mardi 31 mai 2011

LE PRÉSIDENT CHILIEN VEUT AUTORISER LES UNIONS CIVILES POUR LES HOMOSEXUEL-LES

Affiche du Mouvement d'Intégration et de Libération Homosexuelle ( Movilh)
NON AU MARIAGE
« Le mariage est entre un homme et une femme, par essence et par nature », a-t-il insisté. À la tête d’une coalition de droite, le président conservateur avait promis, lors de sa campagne électorale, de donner un statut civil à tous les couples qui le souhaitent. L’Église catholique et une partie des députés de sa majorité ont déjà exprimé leur désapprobation.

Pour Sebastián Piñera, il s’agit avant tout de « sauvegarder la dignité de ces couples » et de « protéger et d’assurer » leurs droit civiques. Près de deux millions de couples seraient concernés par cette mesure. Cette déclaration intervient après que la principale organisation de défense des droits des minorités sexuelles au Chili, la Movilh, a prévu une marche le 25 juin dans la capitale pour l’ouverture du mariage aux homosexuel-le-s.

lundi 30 mai 2011

Guennadi Spersky, éditorialiste de radio Moscou est mort

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GUENNADI SPERSKY A SON MODESTE POSTE DE TRAVAIL
A RADIO MOSCOU INTERNATIONALE
Avec l’écrivain José Miguel Varas, Guennadi Spersky a dirigé l’équipe de journalistes chiliens et soviétiques de l’émission «Écoute, Chili» (Escucha, Chile) de Radio Moscou internationale, diffusée tout au long de la dictature de Pinochet (1973-1990) et adressée par les ondes courtes aux résistants au régime militaire et à la nombreuse diaspora chilienne éparpillée de par le monde.

Dès le putsch militaire et pendant 17 ans, cette émission de radio –captée clandestinement au Chili– a déjoué le black-out imposé par la dictature, a dénoncé les crimes et les violations des droits de l’homme et a apporté un témoignage permanent des combats du peuple pour la démocratie.

Appelée le « canon de longue portée contre la dictature », la célèbre émission Escucha, Chile de Radio Moscou internationale –et la voix de sa speakerine Katya Olevskaya– était entendue aussi dans plus de 70 pays du monde, parfois très laborieusement, par des milliers d’exilés chiliens.

Guennadi Spersky est resté à son poste jusqu’à la dernière émission d’Écoute, Chili, au retour de la démocratie en 1990, et il garda toujours une grande affection pour le peuple chilien, exprimée par la suite à la radio et dans les pages du journal Pravda.

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Quelques notes de synthétiseur, solennelles et stylisées, avec le refrain de l’hymne national du Chili, étaient le logo sonore d’Escucha, Chile, «Écoute, Chili», la populaire émission de Radio Moscou. Puis, les voix de Katya Olevskaia et de José Miguel Varas annonçaient le programme d’information, d’espoir et de réconfort transmis chaque nuit vers le Chili pendant la dictature militaire.

Chili: la dépouille de Salvador Allende exhumée

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LE PRESIDENT ALLENDE SALUE DEPUIS L'ESCALIER DE L'AVION
Selon une autopsie réalisée après son décès, il s'est suicidé d'une balle sous le menton. La famille est convaincue que "le président Allende a pris la décision de mourir dans un geste de cohérence politique pour défendre le mandat que lui avait donné le peuple", selon sa fille Isabel, sénatrice.

Mais l'enquête sur sa mort a été rouverte en janvier en même temps que 725 dossiers de crimes contre l'Humanité commis sous la dictature (1973-1990). La justice s'intéresse à plusieurs morts suspectes d'opposants.

La dépouille de l'ancien président socialiste du Chili Salvador Allende a donc été exhumée ce lundi, dans le cadre de ce processus judiciaire. L'exhumation a eu lieu au cimetière central de Santiago, en présence de membres de la famille Allende et de la Croix rouge internationale. 

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D'autres cas

La famille de l'ex-président Eduardo Frei Montalva (1964-1970), décédé en 1982, à la suite d'une opération bénigne, pense qu'il a été empoisonné. Celle de José Toha doute que cet ancien ministre de l'Intérieur d'Allende se soit suicidé en mars 1974. Enfin, un chauffeur de Pablo Neruda assure que le prix Nobel de Littérature n'est pas mort d'un cancer de la prostate, mais a lui aussi été empoisonné.  
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Une fois ouvert le mausolée de la famille Allende, Isabel et sa soeur Carmen Paz ont recouvert le cercueil noir de leur père d'un drapeau chilien, sous les yeux de dizaines de politiciens, de policiers et de journalistes, silencieux. La petite-fille d'Allende a lancé un oeillet rouge, fleur symbole des plus de 3100 victimes de la dictature.

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SALVADOR ALLENDE EN BAIN DE FOULE EN 1972

Les précédentes thèses

Selon un médecin présent le 11 septembre 1973 à La Moneda, Patricio Guijon, Allende s'est suicidé avec un fusil-mitrailleur AK-47 offert par son ami Fidel Castro, l'ex-président cubain. Castro, des dirigeants et journalistes étrangers ont toujours mis en doute la version du suicide, dénonçant un assassinat.

En 2008, un médecin Luis Ravanal a lui aussi conclu que les blessures ne correspondaient pas à un suicide, après avoir réanalysé l'expertise initiale et découvert que le cadavre présentait deux impacts de balle. Le journaliste Camilo Taufic parle d'un "suicide assisté": Allende aurait raté sa tentative et un garde du corps lui aurait tiré le coup de grâce.

vendredi 27 mai 2011

Citoyen président, sauvez la Patagonie !

Je suis un écrivain né au Chili et profond connaisseur de la Patagonie et de la Terre de Feu. Dans nombre de mes livres j’évoque la vie, les gens et les rêves de cette région australe que j’aime tant et que je défends avec la persévérance saine et pacifique qui est celle de ses habitants. Il y a quelques années seulement, depuis le même palais où vous exercez aujourd’hui vos fonctions, et depuis l’élégance glacée de certaines banques, on a tenté de perpétrer un crime écologique contre la Patagonie, plus précisément contre la région d’Aysén.

Une entreprise canadienne du nom de Noranda, domiciliée fiscalement aux îles Caïmans, voulait tuer, en y installant des barrages, les trois fleuves qui débouchent dans le grand fjord d’Aysén. But de l’opération : construire trois centrales hydroélectriques pour alimenter une usine d’aluminium, l’une des industries les plus polluantes qui soient, ainsi qu’un port destiné à recevoir de la bauxite et autres minerais. Les habitants d’Aysén ont dit non. Les quelque 40 000 habitants de Puerto Aysén, Puerto Chacabuco, Coyhaique et autres localités, ont alors essuyé les insultes du ministre de l’Economie de l’époque, qui [les a qualifié de] “moins que rien”.

Je fais partie de ces “moins que rien”, Citoyen président : j’ai réalisé un documentaire intitulé Corazón verde [Cœur vert] qui a permis à ces quelque 40 000 “moins que rien” de se sentir soutenus par des centaines de milliers d’autres “moins que rien” qui défendent la Patagonie, ce monde austral inviolé qui appartient au patrimoine de l’humanité. 
Aujourd’hui, Citoyen président, nous sommes confrontés à une nouvelle énormité, une nouvelle tentative de mise à mort de l’une des dernières régions non polluées de la planète. La valeur de la Patagonie, de sa nature vitale, de sa population, de ses rêves et de ses espoirs, ne peut être ni fixée ni calculée dans des bureaux présidentiels ou à la Bourse, et encore moins autour de la table de l’infâme conseil d’admini­stration de producteurs d’électricité qui demandent le feu vert pour leur méga­projet [de 5 barrages hydroélectriques] nommé HidroAysén.

Ne croyez-vous pas, Citoyen président, qu’une bande de territoire national de 2 300 kilomètres de long sur 100 mètres de large [nécessaire pour tendre des lignes à très haute tension depuis la Patagonie jusqu’au nord du pays] mérite [votre considération] ? Essayez d’imaginer ce que représentent ces 23 000 hectares : 23 000 stades de football, les uns derrière les autres. Imaginez-les remplis non de vulgaires plantations de pins ou d’eucalyptus, mais de la noble forêt naturelle chilienne. Imaginez cette merveilleuse diversité, la faune qui vit dans ces forêts, imaginez les gens, ces Chiliens et ces Chiliennes qui connaissent ces forêts et les aiment. HidroAysén, Citoyen président, signifie la complète déforestation, l’anéantissement, l’extermination de 23 000 hectares de forêt chilienne.

Pour ma part, je les vois comme si j’y étais [ces 23 000 hectares], car je connais la Patagonie et j’aime le monde austral, ses habitants, ses rêves et ses espoirs, et c’est pourquoi je ne laisserai pas commettre ce crime de lèse-environnement et de lèse-humanité qui a pour nom HidroAysén.

Il y a quelques jours, Citoyen président, vous avez déclaré qu’Adam et Eve étaient les premiers “entrepreneurs”, parce qu’ils avaient osé croquer le fruit défendu. Indépendamment de ce que l’Eglise catholique ou les producteurs de pommes ont pu penser de cette déclaration, je me permets de vous rappeler que la Patagonie n’est pas une pomme, mais un territoire dont la plus grande valeur réside dans la virginité de son environnement. Un territoire habité par des citoyens et des citoyennes de la république du Chili qui ont le droit de s’opposer au projet HidroAysén. Or il se trouve que les “entrepreneurs” et instigateurs de ce massacre contre l’environnement ont ignoré l’avis des citoyens. Vous, en revanche, qui occupez les plus hautes fonctions de la république du Chili, vous devez penser que vous êtes face au tribunal de l’Histoire qui, s’il tarde à se prononcer, n’en juge pas moins avec la plus grande force. Dans un avenir proche, votre buste viendra s’ajouter à ceux de vos sévères prédécesseurs au palais [présidentiel] de La Moneda [à Santiago], et quand une personne chargée de l’entretien vous dépoussiérera au plumeau, il dépend de vous que celle-ci se dise avec admiration qu’elle essuie la poussière du buste d’un président qui a sauvé la Patagonie de la destruction, ou qu’elle passe son chemin en refusant de dépoussiérer l’effigie du destructeur de l’une des régions les plus belles et les plus pures de la planète. A vous d’en décider, Citoyen président.
Né le 4 octobre 1949 à Ovalle, au Chili, Luis Sepúlveda est un des écrivains hispanophones les plus lus en Europe. Pour échapper à la dictature militaire (1973-1990), il s’est d’abord exilé en Allemagne, puis en Espagne. Son premier roman,

Le vieux qui lisait des romans d’amour , édité au Seuil, a été traduit en trente-cinq langues. Sepúlveda vient de publier Histoire d’ici et d’ailleurs chez Métailié.

mercredi 25 mai 2011

Salvador Allende, une mort qui reste à expliquer

SALVADOR ALLENDE, médecin de formation, était anatomopathologiste depuis 1933
Dans l'après-midi du 11 septembre 1973, trois soldats et plusieurs pompiers sortaient du Palacio de la Moneda [siège de la présidence] en transportant un ballot enveloppé dans une couverture à rayures, que la notaire Alina Morales avait offert à Allende pour son dernier anniversaire. On suppose qu'il s'agissait du corps du président Allende. Il est conduit dans un camion-ambulance de l'armée vers l'Hôpital militaire, où des médecins pratiquent l'autopsie. Le lendemain matin, la veuve Hortensia Bussi, accompagnée d'Eduardo Grove Allende, neveu de Salvador, arrive à l'Hôpital avec un laissez-passer des autorités militaires et exige qu'on lui remette le cadavre. On lui apprend qu'il a été transféré à l'aéroport de Los Cerrillos. Avec une présence d'esprit à toute épreuve, Tencha [surnom d'Hortensia Bussi] se rend à l'aéroport où elle et sa belle-sœur, la députée Laura Allende, qui y est allée directement, récupèrent le cercueil au moment où il allait être transporté dans un DC-3 de l'armée de l'air. Hortensia Bussi demande à voir le corps, mais se heurte à un refus ; le cercueil, d'après ce qu'on lui dit, est scellé. “Je ne saurai jamais — ou un jour peut-être, je ne sais pas — si celui que j'ai enterré était bien Salvador Allende, parce qu'on ne m'a pas laissé ouvrir le cercueil”, dira-t-elle.   
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Des pompiers et de militaires retirent dans une civière le corps sans vie du président Allende le 11 septembre 197
Pendant le vol, à côté du cercueil, sont présents l'épouse et la sœur du président, Patricio Grove Allende, Eduardo Grove Allende et son fils adolescent Jaime, filleul du défunt. Ensuite, depuis la base de Quintero, le cortège — un corbillard et deux voitures — se rend à Viña del Mar et pénètre dans le cimetière Santa Inés jusqu'au caveau de la famille Grove Allende. Plusieurs officiers en uniforme les y attendent. Hortensia Bussi salue froidement, Laura a les lèvres pincées. Trois décennies plus tard, la veuve se rappellera : “Avant qu'ils ne descendent le cercueil, j'ai fait un effort pour ne pas m'effondrer. Personne ne m'a vue pleurer. J'ai ravalé mes larmes, toutes mes larmes. Je me suis dit : Pas question qu'ils me voient pleurer’”.

A cet instant, Hortensia Bussi insiste pour qu'ils ouvrent le cercueil. Le couvercle est soulevé, mais elle ne voit qu'un drap : “Je n'ai pas pu savoir si c'était ses pieds ou sa tête”. La veuve prend une fleur, la dépose sur le cercueil et déclare : “Je veux que vous sachiez que nous enterrons ici Salvador Allende, président du Chili, de façon anonyme, car on ne veut pas que cela se sache. Mais moi je vous demande à vous, fossoyeurs, jardiniers, et à tous ceux qui travaillent ici, de dire autour de vous que Salvador Allende est ici, pour qu'il ait toujours des fleurs.


Patricio Aylwin, démocrate chrétien, l'un des chefs de l'opposition à SALVADOR ALLENDE le 03 août 1973

Dix-sept ans plus tard, six mois après son arrivée à la présidence, Patricio Aylwin [élu en décembre 1989 et entré en fonction le 1er mars 1990]]  décide d'organiser les secondes obsèques de Salvador Allende, officiellement cette fois. Préalablement, le 17 août 1990, la dépouille de Salvador Allende fait l'objet d'une identification plus symbolique que formelle au cimetière Santa Inés de Viña del Mar. Le docteur Arturo Jirón, qui était aux côtés d'Allende lors de la bataille du palais de La Moneda, représente la famille et pénètre dans le mausolée des Grove de nuit, à la lumière des torches et des lanternes. Le bois est pourri, le cercueil se casse. En juin 2007, Jirón nous déclarera : “J'ai reconnu le pull-over et la veste en tweed, et j'ai vu son crâne fendu. C'était lui. C'était sinistre.” Des odeurs ? “Non pas de mauvaises odeurs.” La couverture rayée dans laquelle ils l'ont enveloppé y était-elle encore ? “Non.”

Si elle n'est pas totalement infondée, cette “identification” par les vêtements d'un cadavre qui avait été déshabillé et autopsié 17 ans plus tôt n'a aucune valeur scientifique. Les obsèques officielles, coordonnées par le ministre Enrique Correa, ont lieu le 4 septembre 1990, date du vingtième anniversaire de l'élection dont Allende était sorti victorieux. Pinochet est toujours le chef des armées, la situation est délicate, et le gouvernement chilien, craignant un soulèvement populaire, veut éviter à tout prix des manifestations. Le cercueil contenant la dépouille roule à toute allure de Viña del Mar jusqu'à la cathédrale de Santiago, où une cérémonie religieuse et un répons du cardinal Carlos Cavada rendent hommage à président franc-maçon et prétendument suicidé – deux motifs d'excommunication selon le dogme catholique. De là, il rejoint le mausolée familial au Cementerio General de Santiago.

Salvador ALLENDE lève son verre

Lors de la cérémonie officielle, à l'entrée du cimetière, des personnalités étrangères accompagnent la veuve et la famille. Hué par une partie de l'assistance, le président Aylwin proclame que c'est une “erreur injuste” qu'on répare ce jour-là. L'avocate Gabriela Alvarez (disparue en avril dernier), qui était aux côtés d'Allende lors de sa première campagne présidentielle en 1952, bouscule le programme et fait ses adieux à son ami Salvador en délivrant un discours enflammé devant sa sépulture. Pour Hortensia Bussi, ces obsèques sont “un grand geste de réconciliation”. Depuis lors, la dépouille présumée de Salvador Allende repose dans ce mausolée, où elle reçoit de constants hommages. L'exhumation ordonnée par le ministre Carroza devrait permettre de confirmer enfin, et définitivement, son identité.

mardi 24 mai 2011

Chili, l'esthétisation de la manifestation, outil de combat

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Des protestations estudiantines au Chili. Photo MARTIN BERNETTI / AFP
Le 13 mai dernier, 30 000 personnes ont protesté à Santiago contre un projet polémique de barrages hydroélectriques en Patagonie, une des manifestations les plus importantes du pays ces dernières années selon l'AFP.

La vidéo, intitulée «au Chili, la démocratie a l'odeur des gaz lacrymogènes», montre un seul point de vue: celui des manifestants. Sur une musique entraînante, avec des tambours qui accentuent le côté guerrier, le message est clair: c’est eux contre nous, le bien contre le mal, les faibles contre l’Etat puissant. C'est eux qui viennent armés alors que nous nous allumons des bougies. Les policiers sont le plus souvent immobiles. Ils incarnent le passé conservateur replié sur lui-même, tandis que les jeunes bougent, crient, se déplacent. Ils vivent.

Le message de la chanson - du groupe suédois Peter Bjorn and John - entre nihilisme et nouvel espoir, est explicite: c’est maintenant qu’il faut faire la révolution. Le refrain dit ainsi:

«It's too late

But tomorrow has to wait

It's the time of your life

So tomorrow has to wait

Tonight's the night

And tomorrow is a million miles away»

En français:

«C’est trop tard

Mais demain doit attendre

C’est le moment de ta vie

Donc demain doit attendre

Cette nuit est LA nuit

Et demain est à des millions de kilomètres»

Des révolutions arabes aux manifestations de la jeunesse européenne, cette volonté d’esthétiser le combat en direct puis sur les réseaux sociaux est devenue centrale pour les mouvements protestataires.