaux fourrés à la confiture de mûres de maman attendaient, solitaires, sur la table de la cuisine. C'était une des dernières fins de semaine avant la rentrée d'école. Et comme à chaque dimanche d'été, nous partions jouer dans le beau faubourg des Anglais. On suivait des yeux les pigeons du quartier pour localiser Ramona. Une calotte plumée était un indice facile à repérer pour nos yeux excités d'enfants en vacances.

Dans ce quartier, les condominiums à dix étages se dressaient sur une forêt d'eucalyptus et un sol brun et poussiéreux. Terrain idéal pour faire du vélo et jouer aux billes. Je me rappelle que le ciel était bleu et que les chiens errants ont commencé à glapir en chœur. Un homme qui lavait son automobile a regardé le toit des édifices qui nous entouraient. Les fenêtres, volées en éclats, sont tombées sur lui et sur son impeccable carrosserie. C'est cette pluie de stalactites mortelles qui a réveillé ma peur. Et, inexorablement, la peur nous déplace, nous fait courir. Enterrés par un grondement sourd venu du centre de la Terre, nous nous sommes dispersés tous azimuts. Comme si un projectile venait de tomber au centre d'une armée de soldats agités. Ainsi, sous les arbres qui tombaient et se déracinaient, sous les câbles électriques et les transformateurs qui explosaient comme des grenades lors d'une embuscade militaire, j'ai couru jusque chez moi. Les pins géants tombaient sur le parterre comme des colosses assassinés, soulevant une poussière qui s'élevait du sol avec force. Des femmes couchées par terre enlaçaient des enfants pris au hasard et, paralysées par la frayeur, levaient les yeux pour implorer la grâce de Dieu. Quand je suis arrivé chez moi, la terreur de mon visage se reflétait dans ceux des adultes qui m'entouraient. Dans un immense chaos, entre les cris, les pleurs et le bruit des décombres qui percutaient le sol, je me suis immobilisé devant l'entrée de la maison. Alors, j'ai fermé les yeux et j'ai prié pour que la secousse s'arrête. Mais cette danse mortelle a continué, laissant des dizaines de morts et des centaines de blessés jonchant les rues obstruées et ensanglantées de la ville.

Le lendemain, entre les débris, j'ai cherché Ramona. Les yeux fatigués et vides des adultes n'absorbaient aucun questionnement infantile. Où était Ramona? J'avais besoin de me serrer contre ce volatile laid pour sentir la vie battre au milieu d'une ville morne et meurtrie par une telle catastrophe sismique. Mais je ne l'ai jamais revue. Ramona est partie le jour du grand tremblement de terre. Elle est partie avec une bribe de mon innocence au bec. Le petit bout envolé est celui qui croyait que la vie ne s'éteindrait pas. Que le monde était statique et solide comme les volcans enneigés des Andes. Que les gens regardaient toujours droit devant eux. Et que les grands ne pleuraient jamais. Ce dimanche d'été, le monde entier avait tremblé pour me montrer les turpitudes absurdes du destin. La mort avait bien voulu couper mes ailes, mais j'ai résisté. Et depuis ce jour, je vole.

À Toto.

ESTEBAN GONZALEZ REMPORTE LE PRIX DU RÉCIT RADIO-CANADA 2013

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ESTEBAN GONZALEZ REMPORTE LE PRIX DU RÉCIT RADIO-CANADA 2013 POUR RAMONA

Esteban Gonzalez a grandi à Valparaiso, au Chili. Il a appris le français il y a un peu plus de 20 ans, en arrivant au Canada. Il enseigne la biologie au Cégep de Jonquière et il n'a jamais été publié. Il avait été cependant finaliste du Prix du récit l'an dernier pour son texte Petite mort canine sur l'autoroute de mon enfance.

« J'ai toujours eu besoin d'écrire. Mais faire des histoires et séquencer les évènements de ma vie ne me qualifient pas pour être écrivain. C'est une appellation qui se mérite et je ne crois pas que je sois rendu là. Loin de là, je ne fais que noircir des pages. Mais qui sait? Un jour peut-être. » — Esteban Gonzalez, gagnant du Prix du récit Radio-Canada 2013

Esteban Gonzalez recevra 6000 $, offerts par le Conseil des arts du Canada, profitera d'une résidence d'écriture de deux semaines au Centre Banff, et son récit sera publié dans le numéro d'août du magazine enRoute d'Air Canada, qui compte 1 million de lecteurs mensuellement. Son prix lui sera officiellement remis le jeudi 25 juillet au Centre Banff, en Alberta.

Les quatre finalistes - Michèle Demers, Christine Gonthier, Carl-Keven Korb et Marie-Ève Leclerc-Dion - recevront chacun 1000 $, offerts par le Conseil des arts du Canada.

vendredi 19 juillet 2013

A LA UNE: AU CHILI, COUP DE TONNERRE DANS LA COURSE À LA PRÉSIDENTIELLE

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JUAN PABLO LONGUEIRA PRÉCOCE ET PROCHE COLLABORATEUR DE L'ANCIEN DICTATEUR DÉFUNT AUGUSTO PINOCHET QUI A RÉGNÉ SUR LE CHILI DEPUIS LE COUP D'ETAT DU 11 SEPTEMBRE 1973.
La Tercera rappelle qu'il avait décidé de participer à la primaire seulement deux mois avant qu'elle ne débute... suite à la défection du candidat de l'UDI (Union démocrate indépendante) Laurence Golborne. Après sa courte victoire, Pablo Longueira avait déclaré que « si en deux mois on est parvenu à remporter la primaire, on gagnera en cinq mois, en novembre ».

Pourtant, c'est la candidate de la coalition de gauche Michelle Bachelet qui est donnée clairement favorite dans les sondages. Et c'est peut-être ce qui a provoqué la dépression de Pablo Longueira, même si son fils ne l'a pas dit. C'est en tout cas ce que suggère un des éditorialistes d’El Mercurio.

Michelle Bachelet, nous rappelle le quotidien, obtiendrait 39% des votes contre 25% pour Pablo Longueira dans un des derniers sondages réalisé. Conservateur, père de sept enfants, Pablo Longueira est souvent présenté comme un proche de l'ancien dictateur défunt Augusto Pinochet. Selon La Tercera, l'UDI, son parti, doit organiser aujourd'hui une réunion de son bureau politique pour évoquer la suite, c'est à dire savoir qui remplacera Pablo Longueira. Et celui qui sera choisi aura fort à faire pour tenter d'inverser la tendance avant l'échéance du 17 novembre.

mercredi 17 juillet 2013

CHILI : LE CANDIDAT DE DROITE RENONCE À LA PRÉSIDENTIELLE



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JUAN PABLO LONGUEIRA, ANCIEN SUPPORTEUR ET COLLABORATEUR DE LA DICTATURE, ACTUEL EX-CANDIDAT À LA PRÉSIDENCE.   LORS DE LA VISITE DU SÉNATEUR AMÉRICAIN EDWARD KENNEDY À SANTIAGO EN 1986, INVITÉ PAR L’OPPOSITION, UNE BANDE DE SYMPATHISANTS ET DES COLLABORATEURS DE LA DICTATURE ARMÉS DE PIERRES ET DE GOURDINS A ATTAQUÉ LE CORTÈGE DU CONGRESSISTE, EN RAISON DE SES PRISES DE POSITION CONTRE PINOCHET.  LE SÉNATEUR KENNEDY AVAIT ÉTÉ EN 1977 UN FAROUCHE ADVERSAIRE AUX VENTES D’ARMES AMÉRICAINES AU CHILI.  LA BANDE DE PINOCHÉTISTES VINDICATIFS ÉTAIT CONDUITE PAR JUAN PABLO LONGUEIRA ET JUAN ANTONIO COLOMA, DEUX JEUNES ESPOIRS CIVILS DU RÉGIME MILITAIRE - PHOTO AGENCIA UNO.

« CHOUCHOU»  DE PINOCHET

Pablo Longueira, proche de l'ex-dictateur défunt Augusto Pinochet, était entré dans la course il y a seulement deux mois après le retrait de la candidature de l'ex-ministre des mines Laurence Golborne, en raison de son rôle en tant que gérant dans une entreprise de distribution condamnée pour avoir abusé les consommateurs. « Si en deux mois nous avons pu gagner la primaire, dans cinq mois nous gagnerons la présidentielle »  de novembre, avait déclaré Pablo Longueira, un des leaders historiques du parti ultra-conservateur UDI.

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JUAN PABLO LONGUEIRA MONTESANDRÉS CHADWICK PIÑERAJOAQUÍN LAVÍN ETJULIO DITTBORN AVEC AUGUSTO PINOCHET. L’ANCIENNE GARDE RAPPROCHÉE DU DICTATEUR EST AUJOURD’HUI AUX COMMANDES AU CHILI. DES « CHICAGO BOY’S », DES TECHNOCRATES PRAGMATIQUES QUI ONT AVALISÉ LES EXACTIONS ÉCONOMIQUES ET COUVERT LES ATROCITÉS DE LA CRUELLE DICTATURE CHILIENNE.


Selon les derniers sondages, le candidat de droite était crédité de 25 % des intentions de vote, derrière la candidate socialiste Michelle Bachelet, 61 ans, qui recueille 39 % d'opinions favorables.

Ingénieur de formation, M. Longueira, père de sept enfants, a été décrit comme le « chouchou »  de Pinochet par la propre fille de celui-ci, Lucia Pinochet. Sa décision inattendue de se retirer de la course intervient à quatre mois des élections du 17 novembre qui éliront un nouveau président et renouvellont le parlement. Michelle Bachelet, l'ancienne présidente socialiste (2006-2010) reste la favorite à la présidentielle. Première femme élue à la tête d'un pays sud-américain, médecin de formation, l'ex-directrice exécutive de l'ONU Femmes, a été persécutée, torturée et exilée par la junte militaire.

mardi 16 juillet 2013

BIENVENUE DANS LA CHILICON VALLEY

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DESSIN DE VLADIMIR KAZANEVSKY, UKRAINE. DIPLOMÉ DE « RADIOPHYSIQUE COSMIQUE » PAR L'UNIVERSITÉ DE KHARKOV EN 1973, ET D'«ARTISTE DE PRESSE » PAR L'INSTITUT DU JOURNALISME DE KIEV EN 1984. DESSINATEUR DE PRESSE ET ÉCRIVAIN FREELANCE.

«Nous profitons d’une occasion exceptionnelle », explique Juan Andrés Fontaine, ancien ministre de l’Economie. « De nombreux entrepreneurs se tournent vers les économies émergentes pour tenter d’éviter à la fois les Etats-Unis, dont la politique en matière d’immigration est très stricte, et l’Europe en crise. » Le programme gouvernemental Start-Up Chile ouvre la voie au changement. Cet accélérateur de start-up sélectionne des jeunes talentueux provenant de n’importe quel endroit du monde et leur offre 40 000 dollars (31 000 euros), un visa d’un an, des locaux et un délai de six mois pour développer leur idée, qui doit avoir un potentiel de croissance et une perspective internationale. Un point est encore plus étonnant : le gouvernement ne prend aucune participation dans ces entreprises. 

Quel est donc l’avantage pour le Chili ? « Nous exigeons des participants qu’ils se lancent dans des activités ayant un impact social, comme des conférences, des événements ou des cours personnalisés montrant aux Chiliens les succès qu’engendre l’entrepreneuriat à l’échelle internationale », répond Horacio Melo, le directeur de Start-Up Chile. « C’est une façon de leur faire partager avec nous leurs savoirs. »

Des mots et des idées sont échangés contre un financement et un endroit où travailler. La formule séduit. Lors du premier appel à candidatures, en 2010, 100 demandes avaient été présentées et 22 start-up sélectionnées ; mais, lors de la dernière session, le 4 juin, 1 577 projets ont été proposés et 100 retenus [en provenance de 28 pays, dont les Etats-Unis (19 % des projets), le Chili (18 %) et l’Inde (10 %)]. 

En trois ans à peine, 684 projets ont été lancés. « Je suis très jaloux de ce programme, dont les conditions sont bien meilleures que la majorité de ce qu’on nous propose en Espagne », avoue Luis Martín Cabiedes, l’un des principaux investisseurs providentiels [business angels, ces investisseurs privés qui soutiennent des entreprises innovantes dans une perspective de long terme] espagnols. « Le message, c’est que l’esprit d’entreprise est un virus qui se propage, ajoute-t-il. Plus il y a de personnes touchées, mieux c’est. »

Capital-risque

La maladie se transmet à vitesse grand V, à tel point que le Chili rivalise déjà avec le Brésil et le Mexique dans l’optique de devenir un centre d’entrepreneurs en Amérique latine. Pour y parvenir, le pays se doit d’être plus attractif pour les investissements étrangers. Entre janvier et juin 2013, six fonds de ­­capital-risque ont été approuvés, qui financeront de nouveaux projets à hauteur de 124 millions d’euros. Sur cette somme, 90 millions viennent de Corfo, un organisme public – dont fait partie Start-Up Chile – qui héberge plus de 40 programmes visant à soutenir différents types d’entrepreneurs. Trois de ces fonds sont étrangers. “Cela montre que les efforts consentis pour faire du Chili un pôle dynamique d’innovation portent leurs fruits”, résume Hernán Cheyre, vice-président exécutif de Corfo. 

“Le Chili a compris que ce n’est ni le vin ni l’industrie minière, mais bien l’innovation qui entraînera un progrès économique qualitatif”, affirme Tomás Pablo, consultant et ancien délégué de Corfo en Espagne. Ce changement de modèle économique repose ainsi sur les épaules des entrepreneurs. L’Espagnole Beatriz Cardona est arrivée en mars au Chili dans l’intention de participer à l’un des appels d’offres de Start-Up Chile. Elle a d’abord proposé l’application sociale Tripku, pour organiser des voyages d’aventures en groupe en collaboration avec des opérateurs locaux. Voyant que ses perspectives de croissance étaient limitées, elle l’a transformée en Kuotus, un système de gestion de réservations et de distribution de séjours, qui est déjà opérationnel au Chili et vient d’être lancé en Espagne. “Start-Up Chile nous a libérés de la pression économique et nous a permis de nous tromper sans avoir à supporter des coûts exorbitants”, explique Beatriz Cardona. 

Formées à l’ingénierie agricole, Lucía et Mercedes Iborra [deux sœurs espagnoles] ont pensé qu’en tant que puissance agricole le Chili saurait tirer profit d’un service comme VisualNACert, qui permet de géolocaliser des exploitations agricoles. Leur filiale chilienne est opérationnelle, et elles viennent d’entrer sur le marché des Etats-Unis. “Le Chili nous a accordé toutes sortes de facilités pour créer notre entreprise”, raconte Mercedes Iborra, qui a participé à la première session de Start-Up Chile, à l’époque où quasiment personne n’avait entendu parler de ce programme. 

Mais les Chiliens ne sont-ils pas en train de se tirer une balle dans le pied ? Cela a-t-il un sens d’attirer des travailleurs étrangers dans un pays où les inégalités persistent si la richesse ainsi créée n’y reste pas ? “Start-Up Chile a été conçu dans l’idée de faire venir, au moins temporairement, de jeunes entrepreneurs porteurs de projets d’avant-garde. Et de s’appuyer sur eux pour atteindre la masse critique capable de donner naissance à une économie fondée sur l’innovation. Il s’agit de promouvoir un climat économique permettant de créer de meilleurs emplois, de lutter contre la pauvreté et de réduire les inégalités”, résume Juan Andrés Fontaine. 

Repartir de zéro

Cependant, le chemin est difficile. Les fonds de capital-risque sont trop peu nombreux pour répondre à la demande, une bonne partie des sociétés les plus brillantes créées au Chili voudront rapidement tenter leur chance dans la Silicon Valley, et la législation qui régit les faillites complique la tâche de ceux qui veulent repartir de zéro après un échec. Par ailleurs, les universités chiliennes ne forment pas autant d’entrepreneurs que leurs homologues aux Etats-Unis. Et l’histoire sert aussi de leçon. Aux Etats-Unis, une start-up sur dix réussit à triompher, alors que, dans le cas chilien, le pourcentage d’échecs est de 40 %. 

Malgré tout, l’entrepreneuriat, comme les bonnes idées, mène à tout. Tohl est une start-up [dont le siège est aux Etats-Unis] qui produit de la tuyauterie flexible que l’on peut installer depuis des hélicoptères, afin de distribuer de l’eau dans des zones isolées ou sinistrées. “Au Chili, on m’offrait un financement gratuit pour concrétiser une idée”, raconte son président, Benjamin Cohen. “C’était une raison suffisante pour rejoindre le programme. De plus, il est très difficile de lancer une entreprise dans un pays étranger sans y avoir une résidence, un compte bancaire ou un réseau de soutien. Start-Up Chile s’occupe de tout ça.

vendredi 12 juillet 2013

AU CHILI, LE VIOL D'UNE FILLETTE RELANCE LE DÉBAT SUR L'IVG

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LES MURS DE CONCEPCIÓN SUD DU CHILI, SONT LES TÉMOINS DES RÉACTIONS QUE SUSCITE LA QUESTION DE L'AVORTEMENT, 2012. PHOTO 
« AVORTEMENT. INFORMATION SÛRE »
« MOI JE LUI FAIS ÇA À L'AVORTEMENT. ET TOI ? RESPECTE LA VIE »

Très vite, le fait divers a viré au débat de société. «Avortement dans des cas extrêmes : oui ou non ? », titre sur son site Internet la chaîne de télévision ABC. Le Chili est en effet l'un des seuls Etats au monde à interdire toute forme d'avortement.

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GRAFFITI À VALPARAÍSO « NE METTEZ PAS VOS ROSAIRES DANS NOS OVAIRES ! », 2008, PHOTO PASCALE

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite au Chili depuis 1989, lorsque le général Pinochet fait inscrire dans le code sanitaire qu'«aucune action ne peut être exécutée dans le but de provoquer un avortement » . Le pays a l'une des législations les plus conservatrices du continent en matière familiale. Le divorce n'y a été légalisé...

AU CHILI, LES CHIENS ERRANTS MANIFESTENT AUSSI

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ILS N'ONT PEUR NI DES GAZ LACRYMOGÈNES NI DES LANCES À EAU DE LA POLICE: LES CHIENS ERRANTS DE SANTIAGO SONT DEVENUS DES INCONDITIONNELS DES MANIFESTATIONS QUI SE DÉROULENT DÉSORMAIS RÉGULIÈREMENT DANS LES RUES DE LA CAPITALE CHILIENNE. PHOTO AFP  
En fin de cortège, lorsque des groupes cagoulés ont commencé à jeter des pierres contre les forces de l’ordre, les chiens frétillant et remuant la queue se sont mis à courir après les projectiles pour les rapporter aux protestataires.

La participation des chiens de Santiago a pris de l’importance après le début des grandes marches étudiantes de 2011, qui réclament un système éducatif gratuit et de qualité en replacement de l’actuel, coûteux et inégalitaire, hérité de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).

Leur omniprésence dans les photos de presse lors des affrontements entre policiers et manifestants a fait le tour du monde.
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DES CHIENS S'AMUSENT GRÂCE AUX JETS D'EAU LANCÉS PAR LES CANONS À EAUX DE LA POLICE ANTI-ÉMEUTE À SANTIAGO PENDANT UNE MANIFESTATION ÉTUDIANTE, LE 11 AVRIL 2013. PHOTO IVAN ALVARADO



« Pire cauchemar de la police»

Le plus célèbre, baptisé «El Negro», un bâtard au poil noir portant foulard autour du cou, possède sa propre page Facebook avec plus de 6.000 «amis»» et un compte Twitter, suivi par quelque 2.000 usagers.

« Révolutionnaire authentique, père chilien de 32 fils (reconnus), époux de six dames, ami du peuple et le pire cauchemar de la police », indique sa biographie sur les réseaux sociaux.

« Les chiens sont un grand classique des défilés, ils défendent même les étudiants de la police», affirme à l’AFP Marisol Vargas, une jeune employée participant à la marche sur la principale avenue de la capitale pour réclamer de meilleures conditions de travail dans le cadre d’une mobilisation nationale.


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LEUR OMNIPRÉSENCE DANS LES PHOTOS DE PRESSE LORS DES AFFRONTEMENTS ENTRE POLICIERS ET MANIFESTANTS A FAIT LE TOUR DU MONDE. PHOTO AFP  
Les chiens sont pourtant, tout comme l’homme, sensibles aux gaz lacrymogènes.

Selon le vice-président du Collège vétérinaire du Chili, Fernando Álvarez, ils « en sont affectés, comme les manifestants et ont probablement des irritations oculaires et de l’appareil respiratoire et des pathologies chroniques, qui peuvent causer leur mort », dit-il à l’AFP.

Poussiéreux, sales, boitant et couverts de blessures, ces chiens ne paient pas de mine et vivent dans la rue.

En bande, ils recherchent de la nourriture et courent après les voitures. S’il fait trop froid, certains montent dans les autobus pour se réchauffer.


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ILS SERAIENT ENVIRON 500.000 CHIENS ERRANTS À DÉAMBULER DANS LES RUES DE SANTIAGO, SELON UN RECENSEMENT OFFICIEL ÉLABORÉ DANS LE CADRE D’UN PLAN DE LUTTE CONTRE LA SURPOPULATION CANINE. PHOTO AFP 



Stérilisations et adoptions

Ils seraient environ 500.000 chiens errants à déambuler dans les rues de Santiago, selon un recensement officiel élaboré dans le cadre d’un plan de lutte contre la surpopulation canine.

Ces multitudes de chiens parcourant les rues et les parcs de Santiago font partie du paysage habituel et pittoresque de la capitale, et s’attirent la curiosité de nombreux touristes.

Ce recensement est le premier pas d’un plan destiné à contrôler la surpopulation canine, et dont le coût est estimé à 86 millions de dollars.


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CES MULTITUDES DE CHIENS PARCOURANT LES RUES ET LES PARCS DE SANTIAGO FONT PARTIE DU PAYSAGE HABITUEL ET PITTORESQUE DE LA CAPITALE, ET S’ATTIRENT LA CURIOSITÉ DE NOMBREUX TOURISTES. PHOTO AFP

« C’est un sujet que nous devons aborder de façon globale. Si nous prenons soin de nos chiens, nous améliorons la qualité de vie non seulement de nos animaux domestiques mais aussi des gens qui vivent et passent dans cette ville », a récemment plaidé le président de l’agglomération de Santiago, José Antonio Peribonio.

Le programme prévoit notamment des stérilisations, des adoptions et la responsabilisation des propriétaires.

jeudi 11 juillet 2013

ADIEU À YVONNE LE GRAND, GRANDE DAME DE LA DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME

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UNE DU « LE FIGARO MAGAZINE »  DU 24 MARS 1984. VÉRITABLE TRIBUNE DE LA DROITE FRANÇAISE, LE SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE DU QUOTIDIEN « LE FIGARO » PARAÎT CHAQUE SAMEDI ET ABORDE À LA FOIS DES SUJETS POLITIQUES, MONDAINS ET CULTURELS. 

La fuite organisée de télégrammes chiffrés et la campagne de presse lancée par le Figaro Magazine le 24 mars 1984, ont été vraisemblablement orchestrées par des fonctionnaires de l’ambassade à Santiago opposés à l’administration socialiste, renseignés par des agents de la  CNI, la sinistre police politique de Pinochet.

Relayée ensuite par d’autres titres et par la droite française, la campagne de presse a provoqué des virulentes critiques à l’égard du gouvernement de François Mitterrand, ciblant M. Claude Cheysson, ministre des relations extérieures et la politique des socialistes vis à vis de la dictature chilienne.

Nommée en juin 1984 en Espagne, Mme Yvonne Le Grand a été ensuite Consul au Guatemala, puis en Bolivie, et elle a été partout la grande combattante pour les droits de l’homme qu’elle a été au Chili lors de la longue nuit de la dictature.

Les funérailles de Mme Le Grand ont eu lieu le 10 juillet dernier à Cesson Sévigné, sa dernière demeure en Bretagne. Nous saluons ici son courage inouï et exemplaire dans des temps durs et dangereux, son engagement sans faille contre les tyrans. Sa mémoire restera pour toujours parmi nous.

mercredi 10 juillet 2013

IL FAUT UN PINOCHET EN EGYPTE SELON LE WALL STREET JOURNAL

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LE JOURNALISTE MARTIN PENGELLY

Le journaliste Martin Pengelly s'indigne dans le Guardian:

« Vraisemblablement, le Wall Street Journal pense que les Egyptiens ont maintenant 17 années pendant lesquelles ils peuvent s'estimer chanceux si les dissidents sont torturés avec de l'électricité, violés, jetés dans des avions ou –si ils sont vraiment chanceux– simplement abattus. C'est ce qu'il s'est passé au Chili après 1973, entraînant la mort de 1.000 à 3.000 personnes. Environ 30.000 ont été torturées. »

Les recommandations du Wall Street Journal sont en effet pour le moins surprenantes. Depuis quand un média reconnu internationalement conseille-t-il ouvertement la mise en place d'une dictature sur le simple motif que cela pourrait être bon pour l'économie? Pengelly ajoute:

« Vraisemblablement l'équipe éditoriale du Wall Street Journal croit que, puisque Pinochet a "engagé des réformateurs libéraux", il devrait être excusé pour les excès que représentent quelques brigades criminelles. C'est pour cela, vraisemblablement, qu'ils pensent qu'un tueur de sang froid pro-business dans la trempe de Pinochet est ce dont les Egyptiens ont besoin pour réussir leur "transition vers la démocratie". »
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LE PRÉSIDENT SALVADOR ALLENDE, À DROITE, NOMME PINOCHET COMMANDANT EN CHEF DE L'ARMÉE CHILIENNE LORS D'UNE CÉRÉMONIE EN AOÛT 1973. MOINS DE TROIS SEMAINES PLUS TARD, LES FORCES ARMÉES ONT RENVERSÉ LE GOUVERNEMENT. PHOTO ENRIQUE ARACENA

Ce n'est pas la première fois que des médias américains considérés comme libéraux félicitent l'oeuvre de Pinochet. En 2006, à la mort du général, Forbes s'insurgeait contre la nécrologie du New York Times jugée trop sévère:

« Dans le papier du New York Times il faut vraiment chercher pour trouver un mot sur le fait que Pinochet a sauvé le Chili du chaos économique infligé par son prédécesseur socialiste, Salvador Allende. »

Avant de continuer sur le ton de l'ironie:

« Bien sûr les socialistes n'ont jamais voulu infliger ce chaos. Les événements ont dépassé les pauvres petits cons, vous voyez. »

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LE GÉNÉRAL PINOCHET, ASSIS, AVEC D'AUTRES OFFICIERS DE L'ARMÉE À SANTIAGO, QUELQUES JOURS APRÈS QU'IL A MENÉ LE COUP D'ÉTAT QUI A RENVERSÉ LE PRÉSIDENT ÉLU DU CHILI. PHOTO CHAS GERRETSEN

L'éditorial du New York Times était pourtant lui-même assez mesuré à l'égard du dictateur défunt:

« Le général Pinochet a pris le pouvoir le 11 septembre 1973 lors d'un coup d'Etat sanglant qui a renversé le gouvernement marxiste du président Salvador Allende. Il a ensuite mené le pays dans une ère de croissance économique. Mais sous sa présidence plus de 32.000 personnes ont été exécutés ou ont disparu et des milliers d'autres ont été détenues, torturées ou exilées. »

Notons que la croissance économique vient avant les tortures et les exécutions. Une vision de l'héritage du dictateur assez différente de celle que l'on a en France en somme. 

C. S-G

lundi 8 juillet 2013

L’ENFER, DE LUZ ARCE

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COUVERTURE  DE « L’ENFER », TERREUR ET SURVIE SOUS PINOCHET DE LUZ ARCE. PRÉFACE DE BERNARDO TORO, LES PETITS MATINS, ISBN 978-2-36383-097-5. PARIS, AOÛT 2013 576 P, 20 EUROS

PRÉFACE DE BERNARDO TORO

Chacun a entendu parler des « disparus », ces opposants que la dictature chilienne n’aurait jamais arrêtés, ni torturés, ni tués. Ils ont été la clef d’un dispositif fondé sur l’effacement des traces, une forme moderne de crime d’Etat pratiquée par l’Allemagne nazie et « perfectionnée » par le Chili de Pinochet. Si le criminel ordinaire tente d’effacer ses propres traces, ce qu’on cherche à faire disparaître ici ce sont les traces de la victime. En occultant les cadavres, les militaires chiliens ont supprimé non seulement la vie des disparus, mais aussi leur mort. La disparition étant une mise à mort de la mort.

Dans ces limbes dépourvus de réalité qu’étaient les centres de détention, la répression militaire a pris la forme d’un huis clos à trois personnages dont rien, en principe, ne devait filtrer. D’un côté, il y avait les disparus dont les corps ont été escamotés afin qu’ils ne puissent pas témoigner de leur propre mort, de l’autre les agents de la police politique qui n’ont rien vu et rien fait. Quant aux seuls qui pourraient témoigner, les survivants, ils avaient la plupart du temps les yeux bandés et un accès très restreint au sort des autres détenus. Ceux qui voudraient parler ne le peuvent pas, ceux qui le peuvent se taisent. C’est l’équation qui garantit la pérennité du silence. Quarante ans plus tard, aucune repentance ni règlement de compte tardif n’est venu déjouer ce dispositif. Il a fallu l’étrange et insolite conjonction en une seule personne de la soif de réparation de la victime et du besoin de contrition du bourreau pour briser le silence de la dictature. Le livre que vous avez entre les mains constitue le seul témoignage que l’on possède (et l’on possédera sans doute jamais) sur les arcanes de la répression politique au Chili. 

Militante socialiste et membre de la garde rapprochée d’Allende, Luz Arce, rejoint la résistance après le coup d’Etat de Pinochet. En 1974, elle est arrêtée par la police politique, violée, pendue, blessée par balle et sauvagement torturée pendant plusieurs mois. Brisée moralement, la jeune femme livre à la police quelques-uns de ses camarades qui sont à leur tour arrêtés ─ et dont certains ont disparu. Attrapée dans la spirale de la collaboration et menacée de mort par ses anciens camarades, Luz Arce devient pendant quelques années fonctionnaire des services d’intelligence militaire, la tristement célèbre DINA. Lors du retour à la démocratie, ses nombreuses dépositions auprès des tribunaux ─ près de trois cent cinquante ─ joueront un rôle déterminant dans l’inculpation de certains haut responsables de la Dina.

Si ce témoignage est une tentative de réparation, il constitue aussi une deuxième trahison, puisque en l’écrivant son auteur a trahi une deuxième fois la confiance des siens ─ les agents de la Dina en l’occurrence. Le témoignage le mieux informé sur la répression militaire est donc l’œuvre d’une traîtresse, c’est-à-dire de quelqu’un dont la parole a perdu sa légitimité, son crédit, sa valeur. Luz Arce n’a pourtant pas menti, sa trahison a plutôt consisté à révéler un secret qu’elle était tenue de garder. Ce n’est donc pas la vérité qu’elle a trahi, mais le groupe, le pacte de silence qui garantissait sa survie et scellait sa cohésion. 




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MILITANTE SOCIALISTE ET MEMBRE DE LA GARDE RAPPROCHÉE D’ALLENDE, LUZ ARCE, REJOINT LA RÉSISTANCE APRÈS LE COUP D’ETAT DE PINOCHET. EN 1974, ELLE EST ARRÊTÉE PAR LA POLICE POLITIQUE, VIOLÉE, PENDUE, BLESSÉE PAR BALLE ET SAUVAGEMENT TORTURÉE PENDANT PLUSIEURS MOIS. BRISÉE MORALEMENT, LA JEUNE FEMME LIVRE À LA POLICE QUELQUES-UNS DE SES CAMARADES QUI SONT À LEUR TOUR ARRÊTÉS ─ ET DONT CERTAINS ONT DISPARU. ATTRAPÉE DANS LA SPIRALE DE LA COLLABORATION ET MENACÉE DE MORT PAR SES ANCIENS CAMARADES, LUZ ARCE DEVIENT PENDANT QUELQUES ANNÉES FONCTIONNAIRE DES SERVICES D’INTELLIGENCE MILITAIRE, LA TRISTEMENT CÉLÈBRE DINA. PHOTO QUÉ PASA


CONFESSION ET PARDON

Honnie de tous et menacée de mort par les deux camps, Luz Arce s’est retrouvée au ban de la société, dans une situation de solitude extrême qui l’a conduite aux portes de la folie. Ce n’est pas seulement l’honneur que Luz Arce avait perdu, mais aussi sa parole et jusqu’à son nom. Aucune oreille humaine ne pouvait accueillir son témoignage sans lui opposer aussitôt un refus définitif, si bien qu’au fil du temps elle s’est enfoncée dans un processus de mutisme et de dépersonnalisation que les changements de nom successifs n’ont fait qu’aggraver. 

C’est dans l’horizon du pardon chrétien qu’elle a retrouvé, par-delà la condamnation des hommes, une promesse d’absolution. Les premiers chapitres de ce qui allait devenir son Enfer ont été écrits et mis sous enveloppe à destination d’un prêtre dominicain. Nous sommes donc dans le cadre habituel d’une confession privée qui resterait vaine sans le concours de la foi. La difficulté d’une telle confession ne réside pas dans le pardon, la miséricorde divine nous l’accorde d’avance, mais dans la foi. Il faut bien croire en Dieu pour que son pardon ait un sens. « Affligée et malade, j’ai commencé à chercher Dieu, mais j’avais du mal à croire qu’il existait vraiment. Je me suis procuré un exemplaire du Nouveau testament et j’ai commencé à le lire. (…) Je voulais croire en l’existence de Dieu, mais c’était impossible. »

La conversion de Luz Arce tient du pari de Pascal. En pariant sur l’existence de Dieu, elle mise sur sa propre rédemption. Si l’on peut estimer qu’il s’agit d’une conversion intéressée, il n’en reste pas moins que nous retrouvons ici l’essence même du message évangélique qui fait du péché le plus court chemin vers la grâce. Comme le rappelle le prêtre dominicain auquel Luz Arce adresse son témoignage, c’est avant tout pour les pécheurs que le Christ est venu sur la terre. « Le père essayait de me faire comprendre que le Seigneur était venu pour moi aussi, commente Luz Arce, surtout pour moi, surtout pour ceux qui ont péché. »

Si la foi constitue la condition du pardon, l’aveu en est l’épreuve. Pour accéder au pardon, il faut passer par l’aveu, reconnaître ses fautes, avouer ses péchés, surtout les plus impardonnables. Le rapport au vrai est dès lors subverti, la vérité ne relève plus de la probité morale mais d’une transaction en vue de l’obtention du pardon que le mensonge risquerait d’entraver. Seules les fautes que l’on avoue peuvent nous être pardonnées, celles que l’on cache ou que l’on déguise restent un poids pour la conscience. Sans aveu sincère, pas de soulagement pour notre conscience. « Jamais je ne m’étais confrontée à moi-même dans une telle nudité, écrit Luz Arce. Je devais plonger dans mon cœur et accepter le regard du Seigneur (…) Plus que jamais, j’ai eu l’impression d’être une ordure. »

Si le soulagement peut-être considérable, l’épreuve s’avère insoutenable. Par le souvenir, les tourments du passé s’abattent sur le présent. L’oubli, on le sait, est la seule issue des rescapés. Le souvenir ne soulage que ceux qui ont souffert de ce trop long silence, c’est-à-dire les enfants des rescapés, voire leurs petits-enfants. Après avoir écrit les cent premières pages de son Enfer, Luz Arce s’empresse de les réduire en cendres. En attisant le feu des fautes commises, l’écriture a ravivé la douleur des anciennes brûlures. 

Peu de victimes ont eu, comme Luz Arce, le courage de raconter dans le menu détail les atrocités endurées, la plupart s’en est tenue à un récit allusif et sommaire. La force qui pousse Luz Arce à replonger dans l’enfer est, en partie, sa culpabilité, car les épreuves subies expliquent et justifient de manière implicite ses trahisons. En retour, la conscience aiguë de sa faute lui fournit une raison de vivre. A quoi bon continuer à vivre ? se demande souvent la victime en proie au découragement. A la fonctionnaire de la Dina de répondre : Pour faire la lumière sur les gens qui sont morts par ma faute. S’il a fallu que des camarades meurent pour qu’elle puisse rester en vie, en cédant au désespoir, elle rendrait leur mort encore plus absurde. S’ils sont morts pour elle, il faut bien qu’elle vive pour eux. Luz Arce a une dette à leur égard, pour la solder il lui faut continuer à vivre. 

Le passage de la confession privée à la confession publique lors de son témoignage devant la commission « Vérité et réconciliation » détache la scène du repentir de la sphère religieuse. L’esprit de réconciliation qui préside à cette commission suppose l’anonymat et la confidentialité, c’est-à-dire un nouveau pacte de silence. Luz Arce le brise à nouveau en publiant sa déclaration dans les journaux chiliens. C’est une nouvelle trahison que ce livre amplifie et prolonge.

« Je ne parle pas de justice ou d’injustice, pas même de pardon, signale Luz Arce en ouverture de sa déclaration. J’ai dit que je demandais pardon, mais je n’attends pas qu’on me l’accorde. » Le seul pardon qu’elle croit pouvoir recevoir, celui de Dieu, lui a déjà été accordé, c’est même grâce à lui qu’elle a trouvé la force de régler cette dette, car c’est en termes laïques de dette (envers les hommes) et non de pardon (face à Dieu) que la question se pose désormais. « Je déclare devant cette Commission par un devoir de conscience et parce que je crois que j’ai une dette à régler et il me semble nécessaire de la solder. J’espère que cela contribuera d’une manière ou d’une autre à réparer le mal que mes actions dérivées de ma collaboration avec la Dina a causé. » 

Luz Arce a une dette à régler envers « ses victimes », mais aussi envers les autres, envers toutes les victimes, au rang desquelles elle se trouve. Personne ne songerait, en effet, à lui contester ce statut, elle reçoit même à ce titre une indemnisation de la part de l’Etat chilien. En s’acquittant de cette dette par le truchement de son livre, Luz, la traîtresse, s’adresse à Luz, la victime, et lui redonne la parole. Cette réparation ne passe plus par le jugement des autres, l’écriture est à la fois le lieu souverain où elle donne et reçoit la réparation, une manière de régler sa dette et de retrouver sa parole d’un même mouvement.


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LUZ ARCE SANDOVAL, A POURSUIVI SA COLLABORATION AVEC LA CNI ET EN 1990 ELLE S'EST MISE À LA DISPOSITION DES TRIBUNAUX POUR DÉCLARER DANS DES CAS DE DISPARUS. ON LUI DOIT UN DES PREMIERS AVEUX FAITS PAR DES AGENTS AYANT CONNU LA DINA —L’APPAREIL DE TERREUR DE LA DICTATURE—, DE L'INTÉRIEUR. ELLE DÉMÉNAGE AVEC SA FAMILLE AU MEXIQUE, PUIS ELLE RENTRE AU CHILI  OÙ ELLE VIT ACTUELLEMENT.  PHOTO MEMORIA VIVA 

J’AI VU L’ENFER DES HOMMES LÀ-BAS. 

Luz Arce ne s’en tient pas aux faits liés à la répression, son livre est une tentative de compréhension globale de sa personne et à ce titre se rapproche davantage de l’autobiographie que de la confession. En essayant de comprendre les mécanismes qui l’ont poussée à l’engagement politique, puis à la résistance contre Pinochet et enfin à la collaboration systématique, Luz Arce retrace l’ensemble de son parcours, depuis son enfance jusqu’au moment où elle se met à écrire son livre. Aucun des aspects de sa vie n’est négligé : famille, formation politique, rapports affectifs, contexte historique. Elle traque sa vérité personnelle dans les moindres recoins de sa biographie en suivant deux fils directeurs: son rapport au groupe (famille, parti, Dina, église) et au masculin. Ce dernier aspect prendra d’ailleurs de plus en plus de l’importance jusqu’à devenir la question centrale du livre : comment survivre en tant que femme dans un univers totalement soumis au pouvoir masculin ? La question du mal, telle que Luz Arce la rencontre dans les centres de détention de la Dina, est aussi la question du mâle, depuis ses formes les plus abjectes jusqu’aux plus paternalistes. C’est d’ailleurs grâce à la connaissance qu’elle acquiert du comportement mâle et à sa capacité d’en jouer que Luz Arce doit sa survie. La question politique se double ainsi d’une dimension sexuelle. 

S’ils s’opposent sur le plan idéologique, les deux milieux dans lesquels Luz évolue se rapprochent sur le plan sexuel. Le même refoulement du féminin semble, en effet, à l’œuvre chez les opposants au régime et chez ses défenseurs, si bien qu’en dernier ressort, la conscience la plus aiguë de son individualité, sa fibre de résistante, Luz Arce la tient davantage de sa condition de femme que de celle de militante. J’ai vu l’enfer des hommes là-bas, pourrait être la conclusion de cette saison en enfer chilienne. L’enfer du machisme, l’enfer du patriotisme, l’enfer du paternalisme, « un concert d’enfers ».

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QUATRIÈME DE COUVERTURE  DE « L’ENFER », TERREUR ET SURVIE SOUS PINOCHET DE LUZ ARCE. PRÉFACE DE BERNARDO TORO, LES PETITS MATINS, ISBN 978-2-36383-097-5. PARIS, AOÛT 2013, 576 P., 20 EUROS

LA QUESTION DU TÉMOIGNAGE

En 1993, au moment où L’enfer a été publié, un nombre considérable de procès sur la disparition des victimes de la dictature voyaient le jour. Au lieu de satisfaire cette demande de justice, ce livre a été accueilli avec un grand embarras. En brouillant les frontières entre les victimes et les coupables, le témoignage de Luz Arce ne correspondait pas à l’indispensable délimitation des responsabilités voulue par la justice, délimitation d’autant plus nécessaire que la loi d’amnistie et l’impératif de réconciliation nationale préconisaient plutôt un repentir collectif, un pardon anonyme. 

D’autre part, le récit de Luz Arce ne correspondait pas (et ne correspondra jamais) à l’image que la société chilienne veut se donner d’elle-même. Seule l’occultation d’une telle expérience et de ce qu’elle vient nous rappeler, à savoir que beaucoup d’opposants au régime ont parlé sous la torture et collaboré avec les militaires, devait permettre au mythe de la résistance de se constituer et, comme il est arrivé dans la France occupée, de sauver l’honneur des Chiliens ¾ complices passifs de la dictature pour la plupart. 

L’hybridation du coupable et de la victime constitue au Chili un véritable refoulé historique, dans la mesure où le peuple chilien est issu, non comme le veut la légende des nobles Araucans qui ont résisté vaillamment aux conquérants espagnols, mais du métissage des deux. Le peuple chilien est, de par son origine, une sorte de monstre issu de l’accouplement criminel du bourreau et de la victime, viol ou connivence avec l’ennemi  que l’histoire s’est chargée de gommer à coup de légendes patriotiques. 

Au Chili, la disparition n’a pas seulement affecté les corps. Le trouble provoqué par L’Enfer a entraîné la disparition pure et simple de l’ouvrage peu après sa publication. Effacement de traces quasi parfait qui a obligé ses traducteurs successifs à travailler à partir de photocopies. Tout porte à croire que cette épuration n’a pas été l’œuvre des seuls militaires, pour des raisons aussi diverses que compréhensibles ce livre mettait dans l’embarras l’ensemble de la société chilienne.

Pour savoir que penser du livre de Luz Arce, on attendait que la justice ait fait son travail, que d’autres témoignages confirment ou infirment ses déclarations. Le lecteur ne voulait pas se substituer au juge, trop de pièces manquaient au dossier pour asseoir un jugement. On imaginait qu’un jour la vérité historique serait établie et qu’elle reposerait sur des preuves concrètes et non sur des paroles invérifiables. Mais le temps a passé et nous savons aujourd’hui que les vides qui entourent l’histoire de Luz Arce ne seront jamais comblés. 

Si bien que la question reste entière : devons-nous apporter foi au témoignage de Luz Arce ? Devons-nous la suivre sur tous les points ou seulement sur certains ? Et dans ce cas lesquels ? Dit-elle la vérité quand elle accable les tortionnaires ? Ment-elle dès qu’elle se pose en victime ? Essaie-t-elle de nous apitoyer pour mieux nous faire accepter sa trahison ? Nous ne pouvons plus attendre, comme il y a vingt ans, la médiation du juge ou celle de l’historien. C’est à nous de trancher. Entre nous et ce livre il ne reste plus aucun tiers. 

Le scepticisme n’est ici d’aucun secours. Si nous avons besoin de preuves pour attester un témoignage, pour le contester il en va de même. Mais les preuves nous manquent dans les deux cas et quelque chose de nous-mêmes, de notre propre engagement subjectif est mis à contribution. Ce livre, plus que tout autre témoignage nous implique subjectivement. En nous accordant l’immense pouvoir de la juger, Luz Arce nous tend un miroir afin que nous nous regardions. Et que voyons-nous ? Pas grand-chose si ce n’est l’extraordinaire disproportion entre notre expérience personnelle et la sienne. N’ayant été ni enfermés, ni torturés, ni violés à répétition, notre jugement sans preuves ne peut pas non plus se soutenir de notre propre expérience. En rigueur, la possibilité qui nous est offerte de juger Luz Arce nous devrions la décliner. Mais il faut croire que notre nature humaine a du mal à renoncer à ce pouvoir qui nous confère par ricochet une supériorité morale. Plus une expérience est en excès par rapport à notre propre vie, plus sévèrement nous la jugeons. Les premiers à pardonner Luz Arce ont été les rescapés de l’enfer de la junte, ses pourfendeurs les plus farouches se trouvant parmi ceux qui se sont soumis passivement aux diktats de Pinochet, comme s’il s’agissait de compenser par la rigueur du jugement la passivité des actes.

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LUZ ARCE SANDOVAL, ANCIENNE MILITANTE SOCIALISTE, RETOURNÉE SOUS LA TORTURE ET DEVENUE APRÈS AGENT DE LA DINA. ELLE AVAIT ÉTÉ RECONNUE PAR DES SURVIVANTS DE PLUSIEURS CENTRES DE DÉTENTION, QUI L’AVAIENT SIGNALÉE COMME PARTICIPANTE AUX SÉANCES DE TORTURE À VILLA GRIMALDI, À LONDRES 38 ET CUATRO ALAMOSPHOTO MEMORIA VIVA 


LA LOGIQUE DE LA FICTION

Vingt ans après sa publication, la question serait donc de savoir si désormais nous pouvons lire L’Enfer de Luz Arce comme de toutes manières les générations futures le liront, ou bien si, obsédés par le jugement moral et la véracité historique, nous manquerons à nouveau l’essentiel, à savoir que l’importance de ce livre ne repose ni sur l’honnêteté de l’auteur ni sur le jugement moral du lecteur. En un mot, il s’agirait de savoir si quarante ans après le coup d’Etat, nous sommes devenus capables d’accorder à L’Enfer la force éclairante d’une œuvre de fiction ? Bien entendu, nous ne tenons pas L’Enfer pour un ouvrage issu de l’imagination de l’auteur, une telle méprise paraît même choquante.  Par « fiction » nous entendons un pacte de lecture fondé sur un rapport à la vérité qui se passe de preuves, qui contient en lui-même sa propre légitimité, un rapport au réel où le fait de savoir si tel événement s’est réellement produit, si tel personnage a réellement existé, devient secondaire. Savoir que cela est possible nous suffit. Or L’Enfer est possible, plus que possible, il est la possibilité même. 

La distance qui sépare fiction et réalité, mémoire et imagination (que nous tenons pour constitutive de notre rapport au réel) le temps se charge de l’estomper pour nous faire accéder à un nouveau régime de la vérité, où la fiction ne s’oppose pas à la réalité mais au contraire la complète en développant les possibilités non réalisées de l’histoire. 

Il est à parier que pour les générations futures la question de savoir si Luz Arce ment ou pas sur tel détail sera tout à fait secondaire et que même son existence réelle ne sera qu’une espèce d’anecdote, son livre et le personnage que nous voyons se débattre et lutter pour sa survie seront plus réels que son auteur, plus réels que nous-mêmes, ses lecteurs d’aujourd’hui.