samedi 30 octobre 2010

30ème Foire internationale du livre de Santiago

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Bannière site FILSA
Dans le cadre du Bicentenaire du Chili, la 30ème version de la Foire Internationale du Livre de Santiago (FILSA) a comme principal invité le Chili et ses régions.
Dans ce contexte, un cycle quotidien est organisé avec le meilleur de 200 ans de littérature chilienne. Aujourd’hui est programmé une table de dialogue à 19.00 heures dans la salle Pedro Prado qui comptera avec la participation des écrivains José Miguel Varas prix National de Littérature, Álvaro Bizama, Anne Pizarro et Adriana Valdés.
L'ambassadeur du Chili en France, Jorge Edwards, offrira samedi 30 dans la salle Pedro Prado de l'enceinte de la foire une conférence à 18:00 heure, qui sera présentée par la femme de lettres Carla Guelfenbain.
La FILSA restera ouverte du vendredi 29 octobre jusqu'au dimanche 14 novembre 2010.

Espagne: décès de Marcelino Camacho

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L'adieu à Marcelino Camacho. Photo EFE
Le fondateur et premier secrétaire général du principal syndicat espagnol, Commissions Ouvrières (CCOO), Marcelino Camacho, est décédé vendredi des suites d'une longue maladie à l'âge de 92 ans, a annoncé le syndicat.
Marcelino Camacho, qui avait passé neuf années en prison sous le régime du général Francisco Franco (1939-1975), a fondé Commissions Ouvrières en 1976, un an après la mort du dictateur, et a été son secrétaire général de l'année de sa légalisation, en 1978, à 1987.

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Le prince Felipe et le secrétaire général de CC OO, Ignace Fernández Toxo, dans la chapelle ardente du leader syndical Marcelino Camacho. Photo CRISTÓBAL MANUEL

"Il a vécu en première ligne les moments les plus décisifs de la classe ouvrière au XXème siècle. C'est sans aucun doute un symbole du travail et du syndicalisme de l'histoire récente de notre pays", a affirmé dans un communiqué Ignacio Fernandez Toxo, actuel secrétaire général du syndicat qui compte plus d'un million de membres.
En 1985 il avait organisé la première grève générale en Espagne depuis le retour de la démocratie pour protester contre la réforme du régime des retraites imposée par le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez.
Il a été également député du Parti communiste de 1977 à 1981.
Né le 21 janvier 1918 à Soria, dans le nord de l'Espagne, Camacho rejoint le Parti Communiste en 1935, à l'âge de 17 ans, et lutta contre les forces franquistes pendant la guerre civile (1936-1939).
A l'issue du conflit il connut la prison et les travaux forcés avant de s'évader en 1943 pour rejoindre le Maroc puis l'Algérie où il rencontra son épouse, Josefina Samper.
De retour en Espagne en 1957 il travailla comme métallurgiste. Ses efforts pour organiser un syndicat libre et son opposition au régime franquiste lui valurent d'être incarcéré en 1966 à la prison de Carabanchel, à Madrid, puis à nouveau en 1972. L'avénement de la démocratie lui rendit la liberté.
Marcelino Camacho sera enterré samedi à Madrid.

vendredi 29 octobre 2010

Spirales en photos

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Galaxie NGC 5427 capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 60-70 millions d'années-lumières, dans la constellation de la Vierge . Photo ESO / P. Grosbøl.
Six galaxies qui étaient déjà connues ont été photographiées de façon plus détaillée, « sans les effets confondants de poussière et de gaz », selon un communiqué de l'ESO.
Les nouvelles images ont été prises avec la caméra HAWK-I, du Very Large Telescope, un ensemble de 4 télescopes principaux et 4 auxiliaires à l'Observatoire du Cerro Paranal, situé dans le désert d'Atacama au nord du Chili, à une altitude de 2 635 mètres.

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Galaxie Messier 100, aussi connue comme NGC 4321 capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 55 millions d'années-lumières, dans la constellation Coma Berenices. Photo ESO / P. Grosbøl.

Cette caméra sensible à la lumière infrarouge, ce qui signifie qu'une grande partie de la poussière qui obscurcit les bras spiraux des galaxies est transparent pour les détecteurs.

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Galaxie NGC 1300, capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 65 millions d'années-lumières, dans la constellation d'Eridanus (le Fleuve). Photo ESO / P. Grosbøl.

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Galaxie NGC 4030, capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 75 millions d'années-lumières, dans la constellation de la Vierge . Photo ESO / P. Grosbøl

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Galaxie NGC 2997, capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 30 millions d'années-lumières, dans la constellation d'Antlia. Photo ESO / P. Grosbøl.

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Galaxie NGC 1232, capturée par la caméra Hawk-1 à une distance d'environ 65 millions d'années-lumières, dans la constellation d'Eridanus. Photo ESO / P. Grosbøl.

Les six galaxies font partie d'une étude de la structure spirale dirigée par Preben Grosbøl à l'ESO. Ces données ont été acquises pour aider à comprendre les façons complexes et subtiles dont les étoiles forment ces motifs en spirale parfaite.

jeudi 28 octobre 2010

SEÑAL 3 LA VICTORIA À PARIS

Aujourd’hui, la grille de programmes de Señal 3 est surtout constituée d’émissions réalisées par les membres du collectif et les organisations engagées dans l’éducation populaire.
Señal 3 a soutenu l’installation de chaînes de télévision communautaires dans d’autres zones de Santiago et d’autres régions du pays qui ont permis de faire participer et d’intégrer des habitants pour résoudre des problèmes locaux communs.
Aujourd’hui Señal 3 émet sur un rayon de plus de 9 kilomètres, elle touche 350 000 foyers et environ 800 000 personnes. Améliorer sa qualité et sa compétence est son objectif, l’idée étant de continuer à étendre et multiplier l’expérience de Télévision Communautaire dans tout le pays.
Señal 3 est une organisation autonome, autogestionnaire et sans but lucratif, soutenue par les habitants de La Victoria et ses amis. Son objectif est de « Réveiller les consciences de la société et de récupérer l’histoire et l’identité culturelle de son Peuple. »
L’an dernier, elle a créé l’Ecole de télévisions communautaires du Chili, dans le but de renforcer les liens entre les différentes télévisions communautaires et de leur offrir une formation qui
permette d’élever le niveau de la réalisation et de la production de leurs programmes.
Señal 3 sera l’invitée du Festival Immediat qui se déroulera du 23 au 30 novembre prochain au Théâtre de Verre, à Paris, et à la Maison de quartier La Plaine à St-Denis.
Organisateurs : Association Pueblo, Association Relmu, Association Terre et Liberté pour Arauco, Collectif pour les Droits de l’Homme au Chili, CECT France














mercredi 27 octobre 2010

Argentine: décès de Nestor Kirchner, ex-président et mari du chef d'Etat

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Cristina Fernández succède à son mari dans la présidence, le 10 décembre 2007. Photo AFP

La nouvelle est tombée dans la matinée, alors que tous les magasins étaient fermés et les gens cantonnés chez eux pour un recensement de la population.
Le médecin personnel de l'ancien chef d'Etat, Luis Buonomo, a annoncé à la presse que M. Kirchner était "mort subitement" victime d'une crise cardiaque, et qu'il n'avait pas été possible de le réanimer.
L'ex-chef de l'Etat avait été hospitalisé d'urgence peu après 08H00 locales dans son bastion d'El Calafate, en Patagonie (2.500 km au sud de Buenos Aires), où il se reposait en famille. Il était accompagné de sa femme Cristina Kirchner, avec qui il a eu deux enfants, Maximo (32 ans) et Florencia (19 ans).
Le drapeau du siège de la présidence, la Casa Rosada, était en berne à Buenos Aires, plongée dans le silence.
"Courage Mme la présidente", pouvait-on lire sur un message laissé par un inconnu sur les grilles qui entourent le bâtiment.
M. Kirchner avait renoncé à briguer un second mandat en 2007, préférant soutenir sa femme, auprès de laquelle il était resté très influent, au point que certains analystes affirmaient qu'il gouvernait en tandem avec son épouse.
"Ma chère Cristina, quelle douleur!", a écrit le président vénézuélien Hugo Chavez sur Twitter. "Quelle perte pour l'Argentine et nos Amériques!".
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a qualifié de "triste nouvelle" la mort de son ancien homologue dans un discours.
Un député du parti au pouvoir et proche de M. Kirchner, Juan Carlos Dante Gullo, a espéré que le pays saura "comprendre ce que représente et ce qu'a représenté Nestor Kirchner".
Député, président du parti péroniste au pouvoir et secrétaire général de l'Union des nations d'Amérique du Sud (Unasur), Nestor Kirchner avait subi en septembre une intervention pour déboucher une artère. Cette deuxième opération de ce genre en sept mois avait fait planer le doute sur sa candidature présidentielle en 2011.
M. Kirchner avait été élu en 2003 avec à peine 22% des voix au premier tour, à la suite du désistement de l'ancien président Carlos Menem (1989-1999), sûr de perdre au second tour.
Mais il s'était rapidement imposé comme le nouvel homme fort du pays grâce au rétablissement spectaculaire de l'économie qui venait de vivre la pire crise de son histoire en 2001-2002.
M. Kirchner avait aussi renforcé son "autorité morale", en faisant des droits de l'Homme son cheval de bataille. Il avait obtenu dès 2003 de la Cour suprême l'annulation des lois d'amnistie et la réouverture des procès des militaires pour les crimes commis sous la dictature (1976-1983).
Cette autorité morale avait été néanmoins écornée par des soupçons d'enrichissement personnel. Les Kirchner ont amassé, selon leur propre déclaration patrimoniale, une fortune de 55 millions de pesos (11 millions d'euros), soit une augmentation supérieure à 700 % depuis l'élection de Nestor en 2003.
Bien qu'élu député, M. Kirchner avait été très affaibli par la défaite de sa liste face à l'opposition aux législatives de juin 2009 et la perte de la majorité de son parti au Congrès.
Tout récemment, son dernier soutien, la Confédération générale du travail (CGT, péroniste), avait été déstabilisée par l'assassinat d'un jeune militant trotskiste. On soupçonne des membres de la CGT d'avoir recruté des hooligans pour tuer ce militant.

Le réveil des Mapuches

La fin de la grève de la faim des 32 prisonniers politiques mapuches incarcérés dans cinq prisons chiliennes a été célébrée le 9 octobre par nombre d’éditoriaux et d’articles d’opinion reconnaissant le succès du mouvement des Mapuches. C’est là, à n’en pas douter, la principale réussite politique de ce long jeûne volontaire [de 85 jours pour la plupart]. Cet écho compte beaucoup plus que les mesures négociées à Concepción, à Angol et à Temuco, permettant de démêler la situation juridique des Indiens, ou même que les réformes partielles au Congrès de la loi antiterroriste [adoptée sous la dictature (1973-1990) de Pinochet et au nom de laquelle les militants mapuches ont été arrêtés]. Le fait d’avoir replacé les exigences des Mapuches dans le débat public est un succès politique à marquer d’une pierre blanche. Le mérite en revient avant tout aux grévistes de la faim, à leurs familles et à leur communauté. Certes, ce débat braque aussi les projecteurs sur le contexte historique, politique et, disons-le également, “citoyen” et “démocratique” du combat mapuche d’aujourd’hui, avec des implications qui restent encore pour l’heure en souffrance. Des implications qu’il faudra faire figurer sur la prochaine liste de doléances, ajoutons-le. Car faire entrer un débat dans l’arène publique est une chose, mais faire en sorte que celui-ci sorte de la caricature en est une autre.
Pourtant les caricatures et les mauvaises plaisanteries sont légion dans les bilans que dressent de cette grève les médias chiliens. Les “gentils Mapuches”, les “méchants Mapuches”, le “leadership violent”, le “leadership paisible”… Parfois, heureusement, certains mettent dans le mille. C’est le cas d’un reportage remarquable d’Ana María Sanhueza dans Qué Pasa [dans notre prochain numéro, 1044, du 4 novembre 2010], qui décrit l’irruption d’une nouvelle génération mapuche, de jeunes conscients de leurs droits, fiers de leurs origines et, bien que formés dans le moule de la “connaissance occidentale”, résolus à ne pas oublier le chemin parcouru jadis par leurs grands-parents. Des jeunes d’une vingtaine d’années qui ont troqué la charrue contre les livres (ou l’ordinateur) et dont beaucoup, au cours de la grève de la faim, ont fait leur entrée en société. Gonzalo Müller, chroniqueur dans l’émission de télévision Estado Nacional et pour le journal La Segunda, leur a donné dans le quotidien du soir le nom de “Generación Weichafe” [génération de guerriers], décrivant presque avec terreur des “jeunes qui portent sur la question un regard rompant avec les exigences traditionnelles de ce peuple”. Les exigences traditionnelles de ce peuple ? Pour Gonzalo Müller, les concepts de “nation mapuche”, d'“autonomie” et d'“autogouvernement”, qu’on entend aujourd’hui à Concepción ou à Temuco dans la bouche de lycéens et d’étudiants aux cheveux longs, ne feraient donc pas partie des “exigences traditionnelles” des Mapuches. En font partie en revanche, comprend-on dans sa chronique, les programmes d’aide de l’Etat, l’engrais pour les semailles, les gravillons pour les chemins, le fourrage pour les bêtes et les paniers familiaux de produits de base, toujours indispensables dans cette société qui n’en peut plus de s’appauvrir.
Gonzalo Müller, éminent professeur à l’Ecole d’administration de l’Université pour le développement, ignorerait-il que dans les années 1930 un des principaux chefs mapuches, Manuel Aburto Panguilef, appelait à l’instauration dans le sud d’une “république indienne” fédérée à l’Etat chilien ? Ignorerait-il que, entre 1925 et 1973, 8 parlementaires mapuches (souvent alliés aux conservateurs) ont représenté les intérêts de leur “race” dans l’honorable hémicycle du Congrès national ? Ne sait-il pas que, dans les années 1970, Alejandro Lipschutz, anthropologue letton et conseiller sur les questions ethniques pour l’Unidad popular [l’Unité populaire, la coalition de gauche qui conduisit Allende à la présidence], plaidait en faveur de la création d’un “territoire indien autonome” comme solution au problème déjà persistant des conflits territoriaux ? Alejandro Lipschutz, qui avait senti dans sa chair le joug assimilateur et uniformisant du communisme soviétique dans sa Lettonie natale, se refusait à “paysannifier” (comme le faisait Allende lui-même) la lutte des Mapuches. Les descendants de Lautaro [illustre guerrier mapuche qui s’opposa aux colonisateurs espagnols au XVIe siècle] ne seraient rien que de “pauvres paysans chiliens” ? Aux yeux de l’anthropologue, quelque chose clochait dans cette affirmation qui, admettons-le, continuait (et continue aujourd’hui encore) de transcender les clivages au sein de la classe politique chilienne, de la gauche à la droite. Et, bien que Müller ne se l’imagine pas un seul instant, nos grands-parents, à l’époque, s’éloignaient déjà de cette conception, prenant prudemment leurs distances avec la gauche et ses rêves de révolution. Ouvrant, non sans difficultés, un chemin revendicatif bien à eux.
Le fait est que les “nouveaux discours”, les “nouveaux récits”, la “nouvelle épopée” que Gonzalo Müller croit voir affleurer, comme par génération spontanée, chez les jeunes Mapuches n’ont en réalité rien de nouveau ou presque rien. Bien au contraire : ils tiennent pour beaucoup d’une mémoire recouvrée, de retrouvailles générationnelles avec un passé pas si lointain, avec des voix familières qui, il y a trente, quarante ou cinquante ans nous parlaient d’un peuple possédant une histoire, un présent et, surtout, un avenir à construire. C’est de cela que parlent aujourd’hui les nouvelles générations. C’est de tout cela, à leur façon, qu’ils parlent au pays entier. Tantôt timidement, tantôt en élevant la voix. Quelquefois de façon contradictoire et confuse. Et peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes, mais par leur voix renaît la voix de leurs ancêtres. S’agit-il d’une voix qui nous renvoie dans le passé, vers cette “communauté perdue” que dépeignent les anthropologues et les sociologues, vers cette “réduction rurale” idéalisée par les dirigeants et les poètes ? Absolument pas. La voix mapuche, dans l’actuel Chili conservateur, est une voix riche de modernité et d’avenir. Une voix qui renvoie, pour qui veut bien l’écouter, à des débats de tout premier ordre dans le concert international : multiculturalisme, approfondissement de la démocratie, citoyenneté et interculturalité, décentralisation du pouvoir et nouvelles formes de représentation sociale et politique, modèles de développement et impact de ces derniers sur l’humanité et sur la planète, etc. Rien de tout cela ne parle du passé. A l’inverse, ce sont des voix qui, à travers cette jeunesse, font faire aux Mapuches et à tous les Chiliens un pas de plus vers l’avenir. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir.
Cette nouvelle génération va dans peu de temps, si je peux me hasarder à un pronostic, rompre avec toutes les images préconçues en vigueur sur ce que nous, Mapuches du Chili, sommes censés être : des paysans, des domestiques asservis, des boulangers, des vendeurs sur le marché de la Vega à Santiago, de simples soldats dans les rangs de l’armée – des chasseurs-cueilleurs peut-être encore ? Il serait bon, messieurs les représentants des classes politique et intellectuelle de ce pays, de leur accorder un peu plus d’attention. Ils sont nombreux, il serait temps de s’en rendre compte. On estime à 2 000 le nombre de jeunes Mapuches dans les seules universités publiques et privées de Temuco. Ils sont plusieurs centaines d’autres sur les campus et dans les facultés de Concepción, de Valdivia, d’Osorno et de Puerto Montt. Sans parler de Santiago et de Valparaíso, deux villes où se concentrent désormais la majorité des nôtres, une diaspora qui peu à peu rompt avec la timidité et exige elle aussi sa place dans cette Histoire. Ces milliers d’étudiants mapuches, ajoutés à plusieurs autres milliers de jeunes qui, dans les communautés rurales, renforcent l’identité et le discours mapuches, unis à une classe moyenne émergente formée d’intellectuels et d’actifs qui au quotidien conquièrent symboliquement des espaces qui jusque-là leur étaient fermés, forment une génération montante extrêmement puissante. C’est le passage du panier d’aide à la lutte pour le pouvoir politique. Le passage de l’assistanat à la reconnaissance et à la pleine jouissance des droits. Ils annoncent, en somme, l’aube du Mapuche et le crépuscule du “Mapuchito”.

ARAUCARIA SOUTIENT TRÈS HAUT LE FILM « NOSTALGIE DE LA LUMIÈRE »

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Agé de 69 ans, il signe aujourd'hui avec Nostalgie de la lumière un film totalement inattendu, qui contourne le genre pour mieux le mener vers des sommets de poésie. Ce film n'est pas seulement le chef-d'oeuvre de Guzman, il est un des plus beaux essais cinématographiques qu'on a vus depuis longtemps. Son canevas, complexe, est tissé avec la plus grande simplicité. Trois niveaux s'y enchevêtrent : des considérations sur la recherche astronomique, une archéologie des fondations indiennes et une mémoire de la dictature.

Un lieu rassemble ces trois couches sensibles : le désert d'Atacama. Cet endroit, réputé être le plus aride et le moins propice à la vie de notre planète, Nostalgie de la lumière le transforme en terreau incroyablement fertile. Parce qu'on y trouve à la fois le plus grand observatoire astronomique au monde, les vestiges remarquablement conservés des civilisations autochtones et les cadavres de déportés politiques assassinés durant la dictature dans les camps environnants, avant d'être disséminés dans les sables. Chacune de ces réalités induit un travail de prospection particulier. L'astronome scrute le ciel, l'archéologue fouille le sol, les femmes de disparus creusent, depuis vingt-huit ans, sans relâche, les entrailles de la terre.


Le génie du film, inspiré du génie du lieu, consiste à mettre ces recherches, comme les personnages qui les incarnent, en rapport. Gaspar l'astronome, Lautaro l'archéologue, les veuves Victoria et Violeta partagent la même obsession des origines, qui de l'Univers, qui de la civilisation, qui du mal et de la mort. Le regard dans les étoiles ou les mains dans le sable, ils connaissent la même incertitude, le même sentiment de relativité et de précarité, la même opiniâtreté à chercher la lumière dans cette nuit profonde qui environne l'humanité. Cela nous les rend, comme personnages, précieux et bouleversants.


Nostalgie de la lumière doit pourtant sa réussite à un travail formel qui engage davantage que ses personnages : une science insolite du montage, une magie de l'association entre les choses et les êtres, un art de mettre au jour des connexions insoupçonnées. Momies et télescopes, billes d'enfants et galaxies, azur et ténèbres, traces du passé et projections d'avenir, douleurs infinies et paix sidérale entrent ici dans la danse de l'esprit poétique qui les célèbre, quelque part entre 2001 Odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick, et Le Songe de la lumière, de Victor Erice.


Le film révèle aussi les liens objectifs qui existent, à travers d'autres personnages, entre ces réalités disparates. C'est le cas de Luis, ancien prisonnier, qui doit d'avoir survécu à la passion de l'astronomie que lui ont inculquée les savants en prison. C'est aussi celui de Valentina, jeune astronome, qui puise dans l'observation du cycle de l'Univers une raison suffisante d'apprécier la vie, après que ses deux parents ont été assassinés, alors qu'elle n'était qu'une enfant. On tient ici, dans l'image tremblante de cette jeune orpheline qui pose avec son enfant, la beauté ultime du film : tirer, d'une terre ingrate et d'une histoire inhumaine, la force de chercher encore, donc d'espérer encore.


Il aura fallu à Patricio Guzman quarante ans de lutte pied à pied, de mémoire à vif et de souffrance intime, pour aboutir à cette oeuvre d'une sérénité cosmique, d'une lumineuse intelligence, d'une sensibilité à faire fendre les pierres. A un tel niveau, le film devient davantage qu'un film. Une folle accolade au genre humain, un chant stellaire pour les morts, une leçon de vie. Silence et respect.



Documentaire chilien de Patricio Guzman. (1 h 30.)
Jacques Mandelbaum

mardi 26 octobre 2010

Premier "Prix du Public" pour Henri Munoz Horeau

L'œuvre est inspiré par un « clochard » rencontré à la rue dans son ancien quartier à Santiago du Chili, l'année 1971 et photographié par l'auteur.
Les autres œuvres antérieurement primé sont :
« L'Abbé Pierre » 53ème Salon UAP (2008) et « L'homme bleu » 54ème Salon
UAP (2009).

Chili: les «33» fêtés à Santiago

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Photo José Manuel de la Maza , lundi 25 octobre 2010
Ils ont remercié «tout le Chili», «tous ceux qui les ont accompagnés» pendant leur calvaire de 69 jours sous terre. Le président Sebastian Piñera a, lui, rendu hommage à leur courage.

Une « héroïne » de la mine chilienne exposée sur le site de l'Expo

Le véhicule en forme de capsule à une taille de 3 mètres 82 et pèse 455 kilos. Une grue, qui comprend des poulies et des câbles, a contrôlé ses mouvements. L'appareil a été conçu pour accueillir une personne dans un espace de 530 millimètres de diamètre.
La capsule Fenix II, le second véhicule, a ramené 33 mineurs bloqués à 700 mètres de profondeur à la surface et est à l'origine du miracle de la mine chilienne.
Fenix II est exposée maintenant sur la place Ciudadania à Santiago, la capitale du Chili. Fenix III se trouve dans la ville de Copiapo, au nord du pays, où la mine se situe.

LE PRÉSIDENT DU CHILI ET LA RACE ALLEMANDE

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« DAS DEUTSCHLANDLIED » (LE CHANT D'ALLEMAGNE), REPRODUCTION DU MANUSCRIT DES PAROLES D'AUGUST HEINRICH HOFFMANN, CONNU SOUS LE NOM DE HOFFMANN VON FALLERSLEBEN,  L'ORIGINAL SE TROUVE À CRACOVIE EN POLOGNE DANS LA COLLECTION BERLINKA. SOURCE  WIKIPÉDIA
Après avoir signé le livre de visites officielles, le chef d'État chilien Sebastian Piñera a écrit la phrase «Deutschland über Alles » (l’Allemagne au dessus de tout) justement la première ligne proscrite de l’hymne allemand.

Depuis une décision de Konrad Adenauer, datant de 1950, l’Allemagne ne jouait plus lors des cérémonies officielles que le troisième couplet du Deutschlandlied. Après la réunification, le chancelier, Helmut Kohl et le président allemand, Richard von Weizsäcker, ont décidé d’abandonner définitivement le premier couplet, qui commence par les paroles «Deutschland über alles » et le second, qui fait référence aux frontières devenues caduques de l’Allemagne. 


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« DAS LIED DER DEUTSCHEN » (LE CHANT DES ALLEMANDS) 
AUGUST HEINRICH HOFFMANN VON FALLERSLEBEN EN 1841, 
SUR LA PARTITION D'UN QUATUOR À CORDES DE JOSEPH 
HAYDN DATANT DE 1797. SOURCE DEUTSCHLANDLIED

DURÉE : 00:03:16


Dans l’image projetée par la nouvelle Allemagne réunifiée, rien ne devait rappeler le troisième Reich : ni la « supériorité de la race » induite dans le premier couplet ni la référence à ses frontières. 

Depuis 1991, l’hymne officiel allemand se compose donc uniquement du troisième et dernier couplet. Celui-ci commence par les paroles « Einigkeit und Recht und Freiheit » (Unité et Justice et Liberté). En Allemagne, bien que cela ne soit pas passible de poursuites, utiliser le premier couplet est généralement perçu comme l'expression de vues politiques très à droite, voire ouvertement néo-nazies.

Des sources présidentielles allemandes ont signalé que la feuille avec la phrase embarrassante et la signature de Piñera a été éliminée du livre de visites et que l'on a demandé au président chilien d’écrire un autre texte pour remplacer la fameuse phrase.

dimanche 24 octobre 2010

Une nouvelle galaxie, encore plus ancienne que les autres

C’était il y a 13 milliards d’années… A cette époque, l’univers était constitué d’un épais nuage de gaz, une époque que les astronomes appellent « l’âge sombre » car il est quasiment impossible d’y distinguer quoique ce soit. Progressivement cependant, les premières étoiles finissent par émerger et par se regrouper dans des galaxies. C’est l’une de ces toutes premières galaxies que ces scientifiques viennent d’observer. Jean Gabriel Cuby, astronome à l’observatoire de Marseille explique l’ampleur de cette découverte:
« En astronomie, quand on observe loin, on remonte également dans le temps du fait que la vitesse de la lumière est finie. Et donc quand on observe loin, on observe également loin dans le passé. Cette galaxie, on l’observe à une époque où l’univers avait 600 millions d’années alors qu’aujourd’hui, l’univers a environ 13,7 milliards d’années. On est vraiment remonté très très loin dans le temps en détectant cette galaxie et en pouvant mesurer sa distance ».
Pour faire cette découverte, plusieurs mois d'observation ont été nécessaires ainsi que la prise d'images très profondes. L’objectif prioritaire des astronomes est d’observer cette période reculée de l'univers ou l'on assiste à la naissance des étoiles et des galaxies.

Jean-Gabriel Cuby
Astronome à l'Observatoire de Marseille

Rencontre avec Raúl Ruiz, conteur fascinant

A près de 70 ans, ayant frôlé la mort à la suite de graves ennuis de santé, Raúl Ruiz signe Mystères de Lisbonne, d'après Camilo Castelo Branco, produit par un autre célèbre Branco, Paulo. Au départ série de six heures pour la télévision portugaise et Arte, cet éblouissant fleuve de cinéma romanesque et feuilletonesque a été ramené à un film de cinéma de quatre heures et demie pour les salles françaises. Quatre heures et demie qui passent comme une heure, tant cette coulée filmique évoquant aussi bien Balzac ou Dumas que Rembrandt ou Vélasquez se révèle un chef-d'oeuvre récapitulatif et terminal qui n'a pourtantrien de monumental ou d'intimidant. Ni de terminal d'ailleurs, puisqu'ayant repoussé la maladie et la mort, l'incroyable Raúl Ruiz s'est déjà lancé dans de nouveaux projets.
Pour Mystères de Lisbonne, il a fait tourner des actrices françaises.
"C'était assez théâtral, se souvient Clotilde Hesme, Raúl faisait beaucoup de plans-séquences. On savait qu'on ne serait pas récupérés au montage ! J'avais beaucoup de texte, très écrit, à l'exception d'une scène où j'ai dû improviser un peu. Je n'ai jamais vu un plateau de cinéma aussi silencieux, un tel silence de travail, de concentration. Aucune hystérie. C'est le metteur en scène qui amène ça, avec une intelligence et une acuité formidables. Les grands ne parlent pas, seule la puissance de leur mise en scène fait jouer les acteurs."
Léa Seydoux a tourné trois jours pour quelques scènes : "C'était bref mais je suis très contente de l'avoir fait. Raúl était affaibli, tout le monde essayait de ne pas causer de troubles, d'être très concentré. Quand je tourne, certains réalisateurs me touchent par la façon de porter leur film, on sent qu'ils sont complètement investis, qu'ils y mettent toutes leurs forces, toute leur âme. Raúl est extrêmement bouleversant. Je n'avais pas lu le scénario intégral, je me laissais porter, je m'offrais à lui. C'est un film réalisé avec peu de moyens mais très riche, comme La Belle et la Bête de Cocteau."
Raúl Ruiz est né et a grandi de l'autre côté de la terre, dans le lointain Chili. Son goût pour les structures labyrinthiques naît des feuilletons radiophoniques qu'il écoute assidûment et des livres qu'il dévore enfant : "Je lisais des auteurs comme Stevenson, Chesterton... Le boum de la littérature latino n'avait pas encore eu lieu, je ne connaissais pas Borges. Il existait une littérature chilienne, mais plutôt des fresques socialistes gigantesques, inspirées par Jack London." Il aime aussi le théâtre de l'absurde (Adamov, Ionesco...) et le cinéma. "Je voyais des films pas forcément bons, comme Les Espions de Clouzot, film provocateur, volontariste, mais qui contient de très jolies choses. Ou des films atypiques comme Mickey One d'Arthur Penn."
Quand on lui demande comment il est devenu cinéaste, Ruiz propose malicieusement une réponse freudienne et une réponse marxiste. Selon la première, quand à 10 ans il voit Jeanne d'Arc de Victor Fleming avec Ingrid Bergman, il est pris de l'envie irrépressible d'entrer dans le film, de prendre Jeanne/Ingrid dans ses bras, de la sauver et de fuir avec elle. "J'ai découvert qu'un réalisateur pouvait faire ça, sauver un personnage condamné ! Je l'ai d'ailleurs souvent fait dans mes films." Selon le point de vue marxiste, Ruiz comprend grâce à la Nouvelle Vague qu'il est possible de faire des films avec le peu de moyens financiers disponibles au Chili.
Il tourne son premier film, le court métrage La Maleta, en 1961. Cette première période chilienne est, de son propre aveu, assez expérimentale, un peu dans la lignée de Film de Beckett, loin du baroque débridé qui fera sa réputation. "Notre esthétique était radicale, on voulait arriver au degré zéro du cinéma.
Nous étions très influencés par la culture et les idées françaises. Notre cinéma était très dépouillé."
Le 11 septembre 1973, un coup d'Etat précipite la chute du président socialiste Salvador Allende et la prise de pouvoir sanglante du général Pinochet. Peu porté sur l'idéologie ou les prises de positions politiques affirmées, Ruiz parle de cette période avec un surprenant détachement. "J'ai été très pragmatique. Quand j'ai vu qu'on arrêtait le cinéaste Patricio Guzmán, je me suis dit, ça va continuer, c'est le moment de quitter le pays. Je suis parti un mois après le coup d'Etat. Le geste héroïque consistait à ne pas se couper les moustaches. Les moustaches, c'était la gauche !"
Le moustachu n'émigre pas tout de suite en France. Epousant des trajectoires sinusoïdales surprenantes, comme une préfiguration de ses films à tiroirs, il atterrit à Ouarzazate, au Maroc. Le cinéaste Peter Lilienthal, juif allemand uruguayen que Ruiz a connu au Chili, l'a fait venir sous prétexte d'une bourse bidon. Lilienthal lui présente un de ses amis producteur à la télévision publique allemande et Ruiz part tourner un film au Honduras pour la deuxième chaîne allemande ! A cette époque, il croisera des gens comme le cinéaste allemand Werner Schroeter.
Il arrive en France vers la fin de l'année 1974.
"J'ai d'abord fait des courts puis Dialogue d'exilés, un film politique mais ironique qui m'a créé des problèmes. Mes compatriotes ont mal réagi parce que je n'étais pas assez pathétique. Je me suis retrouvé puni d'un double exil : exilé du Chili et exilé de la communauté chilienne de Paris ! Le PCF m'a accueilli, ce qui en dit long sur les circonvolutions ironiques de la politique ! J'ai sympathisé avec les gens des Cahiers du cinéma de l'époque : Pascal Bonitzer, Serge Daney... Ils sortaient de leur période maoïste et rigolaient plus qu'avant. Une époque riche, très ouverte."
Soutenu par Daney, l'un des critiques les plus influents de l'époque, Raúl Ruiz entame ce qu'on pourrait appeler sa période Stevenson avec Les Trois Couronnes du matelot, La Ville des pirates ou L'Ile au trésor, série de films mêlant onirisme, aventure et parfum de contes sortis de vieux grimoires, une traduction de ses passions littéraires enfantines. " La Ville des pirates, c'est un cocktail entre Salvador Dalí, Walt Disney, Raymond Roussel, avec aussi une critique de Saint-Exupéry. J'ai failli créer un club anti-Petit Prince ! Je l'ai relu depuis, ce n'est pas si mal."
Ruiz installe sa réputation de cinéaste conteur, baroque et romanesque. Sans toucher un très large public, il fait son trou en France, s'enracine dans notre pays et notre cinéma. Il enchaîne les projets, dirige un temps la scène nationale le Volcan au Havre. Dans les années 1990, il connaît sa période peut-être la plus florissante, artistiquement et commercialement, et tourne avec des stars comme Catherine Deneuve, Marcello Mastroianni, Michel Piccoli ou des figures populaires comme Pierre Bellemare, Didier Bourdon et Laetitia Casta (Les Ames fortes en 2001).
"A mes débuts en France, Pierre Bellemare était le seul Français que je comprenais à la radio. Quand je l'ai rencontré, on a commencé à se raconter des histoires. Bellemare est très chilien pour ça. Il a une culture proliférante où tout se mélange, des recettes de cuisine à Mallarmé ! Deneuve, elle, m'a écouté puis m'a dit : "OK, vous pouvez utiliser mon nom !" Sous-entendu, vous pouvez monter financièrement votre film."
Ruiz enchaîne Trois vies et une seule mort, Généalogies d'un crime ou Les Ames fortes d'après Giono. A la même époque, il tourne Le Temps retrouvé, transposition à l'écran de la dernière partie d'A la recherche du temps perdu, le chef-d'oeuvre réputé inadaptable de Proust. Ruiz s'en sort magnifiquement, avec un film complètement ruizien qui réussit à retranscrire l'esprit de Proust tout en présentant l'élite des acteurs français du moment sous leur meilleur jour : Deneuve, Béart, Pascal Greggory, Edith Scob, sans oublier John Malkovich ou la mascotte de Ruiz, Melvil Poupaud.
S'il est vain de comparer le film au livre, Le Temps retrouvé surclasse infiniment les adaptations littérales du type Un amour de Swan de Volker Schlöndorff. Présentée à Cannes, cette production très ambitieuse sera l'un des plus gros succès de Ruiz.
Après ce coup d'éclat, la carrière de Ruiz suivra un cours plus inégal malgré de jolies réussites comme Ce jour-là, hilarante comédie avec Bernard Giraudeau. Mystères de Lisbonne n'en surgit qu'avec plus de puissance. Quand Paulo Branco lui a proposé de travailler sur Castelo Branco ou sur Cosmopolis de Don DeLillo (finalement pour Cronenberg), Ruiz a choisi le roman feuilletonesque : il adore le mélodrame. "Je suis sensible à l'aspect onirique, voire surréel, de ces histoires abracadabrantes. Et j'aimais bien Castelo Branco, que je connaissais à travers les films d'Oliveira. On trouve chez lui un côté portugais que j'apprécie beaucoup : on installe le mélodrame puis on l'oublie. Ça pourrait se terminer très mal, mais chez Castelo, ça se termine abruptement, ni bien ni mal, et on passe à autre chose."
Luxe rare pour lui qui commence parfois à tourner avant d'avoir un scénario, Ruiz dispose de six mois pour préparer le film et de trois mois pour tourner. Malgré sa splendeur, Mystères de Lisbonne n'est pas une production gigantesque. Pour les décors, l'Etat portugais a prêté ses nombreux palais et couvents. La structure en feuilleton permet une grande liberté dont le cinéaste s'est enivré. "Les personnages peuvent disparaître puis réapparaître quand on les avait oubliés, retour impensable dans une structure classique en trois actes. Avec le feuilleton, les proliférations sont admises et même souhaitables." Pourtant, Ruiz avoue garder un souvenir mitigé de l'expérience, pour une raison très simple : il croyait tourner son dernier film. "Le médecin a été assez honnête pour me dire que mes chances de survie étaient à 50-50. Puis c'est devenu 5-95. Ma santé était un feuilleton ! Ça a rendu le tournage solennel, pathétique, que sais-je ? Mais ça m'a obligé à aller à l'os. Ce n'est pas un film obèse."
Avant de prendre congé d'un Ruiz amaigri mais arborant une suprême élégance de séducteur latino, on se demande si après ces quelque quarante années passées en France, il se sent plutôt français ou plutôt chilien, si son ironie constante ne cache pas avec pudeur une blessure d'exilé jamais cicatrisée. Sa réponse claque comme un magnifique viatique pour temps d'identités nationales. "Je ne sais pas où est ma seconde patrie : parfois le Chili, parfois le Portugal, parfois la France. Mon domicile fixe est ici, à Paris... pardon, à Belleville, nuance. Ici, c'est le monde, les nationalités les plus invraisemblables s'y côtoient."

jeudi 21 octobre 2010

Luis Corvalán nous a quittés


L'ex-secrétaire du Parti communiste du Chili et l'un des principaux promoteurs du gouvernement de l'Unité Populaire, Luis Corvalán, est décédé ce mercredi 21 juillet 2010 à 93 ans dans son domicile de Santiago du Chili, ont informé ses parents.

Un cinéaste au fond des yeux : Patricio Guzmán

Un gros plan qui vous bouleverse ? Une scène que vous avez ratée ? C’est un questionnaire intime, disons prousto-godardien, le plus illustré possible (photos, extraits, sons…), que l’on soumet aux cinéastes, célèbres ou pas, qui comptent pour nous. Ainsi se dégage le parfum de leur univers, de leur histoire avec le cinéma, de leurs rêves. Dans le fauteuil du réalisateur aujourd’hui, le Chilien Patricio Guzmán (“La Bataille du Chili”, “Salvator Allende”), dont “Nostalgie de la lumière” est projeté demain, vendredi, en séance spéciale à Cannes.

Patricio Guzmán est un cinéaste chilien né le 11 août 1941 à Santiago. Il a signé de nombreux documentaires sur l'histoire de son pays, notamment La Bataille du Chili, coréalisé avec Chris Marker, mais aussi Salvador Allende (2004). Son dernier film, Nostalgie de la lumière, une méditation sur les traces laissées par la dictature au Chili, est présentée en séance spéciale à Cannes vendredi 14 mai.

Dans quel état vous met Cannes ?

Euphorie. Champagne. Réalisme. Dépression.

Quel est le premier film que vous avez vu et où l'avez-vous vu ?

Fantasia,
de Walt Disney, à Valparaíso (Chili), à l’âge de 7 ans.

D'où vient votre envie de faire des films ?
Des ombres reflétées sur un mur qu’il y avait en face de ma maison d’enfance

Un film un peu au-dessus de tous les autres ?

Otto e mezzo
[Huit et demi, NDRL], de Federico Fellini.


Huit et demi (1963) de Federico Fellini

Un livre que vous avez rêvé d'adapter ?
Aucun.

Vous tournez une suite. Laquelle ?

Le Chili étant un grand pays de 4 000 km de long, je n'ai qu'à me baisser pour trouver un sujet...

A quoi êtes-vous sensible pendant la projection de votre film lors d'un festival ?

A la qualité du son.

Revoyez-vous vos films ? Pourquoi ?

Oui, pour m’assurer qu’ils sont bons.

Une scène que vous avez ratée ?

C’est un film entier que j’ai raté : La Rosa de los vientos (La Rose des vents)

Une scène inoubliable ?

La disparition de Jorge Müller (mon chef opérateur, tué par la dictature de Pinochet).

Jorge Müller et Patricio Guzmán (1973)


Un film qui vous donne envie de vous engager ?

Le film Ariane Mnouchkine-L'aventure du Théâtre du Soleil, de Catherine Vilpoux.

Vos films ont-ils une nationalité ?

Le Chili.

Un gros plan qui vous bouleverse ?

La fileuse dans Ether, de Viswanadhan.

Un travelling qui vous transporte ?

La fugue de Jean-Pierre Léaud dans Les 400 Coups.

Le dernier film qui vous a fait pleurer ?

Bienvenu chez les Ch'tis
.


Bienvenue chez les Ch'tis (2008) de Dany Boon

Un film qui vous donne envie de danser ?
Boxing Gym,
de Frederick Wiseman.

Boxing Gym (2010) de Frederick Wiseman

Quel acteur regrettez-vous de n'avoir jamais filmé ?
Les oiseaux du Peuple migrateur.

Une ville dans un film ?

La ville de Blade Runner, de Ridley Scott.


Blade Runner (1982) de Ridley Scott

A quelle(s) critique(s) vous fiez-vous ?
Louis Marcorelles [grand critique, fondateur de la Semaine Internationale de la critique à Cannes, il travailla entre autres pour Le Monde et Les Cahiers du cinéma, NDRL].

Pour lequel de vos films avez-vous un faible ?

Nostalgie de la lumière
.

A quel stade de votre vie pourriez-vous envisager de ne plus faire de films?

A 115 ans.

Une chanson que vous n'avez jamais autant aimé que dans un film ?

Amarcord,
de Nino Rota.

Par quoi vos films sont-ils obsédés ?

Je ne le sais pas.

Si vous étiez un peintre ? (Ou un musicien ?)

Stravinsky.

Igor Stravinsky
En 2040, le cinéma sera...

Mieux que jamais.

Pourquoi filmez-vous ?
A cause de mon instinct et de mes désirs.

Le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ?

Je ne sais même pas ce qu'est un verre !

Propos recueillis par Mathilde Blottière


LES MILLE VIES DE RAOUL RUIZ, RÉALISATEUR-TUEUR À GAGES

Mort et enterré depuis belle lurette, le surréalisme ? Raoul Ruiz est la preuve vivante que non. Voilà plusieurs décennies maintenant que ce cinéaste chilien, citoyen français, âgé de 69 ans, nous embobine pour notre plus grand plaisir. Jeu de l'oie cinématographique, récits gigognes, fictions à tiroirs : son cinéma n'a cessé d'aller à contre-courant en tenant son cap sur l'imaginaire. Chacun de ses films est un voyage baroque, entre songe et réalité, mémoire et oubli, hasard et nécessité.

Ruiz a sillonné le monde, tissant d'étranges correspondances entre certains pays, la Sicile et la Suisse, le Chili et le Portugal. On jurerait qu'il a vécu plusieurs vies. Grâce à Trois Vies et une seule mort justement (avec Marcello Mastroianni) ou à Généalogies d'un crime (avec Catherine Deneuve), il a connu en France sa période la plus faste, à la fin des années 90. Puis on l'a un peu perdu de vue. Il nous revient avec un grand film, Mystères de Lisbonne, adaptation d'un classique de la littérature portugaise. Ruiz est un puits d'éru­dition, mais il n'étale pas sa science. Il fait mieux : il la transforme en art de la divagation. Propos d'excentri­que, pas piqués des hannetons.


Réalisateur, navigateur et tueur


« Je suis né à Puerto Montt, au Sud du Chili, mais mes premiers souvenirs datent de Valparaíso, où je suis arrivé à 3 ans. Je suis resté dans les parages jusqu'à l'âge de 16 ans, avant d'aller à l'université de Santiago. Mon père était capitaine de bateau, et je crois bien être le premier de la famille à ne pas avoir été marin. Je me suis rattrapé en racontant des histoires de marin [Les Trois Couronnes du matelot, L'Ile au trésor, NDLR...]. Récemment, j'ai récidivé en montant une série pour la télé chilienne, Littoral, un peu à la manière de Mystères de Lisbonne : c'est le meilleur moyen de faire un film long sans que les producteurs râlent trop. Dans ce film, je raconte des histoires liées aux gens de la mer, à Valparaíso, un grand port autrefois. Aujourd'hui, l'endroit est plein de nostalgie, c'est un peu has been. Les gens aussi : ils semblent avoir été quelque chose, quelque part, il y a longtemps. Même les enfants de 6 ans... Valparaíso me donne, d'ailleurs, la même impression que le Luxembourg, où les bébés ont l'air de retraités. 


Je serais volontiers devenu matelot sans la campagne acharnée de ma mère, qui m'a convaincu qu'être marin était aussi barbant que chauffeur de bus. Elle m'a poussé vers d'autres domaines, mais dans le fond je n'ai pas choisi un métier si différent, puisque je voyage sans arrêt. Réalisateur se rapproche aussi de tueur à gages : on est parfois réveillé à minuit et quelqu'un nous dit : "Vous prendrez le vol de 7h10, un revolver, euh... enfin, Untel vous attendra et vous commencerez à tourner lundi..." Je me souviens que, dans les années 70, lorsque la télévision allemande me produisait, elle payait la totalité du film en une seule fois. Et pas de chèques, rien que des billets de banque ! On devait se débrouiller tout seul et revenir trois mois après, le film fini. On se retrouvait alors dans la rue, avec ce paquet d'argent dans les poches, puis on prenait le train de nuit pour Paris ! Vous imaginez les risques... »


L’exil et le rire


« J'ai quitté le Chili en 1973, après l'arrestation du premier cinéaste, Patricio Guzmán. C'était un mois après le coup d'Etat militaire de Pinochet. J'étais presque en fin de carrière – j'avais fait huit films ! – et, derrière, les jeunes poussaient pour écarter les vieux – je me suis vengé depuis, les jeunes ont maintenant 60 ans et n'ont fait que trois films ! Bref, j'ai fui le Chili et j'ai débarqué au Club Med à Ouarzazate, en pleine guerre du Kippour ! Un ami réalisateur allemand, Peter Lilienthal, tournait là-bas, et c'est lui qui m'avait envoyé le billet d'avion. C'était très étrange de se retrouver en plein ramadan, dans un Club Med désert avec une bonne partie du personnel sur le pied de guerre. Plus tard, c'est Paris qui m'a choisi. Tout le monde confondait ma nationalité, on me croyait mexicain, brésilien, portugais. J'ai fait un film, Dialogues d'exilés, qui m'a valu l'excommunication des exilés et une protection inattendue du Parti communiste français. Ça tombait bien : j'avais beaucoup de mal avec le côté boy-scout des dissidents. Je me suis résolu à passer du côté de la France en me disant qu'il valait mieux en rire. »


Une petite histoire d’O


« Tantôt je m'appelle Raoul, tantôt Raul. Ça dépend des pays. En vérité, c'est Raul. Le problème, c'est qu'en France les ordinateurs se fâchent devant l'absence du "o". Mal écrit, ça devient même parfois Paul. J'ai fini par ajouter le "o". »
« Je raconte des histoires tout le temps. D'où mon goût pour le folklore, les troubadours. C'est le grand avantage du feuilleton sur les structures en trois actes : il tolère les points de suspension, les fils d'histoires qui tombent dans le vide. En amont de Mystères de Lisbonne, j'ai d'abord lu les trois volumes du roman de Camilo Castelo Branco [un écrivain du XIXe, sorte de Balzac portugais, NDLR] en prenant le plaisir de me perdre parmi les trois cents personnages. Carlos Saboga, le scénariste, a formidablement réussi à ramasser toutes ces d'histoires si portugaises dont Valery Larbaud avait justement remarqué la singularité : elles ne se déroulent jamais comme prévu. Un personnage peut être sur le point de se suicider et tout d'un coup changer d'avis puis refaire sa vie. Ce n'est pas l'ambiguïté ni la perversité des personnages, mais leur nonchalance qui m'a le plus attiré. Le film existe en deux versions : une série télé, plus longue, plus parodique. Et une version cinéma, plus à l'américaine, façon Otto Preminger, de quatre heures et demie, qui nécessite une prédisposition, mais apporte, je l'espère, un plaisir particulier. Il faut d'abord s'installer dans le récit, puis commencent à s'activer les éléments addictifs, les échos, les résonances, les rappels. Le but, c'est de donner l'impression de vivre toute une vie. »


Une filmographie infinie


« Je ne suis pas un fanatique du système décimal, pourtant je tourne souvent autour du nombre cent. A 15 ans, je me suis lancé un défi : écrire cent pièces de théâtre. J'y suis parvenu, en trichant un peu, avec certaines pièces de trois pages, comme a pu en écrire Jean Tardieu. Une dizaine d'entre elles ont été jouées... Sur ma quantité de films, j'ai lu sur Internet que j'avais fait deux cents films, ce qui me semble exagéré. On est plus proche de cent dix-sept, cent vingt, en comptant ceux que j'ai tournés pour le ministère de l'Education nationale au Chili, sur des sujets aussi variés que l'art de la conversation ou la culture de la pomme de terre. Ma méthode pour travailler autant et aussi vite ? Je ne sais pas trop : je flaire le film, je sens l'odeur du tournage. Cela m'épargne beaucoup de temps. "Tu n'as pas besoin de convaincre les producteurs, m'a dit un ami réalisateur espagnol, tu les infectes !" En vérité, le mérite revient simplement à mon ADN, j'ai plutôt bon caractère : je calme les ennemis potentiels. »


Ma greffe du foie


« Mystères de Lisbonne, c'est une sorte de testament. Je l'ai réalisé en pensant que c'était peut-être mon dernier film. J'étais malade et je devais entrer à l'hôpital à la fin du tournage pour une intervention, avec 50 % de chances d'y passer. Ce qu'on appelle le "risque vital", qui est en fait le risque mortel ! Bon, je n'ai pas voulu prendre tout ça trop au sérieux, même si on peut lire quelque chose d'inéluctable dans chaque plan. Pour combattre la mélancolie et conjurer le mauvais sort, je raconte volontiers ma maladie, c'est comme une superstition.


Le médecin qui m'a opéré m'a dit que j'avais une tumeur atypique, inclassable. "Ah, c'est marrant, c'est exactement comme ça qu'on définit mes films", lui ai-je répondu... Pour la greffe, c'est compliqué d'avoir un foie, ce n'est pas à la commande. Or, un drôle de miracle a eu lieu : ce n'est pas un, mais deux foies qui sont arrivés. Quelqu'un a dit au Chili que c'était normal, puisque deux institutions avaient prié pour moi, l'Eglise évangélique et l'Opus Dei – espérons que j'ai hérité de celui de l'Eglise Evangélique... Enfin, le problème c'est qu'un groupe d'éminents médecins au Chili, comprenant que mon foie était chilien, a alerté l'opinion en menaçant de faire appel à la justice. La durée de vie d'un foie frais n'excédant pas six heures, il n'aurait soi-disant pas supporté le voyage, de Santiago à Paris ! »


Pourriez-vous m'indiquer le chemin pour la tour de Babel ?


« Mes films sont très parlés, l'image sonore comptant autant que l'image visuelle. Tout ce qui est lié aux langues et aux accents me fascine. Les Chiliens sont capables de parler des heures, sans verbe ni sujet. Leurs phrases deviennent des bruits... Je suis vivement intéressé par ce cas inédit de prisonniers – un Italien, un Russe, un Anglais – dans un camp au Japon, durant la Seconde Guerre mondiale, qui finissent par parler tranquillement latin, car c'est leur seule langue commune. Imaginer les malentendus liés à leurs accents me réjouit.


Il y a aussi l'"aljamía", cette langue difficile à prononcer, pratiquée par les musulmans en Andalousie. J'ai fait un film, La Chouette aveugle, avec des Belges qui parlent aljamía et dans lequel j'ai ajouté toutes sortes de bruits de bouche, importés du Chili et du Sénégal. Je ne connais pas beaucoup de langues, mais j'apprends des poèmes la nuit, pour lutter contre l'insomnie et Alzheimer par la même occasion. J'aime beaucoup le provençal ou le sicilien de cour du XVIIe... Pourquoi le portugais est-il si cinématographique ? En raison de son discours implicite, de ce qui est derrière la langue, y compris le silence. En français, quand on commence à parler, on sait à peu près comment on va finir la phrase, et le discours explicite est plus fort que tout. Tandis qu'en portugais ou en chilien, dire les choses frontalement est carrément obscène. De là le charme indéfinissable des acteurs portugais disant leur texte : on dirait tout le temps des chats en train de ronronner. »


Génie méconnu


« C'est plutôt un avantage de ne pas être trop connu. Je me souviens d'une réplique dans un film de Manoel de Oliveira, La Cassette, où un guitariste parle avec le patron d'un petit café : "J'ai 75 ans et personne ne me connaît, ce n'est pas rien." Au Chili, je suis accueilli comme une figure nationale, je ne vais pas, en plus, leur demander de voir mes films ! Un ami avait résumé cela en une lettre : "J'admire beaucoup votre travail et n'avoir rien vu de vous n'a fait qu'augmenter mon admiration." Mes films ont, malgré tout, de curieux destins. Très peu de gens, par exemple, ont vu L'Ile au trésor, en France. Alors qu'aux Etats-Unis, il est multidiffusé comme un classique sur les chaînes du câble. »


Cinémémoire


« Les Milanais ont un verbe, calendare, qui désigne ce moment particulier du réveil où l'on passe fugitivement en revue ce qu'on a fait la veille, ce qui nous attend dans la journée. Trouver l'équivalent de la mémoire en film, tout en créant des rimes poétiques, c'est l'une de mes obsessions. Une tâche compliquée, car les images sont de nature plutôt liquides, c'est difficile de les enfermer dans des segments discrets. Proust m'a inspiré lorsque j'ai adapté Le Temps retrouvé. C'est lui l'inventeur du travelling, du fondu enchaîné, sauf qu'il a besoin de quarante pages. Au cinéma, c'est plus rapide. Mon cinéma est moins fondé sur un principe d'accumulation que sur celui de combinaison. Certes, je suis encombré de souvenirs – pourquoi donc me rappelle-je soudain que 212229-B était autrefois le code de l'Institut français de Londres ? Mais je ne crois pas être hypermnésique, enfin je l'espère : ceux qui le sont finissent en général par se suicider. Comme je lis des livres atypiques, je donne l'impression d'une énorme mémoire, alors qu'il s'agit juste d'une mémoire atypique. »


L’enfant, cet adulte


« Il y a souvent des enfants dans mon cinéma, pourtant je ne suis pas un fan de l'enfance, qui peut être une période terrible. Longtemps, je me suis couché de bonne heure, parce que je devais me lever à 7 heures pour aller à l'école. Pendant ce temps, ma famille s'abrutissait de fêtes improvisées. Une fois, j'ai été réveillé, au milieu de la nuit, par quatorze mômes en furie, se jetant sur mon lit, me mettant les doigts dans le nez. Une autre fois, je me suis retrouvé dans les airs : des inconnus me lançaient comme un jouet. Au Chili, le seul adulte à la maison est l'enfant. C'est le côté touchant du pays. Dans ma génération, la mère occupait plutôt le rôle du père, comme chez les Indiens. Le père était une sorte de parvenu blagueur, chargé de l'initiation sexuelle, ce qui signifiait amener son fils dans un bordel propre. »


Des films en sommeil


« Je viens de terminer le premier court métrage, La Valise, que j'ai réalisé en 1960 [l'histoire d'un homme qui se promène avec une valise contenant un nain, NDLR], en y ajoutant un plan et les sons qui manquaient. A cette époque, il y avait toujours quelqu'un ou quelque chose qui empêchait l'achèvement complet de mes films, les laissant en sommeil. C'était peut-être dû à ce qu'on appelle au Chili "la pesanteur de la nuit", ce moment de spleen après l'énergie. Quelque chose qui remonte aux temps anciens des colonies en Amérique latine et plus loin encore à la misanthropie de Don Quichotte. Cet état que les Espagnols nomment "la fatigue de commander" et que les Portugais appellent "le stress des vainqueurs". Lorsque l'idée de gagner quelque chose devient insupportable. ».

Propos recueillis par Jacques Morice
Télérama n° 3170

mercredi 20 octobre 2010

Chili: la mine dément avoir été avertie par les 33 d'un risque sous terre

"Aucun d'entre nous, responsables des opérations de la mine à ce moment-là, n'a reçu de commentaire sur des bruits ou explosions inhabituelles (dans la mine) de la part de travailleurs ou du chef de quart", ont affirmé des responsables du groupe chilien San Esteban dans un communiqué.
"La permission d'abandonner la mine en raison d'un risque présumé ne nous a pas davantage été demandée", ajoute le communiqué signé du directeur des opérations, Carlos Pinilla, et du gérant de la mine, Pedro Simunovic.
Certains des 33 mineurs, dont le chef de quart Luis Urzua, étaient entendus mercredi par un procureur de Copiapo (nord), dans le cadre d'une enquête judiciaire en cours sur l'éboulement du 5 août à la suite duquel les mineurs se sont retrouvés bloqués à 700 mètres de profondeur.
Une enquête parlementaire et une enquête administrative ont également été ouvertes.
Les responsables opérationnels de la mine d'or et de cuivre de San José, située à 800 km au nord de Santiago, avaient été directement mis en cause mardi par un député, Carlos Vilches, membre de la commission d'enquête sur l'accident, s'appuyant sur le témoignage d'un des "33", Juan Illanes.
"Il m'a dit que le matin de l'accident, ils ont commencé à signaler des problèmes, parce que des bruits importants, profonds, résonnaient dans la mine (...) Ils ont demandé à sortir, mais on ne leur a pas donné l'autorisation", a déclaré M. Vilches à l'AFP.
Au moins deux mineurs cités dans la presse ont confirmé que "la mine faisait du bruit", signe d'instabilité du sous-sol, et que le chef des opérations "savait très bien ce qu'il se passait" à l'intérieur.
"Aucun d'entre nous n'avait le moindre indice pouvant laisser penser qu'une catastrophe pouvait survenir", affirme mercredi la direction de San Esteban, pour qui l'éboulement était "imprévisible".

Chili. Des cadeaux pour les 33 hommes sauvés de la mine

Celui-ci avait déjà remis à chaque famille un chèque de 5 millions de pesos (7 600 €). Il a réuni mardi soir les mineurs dans la station balnéaire de Caldera, au Chili, pour un dîner. Quelque 300 personnes, en comptant les mineurs et leurs proches, ont assisté au repas, au cours duquel M. Farkas a annoncé offrir une moto à chaque mineur, et une maison à deux d’entre eux. Enfin, le mécène a invité chaque mineur et leur compagne à passer un week-end dans un bungalow sur la côte chilienne, champagne à la clef.

Un mineur chilien remercie David Villa pour son soutien

[ Cliquez sur l'image pour l'agrandir ]
Le joueur de football David Villa est très sollicité par ses innombrables fans et admiratrices, ici à Valencia, Espagne le 3 November 2008. Photo Graham Fellows chez Flickr
«Je voudrais remercier Barcelone et Villa pour leur soutien. Villa était en contact permanent avec ma fille», a ajouté Lobos qui avait joué pour plusieurs clubs chiliens entre 1982 et 1995. Il faisait aussi partie de l'équipe du Chili qualifiée pour les jeux Olympiques de Los Angeles en 1984.
Lobos, 53 ans, et 32 de ses condisciples ont été remontés à la surface sains et saufs mercredi après avoir passé plus de neuf semaines à 700 m sous terre.
Villa, originaire d'une région de mineurs en Espagne, s'est dit «heureux» jeudi du sauvetage des 33 mineurs chiliens. «Je l'ai vécu dans l'incertitude. Le dispositif de sauvetage avait l'air parfait, mais il peut toujours y avoir des complications», a ajouté David Villa dont le père et le grand-père étaient des mineurs.

mardi 19 octobre 2010

Visite du Président Sebastián Piñera (19 au 21 octobre 2010)

Sebastián Piñera est reçu demain par le président du Sénat. Le président de la République le recevra pour un déjeuner de travail mercredi 20 octobre. Le président du Chili s’entretiendra également avec le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale, avant des échanges avec la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
Le chef de l’État chilien visitera l’École polytechnique, où lui sera présenté le plateau de Saclay, rencontrera les chefs d’entreprises français au Medef international, et donnera une conférence à l’Institut d’études politiques de Paris. Il se rendra également à l’Unesco et à l’OCDE.
Une amitié de longue date lie la France au Chili, qui a trouvé une nouvelle illustration dans les marques de solidarité et l’aide immédiatement apportée par la France à la suite du terrible séisme qui a touché le Chili le 27 février 2010. La France et le Chili partagent les mêmes valeurs et de fortes convergences sur la scène internationale : défense des droits de l’Homme, promotion du droit international et des instances multilatérales, lutte contre le changement climatique et défense de la biodiversité et combat contre la pauvreté et les inégalités.
La France souhaite intensifier ses échanges économiques avec le Chili, qui a fait son entrée en janvier 2010 à l’OCDE. Nous souhaitons également consolider l’excellent partenariat scientifique et la coopération en matière d’enseignement supérieur qui nous lient au Chili.
Le déplacement du président chilien intervient quelques jours après le remarquable sauvetage des 33 mineurs de la mine de San José à Copiapo dont la France s’était réjouie.

lundi 18 octobre 2010

Chili : une capsule pour le secours aux mineurs sera exposée à l'Expo universelle de Shanghai

La Capsule Fenix I sera envoyée en Chine et Fenix II, qui a été utilisée pour sauver les mineurs, sera placée sur la place Ciudadania de Santiago, capitale du Chili, alors que Fenix III sera exposée à Copiapo, une ville dans le nord du Chili, où se situe la mine de San José, a indiqué Rodrigo Hinzpeter à une télévision locale.
Les trois capsules, construites par la marine chilienne, ont été fabriquées pour hisser les mineurs à travers un tunnel de 67 cm de diamètre.
Les 33 mineurs ont été pris au piège à près de 700 mètres sous terre depuis le 5 août quand la mine de San José s'est effondré. Ils ont été tous sauvés avec succès le 11 octobre après 69 jours d'épreuve.

samedi 16 octobre 2010

Chili : un chef-d'oeuvre de relations publiques

Une sensibilité nouvelle
Lyrique, jouant d'une sensibilité ouvriériste qu'on ne lui connaissait pas, ce président de droite, élu de justesse début 2010, a dénoncé les conditions de travail des mineurs, vitupéré les compagnies minières, et affirmé que le Chili ne sera plus jamais le même pays, après cette odyssée des 33 mineurs « qui nous ont servi une leçon de vie »...
La gestion des attentes du public a été magistrale. On a commencé par dire que ça pourrait prendre jusqu'à trois ou quatre mois pour les délivrer – peut-être jusqu'à Noël! – de façon à faire baisser l'impatience et les attentes. Or, entre le moment où on apprend que les mineurs ont survécu à l'effondrement de leur mine – le 22 août – et leur spectaculaire libération, il s'est écoulé sept semaines.
Tout au long de ces semaines, Piñera ne ménage pas ses efforts. Il mobilise un état-major de crise. Multiplie les déclarations encourageantes... mais sans jamais promettre la lune, ni le succès assuré à 100 %. Dès le lendemain de l'éboulement, le 6 août, il dit : « Mon gouvernement fera tout ce qui est humainement possible » pour les ramener à la surface. Et lorsqu'on a qu'on a le premier signe de vie des mineurs, c'est lui qui, devant les caméras, brandit le message manuscrit remonté par une sonde jusqu'à la surface.
Et puis dans les jours qui suivent, lui, l'homme de droite, le milliardaire capitaliste élu par 51 % des voix – la moitié bourgeoise et conservatrice du pays – il approuve le renvoi des responsables de la mine, condamne les employeurs négligents, dit qu'il instaurera et fera appliquer des réglementations plus strictes. Il bloque une subvention de 10 millions de dollars pour la compagnie propriétaire de la mine.
Il fait pression en faveur d'un sauvetage plus rapide – mais toujours discrètement, sans le dire trop fort. Il recherche l'aide de l'étranger – la NASA est allée prodiguer ses conseils, le Canada a fourni une aide logistique – sans pour autant perdre le crédit de toute l'opération.
Un pays plus uni
Une crise admirablement jouée... qui lui permet aujourd'hui d'affirmer que le Chili en sort plus uni que jamais. Ce qui est sans doute vrai.
Tout ce drame, avec sa conclusion bouleversante, a été vécu à l'unisson par tous les Chiliens. Dans un pays qui, depuis longtemps, est politiquement coupé en deux. Un pays où, jusqu'à récemment, une moitié de la population détestait la mémoire d'Augusto Pinochet, le dictateur, mais où l'autre moitié la chérissait... et ne voulait rien savoir de Salvador Allende, le grand symbole de la gauche, évincé violemment par Pinochet en 1973.
Issu, de par sa famille, des réseaux pinochétistes proches de l'ancien dictateur, Piñera a mis à profit cette crise pour tenir un discours social qu'on avait rarement entendu à droite. Pour marquer des points sur le plan politique, bien entendu. Mais aussi, on peut le dire, pour unifier vraiment le pays, et tirer d'un tel drame un bénéfice pour la nation. Pour que la gauche et la droite, au Chili, ne soient plus des ennemis, mais plutôt des adversaires, voire des partenaires.
Malgré une économie à deux vitesses que nous a dramatiquement rappelée ce drame des mineurs de l'Atacama, le Chili de Sebastian Piñera a voulu nous montrer qu'il appartient désormais au premier monde. Avec cette opération menée de main de maître, techniquement et politiquement, il suscite aujourd'hui l'admiration dans le monde entier.
Le mot de la fin au cinéaste américain Michael Moore, ébahi par ce qu'il a vu : « La prochaine fois que nous aurons un problème d'écoulement dans le Golfe du Mexique..., on appellera au Chili! »