mercredi 26 août 2009

AU CHILI, DEUXIÈME PRODUCTEUR MONDIAL DE SAUMON, L'«OR ROSE» SE TARIT


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Photo Francisco Andulce chez Flickr
«Nous sommes durement touchés par la fermeture de nombreuses fermes aquacoles, car l'industrie salmonicole faisait vivre une grande partie de la population», se lamente le maire, Ivan Haro. Ce port était l'épicentre de la ruée vers «l'or rose», dès les années 1980. Aujourd'hui, 60 % des habitants sont au chômage, et il est au bord de l'explosion sociale.Deuxième producteur mondial de saumon, le Chili doit abandonner son ambition de détrôner la Norvège. Une épidémie du virus AIS (anémie infectieuse du saumon), apparue en juillet 2007, ne cesse de s'étendre, faisant des ravages. Ce virus, détecté à l'origine en Norvège dès 1984, entraîne une forte mortalité dans les élevages.

La production est en chute libre selon le n° 1 mondial, le groupe norvégien Marine Harvest, qui domine le secteur au Chili. Elle s'est réduite de moitié en 2009. Le virus se propage vite. Cinq sites étaient infectés en juillet 2007, et 74 un an plus tard. L'épidémie oblige à massacrer les poissons malades et à fermer les sites contaminés.

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Les compagnies chiliennes accumulent les pertes et doivent licencier. Multiexport Food, la plus grande compagnie chilienne, a perdu près de 49 millions de dollars depuis juin. Marine Harvest a licencié 15 000 employés depuis 2008, selon les syndicats. Au total, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 40 000 fin 2009. Ceux qui ont encore du travail doivent accepter des réductions de salaire. Le maire de Quellon se remémore l'époque du "miracle du saumon". Les gains avaient grimpé au Chili de 159 millions de dollars en 1991 à 2,5 milliards de dollars en 2006. A Quellon, le coup de grâce a été «la marée rouge», une bactérie qui rend les fruits de mer impropre à la consommation. Les pêcheurs artisanaux, sans travail, accusent la salmoniculture d'avoir pollué les fjords.

Il y a 550 
«fermes à saumons» au Chili, dont 40 % sont entre les mains de multinationales. Le filon le plus exploité est l'archipel de Chiloé, composé d'une quarantaine d'îles, riches en baies protégées, fjords, lacs et fleuves profonds, ce qui lui a valu le surnom de «Salmon Valley».

L'épidémie dévoile les abus de l'élevage intensif et le manque de régulation de la part du gouvernement. «C'est un nouveau Far West, mais sans shérif», lance Juan Carlos Cardenas, directeur du Centre pour le développement durable (Ecoceanos). Cette ONG dénonce les méfaits irréparables sur l'environnement, en raison notamment des déchets organiques rejetés par les saumons. «L'aquaculture est une industrie très polluante, explique M. Cardenas, car elle utilise beaucoup de produits chimiques et d'antibiotiques.»

Au mois de juillet, l'ONG Oceana a contraint le gouvernement chilien à révéler que la salmoniculture avait utilisé 385 tonnes d'antibiotiques en 2007, soit 600 fois plus que la Norvège, pour une production quasiment identique cette année-là. "Nous ne sommes pas opposés à l'activité même, mais à la façon dont elle se déroule", précise M. Cardenas. Il réclame un meilleur contrôle des conditions sanitaires. Il est convaincu que le virus AIS a été introduit dans des algues importées de Norvège.

DURES CONDITIONS DE TRAVAIL

Au Chili, les multinationales ne respectent pas toujours les normes qui ont cours dans leurs pays. Marine Harvest a été plusieurs fois condamnée pour infractions à la réglementation du travail. Il y a eu 42 décès entre 2005 et 2007, en particulier parmi les plongeurs chargés d'inspecter les cages sous l'eau. Les conditions de travail sont dures, les salaires sont bas, ce qui explique que le saumon chilien soit meilleur marché que ses concurrents norvégien, écossais ou canadien. La salmoniculture employait jusqu'à présent quelque 50 000 personnes, dont plus de 80 % sont des femmes qui travaillent dans des usines, de 10 à 12 heures par jour, debout, dans le froid et l'humidité.

Après le vin, le Chili s'était lancé dans l'aquaculture dans les années 1980, sous la dictature militaire du général Augusto Pinochet. Le «miracle de l'or rose» était censé sortir l'économie de sa dépendance au cuivre, «l'or rouge», dont le Chili est le premier producteur et exportateur mondial. En 2007, avant l'arrivée du virus, le Chili était près de rattraper le niveau de production de la Norvège, avec 650 000 tonnes de saumon, soit 22 fois plus qu'il y a vingt ans.

Aujourd'hui, la crise permet à la Norvège d'accroître encore sa part de marché, notamment aux États-Unis, qui étaient jusqu'à présent la chasse gardée des fournisseurs chiliens. La chute de la production chilienne contribue à réduire l'offre de saumon d'élevage et à faire grimper les prix mondiaux.

À Santiago, un projet de loi sur un «plan financier de sauvetage» de l'industrie salmonicole est à l'étude au Parlement. Il permettrait notamment aux multinationales de partir à la conquête de nouveaux sites, plus au sud, vers le détroit de Magellan.

Christine Legrand

lundi 24 août 2009

Expédition pour retrouver l'hydravion français d'Amundsen

Au cours d'une campagne qui durera jusqu'à 10 jours, le navire d'intervention sous-marine KNM Tyr ratissera une zone de 36 milles nautiques carrés (120 km2), au nord-ouest de l'îlot de Bjoernoeya, à la recherche du moteur du Latham 47 à bord duquel Amundsen effectua un dernier vol fatal.
"Nous nous concentrons sur le moteur parce que, l'avion étant en bois, nous pensons que sa carcasse s'est décomposée", a déclaré à l'AFP Vegard Hatten, un porte-parole de la Marine norvégienne.
"S'il est bien dans la zone pressentie, nous le trouverons grâce à nos équipements sophistiqués", a-t-il ajouté.
Le KNM Tyr embarque deux robots sous-marins qui passeront les fonds de l'océan au peigne fin. Il sera rejoint par un navire des garde-côtes, le KNM Harstad, qui assurera des missions de soutien.
Premier explorateur à franchir le passage du Nord-Ouest (1903-1906) et à conquérir le pôle Sud à l'issue d'un duel tragique avec l'Anglais Robert Scott en 1911, Amundsen survola le pôle Nord en dirigeable en 1926 avec l'Italien Umberto Nobile et l'Américain Lincoln Ellsworth.
Deux ans plus tard, le 18 juin 1928, l'explorateur norvégien, son compatriote Leif Dietrichson et quatre Français disparurent en mer de Barents à bord de leur Latham 47, alors qu'ils tentaient de secourir Nobile, échoué sur la banquise au retour d'une nouvelle expédition au pôle Nord.
Les circonstances de leur disparition n'ont jamais été déterminées et les dépouilles n'ont jamais été récupérées.
Nobile et une partie de son équipage avaient été, quant à eux, secourus.
A cheval sur les eaux territoriales norvégiennes et les eaux internationales, le périmètre de recherches a été défini sur la base de calculs réalisés par le Musée norvégien de l'aviation.
Seuls un flotteur et un réservoir de carburant appartenant avec certitude à l'hydravion ont été retrouvés dans le passé.
Conservé dans un musée de Tromsoe (nord), le réservoir porte des stigmates accréditant la thèse d'un amerrissage d'urgence.
"Quelqu'un a utilisé un couteau et un gros marteau sur le réservoir. C'est la preuve que quelqu'un a survécu, mais ils n'étaient pas équipés pour survivre en mer. Ils ont probablement essayé de regagner la banquise", a déclaré Kjell Lutnes, un membre de l'expédition, cité par NTB.
Une campagne de recherches dans la même zone avait dû être annulée en 2004 en raison d'une météo défavorable.

samedi 22 août 2009

CONDORITO A 60 ANS


Six décennies consacrées à faire rire l'Amérique latine, "depuis qu'il est apparu un beau jour dans la revue chilienne Okey en train de voler des poules", raconte le quotidien mexicain El Informador.

"Né en réaction à la vision simpliste et coloniale que véhiculait le film de Walt Disney intitulé Saludos Amigos, Condorito doit son effigie au condor, emblème du Chili. Le personnage est représentatif du Chilien pauvre, marginal, qui arrive de sa province pour vivre dans la banlieue de la capitale", explique le journal. "Il est aujourd'hui présent dans 77 quotidiens d'Amérique latine et des Etats-Unis." Et dans le quotidien chilien El Mercurio, le journaliste Pedro Peirano signe un bel hommage à l'oiseau comique et à tout ce qu'il représente pour le Chili et pour le monde latino plus généralement, après soixante ans d'un indéfectible succès.

mercredi 19 août 2009

Trop de touristes sur l'île de Pâques

Cette île paradisiaque, qui appartient au Chili, draine chaque année 50 000 touristes vers ses plages, ses paysages volcaniques et ses emblématiques moai, statues géantes de pierre. Or, pour certains membres de la population locale, qui compte à peine 5 000 habitants, ce flux touristique met en péril le fragile écosystème de l'île et son patrimoine. Et il contribue d'autre part à la hausse de la délinquance.

"Selon un rapport remis au gouvernement chilien, l'île de Pâques ne peut accueillir que 10 000 touristes par an", rappelle le quotidien argentin La Nación. Réunis au sein d'un mouvement baptisé Parlement Rapa Nui, les manifestants demandent également aux autorités chiliennes d'instaurer un système de contrôle migratoire de manière à mieux encadrer l'installation des continentaux ou des étrangers sur l'île.

samedi 15 août 2009

Tension dans le sud du Chili

Obsèques du dirigeant mapuche Jaime Mendoza.
Photo Juan Eduardo López

Il est mort mercredi en résistant à la police anti-émeute qui tentait de l'expulser. Le lendemain, des affrontements ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l'ordre dans la ville méridionale de Concepcion. Un haut responsable du Ministère chilien de l'Intérieur, a annoncé que le policier qui avait tué Collio avait été placé en détention pour enquête. Les indigènes Mapuches représentent près de 6 pour cent de la population du Chili.
Zhang Yan

vendredi 14 août 2009

À la découverte des cachets viticoles du Chili

Mais depuis quelques années déjà, les vignerons observent des différences notables entre les vignobles sur l'axe est-ouest. Selon qu'ils sont plus près de la mer, de la vallée centrale ou des contreforts andins, les vignobles présentent des terroirs très différents. Ainsi, on ne parle plus seulement de Maipo, mais de Alto Maipo, Maipo Central et Maipo Pacifique. Le courant Humboldt remonte les eaux froides de l'Antarctique le long de la côte chilienne, tempère les chaleurs et contribue à créer des microclimats, comme à Sonoma, en Californie.

À l'est, les vignobles grimpent haut sur les contreforts des Andes, recherchant aussi des climats plus frais que dans la vallée, permettant une plus longue, et plus lente maturation des raisins ce qui favorise, entre autre, un meilleur développement des arômes. Au nord de la vallée de Rapel, l'appellation de Cachapoal est reconnue pour ses vins rouges à base de cabernet sauvignon. Mais là aussi, on plante de plus en plus haut, dans ce qu'on appelle l'Alto Cachapoal.

La maison Altaïr

En visite en décembre, j'ai eu un véritable coup de coeur pour la maison Altaïr, qui appartient au géant Viña San Pedro. Leurs vignobles, à une altitude de 600 à 800m, bénéficient d'une grande amplitude thermique jusqu'à 30°C de différence entre le jour et la nuit! et de conditions beaucoup plus fraîches que dans la vallée.

La maison ne produit que deux vins, rare au Chili: Altaïr, leur grand vin, issu entièrement de l'Alto Cachapoal, et Sideral, qui incorpore un petit peu de raisins de Colchagua (la partie sud de la vallée de Rapel). Tous deux sont à base de 80 à 85% de cabernet sauvignon, complété selon les années de carmenère, syrah, cabernet franc ou petit verdot.

L'Altaïr 2004, qui m'a semblé le plus réussi (le premier millésime était 2002), sera disponible à la SAQ cet automne (environ 65$). Un très grand vin, avec une superbe harmonie entre puissance et finesse, qui devrait bien évoluer en cave pendant huit ou 10 ans encore. Entre-temps, il reste quelques bouteilles du Sideral 2004 Valle de Rapel (SAQ 10692830, 24,45$), et une nouvelle commande est attendue début 2010. Non pas un «second vin», mais un vin à part entière qui se veut d'un style plus approchable, et qui conserve la même signature maison: complexe, puissant et élégant, doté d'une grande fraîcheur et de tanins fins, mais fermes. À passer en carafe ou à laisser vieillir trois à six ans.

De nouveaux arrivages

Parmi les nouveaux arrivages chez Vintages ce samedi, plusieurs autres bons chiliens. L'aubaine est le Cabernet Sauvignon Reserva 2007 Valle del Limari de Tabalí (Vintages 58446, 14,95$). Riche et mûr, avec des notes d'épices et un boisé bien présent, mais qui, sans faire dans la dentelle, présente un peu plus de finesse que d'autres. On aime ou on n'aime pas le style, mais à ce prix, difficile de trouver mieux.

La maison Montes, l'une des premières à planter des vignobles sur les pentes plutôt que dans la vallée, mets tous les moyens en oeuvre afin de produire des vins de grande qualité. Ici aussi, on aime ou pas le style maison: les vins sont puissants, parfois un peu trop, et le boisé est encore un peu prononcé à mon goût, mais la qualité est indéniable. Pour se faire une idée, essayez la Syrah 2007 Colchagua, Montes Alpha (Vintages 612, 22,95$; SAQ 10692872, 23,10$; à partir du 15août). Un vin intense aux arômes de confiture de mûres et d'épices, avec des notes grillées (le bois) et quelques notes herbacées (menthe, garrigue).
Véronique Rivest

La Montagne Chilienne crée l’événement du 14 au 19 septembre 2009 !

Cet événement consiste en la réalisation simultanée d’une compétition de Free Style Ski et d’un salon d’entreprises qui accueillera les plus prestigieuses et importantes sociétés du monde de la montagne.

En parallèle à des manifestations sportives de Free Style Ski qui accueilleront les meilleurs athlètes français et chiliens, se déroulera le premier salon neige et aménagement du territoire montagneux de l’Amérique du Sud, suivant le modèle du reconnu et prestigieux salon SAM/InterAlpin qui se déroule tous les deux ans à Grenoble en France.

Plusieurs sujets seront traités avec toujours un accent fort mis sur l’urbanisme et l’aménagement de la montagne; sécurité/sûreté en montagne, plans de secours, détection et prévention d’avalanches, etc… Ces derniers seront présentés à l’aide d’ateliers éducatifs créant une dynamique forte avec la compétition se déroulant à côté. Celle-ci accueillera plus de 60 Free Riders et des skieurs qui pratiquent le sport de montagne hors piste.

Cette initiative est née en 2008 suite à la rencontre entre l’équipe de Powderchile et Juan Francisco SOTOMAYOR, étudiant chilien en master en Ingénierie à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Saint Etienne.

Convaincus, qu’à partir des conditions d’enneigement exceptionnelles que les montagnes chiliennes présentent, les activités neige peuvent être exploitées et développées sur ce territoire à des niveaux d’exigences professionnelles au standard international, l’équipe USF a commencé une réflexion orientée vers le développement de cette activité au travers d’une action concrète.


Ayant connu les conditions optimales des stations des Alpes Françaises, USF a voulu contribuer au long chemin que le Chili et l’Amérique du Sud ont à parcourir pour atteindre des niveaux de développement qui favorisent à la fois les économies nationales et fassent du Chili un pays reconnu pour ses activités neige et montagne.

Le projet UNION SNOW FEST fût présenté par Juan Francisco SOTOMAYOR, son créateur et porteur, au concours « Jeunes Ambassadeurs en Rhône Alpes » (*). En concurrence avec 184 projets de 46 pays différents, ce dernier remporta le Grand Prix du Jury parmi plusieurs initiatives d’intégration internationale de la Région Rhône-Alpes avec les pays d’origine d’étudiants du monde entier.

Cette reconnaissance lui a ouvert les portes pour faire connaître son projet et obtenir le soutien d’institutions et d’entreprises ci-dessous, qui ont déjà confirmé leur présence sur le salon :

POMAGALSKI SAS, LEITNER POMA OF AMERICA, FRANCE NEIGE INTERNATIONAL, LACROIX DEFENCE & SECURITY, SECOMATE, ANENA, GROUPE MND, MONTAZ, GROUPE MDP, TEAM AXESS, RECCO, NIC IMPEX (ARVA), SPORALTEC, LA CHAMBRE FRANCO CHILIENNE, LA REGION RHONE ALPES, Les Ambassades de France au Chili et du Chili en France, AVENTURA SEGURA entre beaucoup d’autres qui sont sur le point de confirmer leur présence et participation.

UNION SNOW FEST représente aujourd’hui une opportunité pour les montagnes sud-américaines et plus particulièrement chiliennes vers l’international et une excellente occasion pour les entreprises françaises de la montagne et de la neige pour tisser des liens économiques à l’export avec un grand continent montagneux.

Contact: Juan Francisco SOTOMAYOR

Mail: freesportmountain@hotmail.com

lundi 10 août 2009

Les télescopes du bout du monde

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Le Très Grand Télescope (VLT) dans Google Earth

C'est dans ce coin perdu du Nord chilien que l'Europe est venue planter son télescope dernier cri, le Very Large Telescope (VLT). Le désert de l'Atacama a tout pour plaire à la lumière cosmique : pas de pollutions lumineuses, l'air le plus sec au monde, des nuages très rares et une altitude de 2.600 mètres. Autant d'assurances d'avoir la meilleure précision optique possible.
Mais à quel prix ! pour les astronomes, l'environnement est hostile, les familles lointaines, la route d'accès peu carrossable. Les rares moments où ils ne travaillent pas, les forçats de Paranal trouvent le réconfort dans leur «residencia». En contrebas des télescopes, près des hangars logistiques, l'ESO (*) a chouchouté ses pensionnaires expatriés dans ce bâtiment très architecturé, mi-base spatiale, mi-oasis. Atrium spacieux, piscine, jardin tropical, gymnase, une centaine de chambres confortables. Le bâtiment a même inspiré les producteurs du James Bond «Quantum of Solace», qui y ont tourné quelques scènes.
Les utilisateurs du VLT ne s'y attardent pourtant jamais. L'accès à cet instrument exceptionnel est un privilège qui se déguste au compte-gouttes, chaque minute de mesure est investie à fond dans la pièce de contrôle tapissée d'écrans. Les techniciens, eux, surveillent les fragiles télescopes comme le lait sur le feu. C'est à eux que beaucoup de chercheurs s'en remettent pour commander leurs observations à distance. La plupart des astronomes européens qui ont décroché un temps d'accès au VLT ne viennent pas sur place. Seule une poignée font le voyage, quelques jours, pour vivre au plus près des instruments de mesure.

Plus gros sursaut gamma

Avec ses 4 télescopes de 8,20 mètres de diamètre, le VLT restitue une antenne de 16,4 mètres de diamètre. A cette performance s'ajoute la technologie des optiques adaptatives, qui corrige sur certains miroirs une partie des fluctuations dues à l'atmosphère. D'après l'ESO, le VLT pourrait distinguer les phares d'une voiture sur la Lune ! Pas étonnant, donc, que l'instrument andin ait de belles trouvailles à son actif en onze ans de carrière. C'est lui qui a détecté le gigantesque trou noir au centre de notre galaxie. Il a catalogué la première planète en dehors de notre système solaire, puis enregistré le plus gros sursaut gamma.
Mais dans quelques années, le VLT sera presque ringard face à un autre instrument qu'un consortium international de laboratoires construit à 500 km au nord. Le télescope Alma est à la démesure du site qui l'accueille. A 5.000 mètres d'altitude, l'immense plateau de Chamjantor cédera 400 km de désert à 66 antennes mobiles. Un véhicule robotisé déplacera chaque récepteur en fonction des mesures. C'est la combinaison des 66 signaux qui donnera des images inédites de l'univers. Les Européens ne seront plus seuls à bord, les Anglo-Saxons dominent déjà le chantier. Le journal « Le Monde » expliquait il y a deux ans que le responsable italien d'Alma, Massimo Tarenghi, voulait rééditer le geste architectural de Paranal, en imaginant sur le site un hôtel ambitieux. Devant l'escalade des coûts du projet, les Américains imposèrent un bâtiment banal.
M. Q., Les Echos


(*) European Southern Observatory, Observatoire européen austral.