lundi 30 novembre 2009

Un ancien guérillero va devenir président en Uruguay

Agé de 74 ans, M. Mujica, affectueusement baptisé "Pepe", sera investi le 1er mars 2010 pour un mandat de cinq ans. Il succédera au président socialiste Tabaré Vazquez, qui a été le premier chef d'Etat de gauche de ce petit pays de 3,5 millions d'habitants. Elu au premier tour en 2004, sans possibilité de réélection, M. Vazquez quitte le pouvoir avec une popularité record de 71 %.
Les Uruguayens ne s'attendent pas à de grands changements même si M.Vazquez, oncologue réputé, d'allure discrète, et l'ex-guérillero ont des styles très différents. Avec son franc-parler et ses rondeurs de bon vivant, M. Mujica se définit comme "un ex-guérillero végétarien" et "un paysan de vocation". Tous deux appartiennent à la même coalition qui s'est renforcée au fil des ans et qui a opté pour une ligne social-démocrate. "Celui qui gouverne en Uruguay, c'est le Front élargi plus qu'une personne", note le recteur de l'
Université de Montevideo, Rodrigo Arocena.
LULA COMME MODÈLE
"Viva el frente !" ("Vive le front !") : un climat de fête régnait, dimanche soir, à Montevideo, capitale et port cosmopolite qui a conservé un rythme provincial. Malgré la pluie, les partisans du Front élargi ont dansé dans les rues au son de tambours.
M. Mujica a fait son autocritique sur son passé de guérillero. Son modèle est
Luiz Inacio Lula da Silva, le président brésilien. Il bénéficie de la majorité au Parlement et il a promis "un gouvernement dans la continuité". Se présentant comme "le candidat des pauvres", il s'est engagé à renforcer la lutte contre les inégalités sociales.
Sous le gouvernement de M. Vazquez, 200 000 emplois ont été créés et le chômage a été ramené de 13 % à 7,7 %. L'ex-guérillero souhaite dépénaliser l'avortement. Le président M.Vasquez avait mis, l'an dernier, son veto à un projet de loi légalisant l'IVG, invoquant des "principes éthiques".
POPULAIRE AUPRÈS DES JEUNES
Malgré deux évasions spectaculaires, M. Mujica a passé quatorze ans en prison, avant et pendant la dictature militaire (1973-1985), enfermé deux ans dans un puits et torturé. Au retour de la démocratie, il bénéficie des lois d'amnistie, fonde le Mouvement de participation populaire (MPP), et adhère au Front élargi en 1989.
Député en 1995, il est, quatre ans plus tard, le sénateur le mieux élu de l'histoire uruguayenne. En 2004, M. Mujica, qui est né dans une modeste famille paysanne, est nommé ministre de l'agriculture. Il est marié à une ex-guérillera,
Lucia Topolansky, qui a été, elle aussi, prisonnière pendant treize ans.
En dépit de son âge, M. Mujica est paradoxalement le politicien le plus populaire auprès des jeunes qui aiment sa simplicité et son humour. "Ils voient en Mujica quelqu'un d'authentique, de moins structuré, qui syntonise les valeurs postmodernes, plus spirituelles que matérielles", note le sociologue
Ignacio Zuasnabar.
En revanche, "Pepe" est mal vu dans la classe aisée, choquée par ses manières un peu frustre. La présence à ses côtés, du vice-président élu,
Danilo Astori (59 ans), rassure. Cet ancien ministre de l'économie, plus modéré, est respecté dans les milieux d'affaires.
Surnommé "la Suisse de l'Amérique latine", l'Uruguay a le taux le plus élevé d'alphabétisation du continent (98 %). Pays laïque, il est pionnier dans la région en matière de mœurs. Le divorce a été légalisé dès 1907. Les femmes ont le droit de vote depuis 1932. L'union civile entre gays, similaire au pacs français, est autorisée et les couples homosexuels peuvent, depuis septembre, adopter des enfants.

Christine Legrand

La chanteuse Shakira et la présidente du Chili plaident la cause des enfants

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Photo Alex Ibañez
"Les enfants, entre zéro et six ans, sont la population la plus vulnérable. Nous avons en Amérique latine 35 millions d'enfants sans aucune protection de l'Etat", a déclaré Shakira à Lisbonne lors d'une conférence de presse conjointe avec Mme Bachelet.
"Nous savons que si nous donnons la santé, l'alimentation, l'éducation et les conditions appropriées aux enfants, nous aurons des jeunes et des adultes plus heureux", a indiqué de son côté la présidente chilienne, qui a souhaité que le thème de l'enfance soit mis à l'ordre du jour du sommet d'Estoril, consacré à l'innovation et à la connaissance.


"La meilleure manière de garantir un avenir meilleur pour les communautés d'Amérique latine est que les gouvernements et les ONG travaillent ensemble pour faire avancer toutes les initiatives en faveur de l'enfance", a-t-elle ajouté.
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Photo Alex Ibañez

Shakira soutient en Amérique latine plusieurs projets humanitaires, notamment au sein de la Fondation ALAS (America Latina Accion Solidaria, Amérique Latine Action Solidaire) qui a ouvert des écoles et l'équivalent de "restaurants du coeur".
L'an dernier, la star colombienne de la chanson s'était déjà invitée lors du sommet ibéro-américain de San Salvador. Elle défend notamment la mise en place d'une "couverture universelle" en matière d'éducation, santé et nutrition pour les enfants d'Amérique latine.

dimanche 29 novembre 2009

Un Pinochet embarrasse la droite



Entête de la page Internet de García Pinochet

Dans le district 23, qui réunit les trois communes les plus riches du Chili (Las Condes, Vitacura et Lo Barnechea), la publicité électorale envahit chaque trottoir, chaque rond-point. C'est là où il y en a le plus dans la capitale. Il faut dire que la droite a mis le paquet.


Rodrigo García Pinochet enfant, avec son grand-père, le défunt dictateur scélérat Augusto José Ramón Pinochet Ugarte

La coalition de droite, l'Alliance, a toujours remporté les deux postes de députés dans ce district, avec plus de 63 % des voix. Ernesto Silva et Cristian Monckeberg, les deux candidats de droite en lice pour l'élection du 13 décembre, n'ont pas l'intention que ça change.
Seulement, dans la jungle des panneaux, il y a un portrait qui ne laisse personne indifférent: celui d'Augusto Pinochet, l'ancien dictateur, responsable de la mort et de la disparition de près de 3000 personnes et de la torture de 30 000 autres entre 1973 et 1990.


Rodrigo García Pinochet enfant, avec son grand-père, le défunt dictateur scélérat Augusto José Ramón Pinochet Ugarte

À ses côtés, sur l'affiche, se tient Rodrigo Garcia Pinochet, son petit-fils. Un ingénieur commercial de 32 ans, qui se présente en tant qu'indépendant.
Nombreux admirateurs
C'est le poil à gratter de la droite, celui qui pourrait bien lui faire perdre un des sièges de députés. Car dans les quartiers huppés de Santiago, le dictateur, même mort et enterré, compte toujours de nombreux admirateurs.
En 2008, la mère de Rodrigo Garcia, Lucia Pinochet a remporté un siège de conseillère municipale avec 16 % des voix. Rodrigo Garcia ne cache pas que sa campagne repose entièrement sur son deuxième nom de famille. Car de programme, son site internet (www.garciapinochet.cl) n'en présente pas.
Sa biographie, en revanche, explique en détail sa présence auprès de son grand-père lorsqu'il a été victime d'un attentat en 1986 et lorsqu'il a été arrêté à Londres en 1998. Une partie des voix de la droite pourrait donc bien revenir au petit-fils préféré de l'ancien dictateur.
Elles ne suffiront peut-être pas à lui donner un siège à la Chambre basse, mais empêcheront sûrement l'Alliance d'en récolter deux.
Faire oublier son passé
Rodrigo Garcia Pinochet martèle pourtant que ce n'est pas son intention. Il avait publiquement fait du pied à la coalition de droite pour se présenter sous ses couleurs. Seulement, l'Alliance a refusé. Compter dans ses rangs un Pinochet aurait pu lui coûter bien plus qu'un siège au Congrès.
Elle tente depuis quelques années déjà de faire oublier son passé lié à la dictature. Ce qui lui réussit. Sebastian Pinera, le candidat de la droite unie, est aujourd'hui en tête de tous les sondages pour la présidentielle.

samedi 28 novembre 2009

Patagonie, sur la route du bout du monde

Premier matin du monde. L'hacienda Tres Lagos s'éveille en douceur sur quelques notes de musique classique. Un bon feu démarre dans le poêle à bois. Une baie vitrée entrouverte laisse passer un air doux et pénétrant. Un vanneau vole de pommier en cerisier et disparaît dans la montagne peuplée de hêtres et de chênes. Elle est à 1 650 kilomètres au sud de Santiago, loin de la société de consommation. La carretera austral (route australe) a été construite par Augusto Pinochet entre Puerto Montt au nord et Villa O'Higgins au sud, dans la région d'Aisén. Comme un cordon géopolitique. Le corps militaire du travail l'a réalisée de 1976 à 1989, mais le dernier tronçon n'a été achevé qu'en 2000. En tout, 1 250 kilomètres tantôt asphaltés, tantôt caillouteux, coupés par des fjords que l'on traverse en ferry et des rivières que l'on franchit sur des ponts pour accéder à l'«último rincón del mundo» (bout du monde), la Patagonie chilienne.

En un instant, le bleu du ciel s'est fait orangé, moutonneux, avant de virer au gris cendré. Entre les latitudes de 43° 38' et de 49° 16' sud, on vit dans un monde fabuleux. Où David Retamal, le chef de l'hacienda Tres Lagos, offre la Patagonie dans l'assiette : truite en papillote, risotto de saumon, glace au cynorhodon. Ivan Boblete, enfant du pays, prépare, lui, le cordero patagónico,un mouton grillé durant quatre heures, écartelé sur la braise. Les 224 000 hectares des eaux du lac Negro et du lac General Carrera - le deuxième plus grand d'Amérique du Sud après le Titicaca - passent, sous l'effet de la lumière, du noir intense au bleu turquoise.

On oublie les cahots de la route, absorbé par les paysages : pains de sucre voilés de brume aux faux airs de baie d'Halong, pierriers gigantesques, arbrisseaux rabougris et guanacos distants. Dans les rares villages aux maisons en bois ou en zinc, les commerces proposent aliments et produits courants. Les habitants se révèlent inconditionnels du maté, du truco (jeu de cartes) et de la musique chamamé. Les eaux turquoise du río Baker se jettent bouillonnantes dans celles, couleur de thym, du río Nef endormi. Pour combien de temps ? Hidroaysén planifie deux barrages sur le Baker. A quelques kilomètres s'étend la réserve nationale Tamango. Havre de paix et repaire des derniers huemules (cerfs des Andes).

Après dix minutes de canot, on passe sous la Capilla (chapelle) et la Catedral de Mármol (cathédrale de marbre). Deux blocs de calcaire creusés par la houle du lac General Carrera, veinés de gris, de paille et coiffés d'arbres de feu. Deux condors tournoient dans les airs. «Le vent du nord apporte la pluie ; le vent du sud, le soleil», prévient-on. Maudit vent du nord ! Du glacier Exploradores, on garde l'image d'une langue de glace entaillée, colorée en sable par les minéraux, et bleuie par la raréfaction de l'air. Alléchant pour les randonneurs de l'extrême !

Le catamaran Patagonia Express met cinq heures pour rallier Puyuhuapi. Le temps d'observer dauphins de Commerson, albatros, pétrels et cormorans. D'imaginer les Chonos, marins autochtones, naviguer dans les longs chenaux, aborder les archipels touffus, et les Tehuelches, chasseurs indigènes, s'enfoncer vers l'intérieur de glace et d'eau il y a dix mille ans. «En 2006, plus de 28 % de la région n'était toujours pas explorés, précise Daniel Muñoz, le guide. Et, sur les 1 984 îles dénombrées, 3 seulement étaient habitées.»

Jardin d'éden. Sur la baie Dorita, au pied des montagnes, le Puyuhuapi Lodge &Spa se fond dans les fougères, bambous et lys du Chili. L'eau des bains thermaux oscille entre 37 et 40 °C, les chardonnerets tiennent compagnie. Dans la tourelle du spa, Mariel, esthéticienne, détend et tonifie merveilleusement le corps. En cuisine, Carlos Cortés mitonne produits locaux et recettes de grand-mère à la mode internationale. Au menu : soupe de congre, gratin de crabe, mousse de pisco sour, le cocktail national. Un paradis que l'on voudrait - presque - se réserver. Merveilles des merveilles : le Parc national Queulat et le Parc national Laguna San Rafael, réserve mondiale de la biosphère. Dans la jungle, le Ventisquero Colgante (glacier suspendu) touche les nuages et tombe en une cascade de 296 mètres de haut. Des lames, des pics, des pans se détachent avec fracas, du front du glacier San Rafael... et de gros glaçons aux formes étranges flottent dans une anse de l'océan Pacifique.

A Coyhaique, le gaucho Luis Miranda emmène les touristes vers d'inoubliables chevauchées entre des arbres brûlés ou morts couverts de barbes de lichen vert argenté. Sous son béret, il rappelle les années 1920-1945 où, pour libérer l'espace aux éleveurs d'ovins et de bovins, on mettait le feu aux forêts.

«En Patagonie, qui mange une baie de calafate (épine-vinette) revient.» Dans cet univers de solitude, réserve de vents terribles, de silence absolu, d'ombres et de lumières dures, les questions essentielles s'imposent sans effort. «Où la nature garde son initiative sauvage, l'instinct de l'homme atteint à toute sa splendeur, et la vie, à chaque instant, retrouve une définition», affirme l'écrivain José Santos González Vera. Dernière nuit aux confins de la terre. Des hommes et des femmes sont venus, ici, de partout et de nulle part. A la recherche d'un eldorado ou d'un ailleurs, peut-être de la ciudad de Los Césares : une ville enchantée que les Espagnols auraient fondée dans la cordillère des Andes. Sans relâche, aventuriers et missionnaires l'auraient cherchée. En vain. Par leurs expéditions, ils contribuèrent à la connaissance de la Patagonie chilienne. Hors du monde ou aux frontières d'un autre monde.

vendredi 27 novembre 2009

Le Chili rassuré après une frayeur légale sur sa présence au Mondial

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Rangers emmêle tout Photo PHOTOSPORT
Dans un communiqué diffusé par l'ANFP, la Fédération internationale (Fifa) lui avait donné 72 heures pour résoudre le problème: "Si la Fédération (chilienne) ne prend pas les mesures nécessaires, le cas sera soumis au Comité exécutif de la Fifa qui pourra décider de suspendre la Fédération chilienne de football". Un club chilien, les Rangers, avait saisi la justice ordinaire afin de contester un retrait de trois points au classement du championnat pour avoir aligné six joueurs étrangers - un de plus qu'autorisé - lors d'un match. Si la sanction était appliquée, il descendrait en deuxième division.

Le club a saisi un tribunal d'appel, qui a suspendu mercredi le retrait de points dans l'attente d'une décision sur le fond. L'ANFP assurant que la Fifa interdisait des procédures devant la justice civile, avait qualifié la situation de "très grave". "La Fifa peut exclure la Fédération (chilienne) de football. Si les Rangers ne retirent pas leur plainte, ils (la Fifa) vont nous demander de les exclure, car la Fifa ne peut pas exclure un club", avait décidé le président de l'ANFP Harold Mayne-Nicholls.

L'administrateur judiciaire des Rangers, Cristian Herrera, a affirmé dans la soirée que le retrait de la plainte serait effectif vendredi. "La prudence élémentaire commande de ne pas faire risquer à la sélection chilienne et au football chilien de ne pas participer au prochain Mondial", a-t-il déclaré sur la Radio Bio-Bio. Le Chili s'est qualifié pour la première fois depuis 1998 à une Coupe du monde. Le tirage au sort du Mondial-2010 aura lieu en fin de semaine prochaine au Cap, en Afrique du Sud.

jeudi 26 novembre 2009

La Voie Lactée est une vieille cannibale

Dîner pour Centaurus A Photo ESO

Cette histoire est racontée par un article paru ce matin dans la revue Nature. Dans la même revue, on trouve un second article de quatre astrophysiciens de Corée du sud qui montre que sept amas globulaires - des groupes de plusieurs millions d'étoiles - dispersés dans le Halo extérieur de la Voie Lactée pourraient eux aussi être d'anciens coeurs de galaxies naines. Jusqu'à présent, seul l'ama Omega Centauri avait ce statut, considéré donc comme exceptionnel. Eh non : notre Galaxie est donc une vieille cannibale qui s'est nourrie de nombreuses naines...

Les astrophysiciens (liste en fin de note) voient dans les âges différents des étoiles de Terzan-5, avec un pic de formation il y a 12 milliards d'années et un autre il y a 6 milliards d'années, et dans leurs métallicités également différentes (proportions d'atomes lourds) le signe de l'histoire de leur groupe. Formées comme galaxie indépendante - un groupe d'étoiles liées par la gravitation - elles ont été happées par la Voie Lactée et intégrées à son bulbe central.


S'il a fallu attendre aussi longtemps pour découvrir les particularités des étoiles de Terzan-5, c'est qu'elles sont cachées par la poussière qui s'interpose entre nos télescopes et les astres du bulbe galactique. Pour réaliser cette étude, les scientifiques ont du utiliser la partie infrarouge du spectre de ces étoiles et un nouvel instrument d'optique adaptative, «Multi-conjugate Adaptive optics Demonstrator»,installé sur l'un des quatre télescopes de 8,20 du Very Large Telescope de l'Observatoire Européen Austral (au Chili). Ce dispositif permet de corriger les déformations provoquées par les turbulences atmosphériques sur les images.



Le cannibalisme galactique est aujourd'hui considéré comme l'un des mécanismes les plus importants dans la structuration de l'Univers et la formation de galaxies de grande taille.


En outre, cela donne de magnifiques images, comme celle à droite qui montre le résultat de la goinfrerie de la galaxie ellipitique géante Centaure-A. C'est la plus proche de la Terre de sa catégorie, moins de 11 millions d'années lumière. Elle a avalé une galaxie spirale plus petite il y a quelques temps, entre 200 et 700 millions d'années.


Ce diner gargantuesque a produit, entre autre, un belle bande de poussières. Le télescope NTT de l'ESO (sur le site de la SIlla) en a il y a peu réalisé cette très belle image, diffusée le 20 novembre.
Voici les auteurs de l'article sur Terzan 5 : Francesco Ferraro, Emanuele Dalessandro, Alessio Mucciarelli et Barbara Lanzoni (Department of Astronomy, University of Bologna, Italie), Giacomo Beccari (ESA, Space Science Department, Noordwijk, Hollande), Mike Rich (Department of Physics and Astronomy, UCLA, Los Angeles, USA), Livia Origlia, Michele Bellazzini et Gabriele Cocozza (INAF – Osservatorio Astronomico di Bologna, Italie), Robert T. Rood (Astronomy Department, University of Virginia, Charlottesville, USA), Elena Valenti (ESO and Pontificia Universidad Catolica de Chile, Departamento de Astronomia, Santiago, Chili) et Scott Ransom (National Radio Astronomy Observatory, Charlottesville, USA).

mercredi 25 novembre 2009

Proche-Orient: Abbas estime qu'Obama "ne fait rien pour l'instant"

"Il ne fait rien pour l'instant", a dit M. Abbas, en visite à Buenos Aires, au quotidien le plus lu d'Argentine. "Mais il nous a invités à relancer le processus de paix", a-t-il poursuivi, ajoutant: "J'espère qu'à l'avenir il aura un rôle plus important".

Les Palestiniens "attendent des Etats-Unis qu'ils fassent pression sur Israël pour qu'il respecte le droit international, pour qu'il mette en oeuvre la feuille de route", a souligné M. Abbas.

"Ils peuvent faire deux choses: faire pression sur les Israéliens pourqu'ils rejettent les colonies et faire pression pour qu'ils acceptent de se retirer derrière les frontières de 1967", a précisé le président palestinien.

Lundi, son homologue argentine Cristina Kirchner avait également critiqué Washington, estimant que "les Etats-Unis pouvaient faire davantage que ce qu'ils font".

M. Obama avait dénoncé mercredi dernier l'annonce de nouvelles constructions israéliennes à Jérusalem-est annexée, estimant que cela pouvait "finir par être très dangereux". Mais sans menacer Israël d'aucune conséquence concrète s'il allait de l'avant avec ces nouvelles constructions.

M. Abbas achevait mardi une visite de deux jours à Buenos Aires, une semaine après la visite en Argentine du président israélien Shimon Peres. Il s'est auparavant rendu au Brésil et doit poursuivre sa tournée latino-américaine mercredi au Chili.

Il l'achèvera au Venezuela, où il doit rencontrer pour la première fois vendredi le président Hugo Chavez, grand défenseur de la cause palestinienne, a-t-on indiqué mardi de sources officielles vénézuéliennes.

Au mois de janvier, le président vénézuélien avait rompu les relations diplomatiques avec Israël, qu'il avait qualifié d'Etat "génocidaire" et "assassin" après l'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza.

Trois mois plus tard, le Venezuela avait inauguré une représentation diplomatique palestinienne à Caracas en présence du ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Riad Al Malki.

mardi 24 novembre 2009

Indiens d'Amérique du Sud : objectif terres

Le problème est d'abord historique, les terres ayant été dans une très large mesure confisquées par les conquérants, espagnols ou portugais, qui ont institué un régime de très grandes propriétés appelées latifundias. Cette situation d'accaparement du sol par une petite élite, des réformes agraires ont tenté de la corriger au siècle dernier, mais elles sont souvent restées lettre morte.

Les peuples autochtones, soucieux de récupérer le contrôle d'une partie au moins de leurs terres ancestrales, se mobilisent depuis plusieurs décennies. Leur effervescence s'est à l'usage révélée plutôt efficace ; à cet égard, les indigènes de l'Equateur ont fait figure de pionniers. En pleine forêt amazonienne, le peuple kichwa de Sarayaku s'est ainsi vu reconnaître la propriété collective de 140 000 hectares. «C'est une terre sans contamination, raconte leur porte-parole Tupak Viteri, avec des rivières saines, une faune et une flore abondantes. C'est une forêt primaire qui renferme beaucoup de richesse, naturelle et culturelle. Nous vivons de la terre, nous nous nourrissons des produits de la terre, des fruits de la pêche, de l'agriculture et de la chasse. Nous avons une relation directe avec la terre ».

Les Kichwa d'Equateur contre le pétrole

Mais les Kichwa se trouvent désormais confrontés à une intrusion qui menace cet environnement paradisiaque. «L'Etat nous a reconnu la propriété de la terre, mais seulement de la surface de la terre, explique Tupak Viteri. Il dit que le sous-sol lui appartient et, allié aux compagnies pétrolières, il essaie d'extraire les ressources qui se trouvent dans le sous-sol, c'est-à-dire le pétrole. Et pour atteindre le sous-sol, il lui faut logiquement s'en prendre d'abord à la surface. Or nos programmes de développement supposent une terre saine, des rivières non contaminées. L'intervention des compagnies pétrolières est un obstacle à notre développement, elle entrave son déroulement normal ».

Au sud du continent, à l'extrême pointe du Chili, le peuple mapuche connaît lui aussi des problèmes de propriété - et de contamination - de la terre, mais son histoire est assez différente. Car les Mapuches n'ont pas été vaincus par les Espagnols, au contraire. Ils étaient même parvenus à trouver avec les conquérants une sorte de modus vivendi, ratifié par traité, qui respectait leurs terres. Leur spoliation est beaucoup plus récente que celle des autres Amérindiens : elle date du XIXe siècle, quand le Chili, devenu indépendant, de même que l'Argentine de l'autre côté de la Cordillère des Andes, s'est lancé dans une sanglante expédition vers ce Sud qu'il souhaitait s'approprier. Une expédition appelée sans vergogne «Pacification de l'Araucanie ».

Chili : le conflit des Mapuches

Aujourd'hui, les Mapuches se sont mis aussi à revendiquer le sol, mais avec le sentiment plus présent dans la mémoire collective d'avoir longtemps été un peuple maître de son sort. Victor Ancalaf, l'un des dirigeants des communautés mapuches de Collipulli, estime que c'est la mobilisation qui a été « l'instrument d'une récupération progressive de l'espace territorial, et politique. Grâce aux occupations de terres rurales, nous avons repris possession de près de 5 000 hectares pour nos communautés de Collipulli. Nous en réclamons 50 000 autres, les terres qui manquent pour correspondre à nos titres de propriété. En sachant qu'historiquement, la revendication territoriale de notre peuple porte sur 30 millions d'hectares ».

Ce vétéran de la lutte mapuche, auquel son engagement a valu de connaître la prison, s'insurge plus généralement contre les gouvernements de la Concertation qui se succèdent au pouvoir à Santiago depuis le retour de la démocratie. « Sur la base d'une Constitution qui date de l'époque Pinochet, ils ont permis la privatisation des entreprises publiques de notre pays. C'est à dire qu'aujourd’hui sont privatisés les ports, les aéroports, l'eau, et les mines. Les trois-quarts des eaux au Chili ne sont plus chiliennes, mais appartiennent à des entreprises privées. De même que le littoral et la zone de pêche : des entreprises japonaises et chinoises sont en train de pratiquer une pêche sans discrimination jusqu'à menacer la ressource marine ».

Car l'Amérique du Sud n'est plus seulement dans une configuration de grandes propriétés rurales, mais bien aujourd'hui dans une logique de surexploitation quasi-industrielle par des multinationales. Le porte-parole d'une autre communauté mapuche, celle de Pepiukelen, en sait quelque chose : « Dans mon village de la région des Lacs, nous nous battons depuis huit ans contre une entreprise d'élevage de saumon qui s'est lancée, avec l'appui de l'Etat, dans un projet hautement contaminant, à seulement 25 mètres de nos maisons. Conséquence : l'eau et la terre sont contaminées, nos arbres fruitiers commencent à mourir, de même que notre bétail, qui est une source de revenus et de nourriture pour nous tous. Ces entreprises d'élevage de saumon sont dans leur grande majorité norvégiennes. En Araucanie, il y a aussi beaucoup d'entreprises étrangères forestières, et des sociétés minières, toutes des multinationales. Un peu plus loin dans une zone de rivières, ont commencé d'énormes travaux pour édifier cinq centrales hydroélectriques ».

Les 25 ans des Sans-Terre

La récupération de la terre en Amérique du Sud ne concerne pas seulement les communautés indigènes. Les petits paysans en général, ou les paysans sans-terre, tentent de défendre leurs droits. Et le gigantesque pays qu'est le Brésil en est une bonne illustration... Là aussi les grandes propriétés rurales sont mises en cause, de même que les multinationales, « très présentes et qui pompent le marché national », comme le dit Yvonne Belaunde, chargée de mission pour le Brésil au CCFD (Comité contre la faim et pour le développement). Elle estime que le Mouvement des Sans-Terre a beaucoup fait avancer la cause de la redistribution des terres, même si pour l'actuel gouvernement brésilien, malgré les assurances de Lula, la réforme agraire n'est pas une priorité.

Le Mouvement des Sans-Terre vient précisément de célébrer son 25ème anniversaire. Vingt-cinq années d'un mouvement paysan qui s'est montré très actif sur le front de l'occupation des terres laissées en friche par leurs propriétaires. Grâce à ses opérations parfois un peu musclées, 350 000 familles brésiliennes ont pu se voir octroyer des terres à cultiver.

samedi 21 novembre 2009

Luc Alphand consultant pour le Paris-Dakar 2010 sur France Télévisions

Ce célèbre rallye sera suivi par France Télévisions, et Luc Alphand sera consultant aux côtés de Gérard Holltz sur France 2.

Vainqueur de l’épreuve en 2006, il apportera son expérience pour les commentaires des moments forts du Paris-Dakar.
L’ancien skieur fera partager son expérience pendant 15 jours, du 2 au 16 janvier, sur les antennes de France Télévisions.

Il est toujours en convalescence après son accident de moto en juin dernier, dans la dernière spéciale du Rand'Auvergne, un rallye tout terrain de deux jours.
Après une carrière dans le ski, Luc Alphand s'est lancé dans les sports mécaniques.

vendredi 20 novembre 2009

Pellegrini ne lit pas la presse

Attendu par quelques journalistes locaux à l'aéroport de Santiago de Chile, "l'ingénieur" ne s'est pas montré très préoccupé par les critiques dont il fait l'objet en Espagne : "Je sais qu'au Real Madrid la pression est constante, mais honnêtement, les critiques ne m'affectent pas du tout" a-t-il expliqué avant d'ajouter : "Je ne suis absolument pas au courant des critiques dont je fais l'objet tout simplement car que je ne lis pas la presse. Je sais juste que la presse Espagnole a toujours été très exigeante envers le Real Madrid. Mais cela ne me dérange pas". Vous avez dit serein ?

mardi 17 novembre 2009

Chili-Pérou: Regain de tensions

La justice du Pérou soupçonne un officier de l'armée de l'air péruvien d'avoir reçu de l'argent du gouvernement chilien pour se livrer à de l'espionnage. "Le Chili ne se livre pas à l'espionnage", a démenti samedi le ministre chilien des Affaires étrangères, Mariano Fernandez à Singapour.

Les accusations d'espionnage ont fait surface sur fond d'escalade de la tension entre les deux pays voisins au sujet d'un contentieux sur leur frontière maritime. "Nous souhaitons vivement que la lumière soit faite là-dessus" a expliqué le chef de la diplomatie péruvienne, José Garcia Belaunde en précisant que la délégation présente à l'Apec allait regagner prématurément Lima en raison de cette affaire.

dimanche 15 novembre 2009

Piñera critiqué pour des propos sur les procès de la dictature

M. Piñera , l'homme le plus riche du pays, avait rencontré mardi plus de 500 militaires à la retraite au cours d'une réunion privée que son équipe de campagne a passé sous silence, a révélé hier la presse chilienne en citant des participants.

Selon eux, M. Piñera , chaleureusement applaudi, s'est engagé s'il était élu à ce que «la justice s'applique comme il convient, sans maintenir des procédures ad aeternam, qui n'en finissent jamais» contre des anciens militaires.

Près de 600 procédures sont en cours au Chili contre des agents, en majorité militaires, de la dictature qui a fait 3100 morts ou disparus.

La coalition de centre gauche au pouvoir a réagi, sommant M. Piñera de s'expliquer pour savoir s'il songeait à une loi spéciale sur une date limite pour les procédures ou à interférer dans le travail des tribunaux.

L'association de victimes de la dictature, Familles des détenus et disparus, a estimé que M. Piñera avait «tombé le masque et se montre tel qu'il est, une personne de droite, compromise avec la dictature et les violations des droits de la personne».

M. Piñera s'est défendu hier, assurant qu'il n'avait fait que garantir ce qu'il garantit «à tous les Chiliens», à savoir qu'il veillera à ce que l'État de droit «s'applique dans son intégralité» et à ce que les procédures se fassent «correctement». Le président du parti Rénovation nationale de M. Piñera a confirmé une réflexion au sein de ses instances sur les moyens d'«accélérer les procédures et procès en cours, prenant en compte les critères habituels du droit, parmi lesquels figure la prescription».

M. Piñera pourrait remporter le premier tour de l'élection, car un candidat indépendant de la gauche vient brouiller les cartes. Un sondage publié hier le donnait en tête du premier tour avec 36 % des voix contre 26 % à Eduardo Frei, candidat de la coalition au pouvoir. Au 2e tour en janvier, M. Piñera l'emporterait avec 43 % contre 37 % à M. Frei. Le dissident de gauche, Marco Enríquez-Ominami recueille 19 % des intentions de vote.

mercredi 11 novembre 2009

Un système électoral hérité de la dictature

Les dernières enquêtes d’opinion donnent en effet l’homme d’affaires Sebastien Piñera (droite) en tête du premier tour. Il est suivi par Eduardo Frei, l’ancien président (1994-2000) et sénateur PDC [Parti démocrate-chrétien], qui représente officiellement la Concertation des partis pour la démocratie, puis pas le socialiste dissident Marco Enriquez-Ominami.

Une des principales caractéristiques de ce scrutin, le quatrième depuis la fin de la dictature, réside dans le vieillissement de l’électorat, souligne El País. “Le pouvoir électoral, qui, lors du retour à la démocratie en 1990 [l’élection présidentielle du 5 décembre 1989 avait donné la victoire au candidat de la Concertation, Patricio Alwyn, entré en fonction le 1er mars 1990], était aux mains des moins de 35 ans, appartient désormais à ceux qui ont entre 35 et 55 ans. Dans la pratique, ce sont quasiment les mêmes votants qu’il y a vingt ans, mais avec des cheveux blancs.”

Certains analystes affirment même que le Chili avance vers “une démocratie gérontocratique”. Si le désintérêt des jeunes pour la politique est une tendance assez universelle, la faute incombe aussi “au système électoral restrictif, conçu sous la dictature et qui n’a pas encore été réformé”, ajoute El País. Au Chili, le vote est obligatoire à condition de s’être inscrit préalablement sur les listes électorales. “De moins en moins de gens font la démarche pour se rendre dans les bureaux d’inscription, qui n’ouvrent que du mardi au samedi”, constate le journal. De plus, le droit de vote n’est pas universel. Les Chiliens qui résident à l’étranger, notamment tous les anciens réfugiés politiques, n’ont en effet toujours pas le droit de voter. La droite s’y est toujours opposée.

Une réforme constitutionnelle adoptée en mars devrait bientôt transformer ce schéma. Mais elle n’entrera en vigueur qu’à compter de 2012. Elle prévoit l’inscription automatique des plus de 18 ans sur les listes électorales, ce qui devrait augmenter d’un tiers le nombre des électeurs. Le vote n’aura alors plus de caractère obligatoire. En attendant, tant les candidats que le gouvernement tentent de convaincre les jeunes de s’inscrire sur les listes électorales. Celles-ci sont ouvertes jusqu’au 13 décembre. Une campagne officielle affirme sur toutes les ondes et dans tous les médias: “J’ai du pouvoir, je vote”. “Les prochaines semaines seront donc intenses”, estime La Nación, le quotidien proche du gouvernement socialiste, au moment où s’ouvre officiellement la campagne électorale.

Grippe H1N1 : des experts souhaitent plus large utilisation des antiviraux

"Je veux tirer le signal d'alarme", a dit le Dr Jean-Marie Cohen, coordinateur national du réseau des Grog. Il a rappelé un bilan comparatif publié dans une revue spécialisée américaine, qui faisait apparaître qu'une mise à disposition "très large, pour tous les malades grippés" des antiviraux au Chili avait entraîné une mortalité "moins forte" qu'en Argentine où les antiviraux - comme le Tamiflu - étaient réservés aux cas graves, "un scénario à la française".

Ultérieurement, on a donné largement des antiviraux à la population argentine, et "la mortalité des femmes enceintes a été divisée par trois", a-t-il souligné, estimant qu'"il serait peut-être urgent en France de songer à utiliser les stocks pas encore distribués".

Pour Catherine Weil-Olivier, professeur de pédiatrie à l'Université Paris 7 et membre du comité de lutte contre la grippe, "on a un usage très restreint, très conservateur des antiviraux", pour éviter le mésusage. Mais le virus H1N1 étant très dominant parmi les cas de grippe, ce point "va être rediscuté" et "ça pourrait évoluer dans les jours qui viennent".

"Plus on donne tôt l'antiviral, plus il est efficace", a rappelé le Pr Weil-Olivier, tandis que le Dr Cohen notait que "chaque minute compte", puisque le virus grippal se multiplie par dix toutes les quatre heures.

"Au-delà de 48 h il y a perte de chance de l'efficacité pour l'utilisation des antiviraux", a indiqué le Pr Weil-Olivier.

Marco Enríquez-Ominami, cauchemar de la coalition au pouvoir

Marco Enríquez-Ominami avait à peine trois mois lorsque, le 11 septembre 1973, les hélicoptères de Pinochet ont bombardé le palais présidentiel où s’était réfugié le président Salvador Allende. Quelques heures plus tard, sa mère, Manuela Gumucio, épouse de Miguel Enríquez, guérillero légendaire fondateur du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), était arrêtée. Le destin a voulu que le militaire qui la gardait ait eu pitié d’elle. Et c’est ainsi que la mère et l’enfant ont pu trouver refuge à l’ambassade du Venezuela [son père, passé à la clandestinité, a été abattu en octobre 1974].

“Nous sommes partis pour Paris, où nous sommes restés en exil pendant quatorze ans”, raconte Marco, trente-six ans plus tard. “Je n’avais alors qu’un passeport des Nations unies. On m’avait privé de ma nationalité, ce que je trouve vraiment absurde.” Aujourd’hui, Marco Enríquez-Ominami est devenu l’homme dont tout le monde parle au Chili. Candidat indépendant à l’élection présidentielle, il suscite les craintes de la Concertation [la coalition de centre gauche qui gouverne le pays depuis 1990]. “Ça n’a pas toujours été facile d’être le fils d’un héros”, explique-t-il. Mais, à Paris, Marco a trouvé un second père, le socialiste chilien Carlos Ominami. Exilé lui aussi, il est tombé amoureux de Manuela et a décidé d’adopter son fils. De retour au Chili des années plus tard, le jeune homme s’est rendu aux bureaux de l’état civil pour modifier son nom en réunissant les deux patronymes par un trait d’union : Enríquez-Ominami. “Le premier nom est celui de l’homme qui m’a donné la vie, et le second, celui de l’homme qui m’a sauvé”, répète-t-il à qui veut l’entendre. Carlos Ominami ne lui a pas seulement donné son nom, il lui a également permis de faire ses premières armes en politique en lui ouvrant les portes du Parti socialiste. Ex-militant du MIR, comme le père de Marco, Carlos Ominami a longtemps travaillé au cabinet de l’ancien président Patricio Aylwin. Il est aujourd’hui sénateur.

Lorsque Marco est rentré au pays, à l’âge de 17 ans, il a étudié la philosophie et tenté, en vain, de se faire élire à la direction de la Fédération des étudiants. Ce n’est que quelques années plus tard que sa vie publique a véritablement démarré, lorsqu’il s’est lancé dans la production de séries télévisées populaires comme La vida es una lotería [la vie est une loterie] et Mansacue. Ce n’est qu’en 2002 qu’il commence à manifester les premiers signes d’un anticonformisme politique, avec la diffusion d’un documentaire controversé intitulé Chili, les héros sont fatigués. Il s’agissait d’une critique acerbe à l’égard des représentants de la Concertation, qui, à son avis, avaient fini par oublier les idéaux du passé. Parmi eux, l’ancien président Ricardo Lagos et son propre père adoptif, Carlos Ominami. “Ils sont devenus esclaves de l’efficacité, sans en mesurer les conséquences. Ils sont tombés dans le piège. Pour défaire la droite, la gauche ne sait que mettre en avant son monopole moral et son passé de victime”, accuse Marco dans le documentaire, debout devant la tombe de son père à Santiago.

Il soutient avec force des causes marginales

Son aura médiatique a encore grandi quand il a épousé l’une des animatrices de télévision les plus en vue du Chili, Karen Doggenweiler. En 2006, il est directement entré en politique en se faisant élire député de la région de Valparaíso, le bastion historique de son père adoptif. La carrière du jeune député a vite fait parler de lui en raison de ses prises de position souvent controversées. Mais son passage à la Chambre a été plutôt efficace. Il a présenté des dizaines de projets de loi. Avec un style progressiste, très éloigné du conservatisme des socialistes locaux, il a apporté par exemple un soutien éner gique à des causes marginales comme les droits des minorités sexuelles. Il a également soutenu les re vendications de la Bolivie, qui de mande à son voisin chilien un accès à la mer, et a défendu la politique du président vénézuélien Hugo Chávez.

Puis, un jour de janvier 2009, dans le plus pur style Obama, Marco Enríquez-Ominami a soudainement an noncé sur Facebook sa candidature à l’élection présidentielle. La Concertation a refusé de l’inclure dans les primaires, qui ont finalement désigné l’ancien président Eduardo Frei comme candidat officiel. Il a donc décidé de rendre sa carte du Parti socialiste et de se présenter seul. Il devait encore réunir les 36 000 signatures exigées par la Constitution chilienne. A partir de ce moment-là, son ascension dans les médias a été fulgurante. Il a accepté toutes les invitations de la télévision ou de la radio, participé à une émission de téléréalité qui le suivait du matin au soir avec une caméra, fait la couverture de revues gays et de magazines pro-cannabis. Il s’est inscrit sur toutes sortes de forums pour faire circuler son programme. Et c’est ainsi qu’il est parvenu à dépasser largement le nombre de signatures requises. “Il n’est pas facile pour un candidat de 36 ans de prouver qu’il est présidentiable. Malgré sa popularité, il faudrait que Frei fasse une grosse bêtise pour permettre à Enríquez-Ominami de passer au second tour”, estime le politologue Patricio Navia. “A première vue, il est peu probable qu’il soit élu. Mais il semble tout aussi improbable qu’un autre candidat l’emporte sans son appui.”

Qui est-il vraiment ? Un homme né pour le combat politique ou un opportuniste issu de la jet-set chilienne ? Après le débat politique télévisé du 23 septembre, on serait tenté de choisir la première réponse. Tandis que le candidat de l’opposition, Sebastián Piñera [droite], et Eduardo Frei se lançaient d’indignes accusations, le candidat indépendant est apparu, selon les experts, comme le seul prétendant doté d’une vision d’avenir pour le pays. Son intervention a divisé la gauche et lui a permis de grimper dans les sondages. Selon une récente étude d’opinion, il ne lui manquerait que cinq points pour supplanter Frei et affronter Piñera au second tour. Il est désormais le cauchemar de la coalition de gauche au pouvoir.

mardi 10 novembre 2009

Rencontre avec César Olhagaray, peintre du mur de Berlin

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Détail de l'œuvre sur le mur de Berlin


César Olhagaray devant son œuvre dans le mur de Berlin

Pour les 20 ans de la chute du mur, comme beaucoup d’autres artistes, il vient de rénover son œuvre. Le couturier Daniel Rodan en a emprunté le motif pour son projet Mauerkleider – East Side Gallery goes Fashion : des vêtements inspirés des célèbres peintures du mur ont été mis en vente aux enchères cet été à l’occasion d’œuvres de charité.

Quel lien avez-vous avec la France ?

Mon père est français mais, même si je peux parler français, je n’ai pas passé beaucoup de temps en France.

Depuis quand vivez-vous à Berlin ?

Je vis à Berlin depuis 1988 mais je suis arrivé en Allemagne en 1974 à Dresde, où j’ai fait l’Académie des Beaux-Arts, suite au putsch de Pinochet.

Qu’est-ce que vous préférez à Berlin ?

Le mur évidemment. Friedrichshain, le quartier où se trouve l’East-Side Gallery [1] est d’ailleurs mon endroit préféré de Berlin.

Ce n’est pas un problème pour moi si les gens prennent des morceaux du mur : les gens s’approprient ainsi notre art et le diffusent

Quel est votre mot préféré en français ?

« Voilà » : simple et universel…

Que faisiez-vous à Santiago avant le putsch ?

Après des études d’architecture et de ballet, je suis devenu un leader de la peinture murale et du graffiti à Santiago mais aussi dans tout le pays entre 1971 et 1973. Toujours un pinceau en main et bien souvent contre la loi…

Comment avez-vous pu participer à la création de l’une des peintures de l’East Side Gallery ?

Après la chute du mur, il y a eu une annonce de concours dans un journal pour que l’on présente des motifs. J’y ai répondu et ma peinture a retenu l’attention.

Que représente votre peinture ?

Elle est intitulée « Apocalypse effrayante ». Mon motif n’est pas seulement esthétique, il est aussi critique. C’est un peu de la science-fiction. Je casse non seulement le mur mais aussi la façon de vivre que nous avons aujourd’hui : les machines dominent nos vies et c’est devenu malheureusement naturel. C’est un appel.

César Olhagaray rénove son œuvre.

Avez-vous facilement accepté de rénoveœuvrer votre ?

Oui. Ce n’est pas un problème pour moi si les gens prennent des morceaux du mur : les gens s’approprient ainsi notre art et le diffusent. J’ai terminé la rénovation début juin. C’est le même dessin mais il est en même temps différent par la technique utilisée, qui est plus efficace et plus forte.

Quels sont vos prochains projets ?

J’inaugure une rétrospective à Dresde en juillet sur la peinture surréaliste.


Votre motif est l’un de ceux utilisés par le couturier Rodan pour sa collection «Mauerkleider ». Comment s’est passée cette collaboration ?

Très bien. Il m’a laissé faire moi-même le motif de la robe et m’a donné beaucoup de liberté. J’ai donc beaucoup apprécié travailler avec lui.

Quel est le prix du vêtement basé sur votre motif ?

3000 €.

Propos recueillis par Gwenaëlle Ily, pour Berlin Poche

Article mis à disposition par Berlin Poche, Le magazine culturel des Francophones de Berlin.

Plus d’infos le blog du peintre CESAR OLHAGARAY ARTE VISUAL

Le site de la East Side Gallery retrace l’ensemble des travaux et les artistes qui y ont pris part.

[1] Célèbre galerie d’art à ciel ouvert sur 1km300 de l’ancien mur de Berlin, la East Side Gallery a fait peau neuve. Commencée à l’automne 2008, la restauration de 98 fresques par leurs auteurs devait s’achever le 6 novembre pour les festivités de la chute du mur à Berlin.

L’éducation pour l’inclusion en Amérique latine: identifier et analyser les avancées et les défis à relever

Ces thèmes principaux seront discutés lors de la réunion régionale intitulée « Mise en œuvre des politiques d’éducation pour l’inclusion en Amérique latine : étapes parcourus et défis à relever », qui se tiendra du 18 au 20 novembre 2009 à Santiago du Chili. Cette réunion sera également une occasion importante pour discuter de la mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées dans la région.

La réunion est organisée par l'UNESCO à travers le Secteur de l’éducation (Paris), le Bureau régional de l’éducation pour l’Amérique latine et les Caraïbes (OREALC) et le Bureau international d’éducation (BIE), en collaboration avec le Programme-phare (Flagship) « Education pour tous (EPT) pour les personnes handicapées: vers l’inclusion».

dimanche 8 novembre 2009

Sortie de nulle part, Jena Lee a croqué le R’n’B

C’est le succès surprise de l’automne. Boycottée par de nombreuses radios, Jena Lee occupe depuis bientôt un mois la tête des ventes de singles avec “J’aimerais tellement”.
Le titre, qui s’est déjà écoulé à 100 000 exemplaires, est extrait de l’album Vous remercier, dans les bacs cette semaine. Ne vous fiez pas aux apparences, la belle n’est pas là pour devenir la nouvelle princesse du R&B français mais pour en bouleverser les codes.
“L’industrie musicale française veut que ses artistes rentrent dans des cases et je refuse ça”, explique celle qui se fit d’abord connaître en tant qu’auteur. Le producteur Sulee B. Wax fait appel à elle pour écrire cinq titres de l’album de Sheryfa Luna, un épisode dont elle ne garde pas que de bons souvenirs.

“Je m’y suis mal prise, j’ai trop donné de moi-même, c’était donc compliqué pour moi quand j’entendais que les gens appréciaient ce que j’avais écrit. Ces paroles auraient dû servir pour mon album parce qu’elles étaient trop personnelles. J’ai appris de mon erreur et aujourd’hui je n’écris qu’en me fondant dans l’univers de l’interprète.”

Pas spécialement fan des ballades sucrées, Jena crée son style à elle, l’emo R’n’B. “Je me suis inspirée de l’emotional hardcore que j’ai adouci avec des guitares saturées et mélodiques, mais c’est surtout mon état d’esprit qui définit le mieux ce qu’est l’emo R’n’B. Un état d’esprit très sombre et mélancolique. Je suis d’ailleurs incapable d’écrire sans être triste.”

Bio express
1987 : Naissance au Chili. Elle est adoptée par une famille française.
2007 : Arrivée à Paris son bac en poche, elle est repérée par le producteur Sulee B. Wax et écrit la chanson “Quelque part”, qui sera interprétée par la gagnante de “Popstars”, Sheryfa Luna. Elle écrira la moitié de son premier album, puis “Comme avant”, de Mathieu Edward, le finaliste de la “Star Academy” 7.
2009 : Sorti le 5 octobre, “J'aimerais tellement” devient numéro un des ventes de singles.

mardi 3 novembre 2009

"Navidad" : l'ombre des pères absents sur des amours adolescentes



Il est jaloux, elle le repousse sans le chasser. On comprend bientôt qu'Aurora n'est plus tout à fait sûre de son inclination sexuelle, on voit qu'Alejandro supporte mal cette remise en cause de sa jeune virilité.

Pour que ce conte de Noël se conforme aux règles du genre, il faut une bonne action, un invité surprise. C'est Alicia (Alicia Rodriguez) que les amants découvrent évanouie dans le jardin. Elle est encore plus jeune qu'eux, 14 ans, et a fui sa mère dans l'espoir de rencontrer un père qu'elle n'a jamais vu.

Comme le font beaucoup des cinéastes de sa génération et de sa région (les Argentins, les Chiliens, les Uruguayens), Sebastian Lelio cherche la vérité dans les détails. Il filme de très près ses personnages, essayant de capter chaque inflexion de leurs émotions. On a bientôt l'impression d'avoir emprunté l'un de ces romans modernes destinés aux adolescents, qui prend au sérieux (avec gravité, même) les tourments de cet âge tout en prenant la précaution de préciser aux lecteurs que tout ceci n'est pas bien grave.

Navidad manque un peu de substance, et le film tarde à se dessiner, gentiment égaré dans les chamailleries et les nostalgies de ses personnages. Ce n'est que très progressivement qu'on comprend que Sebastian Lelio, là encore à l'instar de ses contemporains, est obsédé par l'absence ou la trahison des pères. On apprend que la grande maison est celle de feu le père d'Aurora et que sa mère va bientôt s'en séparer. Alejandro est le fils d'un proviseur tyrannique et Alicia a été abandonnée.

L'image politique de cette métaphore n'est jamais développée, le réalisateur et scénariste préfère explorer ses conséquences sur l'identité sexuelle de ses personnages. En guise de messe de minuit, il offre à son trio une séquence amoureuse, délicate et sensuelle, qui donne enfin sa raison d'être au film.


Film chilien de Sebastian Lelio avec Manuela Martelli, Diego Ruiz, Alicia Rodriguez. (1 h 43.)

Thomas Sotinel

lundi 2 novembre 2009

Les conscrits des premiers temps de la dictature chilienne veulent raconter

Ces soldats, de tous jeunes hommes et mineurs lorsqu'ils furent appelés sous les drapeaux à l'époque du putsch du général Augusto Pinochet, ont donc été témoins des crimes de la dictature, ont parfois torturé et tué eux-mêmes.

Jusqu'à présent, la plupart des témoignages ayant permis de faire avancer les dossiers des crimes de la dictature sont ceux d'anciens détenus survivants. Et les indications des jeunes conscrits d'alors pourraient être précieuses pour retrouver les cadavres des disparus toujours recherchés par leurs familles.

Beaucoup veulent aujourd'hui se libérer du poids psychologique de cette culpabilité. "Nous avons été exécutants et témoins de nombreuses atrocités, et nous voulons en parler pour notre rédemption personnelle", explique le soldat Fernando Mellado, organisateur de la manifestation de dimanche et responsable pour la capitale du groupe "Anciens conscrits de 1973". "S'il y a un moyen pour nous de témoigner, peut-être sous couvert de l'anonymat, nous en serions heureux".

Selon lui, sur les quelque 8.000 adolescents originaires de Santiago de la classe 73, conscrits pendant cette terrible année qui suivit le renversement de Salvador Allende et au cours de laquelle la junte assit son pouvoir en réprimant à tour de bras, "20 à 30% sont prêts à parler". Et beaucoup savent des choses sur les disparus, selon lui.

Selon les chiffres officiels, 3.186 personnes ont été tuées par la dictature, dont 1.197 disparues. Depuis près de 20 ans que la démocratie a été rétablie au Chili, moins de 8% des dépouilles ont été retrouvées, selon Viviana Diaz, de l'organisation des Familles des Détenus Disparus.

Viviana Diaz espère donc que ces anciens appelés parleront, même hors des tribunaux. "Des gens viennent nous voir, et tout ce que nous leur disons c'est 'cela n'est pas grave si vous ne révélez pas votre identité, mais racontez-nous bien, l'endroit, des détails'".

Au Chili, comme en Argentine voisine, la loi de "l'obéissance due" permet une certaine clémence pour les soldats qui se soumettent à la justice, donnent les noms de leurs supérieurs et fournissent des informations permettant de résoudre certains crimes.

Mais la plupart des anciens soldats ont peur des conséquences pour eux et leurs familles, craignent parfois que des juges, arrivés en poste sous Pinochet, ne préfèrent protéger plutôt leurs anciens officiers supérieurs. Ils réclament donc l'immunité de poursuites pour ces faits.

Pour Mellado, ils sont aussi des victimes, forcés par la peur à faire des choses inavouables qui leur pèsent. Et de raconter ce soldat qui a été contraint d'abattre une famille entière, ou cet autre, aujourd'hui SDF dans les rues de Santiago, qui noya un enfant de sept ans dans un bac de ciment.

La plupart des disparus l'ont été aux mains de la terrible DINA (Direction des services de renseignements nationaux), la police politique chargée de la répression, sous les ordres du colonel Manuel Contreras, lequel est aujourd'hui derrière les barreaux pour plus de 350 ans.

Le centre de tortures originel de la DINA, son incubateur -"l'oeuf du serpent", selon l'avocat Hiram Villagra, spécialiste des droits de l'homme et défenseur des familles de disparus, était la caserne de Tejas Verdes, à une centaine de kilomètres de Santiago, sur la côte, près San Antonio, foyer de la dissidence.

Le conscrit José Paredes, 56 ans, y a fait cinq mois de service militaire. Vivant aujourd'hui reclus avec sa femme dans une petite bourgade du bord de mer, il s'est confié à l'Associated Press, racontant des choses qu'il "avait toujours dit qu'il emmènerait dans la tombe".

Et d'évoquer les cellules aveugles de deux mètres sur deux construites au "Camp de prisonniers numéro Deux", la camionnette blanche, surnommée "la colombe", qui emmenait les prisonniers vers la salle de tortures, le "centre médical", où certains tortionnaires portaient des tabliers blancs, les dents des prisonniers réduites en bouillie... "Notre mission était de monter la garde dehors, nous entendions les hurlements", déclare-t-il.

Tejas Verdes ferma à la mi-1974, et s'il n'existe pas de chiffres, Villagra estime que des milliers de détenus y sont passés, dont des dizaines ont disparu. Paredes dit y avoir "travaillé avec 500 ou 600 prisonniers" et "compté 30 à 40 morts".

Il raconte aussi que les "vols de la mort" y ont été pratiqués dès le début. "L'hélicoptère venait une fois par semaine, il se posait au régiment et emmenait les morts. C'était comme voir un film nazi".

Selon les chiffres auxquels l'agence AP a eu accès, 769 agents ont été poursuivis pour assassinat et autres violations des droits de l'Homme pendant ces années. Au 31 août, il avait seulement 276 condamnations.

"Il n'y a clairement aucun désir de notre part pour que ces soldats portent le poids de la culpabilité des officiers, qui prenaient les décisions", ajoute Hiram Villagra.

PAR EVA VERGARA, ASSOCIATED PRESS

Les anciens conscrits de la dictature ont des états d'âme

Ces aveux, auxquels se sont ajoutés de nombreux autres, font suite à l'appel lancé par Fernando Mellado, le président de l'Association des anciens conscrits de 1973, pour donner – de manière anonyme – des informations concernant les 1 200 disparus de la dictature, et notamment les lieux où auraient été creusées des fosses clandestines pour y jeter les opposants au régime.

Plusieurs de ces militaires – dont 80 000 appartiennent à l'association – ont manifesté ce week-end près du siège du gouvernement, lorsque Mellado leur a raconté comment il s'était fait traiter d'"assassin et [de] bourreau" par les députés alors qu'il venait leur expliquer qu'"[ils avaient] été manipulés et contraints à pratiquer ces choses atroces", a-t-il déclaré à l'agence Associated Press.

Fernando Mellado réclame une prise en charge de la santé des soldats, "dont 50 % souffrent d'hypertension et de problèmes cardiaques à cause de la surdose de médicaments que leurs supérieurs les obligeaient à prendre pour inhiber leur désir sexuel. Tous ont également de graves problèmes psychiatriques", assure Mellado.

La majorité de ces anciens soldats n'ont jamais parlé de peur d'être arrêtés et jugés.

La présidente du Chili fait la part des sexes sur le pouvoir

Il y a beaucoup d'hommes qui, en dépit de leurs qualités, «quand ils arrivent à une certaine fonction, se transforment en petits dictateurs», subissant une «attirance fatale pour le pouvoir», a-t-elle affirmé dans cette interview publiée dimanche.

Les femmes, elles, «exercent le pouvoir davantage dans l'optique d'être au service des autres et quand elles doivent résoudre un conflit recherchent une solution "gagnante-gagnante' (win-win)», a-t-elle précisé.

«Je ne veux pas dire que les femmes sont meilleures que les hommes», et certaines se laissent aussi griser par le pouvoir, a toutefois souligné Mme Bachelet, qui doit quitter prochainement la présidence de son pays après un mandat de 4 ans.

Selon un sondage publié début octobre, la cote de popularité de la première femme présidente du Chili se situe à un niveau historique de 76% de soutien en sa faveur, un chiffre jamais égalé dans l'histoire politique du pays.

Mme Bachelet, en réponse à une question d'El Pais, a indiqué qu'elle n'avait jamais pensé à faire modifier la constitution de son pays pour pouvoir effectuer un second mandat.

De tels changements institutionnels ne doivent jamais être liés à des «situations personnelles» mais viser à «améliorer la situation du pays», selon elle.

La présidente chilienne s'est refusée à commenter les réformes constitutionnelles visant à permettre au président vénézuélien Hugo Chavez de se maintenir au pouvoir: «nous, les Chiliens, ne faisons jamais de commentaires sur les autres pays», a-t-elle dit.