jeudi 26 décembre 2013

CHILI : LA DEUXIÈME CHANCE DE MICHELLE BACHELET

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MICHELLE BACHELET À SAINTIAGO DU CHILI, DIMANCHE 15 DÉCEMBRE. PHOTO LUIS HIDALGO 


Au Chili, la réélection à la présidence de la socialiste Michelle Bachelet, avec plus de 62 % des suffrages, au second tour de scrutin, le 15 décembre, marque le retour au pouvoir du centre-gauche, après un simple intermède de droite de quatre ans, depuis le retour de la démocratie en 1990. C’est avant tout une victoire de celle qui avait été la première femme à gouverner un pays d’Amérique du Sud, entre 2006 et 2010, et dont la popularité est restée inaltérée.
Michelle Bachelet, 62 ans, sera investie le 11 mars 2014. Pour son retour au palais présidentiel de La Moneda, l’ancienne présidente bénéficie de l’expérience acquise au cours de son premier mandat. Elle confie avoir tiré les leçons de ses échecs pour faire du Chili « un pays plus juste, plus égalitaire et sans discrimination».

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MICHELLE BACHELET ET SA MÈRE ANGELA JERIA, CÉLÈBRENT LA VICTOIRE.PHOTO THE ASSOCIATED PRESS  

Pourra-t-elle saisir cette deuxième chance ? Médecin de formation, torturée pendant la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990), Mme Bachelet est une femme forte et bien préparée. Elle a été ministre de la santé en 2000, et deux ans plus tard, la première femme ministre de la défense d’Amérique latine. Elle a passé trois ans à New York, à la tête de l’ONU Femmes, une entité des Nations unies chargée de promouvoir l’égalité de genre. Elle dit « avoir beaucoup appris » et être « parfaitement consciente que le Chili a changé. »


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CAMILA VALLEJO, JEUNE LEADER DES SYNDICATS ÉTUDIANTS CHILIENS, DEVENUE UNE ICÔNE MONDIALE DE LA CONTESTATION AU MODÈLE UNIQUE IMPOSÉ PAR LE NÉOLIBÉRALISME.

Les manifestations des lycéens avaient ébranlé son premier gouvernement. Le mécontentement s’est depuis amplifié, avec de nombreux mouvements sociaux. Avec un système économique, donné comme modèle sur le continent et malgré la réduction de la pauvreté, beaucoup de Chiliens dénoncent la persistance de grandes inégalités et réclament leur part du « gâteau. » Le fantôme de Pinochet et la peur qui planaient sur Santiago ont disparu.


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UN PARTISAN DE MICHELLE BACHELET S'ABRITE SOUS UN DRAPEAU COMMUNISTE, LE 12 DÉCEMBRE 2013 À SANTIAGO. PHOTO IVAN ALVARADO 
UN ÉLARGISSEMENT AU PARTI COMMUNISTE

Mme Bachelet a recomposé l’ancienne coalition de centre-gauche qui avait gouverné pendant vingt ans (1990-2010). Elle a pris la tête de la Nouvelle Majorité, qui a remplacé la Concertation démocratique, en s’élargissant au Parti communiste, qui n’a participé à aucun gouvernement depuis la présidence du socialiste Salvador Allende (1970-1973). Le Parti communiste dispose de six députés. Reste à savoir si Mme Bachelet nommera un ministre communiste, au risque de s’attirer les foudres de ses alliés de la conservatrice démocratie chrétienne, qui avait soutenu le coup d’Etat contre Allende, et des hommes d’affaires de droite.

Malgré son écrasante victoire, avec plus de vingt points d’avance sur sa rivale de droite, Evelyn Matthei, elle n’a pas reçu un soutien aussi large qu’espéré. L’abstention a atteint 59 %, un record depuis le retour de la démocratie, signe de la perte de crédibilité des politiques.

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Mme Bachelet devra ouvrir le dialogue avec les électeurs qui ont voté pour ses sept concurrents du premier tour de la présidentielle du 17 novembre, notamment Marco Enriquez-Ominami, le rebelle du Parti socialiste, ancien candidat à la présidence. Egalement avec les anciens dirigeants de la révolte étudiante qui ont été élus députés. Parmi eux, la « pasionaria » Camila Vallejo, Giorgio Jackson et Gabriel Boric ont averti qu’ils « ne donneraient pas un chèque en blanc à Michelle Bachelet et sont prêts à descendre de nouveau dans la rue ». La nouvelle génération, qui n’a pas connu les années de plomb, s’impatiente. Mme Bachelet devra répondre vite aux immenses attentes des Chiliens et éloigner tout risque d’explosion sociale.


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LA MAIN QUI N'ARRIVE PAS AUX URNES. DESSIN  AHUMADA DANS LA JORNADA
Un de ses atouts est que l’opposition de droite est démantelée, avec la disparition de la scène parlementaire des plus emblématiques barons de la droite dure. Mais une nouvelle droite, plus au centre et plus libérale, est apparue, conduite par le président sortant Sebastian Piñera, qui ne cache pas ses ambitions de briguer de nouveau le pouvoir en 2017.
« Il est temps de mener des transformations de fond», a déclaré la présidente élue. Mme Bachelet a fait beaucoup de promesses pendant sa campagne. Son ambition est d’en finir, une fois pour toutes, avec l’héritage Pinochet. Le pilier du changement est l’adoption d’une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1980, imposée par le régime militaire et toujours en vigueur. Seule la destruction de ce carcan, qui empêche notamment une représentation des minorités, permettra d’avancer vers une réforme fiscale, qui, à son tour, permettrait d’instaurer une éducation publique gratuite et de qualité et d’améliorer le système de retraite, la santé et les services publics.

Sur le plan régional, le prochain gouvernement devra affronter une résurgence des disputes frontalières. Le 27 janvier, la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) rendra son verdict sur la demande maritime du Pérou du président Ollanta Humala qui concerne près de 38 000 km2 dans l’océan Pacifique. Simultanément, le président bolivien, Evo Morales, insiste pour récupérer une sortie à la mer. Le vice-président bolivien, Alvaro Garcia Linera, a déjà demandé « un changement de mentalité » à la nouvelle présidente élue du Chili. Les cent premiers jours du nouveau gouvernement seront décisifs. Si elle échoue, Mme Bachelet a déjà prévenu que « ce ne sera pas une responsabilité d’une présidente mais d’un système politique incapable de répondre aux défis du Chili ».

jeudi 19 décembre 2013

AMERICA LATINA 1960-2013




Du 19 novembre 2013 au 6 avril 2014, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente América Latina 1960-2013, en coproduction avec le Museo Amparo de Puebla (Mexique). L’exposition offre une perspective nouvelle sur la photographie latino-américaine de 1960 à nos jours, à travers le prisme de la relation entre texte et image photographique. 

Rassemblant plus de soixante-dix artistes de onze pays différents, elle révèle la grande diversité des pratiques photographiques en présentant aussi bien le travail de photographes que des œuvres d’artistes contemporains. 

Cette exposition, véritable plongée dans l’histoire du sous-continent latino-américain, nous invite à (re-) découvrir des artistes majeurs rarement présentés en Europe.


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GUILLERMO DEISLER.

Amérique latine : un territoire fascinant

Ancien « Nouveau Monde » associé à un certain exotisme, l’Amérique latine a toujours fasciné les observateurs autant qu’elle les a mystifiés. Aujourd’hui encore, la culture latino-américaine contemporaine suscite un intérêt grandissant, alors même que le contexte historique de sa production demeure souvent méconnu. 

 MARCOS LÓPEZ 

La période allant de 1960 – au lendemain de la révolution cubaine – à nos jours, marquée par l’instabilité politique et économique, a vu se succéder les mouvements révolutionnaires et les régimes militaires répressifs, l’émergence des guérillas et les transitions démocratiques. 

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En explorant l’interaction entre texte et photographies dans l’art latino-américain au cours des cinquante dernières années, l’exposition América Latina choisit de mettre en perspective cette époque tumultueuse de l’histoire à travers le regard des artistes.


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Artistes de l'exposition

Elías ADASME (Chili), Carlos ALTAMIRANO (Chili), Francis ALŸS (Mexique), Claudia ANDUJAR (Brésil), Antonio Manuel (Brésil), Ever ASTUDILLO (Colombie), Artur BARRIO (Brésil), Luz María BEDOYA (Pérou), Iñaki BONILLAS (Mexique), Oscar BONY (Argentine), Barbara BRÄNDLI (Venezuela), Marcelo BRODSKY (Argentine), Miguel CALDERÓN (Mexique), Johanna CALLE (Colombie), Luis CAMNITZER (Uruguay), Bill CARO (Pérou), Graciela CARNEVALE et le Grupo de Artistas de Vanguardia (Argentine), Fredi CASCO (Paraguay), Guillermo DEISLER (Chili), Eugenio DITTBORN (Chili), Juan Manuel ECHAVARRÍA (Colombie), Eduardo Rubén (Cuba), Felipe EHRENBERG (Mexique), Roberto FANTOZZI (Pérou), León FERRARI (Argentine), José A. FIGUEROA (Cuba), Flavia GANDOLFO (Pérou), Carlos GARAICOA (Cuba), Paolo GASPARINI (Venezuela), Anna Bella GEIGER (Brésil), Carlos GINZBURG (Argentine), Daniel GONZÁLEZ (Venezuela), Jonathan HERNÁNDEZ (Mexique), Graciela ITURBIDE (Mexique), Guillermo IUSO (Argentine), Alejandro JODOROWSKY (Chili), Claudia JOSKOWICZ (Bolivie), Marcos KURTYCZ (Mexique), Suwon LEE (Venezuela), Adriana LESTIDO (Argentine), Marcos LÓPEZ (Argentine), Pablo LÓPEZ LUZ (Mexique), Rosario LÓPEZ PARRA (Colombie), LOST ART (Brésil), Jorge MACCHI (Argentine), Teresa MARGOLLES (Mexique), Agustín MARTÍNEZ CASTRO (Mexique), Marcelo MONTECINO (Chili), Oscar MUÑOZ (Colombie), Hélio OITICICA (Brésil), Damián ORTEGA (Mexique), Pablo ORTIZ MONASTERIO (Mexique), Leticia PARENTE (Brésil), Luis PAZOS (Argentine), Claudio PERNA (Venezuela), Rosângela RENNÓ (Brésil), Miguel RIO BRANCO (Brésil), Herbert RODRÍGUEZ (Pérou), Juan Carlos ROMERO (Argentine), Lotty ROSENFELD (Chili), Graciela SACCO (Argentine), Maruch SÁNTIZ GÓMEZ (Mexique), Vladimir SERSA (Venezuela), Regina SILVEIRA (Brésil), Milagros DE LA TORRE (Pérou), Susana TORRES (Pérou), Sergio TRUJILLO DÁVILA (Colombie), Jorge VALL (Venezuela), Leonora VICUÑA (Chili), Eduardo VILLANES (Pérou), Luiz ZERBINI (Brésil), Facundo DE ZUIVIRÍA (Argentine).


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MARCELO MONTECINO 
Commissariat de l'exposition
Ángeles Alonso Espinosa, Hervé Chandès, Alexis Fabry, Isabelle Gaudefroy, Leanne Sacramone et Ilana Shamoon


mercredi 18 décembre 2013

AU CHILI, BACHELET FAIT DE LA SANTÉ UNE PRIORITÉ

Son programme est notamment fondé sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l’impôt des sociétés de l’ordre de huit milliards de dollars destinée notamment à une refondation du système éducatif pour instaurer une éducation publique de qualité, l’amélioration du système de santé et des services publics.

mardi 17 décembre 2013

CHILI: LES RÉFORMES DE L’ÉDUCATION PROMISES PAR MICHELLE BACHELET LAISSENT SCEPTIQUES LES ÉTUDIANTS

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NASCHLA ABURMAN EST LA PRÉSIDENTE DE LA FÉDÉRATION DES ÉTUDIANTS DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE ( FEUC). PHOTO LA TERCERA

« Nous nous rendons compte évidemment que certaines propositions correspondent à nos demandes mais aussi que ces propositions sont très superficielles, explique Naschla Aburman est la présidente d’une de principales fédérations du mouvement, la Feuc, Fédération des étudiants de l'université catholique. On ne sait ni comment elles vont être réalisées ni par qui. Nous avons déjà fait l’expérience de ces commissions d’experts censées résoudre les problèmes de la société et qui n’ont d’expert que le titre. Nous pensons qu’il est indispensable que les citoyens participent à la construction de la réforme de l’éducation. Nous voulons que ce soit une réforme qui nous correspondent et non qui nous soit imposée. »

Lors de son premier mandat, Michelle Bachelet n’a rien fait pour améliorer l’éducation. Elle a réprimé le premier mouvement de contestation en 2006 des élèves du secondaire dite « révolution des pingouins». Les étudiants ne se contenteront donc pas de promesses, ils attendront de voir les actions entreprises.

LE CHILI A-T-IL TOURNÉ LA PAGE DE LA DICTATURE ?

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RFI, «LE CHILI A-T-IL TOURNÉ LA PAGE DE LA DICTATURE ?»  « DÉBAT DU JOUR» LE VENDREDI 13 DÉCEMBRE 2013
DURÉE : 00:19:31

Par Anne Soetemondt
Dimanche au Chli, deux femmes s'affrontent pour la présidentielle : Michelle Bachelet, fille d'un partisans de Salvador Allende mort dans les geôles de Pinochet, et Evelyn Matthieu, dont le père était membre de la junte militaire. 
Quarante ans après, toujours le même clivage. Le Chili a-t-il tourné la page de la dictature ?
Pour en parler, deux invités :
  • Pierre Kalfon, ancien correspondant du Monde au Chili et diplomate, écrivain et auteur du livre Chroniques Chiliennes, éditions Demopolis
  • Renée Fregosi, directrice de recherche en Science politique à l'Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine (IHEAL), et auteur du livre Parcours transnationaux de la démocratie : transition, consolidation, déstabilisation, éditions Peter Lang.

AMÉRIQUE DU SUD: TROIS PRÉSIDENTES AMIES

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DILMA ROUSSEFF, CRISTINA KIRCHNER, MICHELLE BACHELET

Élue à la présidence du Chili le 15 décembre 2013, Michelle Bachelet rejoint le club des femmes au pouvoir dans la région, formé jusqu’ici par l’Argentine Cristina Fernandez de Kirchner et la Brésilienne Dilma Roussef. Trois femmes qui se connaissent, et qui savent dépasser leurs différences.


Avec l’élection à la présidence du Chili de la socialiste Michelle Bachelet ce dimanche 15 décembre, la gauche, déjà majoritaire en Amérique du Sud, se renforce encore. De fait, si l’on exclut Guyana et le Surinam, qui ne font pas partie historiquement de cette région dominée par l’héritage ibérique, seuls deux gouvernements sud-américains sur neuf, ceux de la Colombie, avec Juan Manuel Santos, et du Paraguay, avec Horacio Cartes, peuvent être classés à droite.
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 MICHELLE BACHELET , CRISTINA KIRCHNER, DILMA ROUSSEFF. PHOTO EFE

Un poids économique déterminant

Mais le retour aux affaires de Bachelet, qui a occupé la présidence de son pays entre 2006 y 2010, vient aussi renforcer le club des femmes au pouvoir en Amérique du Sud, formé jusqu’ici par l’Argentine Cristina Fernández de Kirchner et la Brésilienne Dilma Rousseff.


Au moins jusqu’au 1er janvier 2015, date à laquelle Rousseff terminera son mandat, trois des principales économies de la région seront dirigées par des femmes : le Brésil, première puissance sud-américaine et sixième mondiale, l’Argentine, deuxième, et le Chili, qui occupe la cinquième place, mais est considérée la plus dynamique. Le poids de leurs pays donnera à ces trois présidentes un rôle déterminant dans les prochains sommets du Mercosur : face à quatre hommes (le Vénézuélien Nicolás Maduro, l’Uruguayen José Mujica, le Bolivien Evo Morales et le Paraguayen Horacio Cartes), elles représenteront, ensemble, plus de 80% du PIB des États membres et associés du Marché commun du Sud.

Pour autant, travailleront-elles ensemble, ou au moins dans la même direction ? Évidemment, chacune défendra les intérêts de son pays, ce qui entraînera sans doute des désaccords. Toutefois, ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare, tant d’un point de vue politique que sur le plan personnel. Si elles sont issues de courants idéologiques différents, on remarquera que leurs adversaires recourent souvent aux mêmes termes pour les attaquer.

Ainsi, l’opposition argentine ne cesse de dénoncer le «populisme » de Cristina Kirchner, comme le fait la droite brésilienne pour combattre certaines initiatives de Dilma Roussef et comme l’ont fait aussi les conservateurs chiliens durant la campagne présidentielle pour tenter de disqualifier les promesses électorales de Michelle Bachelet.

De fait, les réformes qu’entend mettre en œuvre Michelle Bachelet, notamment la gratuité de l’éducation, impliquent un changement dans le modèle libéral en vigueur au Chili depuis la dictature d’Augusto Pinochet et un rapprochement avec des systèmes où l’État est plus présent, comme au Brésil et plus encore en Argentine.

Une personnalisation commune du pouvoir 

D’autre part, les trois ont développé un leadership marqué par le « personnalisme ». En Argentine, celui de Cristina Kirchner s’enracine dans la tradition péroniste et l’effondrement des partis politiques suite à la crise de 2001-2002. Au Brésil, le système politique ne s’est pas effondré, mais de longue date les partis y ont peu de poids et c’est ainsi que Dilma Rousseff, dans les pas de Lula Da Silva, a imposé le sien.

Curieusement, en cela aussi le Chili se rapproche aujourd’hui des deux autres pays: le discrédit des coalitions de gauche et de droite au pouvoir au cours des deux dernières décennies y est évident et Michelle Bachelet a plus dû son élection au lien personnel qu’elle a su tisser avec l’opinion qu’aux forces politiques que la soutenaient.

De plus, Kirchner (60 ans), Rousseff (66) et Bachelet (62) font partie d’une même génération dont l’engagement politique a commencé dans les années 70, quand les dictatures militaires dominaient la région et leurs pays. Le père de Michelle Bachelet a été torturé et est mort en prison ; elle-même a été détenue avant de devoir s’exiler.


Dilma Rousseff, alors membre d’un groupe de guérilla d’extrême gauche, a été emprisonnée et torturée. Kirchner n’a pas souffert personnellement de la dictature argentine, mais beaucoup de ses camarades de la gauche péroniste ont été assassinés. Le souvenir de ces années noires qui ont marqué leur vie politique et leur vision du monde les unit peut-être plus que toute autre chose.

Une amicale connivence

Cela explique sans doute que, durant sa première présidence, Michelle Bachelet ait pu trouver des points d’accord avec Cristina Kirchner qui ont permis de résoudre la plupart des conflits bilatéraux. Mieux : qui les a vues, ensemble, dans des sommets et des visites d’État, peut témoigner de l’existence de véritables liens d’amitié entre ces deux femmes.

Il en est de même entre Dilma Rousseff et la présidente argentine : depuis que la première a accédé au pouvoir en janvier 2011, elles ont su lors de chaque rencontre dépasser les désaccords qui surgissaient entre les deux pays. Au nom d’une relation stratégique qui oblige à des concessions de part et d’autre, bien sûr.

Mais aussi grâce à une amicale connivence. Si elles se connaissent déjà, Rousseff et Bachelet n’avaient pas jusqu’ici été en fonction en même temps, et n’ont donc pas eu ce genre de rapports de « présidentes amies ». Ce sera le cas bientôt. On peut penser que le lien de chacune d’elles avec Cristina Kirchner facilitera la relation. Et, surtout, que ces trois femmes feront parler d’elles dans les prochains mois.

lundi 16 décembre 2013

AU CHILI, MICHELLE BACHELET REMPORTE LA PRÉSIDENTIELLE AVEC UNE LARGE MAJORITÉ

UNE SYMPATHISANTE DE BACHELET DURANT LA FERMETURE DE CAMPAGNE. PHOTO TRUEBA  
DE GRANDES RÉFORMES À METTRE EN ŒUVRE

La coalition de centre-gauche, qui avait mené la transition démocratique et gouverné pendant vingt ans (1990-2010), est donc de retour, après une parenthèse de quatre ans de présidence de Sebastian Piñera (centre-droit). Le président sortant n'a pas attendu la fin du décompte des voix pour féliciter la dirigeante socialiste, qui a reçu également la visite de sa rivale, Mme Matthei.

L'ancienne coalition « Concertation démocratique » est devenue la « Nouvelle Majorité », désormais élargie au Parti communiste, qui ne participait à aucun gouvernement depuis plus de quarante ans, depuis la présidence du socialiste Salvador Allende (1970-1973).

Mme Bachelet devra relever le défi de mettre en oeuvre les grandes réformes qu'elle a promises pendant sa campagne. Le pilier de ces changements est l'adoption d'une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1980, imposée par la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

 Elle a également promis une réforme fiscale, prévoyant une augmentation de l'impôt des sociétés de l'ordre de 8 milliards de dollars (5,8 milliards d'euros) – soit 3 % du produit intérieur brut –, destinée notamment à une refonte du système éducatif, en vue d'instaurer une éducation publique gratuite et de qualité, et à l'amélioration du système de santé, des logements et des services publics.

UNE COTE DE POPULARITÉ INTACTE

Après sa première présidence, Michelle Bachelet, médecin de formation, avait passé trois ans à New York, à la tête de l'ONU Femmes. Créée en 2005, cette entité des Nations unies est chargée de promouvoir l'égalité de genre. Sa très forte cote de popularité était restée intacte, alors que son premier mandat avait été ébranlé par des manifestations de mécontentement social, émanant en particulier des lycéens. L'éloignement l'avait aussi mise à l'abri des critiques sur sa politique environnementale et sur la gestion du tsunami du 27 février 2010.

Si le centre-gauche avait fait du Chili un champion de la réduction de la pauvreté, c'est maintenant le dossier beaucoup plus délicat des fortes inégalités qui attend la future coalition gouvernementale.

Outre l'intégration des communistes au gouvernement, Mme Bachelet pourrait remettre dans le jeu les écologistes, les défenseurs de la communauté indigène Mapuche et les socialistes dissidents de Marco Enriquez-Ominami, toutes les nouvelles sensibilités de la société civile qui se sont fait entendre dans les rues et durant la campagne électorale. L'élaboration d'une nouvelle Constitution exigera d'élargir le consensus bien au-delà du centre-gauche.

MICHELLE BACHELET REMPORTE LA PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE

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Au Chili, la socialiste Michelle Bachelet a remporté ce dimanche 15 décembre 2013 l’élection présidentielle face à la conservatrice Evelyn Matthei, au terme d’un vote sans grand suspense. La gagnante doit désormais relever le défi de mettre en place les vastes réformes qu’elle a promises pendant sa campagne.


Après un premier mandat entre 2006 et 2010, la socialiste Michelle Bachelet a été élue ce dimanche présidente du Chili avec 62 % des voix. Une victoire écrasante face à l’ancienne ministre du Travail, Evelyn Matthei, comme l’annonçaient les sondages depuis plusieurs mois. C'est d'ailleurs cette popularité qui l'avait décidée à présenter sa candidature.

Le président de droite, Sebastian Piñera, qui avait ouvertement soutenu Evelyn Matthei, a déjà félicité chaleureusement et personnellement Michelle Bachelet. La perdante a pour sa part reconnu sa défaite, les larmes aux yeux. Une défaite d’autant plus cinglante que la candidate conservatrice a obtenu beaucoup moins de voix que celles remportées par sa coalition lors des élections parlementaires du mois dernier.

Cette victoire de Michelle Bachelet fêtée au champagne dans les rues de Santiago a cependant un goût amer. Car l’abstention a été très importante. Le taux de participation avoisinerait les 40 %, preuve d’un manque d’enthousiasme flagrant pour cette élection et les promesses de changement. Les deux candidates représentaient, il est vrai, les deux blocs qui se partagent le pouvoir depuis 1990 et le retour de la démocratie au Chili. Michelle Bachelet s’est pourtant engagée à une réforme de la Constitution, des impôts et de l’éducation. Mais le programme n’a pas fait mouche auprès de la population qui a préféré se rendre à la plage plutôt qu’aux urnes.

Michelle Bachelet face à ses défis

Cette abstention pourrait coûter une partie de sa légitimité à la nouvelle présidente, qui prendra ses fonctions le 11 mars prochain. L'opposition de droite parle déjà de son manque de représentativité. Cela promet des négociations difficiles lorsqu'il faudra faire passer ces réformes. La coalition de centre-gauche de Michelle Bachelet est majoritaire au Parlement, mais elle est extrêmement diverse. La présidente parviendra-t-elle à la mobiliser à l'heure de voter ? Réussira-t-elle réellement à modifier les choses s'il lui faut constamment faire des compromis ? Rien n'est certain.

Michelle Bachelet fait également face à une population qui n'a plus peur de prendre la rue et d'exiger. Les étudiants, par exemple, mobilisés depuis 2011 pour une éducation publique gratuite de qualité, ont déjà promis de battre le rappel à la rentrée scolaire, en mars. La baisse de régime de l'économie chilienne, étroitement liée à l'économie chinoise, pourrait également poser des problèmes à la chef de l'Etat. Ce mandat de quatre ans s'annonce difficile.

dimanche 15 décembre 2013

CHILI: MICHELLE BACHELET DE NOUVEAU PRÉSIDENTE

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Après un premier mandat en 2006-2010, Michelle Bachelet a été élue avec plus de 60% des voix dimanche, selon les premiers résultats partiels, portant sur 56% des bureaux de vote.

«C’est clair, elle a gagné. Nous la féliciterons. Ensuite, j’irai lui rentre visite personnellement», a déclaré Mme Matthei sitôt rendue publique cette première tendance.
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Grande favorite, Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d’un pays sud-américain en 2006, a confirmé les pronostics qui lui promettaient une victoire très confortable.

Au cours de la campagne, l’ex-présidente a promis de mettre en marche dans les 100 jours après son élection un ambitieux programme de réformes.

Ce programme est notamment fondé sur une révision de la Constitution de 1980 héritée de la dictature, une réforme fiscale envisageant une augmentation de l’impôt des sociétés de l’ordre de huit milliards de dollars (3% du PIB) destinée notamment à une refondation du système éducatif pour instaurer une éducation publique de qualité, l’amélioration du système de santé et des services publics.

A la fermeture dimanche, les bureaux de vote étaient quasiment déserts depuis de longues heures, alors que la température à Santiago a grimpé jusqu’à 32°C et que les achats de Noël battaient leur plein, ont constaté les équipes de l’AFP.

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PHOTO ALEX REYES

Abolition du vote obligatoire

Pour César Gonzalez, président du bureau de vote dans une école du centre de la capitale, «le fait que pour tout le monde l’élection est jouée d’avance peut expliquer le manque d’affluence».

Par contraste, dans le quartier populaire de Meiggs, au coeur de Santiago, c’est la bousculade autour des boutiques à petits prix qui vendent cadeaux et décorations de Noël.

«Aujourd’hui, je n’ai pas voté puisque j’ai déjà voté au premier tour. Pourquoi voter deux fois, si c’est Michelle qui gagne ?», s’interrogeait Gustavo Huerta, 60 ans, les bras chargés de cadeaux.

Plus de 13 millions d’électeurs - sur une population de quelque 16,5 millions d’habitants - ont été appelés aux urnes.

«Pour le Chili, il s’agit de la première élection présidentielle avec le vote volontaire», avait rappelé au cours de la journée Mme Bachelet.

L’abstention a dépassé les 50% au premier tour et pourrait s’accentuer en raison de l’importante avance de Mme Bachelet, de la proximité des fêtes de fin d’année et des grandes vacances scolaires ainsi que de l’absence d’enjeu réel, selon des analystes.

L’abolition du vote obligatoire date de 2011. Aux municipales d’octobre 2012, l’abstention avait atteint 60%.

Evelyn Matthei, 60 ans, ex-ministre du Travail du sortant Sebastian Piñera (centre-droit), investie tardivement après une cascade de retraits de leaders conservateurs, avait reconnu que cette élection était le combat de «David contre Goliath», soulignant qu’une victoire face à la candidate socialiste relèverait du «miracle».

Les deux femmes qui s’affrontaient dans un duel électoral sans précédent en Amérique latine ont la particularité de partager un passé commun.

Filles de généraux de l’Armée de l’air qui étaient des amis proches, elles ont partagé les jeux de l’enfance et l’ambiance familiale d’une base militaire.

Mais le coup d’Etat qui a installé la dictature d’Augusto Pinochet en 1973 changera leur vie à tout jamais. Alberto Bachelet fut torturé à mort pour sa fidélité à l’égard du président déchu Salvador Allende. De son côté, Fernando Matthei a rejoint la junte militaire.

Après un premier mandat (2006-2010) achevé avec une cote de popularité intacte, Mme Bachelet a passé trois ans à la tête de l’ONU-Femmes à New York.

AFP

samedi 14 décembre 2013

EFFACER LES FANTÔMES DE LA DICTATURE, LA RECETTE DU CHILI

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MANIFESTATION ÉTUDIANTE EN NOVEMBRE 2013, À SANTIAGO. PHOTO IVAN ALVARADO
Pinochet a quitté le pouvoir en 1990, mais pour que le pays s'ancre réellement dans la démocratie, il faudra du temps, et peut-être une nouvelle Constitution. L'élection probable de Michelle Bachelet est l'occasion de modifier le système issu du coup d'Etat de 1973.

Sauf gros accident de parcours, Michelle Bachelet va sans doute être réélue à la tête du Chili, dimanche 15 décembre, grâce à un très fort soutien populaire. Si elle s’installe de nouveau au Palais de la Moneda, «Michelle» va devoir se retrousser les manches pour appliquer son vaste programme, basé notamment sur la réduction des inégalités. Mais un des grands défis qui l’attend sera de défaire le pays des fantômes de la dictature, tâche longue et fastidieuse.




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MANIFESTATION ÉTUDIANTE EN NOVEMBRE 2013, À SANTIAGO. PHOTO IVAN ALVARADO

Augusto Pinochet a beau avoir quitté le pouvoir il y a près de 25 ans, en 1990, après 17 années à la tête d’une dictature militaire, ses spectres traversent encore la vie sociale, économique, politique. Pour avancer sereinement, le pays a besoin de prolonger, d’approfondir le processus de mémoire de la dictature. Erika Hennings, présidente de la «Corporación Londres 38», un ancien lieu de torture et de détention de la rue Londres à Santiago, transformé en «espace de mémoire», souligne les avancées réalisées:

«La mémoire est toujours en construction. On vient de commémorer les 40 ans du coup d’Etat. On a observé une ouverture depuis les 30 ans. Parce que le temps a passé, et parce que le pays s’est mobilisé… Les médias en parlent plus qu’avant (de nombreux documentaires inédits sont sortis cette année, comme Imagenes Prohibidas, Les images interdites, gros succès d’audience, ndlr). On a pu rouvrir certains cas emblématiques, les universités ont fait des débats et des forums… En 2003, on parlait à peine de mémoire comme concept».

Lors de son premier mandat, Michelle Bachelet a ouvert un grand Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme. Danny Monsalvez, professeur d’Histoire politique à l’Université de Concepción, souligne que «ce musée est symboliquement important. Il a un caractère pédagogique essentiel. C’est un lieu pour recevoir et compiler les documents historiques venus de tout le pays».

Mais il reste beaucoup de choses à faire dans ce processus qui n’a pas vraiment de fin: «Nous souhaitons une volonté plus claire sur la nécessité de la justice et de la mémoire. Mais aussi un meilleur accès à l’information. Nous travaillons en ce moment pour une ouverture des archives secrètes», explique Erika Hennings, elle-même ancienne détenue. «Le secret est anti-démocratique et porte atteinte au processus de vérité et de justice», dit la campagne.

Au cœur de ce processus mémoriel, la justice a aussi encore du travail. Erika Hennings, souligne qu’il y a «des lentes avancées, des procès s’ouvrent. Mais les peines sont toujours assez ridicules. J’espère qu’il y aura une réelle volonté de la présidente de donner plus de ressources aux juges pour juger dans de bonnes conditions».

Pour beaucoup, l’engagement devra être plus fort que des actes assez symboliques comme le changement de nom de l’Avenue du 11-Septembre (date du coup d’Etat de 1973) ou la fermeture d’une «prison dorée» pour vieux militaires. Un engagement qui irait dans le sens d’une mémoire comme outil pour aujourd’hui, et non pas comme objet à contempler.

Et puis, malgré tout, des groupes soutiennent toujours le dictateur Pinochet (à voir dans le documentaire en espagnol I Love Pinochet). En juin 2012, le Théâtre Caupolicán de Santiago accueillait un rassemblement de plus de 2.000 personnes pour un hommage au dictateur. Sur la liste des invités, des ex-ministres du gouvernement militaire ou le très applaudi Augusto García Pinochet, neveu du général. En outre, une «Fondation Président Pinochet» existe tout à fait ouvertement au Chili.

Fantômes constitutionnels

Ces aficionados vieillissants sous-estiment souvent les plus de 3.000 morts et disparus et 38.000 victimes de tortures, contredisent des faits historiques avérés, notamment par les conclusions du Rapport de la Commission nationale Vérité et Réconciliation, dit «Rapport Rettig», publié en 1991.

Alors comment éloigner le pays de ces discours pro-pinochetistes? Peut-être justement avec le temps. Danny Monsalvez, professeur d’Histoire politique, explique que «ces tendances sont beaucoup plus minoritaires qu’il y a 10 ans. Les années passent et on en sait de plus en plus sur la dictature. Il devient donc plus complexe de défendre un gouvernement qui a tant violé les droits de l’homme…». On en revient donc à la nécessité d’une meilleure information, pour tous.

Dans la vie politique, c’est surtout la base, la Constitution elle-même, qui est bourrée de fantômes de la dictature. Avec qui il va falloir se débattre pour en finir avec l’ombre de Pinochet... Ce texte, rédigé en 1980, est toujours bien tranquillement en vigueur. Alain Rouquié écrit ainsi dans son ouvrage A l’ombre des dictatures (Albin Michel) :

«Et il ne suffit pas de renverser la statue du commandeur pour se libérer de l’emprise du régime. Surtout lorsque celui-ci a opéré un transfert de pouvoir sans rupture, comme au Chili, où l’on n’est pas loin de vivre sous le régime de la double légitimité, reconnue d’ailleurs par la Constitution (…). C’est ainsi que la dictature semble, au vu de la Constitution léguée, avoir rempli son objectif : à savoir abandonner le gouvernement mais conserver le pouvoir».

Et ajoute plus loin que le Chili est un bon exemple de «démocratie protégée», autrement dit «inachevée ou incomplète, en raison des institutions dont elle a hérité». Jusqu’à présent, la Constitution a été peu réformée, car la réforme ne peut se faire qu’avec des quorums très hauts. Le système binominal oblige les deux blocs majoritaires à établir des pactes. Ce qui a engendré plus de 20 ans de concessions.

La Constitution et de nombreuses lois organiques mises en place par un Pinochet sur le déclin régissent encore la vie des Chiliens, à commencer par le système éducatif. Depuis 2011, les étudiants manifestent en masse pour la fin d’un système poussiéreux et pour une «éducation gratuite et de qualité».

Avec sa réforme et la promulgation d’une loi organique de l’enseignement – juste avant la fin de la dictature – Pinochet a privatisé l’Université l'a rendue très chère. La grande majorité des jeunes doivent s’endetter pour étudier. Bachelet a promis de réformer tout ça (notons quand même que beaucoup de Chiliens de gauche sont très sceptiques quant aux promesses de Bachelet).

Virer les vieux amis

Autre exemple, le système de retraites et de santé est également privatisé depuis la dictature: il existe bien un secteur public, mais très faible.

Anomalie démocratique, les Chiliens résidant à l’étranger n’ont pas le droit de vote, également à cause d’une loi anachronique toujours en vigueur. Encore un héritage de l’époque où les militaires pensaient que les exilés étaient tous de dangereux personnages, beaucoup trop à gauche pour avoir le droit de mettre un bulletin dans l’urne… Cela a donné lieu à un intéressant mouvement citoyen, avec entre autres la création d’une plate-forme de vote symbolique, Voto Ciudadano. Pour demander à la prochaine présidente de régler cette histoire…

Les héritages de la dictature à effacer au plus vite sont aussi du côté des droits de l’Homme. Par exemple, une loi anti-terroriste de l’époque de Pinochet est toujours appliquée pour réprimer le peuple Mapuche. Les méthodes policières contre les manifestations étudiantes sont loin d’être douces: les «carabinieros» utilisent les gaz lacrymo à l’excès, attaques à cheval, guanaco (véhicule avec un jet d’eau sale et enrichie d’un composant chimique qui brûle la peau), sorillo (véhicule qui asperge à la volée une rue entière de gaz lacrymo), arrestations très musclées…

Pour Erika Hennings de Londres 38, «même si ce n’est pas une politique étatique, cela va dans la continuité des pratiques dictatoriales». Alors, est-ce que la prochaine présidente veillera au grain pour que ces méthodes n’existent plus?

Au Chili, les copains du dictateur font de vieux os, dans le pouvoir politique (de droite, et par exemple dans les ministres de l’actuel président Pinera), mais aussi et surtout dans les cercles économiques, souvent sceptique à l’égard de la démocratie et farouchement opposé à la gauche.

Un modèle économique pas vraiment égalitaire, puisque le Chili est un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE. «Ici, tout se passe dans le pouvoir économique, aux mains d’une dizaine de familles protégées. En changeant la Constitution, l’Etat pourrait avoir un rôle plus important, plus d’influence sur ces patrons», commente Victor de la Fuente.

Du côté des médias, deux groupes contrôlent l’immense majorité de la presse chilienne. Il s’agit de La Tercera et de El Mercurio. Les deux seuls journaux autorisés par la dictature… Un peu de régulations et d’aides permettraient peut-être aux rares publications indépendantes de se développer.

Une nouvelle Constitution?

Bref, il y a encore beaucoup d’héritages de Pinochet, et les Chiliens sont de plus en plus nombreux à demander le changement. Danny Monsalvez explique que «pendant la dictature, la peur de tout était un cadre mental puissant. Depuis 2011, les enfants de la transition manifestent, se rendent compte qu’ils ont le droit d’exiger, de réclamer des droits, de manifester dans la rue. Pour mettre fin aux héritages de la dictature, en plus d’une lutte culturelle et politique, il faut en finir avec la peur».

Alors, une nouvelle Constitution serait la recette pour une démocratie plus complète au Chili? Ce vaste projet est en tous cas au programme de Michelle Bachelet. L’analyse de Victor de la Fuente, c’est que «la transition démocratique n’est pas terminée. Elle le sera vraiment quand on aura réalisé un changement réel et complet, avec une nouvelle Constitution plus démocratique».

Un mouvement citoyen, «Marca tu voto» («Marque ton vote») a ainsi émergé dans ce sens, proposant aux votants d’ajouter un «AC» (comme Assemblée Constituante) sur leur bulletin (ce qui n’annulerait pas le vote). Le Manifeste explique bien la nécessité d’un nouveau texte, la clé qui changerait le système: «La Constitution de 1980, en plus de l’illégitimité de son origine, maintient de graves entraves au plein exercice de la démocratie». Selon le «décompte citoyen» du mouvement, 8% des votes ont été «marqués» lors du premier tour.

vendredi 13 décembre 2013

COLLOQUE INTERNATIONAL « L'OPÉRATION CONDOR »

Le Colloque aura lieu le vendredi 13 décembre 2013 de 9h à 20h, Salle Clémenceau du Palais du Luxembourg, 15, rue de Vaugirard- 75006 Paris.

Inscriptions closes: nombre limité de places atteint

Le magistrat espagnol Baltasar Garzón sera le Président d’Honneur de ce Colloque. Seront présents à cet événement : M. Martín Almada qui a découvert les archives paraguayennes de l’Opération Cóndor ; le politologue Gabriel Périès, spécialisé en pratique du terrorisme d’État ; M. John Dinges (EE.UU), auteur de « Les années Cóndor » et des conférenciers de renom de l’Amérique latine, de France et d’Espagne. M. Federico Villegas Beltrán, Directeur général des Droits de l’Homme du Ministère des Relations extérieures et du Culte de la République Argentine y participera également.

Le samedi 14 décembre 2013, le Colloque se poursuivra, à partir de 15 h, au siège de l’Ambassade de la République Argentine en France (6, rue Cimarosa, 75116 Paris) avec les mêmes intervenants et avec la participation aussi de Mme Stella Calloni, auteur du livre « Opération Cóndor, pacte criminel », de Me Rico, avocat de la cause Cóndor, et de victimes de l’Opération Cóndor. Ces interventions seront suivies d’un débat avec le public.
Direction du Collectif pour la Mémoire :
Mmes Alicia Bonet-Krueger et Estela Belloni
collectif.argentin@gmail.com
Chargé d’Affaires a.i de l’Ambassade de la
République Argentine en France :
M. le Ministre Edgardo Malaroda
www.efran.mrecic.com.ar