lundi 31 mai 2010

Un cassoulet à la mode chilienne

Votre serviteur a déjà évoqué sa passion, son profond amour pour les haricots secs à la chilienne, et son année d’internat au collège de La Serena, lorsqu’il était presque un adolescent. Dans ce collège dont la cuisine était régentée par un économe modeste, surnommé par tous les imberbes “El Mono” [le Singe] Santana, et dont le professeur de littérature était une gloire des lettres chiliennes, Alfonso Calderón [Prix national de littérature en 1998], on avait, chaque jour de l’année, deux plats au déjeuner : un plat principal quelconque, de la terrine, du poisson en sauce, du poulet, des pâtes ou de la “semelle” (une tranche de rôti de bœuf) servie avec de la purée ; et, en entrée, chaque jour de la semaine, les haricots à la chilienne les plus moelleux, les plus harmonieux et les plus crémeux que l’on puisse imaginer. Sans saucisse, ni chorizo, ni rien, mais délicieux. Servis dans une petite assiette, mais en quantité suffisante, nourrissants, exquis.

Ma patrie est le lieu où j’ai passé mon enfance”, disait l’admirable écrivain espagnol Manuel Vázquez Montalbán. Ma patrie, ce sont aussi les choses que je mangeais avec le plus de plaisir quand j’étais enfant : les haricots, que je continue à adorer et dont je me suis régalé à trois reprises la semaine dernière dans un restaurant français appelé Baco, situé dans la rue Nueva de Lyon, entre les avenues Providencia et Costanera. Bien entendu, c’étaient des haricots à la mode française, petits et blancs, accompagnés d’une saucisse rose clair et d’une cuisse de confit de canard, venus du versant nord des Pyrénées, plus précisément de Castelnaudary, de la ville fortifiée de Carcassonne et de Toulouse. Le cassoulet est plutôt un plat hivernal, plein de calories, très énergétique et idéal par les jours de grand froid, à arroser d’un bon vin rouge et à couronner d’un “trou gascon”, nommé ainsi parce qu’on dirait que l’armagnac, une eau-de-vie aussi délicieuse que brûlante, ouvre une cheminée de la gorge à l’estomac.

Frédéric Le Baux, l’exigeant patron du Baco, a passé tout l’hiver à mettre au point cette spécialité du sud de la France. Pour avoir exactement les ingrédients qu’il voulait, il a dû importer du confit de canard et des saucisses de France, et écumer tout le Chili à la recherche de haricots petits et blancs. La recette a été testée et perfectionnée jusqu’à ce qu’il la juge satisfaisante. Amoureux des haricots que je suis – et plus encore avec de la saucisse et une cuisse de canard confite dans sa graisse –, je l’ai trouvée si bonne que j’en ai perdu toute mesure et que, comme je l’ai dit plus haut, j’ai pris du cassoulet trois fois en quatre jours au déjeuner. Aujourd’hui, je suis à moitié au régime, mais je peux vous donner la bonne nouvelle : le cassoulet du Baco est sensationnel et il y en a tous les jours. Il faut profiter de cette première, bien que beaucoup de Chiliens ne sachent pas que les Français mangent des haricots.

Tardi dessine pour les enfants du Chili

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Dessin inédit du dessinateur français Jacques Tardi vient d’être mis à la vente au profit de la ONG chilienne CEPAS
Un dessin inédit du dessinateur français Jacques Tardi vient d’être mis à la vente au profit de la ONG chilienne CEPAS et de son action en faveur des enfants en danger social. La vente des 500 exemplaires du tiré à part numérote et signé par l’auteur, devrait servir notamment à aider à la reconstruction des crèches et jardins d’enfant gérés par CEPAS et qui ont été gravement endommagés par le tremblement de terre du 27 février dernier.
L’Association de Familles Adoptives d’Enfant nés au Chili (AFAENAC) mène depuis longtemps une action intense en faveur des enfant chiliens notamment sous l’impulsion de la chanteuse française Dominique Grange.
Les personnes intéressées dans cette édition exceptionnelle dont le prix est de 100 euros (plus 8 euros pour les frais d’envoi), peuvent réserver leur dessin en écrivant à afaenac@noos.fr et adresser le règlement - chèque à l’ordre de « AFAENAC Urgence Chili »- par courrier postal à l’adresse suivante : Secrétariat de l’AFAENAC - c/o Michèle Ballon - 333 Rue des Pyrénées 75020 Paris.

Le Chili gagne ses deux tests

Le deuxième à Concepcion contre l'Israël de Luis Fernandez (3-0) quelques heures plus tard. Cela a permis à Marcelo Bielsa de faire jouer tout le monde longtemps et d'obtenir ses dernières conclusions avant de donner sa liste des 23. Felipe Gutierrez et Fabian Orellana ont même participé aux deux rencontres !
Face aux Irlandais, c'est l'attaquant de Colo Colo, Paredes, qui a marqué le seul but de la rencontre (30e). A la baguette, Mati Fernandez a réalisé la passe décisive sur la tête de Paredes mais a été très irrégulier.
Contre les Israéliens, Suazo (19e), Sanchez (49e) et Tello (90e) ont trouvé le chemin des filets. Le but de l'attaquant de Saragosse est venu d'un superbe triangle avec Valdivia et Carmona. Sanchez, ailier de l'Udinese qui serait dans le viseur de Lyon, a doublé la mise en solo.
Les équipes alignées par le Chili
Contre l'Irlande du Nord : Miguel Pinto - Arturo Vidal (Carlos Ross, 75e), Ismael Fuentes, Pablo Contreras, Roberto Cereceda - Mauricio Isla, Marco Estrada, Matias Fernandez (Felipe Gutiérrez, 90e) - Gonzalo Fierro, Esteban Paredes et Mark Gonzalez (Fabian Orellana, 63e)
Contre Israël : Bravo - Carmona, Medel (Martinez, 80), Ponce, Jara - Millar (Casanova, 76), Tello - Valdivia (Felipe Gutiérrez, 46) - Sanchez (Campos, 71), Suazo (Fabian Orellana, 46), Beausejour

samedi 29 mai 2010

Franck Dieudonné, chef de l’année au Chili

Chaque année, le Círculo de Cronistas Gastronómicos de Chile célèbre les personnes influentes dans le monde de la nourriture et de vin au chili avec une remise des prix spéciaux. Cette année, l'événement (prix de 2009) a eu lieu à Restaurant Oporto à Las Condes (Santiago).

Le Cercle des critiques gastronomiques du Chili a tranché : le prix de meilleur chef de l’année 2009 revient à Franck Dieudonné pour l’ensemble de sa carrière. Il faut dire que le chef exécutif du Radisson de Santiago a une trajectoire atypique. Le voyage serait-il une histoire de famille ? Tout comme son cousin Patrick Ferry (chef du Sofitel São Paulo), Franck Dieudonné a sillonné la planète. Diplômé du CFA La Noue (21), il s’envole vers Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, puis découvre une “cuisine végétarienne savoureuse et originale” en Nouvelle-Zélande, l’art du barbecue en Australie et les subtilités de la cuisine thaïe. “La soif de connaître des saveurs nouvelles est pour moi comme l’envie de vivre d’un être humain : intarissable”, avoue-t-il.

Facile de trouver du travail au Chili

La majeure partie de sa carrière se déroule néanmoins à Londres où il travaille pour des établissements français, un traiteur casher et la branche restauration de Marks & Spencer (ce qui lui permettra de cuisiner régulièrement pour la famille royale). Il y a neuf ans, il s’installe au Chili et multiplie une fois de plus les expériences. Il commence par donner des cours, cuisine pour diverses ambassades, devient chef pour le Casino de Viña del Mar, ouvre son propre restaurant à Concepcion, dirige le restaurant chic Opera Catedral à Santiago, avant de rejoindre le groupe Radisson en 2007. “Le Chili est un pays tranquille aux règles de business bien établies. Il est facile d’y trouver du travail quand on est un chef français”, assure-t-il.
Violaine Brissart

vendredi 28 mai 2010

Mondial-2010 : dispositif spécial anti-bouchons au Chili à la fin des matches

Selon le ministre Felipe Morandé, l'ordinateur gérant les temps des feux de circulation sera reprogrammé, et une trentaine de grands carrefours de la capitale de 6 millions d'habitants seront pourvus de renforts de police, afin de gérer le flux redouté.
"Le premier match (Chili-Honduras le 16 juin à 11H30 GMT, 7H30 au Chili) est celui qui présente la difficulté majeure", a déclaré le ministre à la presse. "Les gens vont tous sortir ensemble à 9H30 (à la fin du match) pour arriver le plus vite possible au travail, et ça peut produire une congestion".
"Une recommandation pour tous les Santiaguinos serait de partir de chez eux avant 7H30 le matin et d'obtenir de leur chef l'accord pour suivre le match sur le lieu de travail", a suggéré très sérieusement M. Morandé.
Dans le Groupe H au Mondial, le Chili affronte le Honduras le 16 juin, la Suisse le 21 juin (14H00 GMT), et l'Espagne le 25 juin (18H30 GMT).

QUILAPAYÚN 45 ANNÉES D'HISTOIRE

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«LA MURALLA», PARU LA PREMIÈRE FOIS DANS L'ALBUM «BASTA» DE 1969 PUIS DANS L'ALBUM «QUILAPAYÚN 35 AÑOS». LE THÈME «LA MURALLA» EST TIRÉ D'UN POÈME DU POÈTE CUBAIN NICOLAS GUILLÉN. L’ARRANGEMENT ET COMPOSITION MUSICALE DE LA CHANSON EST L’OEUVRE DE PATRICIO CASTILLO POUR LE GROUPE QUILAPAYÚN, DUQUEL IL EST UN DES MEMBRES FONDATEUR.

La tournée comprend une série de spectacles qui débutera par le Festival de la Patagonia le 17 juillet, et aura comme point culminant un grand concert, le 30 juillet, au Théâtre Caupolicán de Santiago.

Le groupe, établi depuis 1973 en France, est conformé actuellement par Rodolfo Parada, Patricio Wang, Patricio Castillo (membres historiques), plus les chanteurs et multi-instrumentistes Álvaro Pinto, Mario Contreras et Rodrigo González. La tournée a été appelée "45 ans ce n'est rien" (paraphrase extraite du tango Volver), pour signifier qu'ils gardent le regard fébrile, tourné vers l'avenir, avec beaucoup de tournées, disques et compromis devant eux ; mais conscients qu'ils s'appuient sur leurs longues 45 ans de réalisations.

Pour le concert du Théâtre Caupolicán, le groupe recevra les salutations musicales de nombreux artistes nationaux. En même temps, seront toujours présents les chansons et les auteurs qui ont marqué leur carrière, comme "La muralla", une composition propre, ou "Plegaría a un labrador" de Víctor Jara ou "Vamos mujer" de Luis Advis, aussi bien que les interprétations de morceaux plus actuels comme "Temporía", "Allende", "Forces naturelles" et quelques autres chansons appartenant à leur prochain album.

Le groupe s'est récemment produit le samedi 8 mai dans le prestigieux TropenTheater d'Amsterdam, et fera des concerts en France et en Espagne, avant d'arriver au Chili.

jeudi 27 mai 2010

Carmenere, le cépage miraculé

Photo site Cousiño Macul
Déjà, les premières neiges sont tombées sur les sommets qui dominent Santiago du Chili. Il aura fallu traverser les beaux quartiers de la capitale, franchir le périphérique en longeant les faubourgs ponctués de bidonvilles pour pénétrer enfin dans les vignobles cachés au fond de la vallée du Maipo.
On sent que la ville pousse, qu’elle mordrait volontiers sur les ceps, n’était la qualité des vins élaborés en ces parages qui freine les ardeurs des spéculateurs immobiliers. Bien peignées, les vignes du domaine Cousiño Macul s’étirent sur quelques 250 hectares : “C’est là, entre autres, que des raisins pas comme les autres ont été identifiés au tournant des années 1980 comme appartenant à un cépage que l’on croyait disparu ou presque chez vous, en France, dans le bordelais”, explique Véronica Gomez, dont la famille œuvre dans le négoce du vin depuis de longues années.
La découverte a eu lieu à deux pas d’ici, très exactement en 1991. À l’époque, les vins chiliens commencent à s’imposer sur le marché mondial. Un œnologue français de l’université de Montpellier, Claude Valat, arpente les vignes du domaine Carmen, voisin de Cousiño Macul, quand il remarque des pieds à l’allure insolite au beau milieu de plants de merlot. Les raisins sont plus gros, la couleur des feuilles diffère. Trois années et pas mal d’analyses ADN seront nécessaires pour arriver à une surprenante conclusion : ces ceps sont des plants de carmenere, un cépage oublié originaire du bordelais.
Il faut remonter aux débuts du XVIIe siècle pour renouer finement les fils de l’histoire. À l’époque, le bordeaux, déjà mondialement renommé, est élaboré à partir d’un cépage indigène, la grande vidure, également dénommée carbernell ou camernet. Mais vers la fin du XIXe siècle, un insecte d’origine américaine détruit la quasi-totalité des vignes françaises et au-delà, européennes, lesquelles ne devront leur résurrection qu’à la réimportation de plants greffés depuis les Amériques.
L'antique cépage aux saveurs épicées et gouleyantes
Hélas, la grande vidure figure dans la liste des victimes du phylloxera. Quand le bordeaux renaît avec le cabernet-sauvignon, tout le monde oublie l’antique cépage aux saveurs rondes, épicées et gouleyantes d’autrefois. Jusqu’à ce jour de 1991 qui marque le début d’une enquête digne d’un roman policier, à l’issue de laquelle on découvrira que quelques années avant le séisme viticole européen, un aristocrate chilien du nom de Silvestre Ochagavia avait eu l’heureuse idée d’emporter avec lui outre-Atlantique quelques pieds de carmenere. Ces pieds allaient échapper au désastre général avant de sombrer dans l’oubli le plus total.
D’eux descendent tous les ceps chiliens de l’appellation. Pourtant, quand la nouvelle est rendue publique en 1994 au Chili, elle fait l’effet d’une bombe: du carmenere au milieu des plants de merlot ! Il va falloir séparer le bon grain de l’ivraie… Arrachage, replantage, un travail colossal commence alors. C’est dans les vignes de Don Cousiño Macul que s’opère l’une des plus belles reconversions.
Ici, nous en sommes à la sixième génération de vignerons, argumente Veronica Gomez. Le domaine a été fondé en en 1856 par Don Cousiño lui-même, qui ramena également d’Europe des cépages non greffés préphylloxériques. C’est dire si ce domaine était prédestiné à la renaissance du carmenere…” En dépit d’une production sans commune mesure avec l’Europe – 3 millions de litres de vin à l’année, merlot, cabernet-sauvignon et carmenere confondus – le temps a laissé son empreinte dans les chais de la maison aux murs de briques assemblés au blanc d’œuf sous l’ombre tutélaire des cuves de chêne. “Ceux-là reviennent de loin, dit le huaso, le vacher, dans la langue des Indiens autochtones mapuches, qui mène la visite. En 1985, après le tremblement de terre, nous avions un mètre de vin dans les caves. Les foudres s’étaient renversés.
Aujourd’hui, le carmenere est présent partout au Chili et, au-delà, dans le reste du monde. Même la célébrissime maison Concha y Toro, omniprésente en Amérique latine, s’est attelée à son exploitation dans la vallée du Rio Maipo.
À Pirque, là où la conquête des Incas fut arrêtée par les farouches Mapuches, se dresse le palais d’inspiration française construit en 1875 par Melchior de Concha y Toro. À deux pas de la vénérable maison, les chais ultramodernes, semi-enterrés, abritent des barriques importées de France. Le carmenere y attend son heure. Il rêve sans doute du temps jadis, du temps d’avant le phylloxera, quand ses racines étaient baignées par la Gironde…
Patrick Bard et Marie-Berthe Ferrer

CE « PLAN Z » QUI A ÉPOUVANTÉ LE CHILI

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AUGUSTO PINOCHET ET FEDERICO WILLOUGHBY MACDONALD, UN DES CIVILS DU PUTSCH, LE PREMIER PORTE PAROLE DE LA JUNTE MILITAIRE ET PRÉSENTATEUR DU « PLAN Z » AUX MÉDIAS EN 1973. IL A AVOUÉ ENSUITE QUE LE « PLAN Z » ÉTAIT UNE OPÉRATION D'INTOXICATION ET UNE TECHNIQUE DE GUERRE PSYCHOLOGIQUE. WILLOUGHBY A ÉTÉ PENDANT DES ANNÉES LE PLUS PROCHE COLLABORATEUR DU DICTATEUR ET SON CHARGÉ DE COMMUNICATION, CELUI QUI LUI A CONSEILLÉ DE CHANGER UNE DENT EN OR QUE PINOCHET ARBORAIT AVANT, ET AUSSI DE SURÉLEVER LA TAILLE DE SON KÉPI.  

Sept jours après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, le quotidien chilien El Mercurio titre sur huit colonnes : «L’ex-gouvernement marxiste préparait un auto-coup d’Etat ». Une information terrifiante ! L’administration de Salvador Allende aurait fomenté un plan d’assassinat massif de militaires, de dirigeants politiques et de journalistes d’opposition, sans oublier leurs familles. Nom de code : « PLAN Z ».

« Des milliers de personnes sont impliquées dans cette sinistre opération », relate l’article signé Julio Arroyo Kuhn, un journaliste très proche des services de renseignement de la Marine. Un mois plus tôt, il avait diffusé de fausses informations diabolisant des marins qui s’étaient réunis avec les dirigeants des partis de gauche pour dénoncer le putsch imminent (1).

Fraîchement désigné secrétaire de la junte, le colonel Pedro Ewing convoque une conférence de presse, le 22 septembre. Devant ce qui reste de la presse nationale et des journalistes étrangers, il explique que, le 19 septembre, jour de l’armée, Allende projetait d’inviter à déjeuner le haut commandement au palais présidentiel de la Moneda. Par surprise, ses gardes du corps, déguisés en serveurs, cribleraient les officiers de balles, tandis que, dans le parc O’Higgins de Santiago, les militaires en train de défiler et les dirigeants de l’opposition seraient massacrés. Des carnages similaires surviendraient dans les provinces. Le lendemain, la « République populaire démocratique du Chili » serait instaurée. Ainsi l’établissent —conclut le colonel— les documents découverts dans le coffre-fort du vice-ministre de l’intérieur d’Allende, Daniel Vergara, et leur copie trouvée à la Banque centrale.

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ILLUSTRATION DU « LIVRE BLANC DU CHANGEMENT
DE GOUVERNEMENT AU CHILI
» PROPAGANDE DE  
GUERRE POUR JUSTIFIER L’IGNOMINIE, LES CRIMES
ET VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME AU CHILI
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A mesure que les services de renseignement déchiffrent les pièces —du moins le prétendent-ils—, le colonel multiplie les révélations lors de nouvelles conférences de presse. Au cours de l’une d’elles, il annonce qu’une seconde phase du plan envisageait l’assassinat d’Allende. Bien qu’aucune question ne puisse être formulée, les journalistes étrangers s’étonnent qu’Allende soit l’auteur d’un plan incluant… son assassinat (2).

Qu’importe, les médias pilonnent l’opinion. Chaque scoop se révèle plus sensationnel que le précédent : « Une autre école de guérilla découverte à Nueva Imperial » ; « Les marxistes encourageaient de sinistres plans dans la zone du salpêtre » ; « Le PS [Parti socialiste] et le MIR [Mouvement de la gauche révolutionnaire] planifiaient l’assassinat de six cents familles » ; « Les marxistes projetaient la destruction de Limache » (3). Dans un article du même Kuhn, le 23 octobre, La Estrella (Valparaíso) rendra compte, à sa manière, des exécutions de militants de l’Unité populaire (UP) : « Quatre chefs du plan Z passés par les armes ».


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GOUVERNEMENT AU CHILI
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GUERRE POUR JUSTIFIER L’IGNOMINIE, LES CRIMES
ET VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME AU CHILI
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La junte mobilise tous les moyens pour accréditer l’existence du plan. Il sera évoqué lors de la XXVIIIe Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU), le 8 octobre 1973, par le ministre des affaires étrangères, l’amiral Ismael Huerta, devant une salle presque vide. Et il figure dans le Manuel de l’histoire du Chili, de Frías Valenzuela (1974), adopté par un grand nombre d’écoles.

La véracité de la conspiration est cautionnée par la quasi-totalité des intellectuels du bloc d’opposition au gouvernement de l’Unité populaire (UP) qui unit la droite et les démocrates-chrétiens(4). Le Plan Z n’est au fond que le prolongement des virulentes campagnes médiatiques qui ont précédé le putsch, menées, en tout premier lieu, par El Mercurio. Quotidien de référence extrêmement conservateur, lancé en 1827 à Valparaíso et en 1900 à Santiago, propriété d’Agustín Edwards, une des grandes fortunes du Chili, le journal a été fondamental dans la préparation du coup d’Etat. Selon le rapport du Sénat des Etats-Unis —« Covert action in Chile 1963-1973 » (1975)—, El Mercurio et d’autres médias ont reçu 1,5 million de dollars de la Central Intelligence Agency (CIA) pour déstabiliser Allende.

Guérilleros, sexe,
alcool et marxisme

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Durant les premiers mois, le Parti démocrate-chrétien appuie la dictature. Dans le numéro d’El Mercurio qui, le 18 septembre, dénonce le Plan Z, son président, M. Patricio Aylwin (premier chef d’Etat de la transition, de 1990 à 1994), lui donne un aval complet : « Le gouvernement d’Allende (...) s’apprêtait à réaliser un auto-coup d’Etat pour instaurer par la force la dictature communiste. [Celui-ci] aurait été terriblement sanglant, et les forces armées se sont bornées à devancer ce risque imminent. ». L’ex-président Eduardo Frei (1964-1970) (5) affirme quant à lui (ABC, 10 octobre 1973) que « des masses de guérilleros étaient déjà prêtes et que l’extermination des chefs de l’armée était bien préparée ».

Ces déclarations contribuent sans doute à dissiper tout scrupule chez les journalistes « démo-chrétiens » travaillant dans les médias autorisés. Ainsi Emilio Filippi et Hernán Millas, l’un directeur de l’hebdomadaire Ercilla et l’autre reporter, publient en janvier 1974 « Chili 70-73. Chronique d’une expérience »— un livre qui surenchérit sur les épouvantes du Plan Z et se répand en invectives contre les dirigeants de gauche, qui n’ont aucun moyen de se défendre.

De même Abraham Santibáñez, directeur adjoint d’Ercilla, et Luis Alvarez, son rédacteur en chef, publient « Mardi 11 septembre. Apogée et chute d’Allende ». Selon eux, la résidence présidentielle d’El Arrayán était le « cadre de sordides histoires. Il s’y mêla, dans une combinaison explosive, l’entraînement guérillero et le sexe, l’alcool et la leçon marxiste (6) ». Leurs versions du Plan Z, impliquant le ministre de la défense, le directeur du service national de santé et le président lui-même, entraîneront des persécutions contre les journalistes de la télévision nationale et du Canal 13 de l’Université catholique (7).

Fin octobre 1973, le gouvernement militaire fait publier un Livre blanc du changement de gouvernement au Chili, réédité plusieurs fois en espagnol et en anglais, pour expliquer pourquoi « les forces armées et le corps des carabiniers de la République du Chili (...) renversèrent le président Salvador Allende ». Ce Livre blanc concentre pratiquement toutes les diatribes lancées contre l’UP, mais sa pièce principale est sans aucun doute le Plan Z, présenté en appendice documentaire.

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Le Plan Z engendra rapidement des émules régionales et locales : de nombreux chefs militaires de provinces « découvrent » le leur ; dans des quartiers, les voisins « de droite » prétendent savoir de bonne source que des listes de personnes à exécuter ont été découvertes dans le Plan Z local, et l’on se dispute âprement les premières places. Durant les premières années de la dictature, ceux qui oseront manifester un certain désaccord avec les brutalités du régime recevront invariablement la réponse fabriquée : le Plan Z aurait été pire ! L’armée nous a sauvés et ses excès sont excusables.

Selon Millas —à cette époque favorable au coup d’Etat—, des partisans du régime, ou des personnes désireuses d’être perçues comme telles, exerçaient d’énormes pressions sur la presse afin que leurs noms figurent sur les listes du Plan Z ; elles pouvaient alors prononcer la phrase : « J’ai appris que moi aussi j’allais être tué... » Un agriculteur qui entreprenait des démarches pour récupérer son hacienda expropriée offrit 100 000 escudos (25 000 dollars) pour que son nom apparaisse sur les listes imaginaires (8).

La portée du Plan Z va au-delà d’un montage pour justifier le putsch. Il a constitué une pièce essentielle dans le conditionnement des militaires lancés contre l’« ennemi intérieur ». Pour que les soldats répriment sans pitié, il fallait qu’ils perçoivent les persécutés non comme des citoyens, éventuellement aux idées différentes, mais comme des assassins qui projetaient de les éliminer, eux et leurs familles. Déshumanisant l’adversaire, le Plan Z inculqua aux militaires la haine indispensable pour torturer et assassiner.

« Le plus oublié des contes militaires »

Invariablement, les indices sur l’origine du Plan Z désignent les services secrets de la Marine, qui sont aussi à l’origine du putsch. La première annonce en est d’ailleurs faite par Kuhn, journaliste qui leur est étroitement lié. Le rapport Hinchey sur les activités de la CIA au Chili, rédigé à la demande de la Chambre des représentants, en 2002, impute la paternité du Livre blanc à « des Chiliens qui avaient collaboré avec la CIA mais n’agissaient pas sous sa direction (9) ».

Presque deux décennies plus tard, certains reconnaîtront leur méprise. Millas expliquera en 1999 que le Plan Z n’a jamais existé et qu’il est « le plus oublié des contes militaires », sans jamais mentionner son livre malheureux de 1974 (10). Santibáñez déclarera, en 1999 également : « Je dois avouer qu’il y eut une grande erreur : croire au Plan Z (11). » Le directeur d’El Mercurio, Arturo Fontaine Aldunate, qui, en 1973, organisa un véritable matraquage médiatique sur ce thème, répond à la journaliste Mónica González : « Je n’ai aucune preuve de l’existence du Plan Z. A cette époque on le donnait pour certain. Pour moi, aujourd’hui, ça reste un mystère (12) ». Federico Willoughby, le premier conseiller en communication de la junte, reconnaît, en 2003, que le Plan Z fut monté par les services secrets de la dictature comme un outil de la guerre psychologique destiné à justifier le coup d’Etat (13).

Les auteurs du plan demeurent inconnus, mais ceux du Livre blanc ont commencé à parler. Presque trente ans plus tard, l’historien Gonzalo Vial Correa reconnaît être l’un de ses rédacteurs : « Nous l’avons écrit à plusieurs, moi principalement (14). » Vial Correa est l’auteur d’une Histoire du Chili bien diffusée, mais il est également un homme politique d’extrême droite, proche de l’Opus Dei. Sous le gouvernement d’Allende il dirigea la revue Qué Pasa, liée au putsch ; en 1979, il devint ministre de l’éducation de Pinochet ; en 1990, le gouvernement Aylwin le désigna... commissaire de la Commission vérité et réconciliation ; en 1999, sous la présidence de M. Frei, il sera nommé membre de la Table de dialogue.


EN 1972, LA COMPAGNIE ÉTATIQUE DU TABAC AVAIT LANCÉ UNE NOUVELLE MARQUE DE CIGARETTES, MONZA. PARMI D’AUTRES RUMEURS MENAÇANTES, DANS LE CADRE D’UNE VASTE ET HARGNEUSE CAMPAGNE DE DÉSTABILISATION LA DROITE A FAIT COURIR LE BRUIT SELON LEQUEL UN MESSAGE CODÉ, SEULEMENT COMPRÉHENSIBLE POUR LES INITIÉS ÉTAIT IMPRIMÉ DANS LES NOUVEAUX PAQUETS DE CIGARETTES.

IL FALLAIT INVERSER LE PAQUET ET LA MARQUE MONZA DEVENAIT ALORS ZNOW. CECI VOULAIT DIRE « PLAN Z NOW », LE SIGNAL QUI DEVAIT DÉCLENCHER UN CURIEUX PLAN PRÉPARÉ PAR LE GOUVERNEMENT ET LES MILITANTS DE GAUCHE VISANT À EXTERMINER LES MILITAIRES, LES OPPOSANTS ET LEURS FAMILLES PENDANT UN AUTO-COUP D’ÉTAT. C’ÉTAIT LE PLAN Z

SIGNE IRRÉFUTABLE DU CARACTÈRE SUBVERSIF DU MESSAGE, SUR L’IMAGE DES NOUVELLES CIGARETTES MONZA —UN BOLIDE DE COURSE « FORMULE 1 » COMME CEUX DU CIRCUIT DE MONZA, EN ITALIE—, ON POUVAIT APERCEVOIR À PEINE DISSIMULÉE L’EFFIGIE DU CHE GUEVARAFIGURE EMBLÉMATIQUE DE LA LUTTE ARMÉE EN AMÉRIQUE LATINE. LE « Z » DE L’HYPOTHÉTIQUE ET SINISTRE PLAN N’ÉTAIT PAS NON PLUS INNOCENT : DERNIÈRE LETTRE DE L’ALPHABET, ÇA VOULAIT BIEN DIRE LA SOLUTION FINALE...

En 2002, Vial Correa (décédé en octobre 2009) expliquera qu’après le coup d’Etat son équipe (la rédaction de Qué Pasa) était en contact avec la junte via un officier de la Marine. Celui-ci lui remit divers documents « découverts lors de perquisitions », parmi lesquels « le Plan Z ».
Têtu, Gonzalo Vial Correa était une des rares personnes à continuer à en défendre encore l’existence. Pour lui « une tête brûlée de l’Unité populaire, parmi les nombreuses que comptait le gouvernement d’Allende, a écrit ce document, en a fait des copies et les a distribuées à ses amis. (...) Cela dit, qu’il y ait eu un début d’exécution et qu’ils aient été nombreux ou non à y participer, c’est une autre histoire. Lorsqu’on parle d’une invention, c’est un mensonge. Personne ne l’a inventé, il a été trouvé. Et nous avons dû batailler pour pouvoir le publier (15) ».

Même si l’on concède que, trente ans auparavant, l’historien pensait que les feuillets remis par la Marine étaient l’œuvre d’une « tête brûlée » non identifiée, ce qu’il publie dans le Livre blanc est radicalement différent. Il y assure que « l’Unité populaire et Salvador Allende (...) s’apprêtaient à faire un auto-coup d’Etat pour conquérir un pouvoir absolu basé sur la force et le crime (16) ». Sa responsabilité, comme celle de ses collaborateurs, parmi lesquels se trouvait Cristián Zegers, l’actuel directeur d’El Mercurio, est immense : ce sont eux qui promurent quelques feuilles très probablement fabriquées par des agents de la Marine au rang de plan du gouvernement d’Allende. Les résultats sont connus (lire page 24 de l'Édition imprimée du Mensuel Le Monde diplomatique — décembre 2009 NR.).

Paradoxalement, aucun des quatre gouvernements élus depuis 1990 n’a osé enquêter sur le rôle des organisateurs du putsch, et notamment des intellectuels, dans la diffusion planifiée de fausses informations. A Valparaíso, après le rétablissement de la démocratie, la Marine a élevé un monument à l’amiral José Toribio Merino, celui qui, en 1973, prit la tête du soulèvement. Ses Mémoires (17), véritable exhortation à faire des coups d’Etat, contiennent une description baroque du Plan Z. Leur lecture est aujourd’hui conseillée à l’Ecole navale, où Merino fait toujours figure de modèle pour les futurs officiers.

Jorge Magasich.

Jorge Magasich

Historien, chargé de cours à l’Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles, auteur de Los que dijeron « No ». Historia del movimiento de los marinos antigolpistas de 1973, LOM, Santiago (Chili), 2008.

(1) http://theses.ulb.ac.be/ETD-db/collection/available/ULB etd-11282007-102000/

(2) Hernán Millas, La Familia militar, Planeta, Santiago, 1999, p. 23-28.

(3) Francisco Herreros, « Prensa canalla y violación de los derechos humanos», El Siglo, Santiago, 4 novembre 2005 ; www.purochile.org/27.html

(4) A l’exception de treize dirigeants démocrates-chrétiens qui, réunis autour de Bernardo Leighton, condamnèrent le coup d’Etat. Leighton sera grièvement blessé à Rome, en 1975, dans un attentat organisé par la police secrète de la dictature.

(5) Son fils aîné Eduardo Frei sera également président de 1994 à 2000.

(6) Luis Alvarez, Francisco Castillo et Abraham Santibáñez, Septiembre. Martes 11. Auge y caída de Allende, Triunfo, Santiago, 1973.

(7) Ernesto Carmona, « El informe Valech también sentó a los periodistas chilenos en el banquillo », Rocinante, Santiago, janvier 2005.

(8) Hernán Millas, op. cit., p. 25-26.

(9) « Hinchey report » (en anglais), www.state.gov/m/a/ip s/ ; « Informe Hinchey sobre las actividades de la CIA en Chile » (en espagnol).

(10) Hernán Millas, op. cit., p. 23-30.

(11) « Abraham Santibáñez Martinez, periodista y pensador del periodismo en Chile », Pensamento comunicacional latino-americano (PCLA), São Paulo, 23 juin 1998.

(12) Corporación de promoción y defensa de los derechos del pueblo, La Gran Mentira. El caso de las “Listas de los 119”. Aproximaciones a la guerra psicológica de la dictadura chilena. 1973-1990, Santiago, 2002.

(13) Wilfried Huismann et Raúl Sohr, Pinochet Plan Z (documentaire), Arte GEIE /WDR /Huismann, 2003.

(14) « Las razones del quiebre institucional de 1973, segun Gonzalo Vial » ; www.educarchile.cl

(15) La Tercera, Santiago, 24 mars 2002.

(16) Libro Blanco, 1973.

(17) José Toribio Merino, Bitácora de un almirante, Andrés Bello, Santiago, 1998.

mercredi 26 mai 2010

Le Chili monnaie des entretiens

C'est ce qu'a annoncé mardi le président de la Fédération chilienne, Harold Mayne-Nicholls. «Je vois que les chaînes, quand elles invitent une vedette de télévision pour une interview, elles paient. Je ne vois pas pourquoi le football serait étranger à cela. S'ils (des médias) sont désireux d'une interview exclusive, ils la sollicitent et ils la paient - c'est une pratique dans le monde entier. Nous devons financer (la participation au Mondial) et nous le ferons par tous les moyens que nous trouvons licites». (avec AFP)

samedi 22 mai 2010

IMPÔT SUR LA MALBOUFFE - LE CHILI AVANCE, LE RESTE DE LA PLANÈTE SALIVE

Le but visé? Inverser la courbe de l'obésité dans ce coin du globe, courbe qui fait preuve de mimétisme avec celle des États-Unis. Les restaurateurs chiliens, tout comme les multinationales du «manger vide», sont en colère. Le reste de la planète regarde... peut-être pour s'en inspirer.

Pour les dirigeants chiliens, l'équation est devenue relativement simple: «Les campagnes d'éducation sont utiles, mais elles ne suffisent pas pour bouleverser les comportements, a indiqué il y a quelques jours à l'Agence France-Presse (AFP) Jaime Manalich, le ministre de la Santé. En revanche, augmenter les taxes est une mesure efficace, donc il faut l'étudier.»

Le scénario actuellement sur la table vise à modifier la fiscalité du pays afin d'inclure une taxe de 20 % sur les aliments contenant trop de gras saturés, de sel, de sucre. Les sucreries et les aliments provenant des chaînes de restauration rapide sont bien sûr dans la ligne de mire.

C'est que depuis les dernières décennies, sous l'effet d'une étonnante croissance économique, le Chili doit désormais composer avec un élargissement du tour de taille de la population. «La tendance est la même qu'aux États-Unis», confiait récemment une nutritionniste du coin qui estime que 55% des gens ont un problème de poids et que le tiers des 17 millions d'habitants souffre d'obésité.

Pis, 18 % des enfants scolarisés — les plus sensibles, par effet d'entraînement, à la malbouffe et aux messages publicitaires qui en assurent la prolifération — seraient obèses. Contre 16 % au pays de Barack Obama. Et dans ce contexte, une intervention musclée s'impose, selon le gouvernement chilien, qui vient alimenter, du coup, un courant mondial qui cherche à éradiquer la progression d'une mode alimentaire dont les effets délétères sur la santé et les systèmes de santé ne sont plus à démontrer aujourd'hui.

Le Québec y pense aussi

En septembre dernier, la Commission politique et la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ) n'ont d'ailleurs pas hésité à ouvrir la porte ici en proposant au gouvernement d'emprunter ce chemin fiscal afin de minimiser l'impact de la malbouffe sur les consommateurs. Les produits alimentaires visés sont ceux qui ont «des vertus nutritives douteuses», expliquaient alors les membres du parti. À ce moment-là, les boissons gazeuses, les croustilles, les plats surgelés et les confiseries viennent à l'esprit. Entre autres.

L'idée n'est pas folle. Elle prend aussi un peu plus de lustre lorsqu'elle s'accompagne d'un fonds dédié à la promotion de bons comportements alimentaires et de saines habitudes de vie. Avec l'argent d'une taxe, Québec pourrait ainsi financer des campagnes de publicité (pour diffusion aux heures de grande écoute et dans les émissions favorisées par la jeunesse), mais aussi des campagnes dans les écoles. Pourquoi pas?

En matière de santé publique, la communication — qui ne se fait pas sans argent — est d'ailleurs le nerf de la guerre, comme ne cessent de le rabâcher les défenseurs de la santé publique un peu partout sur la planète. Et dans le domaine, le déséquilibre est à l'image des comportements alimentaires dictés par l'industrie de la bouffe minute.

Un doute? Chaque année au Québec, les McDo, Coke, Burger King et Pepsi de ce monde — tout comme les propriétaires très locaux de chaînes de dépanneurs où l'on vend de la slush et les fabricants de biscuits sucrés — consacrent en choeur des centaines de millions de dollars à la promotion de leurs produits. Cela prend le visage de messages télévisés savamment placés dans la grille horaire des réseaux spécialisés ou de campagnes subtiles orchestrées sur la toile et dans les réseaux sociaux. Entre autres.

La guerre des chiffres

En face, les tenants d'une saine alimentation disposent de budgets faméliques qui se chiffrent en centaines de milliers de dollars afin d'inciter la population à repenser son rapport à la nourriture, pour son bien et le bien commun. Sans compter qu'une partie de ces enveloppes s'envole dans des projets de sensibilisation à des évidences comme le lavage des mains et la cuisson de la viande hachée. On remercie toutefois l'État de ne pas avoir encore pensé à des publicités pour motiver le changement des draps sur une base régulière, l'ouverture des fenêtres au printemps ou le nettoyage des comptoirs de cuisine après utilisation.

En s'inspirant de l'idée du Chili, Québec pourrait toutefois se constituer facilement un trésor intéressant afin de placer dans l'écosystème agroalimentaire des contre-messages publicitaires afin de faire baisser le niveau des tissus adipeux dans sa population et du coup enlever de la pression sur son système de santé qui donne chaque jour, depuis des années, des signes d'essoufflement et de faiblesse.

Et il ne suffit que de quelques bases en mathématique pour s'en convaincre: une taxe de 20 % sur les repas congelés (certainement pas le meilleur choix santé en ville) ferait entrer 88,6 millions de dollars dans les coffres de l'État. Et ce, pour cette seule catégorie d'aliments, si l'on se fie aux chiffres de vente compilés en 2009 par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).

Si l'on y ajoute les produits à grignoter, les boissons gazeuses, les crèmes glacées et autres desserts congelés, cela pourrait entraîner une récolte de 259 millions de dollars. Une charge économique équivalente à la charge en cellules graisseuses qu'on retrouve chez les amateurs de bouffe industrielle, mais qui est autrement plus inspirante.

Real Madrid : Pellegrini sur le banc du Chili ?

N'ayant remporté aucun titre pour sa première année sur le banc du Real de Madrid, Manuel Pellegrini devrait quitter les Merengue cet été. Mais il pourrait très vite rebondir. Le Chili serait en effet très intéressé pour lui confier, après la Coupe du Monde, les rênes de sa sélection, en lieu et place de Marcelo Bielsa, dont le contrat s'achève au terme du mondial sud-africain.
Tony Picavet

jeudi 20 mai 2010

Nestlé rappelle des bocaux de Nescafé soluble

Logo de Nestlé au siège du groupe à Vevey en Suisse. Photo AFP
Seuls les produits vendus en bocaux de verre de 100 grammes et recouverts d'un film plastique opaque sont concernés.

Selon Nestlé, «certains bocaux pourraient avoir été cassés pendant le transport, et seraient en conséquence impropres à la consommation, même s'ils peuvent paraître en bon état». «Nous avons reçu quelques plaintes de clients et par précaution avons décidé de rappeler ces produits», a expliqué la firme. Le rappel concerne «plusieurs pays européens, la France, l'Angleterre entre autres, le Canada et le Chili», a expliqué une porte-parole.
Les produits rappelés sont les suivants:

> Espresso Original 100 g
> Espresso Doux et Fruité 100 g (anciennement nommé Espresso Cap Colombie)
> Espresso Puissant et Corsé 100 g (anciennement nommé Espresso Alta Rica)

Les autres produits de la gamme Espresso vendus en «stick» et en «poche recharge», ou des autres gammes ne sont pas concernés par ce rappel.

Les consommateurs peuvent contacter Nestlé au 0800 22 32 42

Guernica en 3-D

Guernica en 3-D. C’est l’œuvre d’une graphiste allemande, Lena Gieseke. Guernica, c’est cette ville espagnole bombardée par les nazis en 1937, en pleine guerre civile. Une ville devenue symbole, qui a marqué Pablo Picasso.

Les couleurs vues par les abeilles

"L'abeille voit un autre spectre de couleurs que l'être humain, elle perçoit notamment le rayonnement ultraviolet, invisible à l'homme, explique la photographe. Autrement dit, un jaune sans ultraviolet, comme c'est le cas du coeur d'un tournesol, devient rouge ; un mélange de jaune et d'ultraviolet devient pourpre." Elinor Vernhes précise qu'elle "traite (ses) photos avec le logiciel Animal Couleur, destiné à mettre en évidence la vision de plusieurs animaux, comme le crapaud, la mésange ou la belette." Ce logiciel a été développé, précise-t-elle, par François Jullien, chercheur en vision des couleurs au CNRS, avec la collaboration d'Adrian Palacios, chercheur au centre de neuroscience de Valparaiso, au Chili. "Mes images de la vision des abeilles ont été validées par Lars Chittka, professeur en écologie sensorielle et comportementale, à la School of Biological and Chemical Sciences de Londres."
"L'appel des fleurs", jusqu'au 29 juillet. En plein air. Entrée libre. Jardin-botanique-lyon.com

Rafaële Rivais
Informations pratiques : Exposition en plein air du 29 avril au 29 juillet 2010.
Photographies d’Elinor Vernhes.
Entrée libre. Présentée au Jardin Botanique de Lyon. Exposition aux heures d’ouverture du jardin : de 8h à 18H .
Tel : 04 72 69 47 60

mercredi 19 mai 2010

L'OBÉSITÉ AU CHILI: UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE

En cause: la sédentarité des Chiliens et leur tendance à manger trop d’aliments riches en sucres, sels et graisses saturées. Selon une étude récente, les écoliers passeraient 22 des 24h de la journée assis ou couchés. Les jeunes Chiliens, tous niveaux sociaux confondus, privilégient en effet la télévision ou l’ordinateur comme divertissement, plutôt que l'exercice physique qu'il s'agisse de jouer au football ou de faire du vélo.

De côté de l’alimentation, les habitudes sont dures à changer. Partout dans les rues des villes chiliennes, les vendeurs ambulants et les kiosquiers offrent, à très bas prix, toute sorte de sucreries et gâteaux apéritifs. Quant aux « completos » (hot-dog locaux), ils restent le plat favori de nombreux Chiliens.

Pour faire face à ces niveaux d’obésité en hausse ininterrompue, les pouvoirs publics et le secteur privé se mobilisent et tentent de faire preuve d’imagination. Ainsi, des machines à exercice physique ont été installées dans différents parcs publics de Santiago. Un escalier musical a même surpris les usagers du métro de la capitale pour les inciter à abandonner les escalators.

Pour modifier les mauvaises habitudes de la population, l’effort s’est concentré sur les écoles, avec l’application du programme EGO de lutte globale contre l’obésité dans 1000 établissements en 2009 : augmentation de l’activité physique, formation des professeurs et des parents, suivi médical des enfants et kiosques dits «sains». Mais une étude récente vient de rendre public l’échec de ces politiques.

Pour en savoir plus sur les solutions contre l’obésité mises en place au Chili et les enjeux de cette bataille, écoutez l’interview de Dr. Cécilia Castillo, pédiatre et nutritionniste à la clinique de l’obésité, au micro d’AWI. Pour le docteur Castillo, la publicité et la société de consommation très développés au Chili sont les premiers responsables de l’obésité.

Quant au programme EGO de lutte contre l’obésité, vous pourrez le découvrir en écoutant le reportage de Lucile Gimberg, envoyée spéciale d’AWI à Casablanca (ville du centre du Chili), au cœur d’une école aux kiosques «verts».