lundi 30 juin 2008

Salvador Allende, un exemple qui restera

Quand il faisait le deuxième cycle du second degré, un vieil anarchiste italien, Juan Demarchi, le mit en contact avec les ouvrages de Marx.

Il conclut de brillantes études secondaires. Il aime le sport et en fait. Il fait volontairement son service militaire au régiment des cuirassiers de Viña del Mar. Il demande à être muté au régiment des lanciers de Tacna, une enclave chilienne dans le Nord sec et semi désertique qui sera rendu plus tard au Pérou. Il termine son service militaire comme officier de réserve de l’armée. C’est déjà quelqu’un aux idées socialistes et marxistes. Non un mollasson sans caractère. C’est comme s’il devinait déjà qu’il combattrait un jour jusqu'à la mort pour défendre les convictions qui commençaient à germer dans son esprit.

Il décide de faire des études de médecine à l’Université du Chili. Il organise un groupe de compagnons qui se réunit périodiquement pour lire des ouvrages marxistes et en discuter. Il fonde le groupe Avance en 1929. Il est élu vice-président de la Fédération des étudiants chiliens en 1930 et participe activement à la lutte contre la dictature de Carlos Ibánez.

A cette époque, la grande dépression économique frappait les Etats-Unis après le krach de la bourse des valeurs en 1929 ; Cuba commençait à lutter contre la tyrannie de Machado et Mella avait été assassiné. Les ouvriers et les étudiants cubains faisaient face à la répression. Les communistes, Martínez Villena à leur tête, déclenchaient la grève générale. « Il faut charger pour tuer les scélérats, pour conclure l’œuvre des révolutions… », avait-il écrit dans un vibrant poème. Guiteras, aux profondes pensées anti-impérialistes, tentait de renverser la tyrannie par les armes. Machado est balayé, incapable de résister à la poussée de la nation, et une révolution éclate que les Etats-Unis écrasent en quelques mois par une main de fer et des gants de velours, établissant leur mainmise absolue sur notre pays jusqu’en 1959.

Durant cette période, Salvador Allende, dans un pays où la domination impérialiste s’exerce brutalement sur ses travailleurs, sur sa culture et sur ses richesses naturelles, se bat sans trêve, en révolutionnaire conséquent.

Il conclut ses études de médecine en 1933. Il participe à la fondation du Parti socialiste chilien. En 1935, il dirige déjà l’Association médicale chilienne. Il est emprisonné pendant presque six mois. Il pousse à la création du Front populaire, et il est élu sous-secrétaire général du Parti socialiste en 1936.

En septembre 1939, il devient ministre de la Santé dans le gouvernement du Front populaire. Il publie un ouvrage consacré à la médecine sociale. Il organise la première Exposition du logement. Il participe en 1941 à la réunion annuelle de l’Association médicale américaine aux Etats-Unis. En 1942, il est élu secrétaire général du Parti socialiste. En 1947, il vote au Sénat contre la loi de défense permanente de la démocratie, connue comme la « Loi maudite » par sa nature répressive. En 1949, il est élu président du Collège des médecins.

En 1952, le Front du peuple le postule à la présidence de la République. Il est battu. Il a alors quarante-quatre ans. Il présente au Sénat un projet de loi portant nationalisation du cuivre. En 1954, il se rend en France, en Italie, en Union soviétique et en République populaire de Chine.

Quatre ans après, en 1958, il est déclaré candidat à la présidence par le Front d’action populaire, formé de l’Union socialiste populaire, du Parti socialiste et du Parti communiste. Il perd les élections face au conservateur Jorge Alessandri.

En 1959, il assiste à l’investiture comme président du Venezuela de Rómulo Betancourt, considéré alors une figure révolutionnaire de gauche.

Cette même année, il vient à La Havane et s’entretient avec le Che et moi-même. En 1960, il soutient les mineurs du charbon qui font grève pendant trois mois.

En 1961, à la réunion de l’Organisation des Etats américains (OEA) qui se tient à Punta del Este (Uruguay), il dénonce aux côtés du Che la nature démagogique de l’Alliance pour le progrès.

En 1964, nommé de nouveau candidat à la présidence, il est battu par Eduardo Frei Montalva, un démocrate-chrétien qui a bénéficié de toutes les ressources des classes dominantes et qui, selon des documents déclassés du Sénat étasunien, a reçu de l’argent de la CIA pour sa campagne électorale. Sous son gouvernement, l’impérialisme tente de mettre en place ce qu’il appelle la « Révolution dans la liberté », réponse idéologique à la Révolution cubaine, engendrant en fait les fondements de la tyrannie fasciste. Allende obtient toutefois à ces élections plus d’un million de voix.

En 1966, il conduit la délégation qui assiste à la Conférence tricontinentale de La Havane. En 1967, il se rend en Union soviétique pour le cinquantième anniversaire de la Révolution d’Octobre. En 1968, il visite la République populaire et démocratique de Corée, la République démocratique du Vietnam où il a la satisfaction de rencontrer l’extraordinaire dirigeant de ce pays, Ho Chi Minh, ainsi que le Cambodge et le Laos en pleine effervescence révolutionnaire.

Après la mort du Che en 1967, il avait accompagné personnellement à Tahiti les trois Cubains de la guérilla de Bolivie qui avaient pu réchapper et entrer au Chili.

Le 22 janvier 1970, l’Unité populaire, une coalition politique formée des communistes, des socialistes, des radicaux, du MAPU, du PADENA et d’Action populaire indépendante, l’investit comme candidat à la présidence. Il remporte les élections le 4 septembre.

Exemple vraiment classique d’une lutte pacifique pour instaurer le socialisme.

L’administration étasunienne, présidée par Richard Nixon, entre aussitôt en action après cette victoire électorale. Pour avoir refusé de se plier aux desiderata impérialistes – le coup d’Etat – le commandant en chef de l’armée chilienne, le général René Schneider, est victime d’un attentat le 22 octobre 1970 et meurt trois jours après. Mais cette tentative d’empêcher l’Unité populaire d’accéder à la présidence échoue.

Le 3 novembre 1970, Allende devient président du Chili en toute légalité et dignité. Débute alors la bataille héroïque de son gouvernement pour imposer des changements face au fascisme. Il a soixante-deux ans. J’ai l’honneur d’avoir partagé avec lui quatorze années de lutte anti-impérialiste à partir de la victoire de la Révolution cubaine.

L’Unité populaire obtient la majorité absolue (50,86 p. 100) aux élections municipales de mars 1971. Le 11 juillet, Allende promulgue la Loi portant nationalisation du cuivre, une idée qu’il avait proposée au Sénat dix-neuf ans auparavant. Personne n’ose s’y opposer, et le Congrès l’adopte à l’unanimité.

En 1972, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, il dénonce l’agression étrangère dont est victime son pays. Les assistants, debout, l’ovationnent pendant plusieurs minutes. Cette même année, il se rend en Union soviétique, au Mexique, en Colombie et à Cuba.

En mars 1973, aux élections parlementaires, l’Unité populaire obtient 45 p. 100 des voix et renforce sa présence au Parlement. Les mesures promues par les Yankees aux deux chambres pour destituer le président se terminent sur un fiasco. L’impérialisme et la droite intensifient leur lutte sans quartier contre le gouvernement de l’Unité populaire et déclenchent le terrorisme dans le pays.

De 1971 à 1973, je lui ai écrit six lettres manuscrites confidentielles, en tout petits caractères et avec un stylo à plume fine, où j’ai abordé dans la plus grande discrétion des questions que je jugeais intéressantes. Je lui écrivais le 21 mai 1971 :

«Nous sommes émerveillés des efforts extraordinaires que tu consens et de l’énergie illimitée que tu déploies pour confirmer et consolider la victoire.

«On peut constater d’ici que le pouvoir populaire gagne du terrain malgré votre mission difficile et complexe.

«Les élections du 4 avril ont constitué une victoire splendide et encourageante.

«Ton courage et ta fermeté, ton énergie mentale et physique ont été essentiels pour mener la Révolution de l’avant.

«De grandes difficultés de toutes sortes vous attendent assurément et auxquelles vous devrez faire face dans des conditions qui ne sont pas précisément idéales, mais une politique juste, soutenue par les masses et appliquée avec décision, ne peut être battue.»

Le 11 septembre 1971, je lui avais écrit :

«Le porteur vient traiter avec toi des détails de la visite.

« Envisageant un vol direct éventuel de Cubana de Aviación, nous avons analysé au départ l’utilité d’atterrir à Arica et de commencer la visite par le Nord. Deux faits nouveaux sont alors apparus : l’intérêt dont Velazco Alvarado t’a fait part d’un contact éventuel durant mon voyage chez toi ; la possibilité de disposer d’un avion soviétique IL-62 à plus grande autonomie de vol qui permet, si l’on veut, de gagner directement Santiago du Chili.

«Je t’envoie un schéma de la tournée et des activités pour que tu ajoutes, supprimes ou introduises les modifications que tu jugeras pertinentes.

«Je me suis efforcé de penser uniquement à ce qui peut présenter un intérêt politique, sans beaucoup m’inquiéter du rythme ou de l’intensité du travail, mais tout dépend absolument de tes critères et appréciations.

«Nous nous sommes beaucoup réjoui des succès extraordinaires de ton voyage en Equateur, en Colombie et au Pérou. Quand aurons-nous à Cuba la possibilité de rivaliser avec les Equatoriens, les Colombiens et les Péruviens et de te t’entourer d’autant d’affection et de chaleur ?

Au cours de ce voyage, dont j’avais proposé le plan à Allende, j’ai échappé à la mort par miracle. J’y ai fait des dizaines de kilomètres devant des foules énormes situées de chaque côté de la route. La CIA étasunienne avait organisé trois attentats pour m’assassiner durant ce voyage. Lors d’une conférence de presse annoncée d’avance, l’une des caméras de télévision vénézuélienne était équipée d’armes automatiques et manœuvré par des mercenaires cubains entrés dans le pays avec des passeports vénézuéliens. Mais ils n’ont pas eu le courage d’appuyer sur la gâchette tout le temps qu’a duré la longue conférence de presse et que leur caméra me visait. Ils ne voulaient pas courir le risque de mourir. Ils m’avaient en plus poursuivi à travers tout le Chili, mais l’occasion de m’avoir si près et si vulnérable ne s’est jamais plus présentée. Je n’ai pu connaître les détails de cette action lâche que bien des années plus tard. Les services spéciaux des Etats-Unis étaient allés plus loin que ce que nous pouvions imaginer.

J’ai écrit à Salvador le 4 février 1972 :

«Tout le monde a accueilli ici la délégation militaire du mieux possible. Les Forces armées révolutionnaires leur ont consacré pratiquement tout leur temps. Les rencontres ont été amicales et humaines. Le programme, intense et varié. J’ai l’impression que ce voyage a été positif et utile, qu’il est possible de continuer ces échanges et que ça en vaut la peine.

«J’ai parlé avec Ariel de ton idée de voyage. Je comprends parfaitement que le travail intense et le ton du combat politique de ces dernières semaines ne t’ont pas permis de l’envisager à la date approximative que nous avions évoquée là-bas. Il est incontestable que nous n’avions pas pris en considération ces éventualités. Ce jour-là, à la veille de mon retour, alors que nous dînions en pleine nuit chez toi et que j’ai constaté que le temps nous manquait et que les heures défilaient, je me suis rassuré en pensant que nous retrouverions à relativement brève échéance à Cuba où nous aurions la possibilité de converser longuement. J’espère toutefois que tu pourras envisager ta visite avant mai. Je signale ce mois-là, parce qu’au plus tard à la mi-mai, je dois me rendre, toutes affaires cessantes, en Algérie, en Guinée, en Bulgarie, dans d’autres pays et en URSS. Ce long voyage me prendra un temps considérable.

«Je te remercie beaucoup des impressions dont tu me fais part sur la situation. Ici, nous sommes tous toujours plus familiarisés avec le processus chilien, intéressés et émus ; nous suivons avec beaucoup d’attention les nouvelles qui en proviennent. Nous pouvons mieux comprendre maintenant la chaleur et la passion que la Révolution cubaine a dû susciter dans les premiers temps. On pourrait dire que nous vivons notre propre expérience à l’inverse.

«Je peux apprécier dans ta lettre le magnifique état d’esprit, la sérénité et le courage avec lesquels tu es disposé à faire face aux difficultés. Et c’est fondamental dans toute Révolution, surtout quand elle se déroule dans les conditions extrêmement complexes et difficiles du Chili. Je suis rentré extraordinairement impressionné par les qualités morales, culturelles et humaines du peuple chilien et par son notable vocation patriotique et révolutionnaire. Il t’est échu le privilège singulier d’être son guide à ce moment décisif de l’histoire du Chili et de l’Amérique, en tant que couronnement de toute une vie de lutte, comme tu l’as dit au stade, consacrée à la cause de la révolution et du socialisme. Aucun obstacle n’est invincible. Quelqu’un a dit que dans une révolution, il faut avoir de l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace. Je suis convaincu de la profonde vérité de cette maxime. »

J’ai écrit de nouveau au président Allende le 6 septembre 1972 :

« Je t’ai adressé un message sur différentes questions à travers Beatriz. Après son départ, et à l’occasion des nouvelles de la semaine dernière, nous avons décidé d’envoyer le compañero Osmany pour te ratifier notre disposition à collaborer à tout, et tu peux donc nous faire connaître par son intermédiaire la façon dont tu juges la situation et tes idées au sujet du voyage prévu ici et dans d’autres pays. Le prétexte du voyage d’Osmany sera une inspection de l’ambassade cubaine, mais sans la moindre publicité. Nous voulons que son séjour soit le plus bref et le plus discret possible.

« Les points que tu as soulevés à travers Beatriz sont déjà en marche…

« Bien que nous comprenions les difficultés actuelles du processus chilien, nous avons confiance que vous trouverez la manière de les surmonter.

« Tu peux absolument compter sur notre coopération. Reçois un salut fraternel et révolutionnaire de nous tous.»

Le 30 juin 1973, nous avons adressé une invitation officielle au président Salvador Allende et aux partis de l’Unité populaire à assister aux festivités pour le vingtième anniversaire de l’attaque de la caserne Moncada.

Je lui ai écrit dans une lettre à part :

«Salvador

«Il s’agit d’une invitation officielle, formelle, aux commémorations du vingtième anniversaire. Ce serait formidable que tu puisses faire un saut à Cuba à cette date. Tu peux imaginer la joie, la satisfaction et l’honneur que ce serait pour les Cubains. Je sais toutefois que ça dépend plus que tout de ton travail et de la situation là-bas. Nous le laissons donc à ton jugement.

« Nous vibrons encore de la grande victoire révolutionnaire du 29 et du rôle brillant que tu y as personnellement joué. De nombreux obstacles et difficultés persisteront, c’est logique, mais je suis sûr que cette première épreuve réussie stimulera et consolidera la confiance du peuple. A l’échelle internationale, les événements ont eu beaucoup de répercussion et on les juge comme une grande victoire.

« En agissant comme tu l’as fait le 29, la révolution chilienne sortira victorieuse de n’importe quelle épreuve, si dure qu’elle soit.

« Je te répète que les Cubains sont à tes côtés et que tu peux compter sur tes fidèles amis de toujours. »

Je lui ai envoyé la dernière lettre le 29 juillet 1973 :

« Cher Salvador

« Carlos et Piñeiro se rendent là-bas sous prétexte de discuter avec toi de questions relatives à la réunion des pays non alignés. Leur objectif réel est de s’informer auprès de toi de la situation, et de t’offrir comme toujours notre disposition à coopérer face aux difficultés et aux dangers qui entravent et menacent le processus. Leur séjour sera très bref, car ils ont ici beaucoup de choses à faire et nous avons décidé de ce voyage malgré les sacrifices qu’il implique à cet égard.

« Je constate que vous en êtes à la question délicate du dialogue avec la démocratie-chrétienne au milieu de graves événements, comme le brutal assassinat de ton aide de camp naval et la nouvelle grève des camionneurs. J’imagine donc la grande tension qui existe et ton désir de gagner du temps, d’améliorer le rapport de force au cas où la lutte éclaterait et, si possible, de trouver une voie qui permette la poursuite du processus révolutionnaire sans guerre civile, tout en préservant ta responsabilité historique face à ce qui pourrait arriver. Ce sont là des objectifs louables. Mais au cas où l’autre partie, dont nous ne sommes pas en mesure d’ici d’évaluer les intentions réelles, s’obstinerait dans une politique perfide et irresponsable et exigerait un prix impossible à payer pour l’Unité populaire et la Révolution, ce qui est d’ailleurs assez probable, n’oublie pas une seconde la formidable force de la classe ouvrière chilienne et le soutien énergique qu’elle t’a apporté à tous les moments difficiles : elle peut, à ton appel face à la Révolution en danger, paralyser les putschistes, conserver l’adhésion des indécis, imposer ses conditions et décider une fois pour toutes, le cas échéant, de la destinée du Chili. L’ennemi doit savoir qu’elle est sur ses gardes et prête à entrer en action. Sa force et sa combativité peuvent faire pencher la balane dans la capitale en ta faveur, même si d’autres circonstances étaient défavorables.

« Ta décision de défendre la révolution en faisant preuve de fermeté et d’honneur jusqu’au prix de ta vie, ce dont tout le monde sait que tu es capable, entraîneront à tes côtés toutes les forces capables de combattre et tous les hommes et toutes les femmes digne du Chili. Ton courage, ta sérénité et ton audace à cette heure historique de ta patrie et surtout, ta direction exercée d’une manière ferme, résolue et héroïque, sont la clef de la situation.

« Fais savoir à Carlos et à Manuel ce à quoi nous, tes loyaux amis cubains, nous pouvons coopérer.

« Je te réitère l’affection et la confiance illimitée de notre peuple. »

Cette lettre date d’un mois et demi avant le coup d’Etat. Les émissaires étaient Carlos Rafael Rodríguez et Manuel Piñeiro.

Pinochet avait eu des entretiens avec Carlos Rafael. Il avait feint une loyauté et une fermeté semblables à celle du général Carlos Prats, commandant en chef de l’armée durant une bonne partie du gouvernement de l’Unité populaire, un militaire digne que l’oligarchie et l’impérialisme acculèrent à une crise totale au point qu’il dut démissionner de son poste et qui fut assassiné plus tard en Argentine par les sbires de la DINA après le putsch fasciste de septembre 1973.

Je me méfiais de Pinochet depuis le moment où j’avais lu les livres de géopolitique dont il m’avait fait cadeau pendant ma visite au Chili et où j’avais remarqué son style, ses déclarations et les méthodes qu’il avait appliquées comme chef de l’armée quand les provocations de la droite obligèrent le président Allende à décréter l’état de siège à Santiago du Chili. Je me souvenais des mises en garde de Marx dans Le 18 Brumaire.

Bien des chefs militaires de l’armée et leurs états-majors voulaient converser avec moi partout où j’allais, et faisaient preuve d’un intérêt notable pour notre guerre de libération et les expériences de la Crise des missiles, d’octobre 1962. Nos réunions duraient parfois jusqu’au petit matin, le seul moment de la journée disponible pour moi. J’avais accepté pour aider Allende, afin de leur faire comprendre que le socialisme n’était pas l’ennemi des institutions armées. Pinochet, comme chef militaire, ne fut pas une exception. Allende jugeait ces rencontres utiles.

Il meurt en héros le 11 septembre 1973, en défendant le palais de la Monnaie, se battant comme un lion jusqu’à son dernier souffle.

Les révolutionnaires qui résistèrent sur place à l’assaut des fascistes ont raconté des choses fabuleuses sur ces derniers moments. Les versions ne coïncident pas forcément, parce que chacun luttait d’un endroit différent du palais. Par ailleurs, certains de ses plus proches collaborateurs moururent ou furent assassinés à la fin d’un dur combat livré dans des conditions désavantageuses.

La différence entre les témoignages consiste en ce que les uns affirment qu’Allende a réservé ses dernières balles pour lui-même pour ne pas tomber prisonnier, tandis que, pour d’autres, il a été abattu par les balles ennemies. Le palais était en flammes à cause des tirs des chars et des avions, alors que les auteurs du putsch avaient pensé que ce serait une besogne facile qui ne se heurterait à aucune résistance. Il n’y a pas de contradiction entre ces deux manières de faire son devoir. Nos guerres d’indépendance offrent plus d’un exemple de combattants illustres qui, se retrouvant sans la moindre possibilité de défense, s’ôtèrent la vie plutôt que de tomber prisonniers.

Il reste encore bien des choses à dire sur ce que nous étions prêts à faire pour Allende. Certains ont écrit à ce sujet. Mais ce n’est pas là l’objectif que je poursuis dans ces lignes.

Il était né voilà cent ans, jour pour jour. Son exemple restera.

Fidel Castro Ruz

26 juin 2008

18h34

mardi 24 juin 2008

Le Chili interdit définitivement la pêche à la baleine dans ses eaux territoriales

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La Présidente a signé à Quintay deux décrets et un projet de loi qui interdira la chasse à la baleine dans des eaux juridictionnelles chiliennes. Le chancelier Foxley lui a inauguré la reunion de la Commission Baleinière Internationale à Santiago.

Dans la première file, les ministres de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et de Costa Rica. À droite, le ministre de la défense, José Goñi; Barbara Galleti, du Centre de Conservation Cétacée, et l'actrice Leonor Varela.


Madame Bachelet a signé un décret et un projet de loi pour interdire la chasse à la baleine dans les eux chiliennes qui représentent environ 5,3 millions de km2 sur 4.500 km de côte.

"Aucun cétacé ne pourra être chassé dans nos eaux territoriales (...) l'objectif étant de promouvoir la conservation et la reproduction des populations de cétacés et leur environnement" a déclaré la présidente lors d'une cérémonie dans l'ancienne station baleinière de Quintay transformé en musée.

Un décrêt déclare la baleine "monument national" du Chili et un autre rend permament le moratoire contre la chasse à la baleine qui n'était en vigueur que jusqu'à 2025.

samedi 21 juin 2008

LA REVUE RUE SAINT AMBROISE NOUVELLE EST ARRIVÉE !

Dans ce cadre bucolique et malgré les nuages qui s’amoncelaient menaçants dans un ciel chargé d’orage un pique-nique a réuni une cinquantaine de participants. Le directeur de la revue, Bernardo Toro, a ouvert la soirée. Après une brève présentation du numéro, un toast fut porté aux auteurs et à la longévité de la revue.
Ensuite s’est déroulé la lecture publique des nouvelles publiées dans le numéro. Malgré la perte de son due à l’espace ouvert, l’attention des auditeurs n’a pas faibli et les lecteurs furent récompensés par des applaudissements prolongés.

Le numéro de l’été 2008 publie des textes de Lionel Bénard (Loin de l’hiver), Virgile Larpenteur (Couverture chauffante), Léna Ellka (Remugles), Ian Wambrechtein (Une bien belle partie), Dominique Raze (Sur la route), Isabelle Renaud (La poupée), Michèle Baczynsky (Jack), Juan Carlos Méndez Guédez (Cinquième étage à droite), Chris Simon (Voyage dans l’inconnu), Iris Baty (De l’art de se mettre en ménage), Danielle Lambert (Dimanche rien), Julien Thèves, (Tenerife), Jorge Edwards (L’ombre de Huelquiñur)
La nuit est tombée et la soirée s’est finie sous la lumière des lampadaires. Les convives sont partis avec la revue sous le bras en pensant aux lectures des vacances qui approchent avec l’agréable sensation d’avoir participé à la dernière Garden-party du printemps !

Revue Rue Saint Ambroise N° 21

  • Directeur : Bernardo Toro
  • Auteur(s) : Collectif
  • Collection : Rue Saint Ambroise
  • Genre : Revue de création littéraire
  • Présentation : Broché
  • Prix 10€
  • ISBN 978-2-915-87940-7
SUR LE MÊME SUJET :

mardi 17 juin 2008

Pour manger moins, faites du sport

Docteur Veronica Araya
Vous voulez perdre du poids ? Faites du sport ! Une nouvelle étude révèle qu’en plus de bruler des calories, l’activité physique stimule la sécrétion d’une protéine qui diminue l’appétit.

Le docteur Veronica Araya et ses collègues de l’université de Santiago au Chili ont recruté 15 adultes en surpoids à qui ils ont demandé de pratiquer une activité physique sans faire aucun régime. Au bout de 3 mois de ce programme les chercheurs se sont aperçus que les volontaires avaient perdu de la masse grasse mais aussi que leur appétit avait diminué ; ces derniers consommaient sensiblement moins de calories.

Comment l’expliquer ? Les auteurs ont montré que le sport stimule la sécrétion d’une protéine appelée BDNF (brain-derived neurotrophique factor) qui pourrait contribuer à diminuer l’appétit. En effet au terme des trois mois de l’étude les volontaires ont vu leurs taux de protéine BDNF dans le sang augmenter. Peut-être une nouvelle voie pour lutter contre le surpoids et l’obésité…

Edgar Morin décoré au Chili

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Mme Bachelet a souligné l'oeuvre et le travail du philosophe, auteur d'une soixantaine de livres, qui travailla à la Faculté latino-américaine des sciences sociales à Santiago dans les années 60.

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Parmi les lauréats de cette distinction, la plus haute décernée au Chili à des personnalités du monde académique et culturel, figurent notamment le prix Nobel de littérature Dario Fo, le peintre Roberto Matta et le mime Marcel Marceau.

samedi 14 juin 2008

Le Che, héros en son pays

Pour commémorer le 80e anniversaire de sa naissance, une statue en bronze de quatre mètres de haut a été installée sur une place qui portera désormais son nom. Miguel Lifschitz, seul maire socialiste d'une grande ville argentine, devait inaugurer le monument en présence d'Hermes Binner, premier socialiste élu, en septembre 2007, gouverneur d'une province argentine, celle de Santa Fe dont Rosario est la ville principale.

"Nous voulons rappeler l'image, l'héritage, la trajectoire et la lutte d'une des personnalités politiques les plus importantes d'Amérique latine", explique M. Lifschitz. En collaboration avec Cuba, la municipalité de Rosario a organisé expositions de photos, projections de films, concerts et débats consacrés au Che.

La statue est l'oeuvre du sculpteur argentin Andres Zerneri. Pour modeler le visage, M. Zerneri s'est inspiré de la célèbre photo d'Alberto Korda, prise à La Havane en 1960, avec le béret étoilé, les cheveux longs et le regard cloué sur l'horizon. "Il ne porte aucune arme, pour éviter toute interprétation belliciste", précise le sculpteur. Pour que "personne ne récupère des votes avec ce projet", l'artiste a évité tout financement gouvernemental ou de partis politiques lançant une collecte publique en 2005. Il a reçu des milliers de donations et 75 000 objets en bronze offerts par des inconnus et des admirateurs de Guevara, comme le musicien Manu Chao.

Icône du XXe siècle, ornant des millions de tee-shirts et de posters dans le monde entier, le Che était ignoré dans son propre pays. A Buenos Aires, aucune rue ne porte son nom. Aucune plaque commémorative sur l'immeuble de la rue Araoz où il a vécu. A Rosario, au 480, rue Entre Rios, seule une pancarte laconique indique : "Maison natale du Che". Il faut aller à Alta Gracia, village de la province de Cordoba, pour s'imprégner du passé argentin du héros de la révolution cubaine. Le chalet blanc au toit de zinc où il passa une partie de son enfance est devenu un musée en 2001. Fidel Castro et le président vénézuélien Hugo Chavez y sont allés en pèlerinage en juillet 2005.

Les festivités à Rosario coïncident avec la date officielle de la naissance du Che. En fait, il est né le 14 mai 1928, selon les confidences de sa mère, Celia de la Serna. Appartenant à une famille de l'aristocratie, Celia avait déclaré Ernesto un mois après sa naissance pour cacher qu'elle s'était mariée enceinte.

Christine Legrand


jeudi 12 juin 2008

Bachelet et Kissinger sur la même tribune

Michelle Bachelet et Henry Kissinger ne se sont toutefois pas rencontrés hier à Montréal. Il y avait néanmoins un léger malaise quand les journalistes ont demandé à la présidente du Chili son opinion sur Henry Kissinger, qui avait prononcé un discours au même micro qu'elle une heure auparavant. «J'avais mon opinion sur M. Kissinger dans le passé. Maintenant, je ne veux rien dire», a dit Michelle Bachelet, dont le père est mort en prison sous le régime Pinochet.

Au début de son discours, Michelle Bachelet a fait une référence à la dictature d'Augusto Pinochet, sans mentionner le nom du général. «Je suis consciente que le Chili a changé, a-t-elle dit. Dans les années 70, des gens étaient emprisonnés, torturés, tandis que d'autres disparaissaient.»


Conciliabules Kissinger - Pinochet 1976

Ce fut sa seule référence au passé. Durant le reste de son discours, la présidente chilienne a plutôt parlé de l'avenir et de ses efforts pour moderniser l'économie de son pays. «Nous voulons être plus prospères», a-t-elle dit.

Henry Kissinger, lui, a parlé de politique étrangère, son principal domaine d'expertise. Hier, le Prix Nobel de la paix en 1973 a traité d'un sujet qu'il estime de la plus haute importance: la perte de souveraineté des pays. «Les États-Unis fonctionnent encore avec le principe de la souveraineté des États, a-t-il dit. Le président américain peut seul décider d'envoyer des troupes au combat. Les pays européens ont cédé une partie de leur souveraineté à l'Union européenne. Si un pays européen décide d'envoyer des troupes en Afghanistan, il doit mettre une limite à son engagement. Ce n'est pas une critique du système européen, c'est une description des faits. Les Européens ont rejeté le passé, mais ils ne sont pas encore arrivés dans le futur (où l'Europe parlera d'une seule voix).»

La conférence de Henry Kissinger a forcé les organisateurs du Forum économique international de Montréal à resserrer la sécurité autour du Hilton Bonaventure, où se déroule la conférence.

Quelques dizaines de manifestants protestaient contre la venue à Montréal de l'ancien membre influent des administrations Nixon et Ford. «M. Kissinger a autorisé un certain nombre d'actions qui sont des crimes de guerre, notamment au Chili, au Laos et au Timor-Oriental. Il a violé le droit international. Nous voulons dire aux gens qui est réellement Henry Kissinger», dit Raymond Legault, porte-parole du collectif Échec à la guerre, qui a organisé la manifestation.

lundi 9 juin 2008

Le Chili crée un nouveau fonds pour le financement des bourses en sciences et technologies

Pour le premier point, son gouvernement devrait créer un fonds doté de 6 milliards de dollars pour financer un ambitieux programme de bourses d'études et de formation technologique de haute spécialisation, au Chili comme à l'étranger.

Le fonds devrait permettre d'augmenter de 1.000 à 6.500, d'ici à 2012, le nombre de bourses de formation dans des universités étrangères. De plus, dès 2009, le Chili devrait accorder près de 35.000 bourses pour des études techniques supérieures. Enfin, le Chili s'est fixé comme objectif d'attirer, dans les deux années à venir, plus de 100 scientifiques étrangers dans les universités régionales (en dehors de la zone métropolitaine de la capitale). Ils devraient venir renforcer les domaines qui manquent d'experts nationaux.

Selon Servet Martinez, président de l'Académie Chilienne des Sciences, ces annonces contribuent à faire que le pays ait des professionnels de meilleure formation, pour donner de la valeur ajoutée au Chili.

mercredi 4 juin 2008

CHILI • Le pays de la sérénité



Trente-neuf réfugiés bloqués à la frontière syro-irakienne ont été transférés vers le Chili.

Mais ils auraient probablement été plus nombreux s’ils avaient su qu’ils seraient si bien accueillis par les Chiliens, qui subviennent à leurs besoins et leur offrent un abri dans la ville agricole de La Calera [à 130 km au nord-ouest de Santiago].

Car il n’y a pas un ministre de nos pays arabes qui aurait pu leur dire, tel le vice-ministre de l’Intérieur chilien : “Laissez vos souffrances derrière vous. Laissez le Chili vous rendre votre sérénité !”

La situation du Chili sur la carte n’a pourtant rien d’encourageant pour les candidats à l’exil, et beaucoup auraient préféré a priori se réfugier dans le giron chaleureux du monde arabe. Cette étroite bande côtière ressemble à une pièce rapportée sur le flanc ouest du continent, entre le Pérou au nord et le bout de la terre au sud. Et, pour l’atteindre [depuis le Proche-Orient], il faut trente heures d’avion.

Ces Palestiniens vont désormais devoir apprendre l’espagnol, se familiariser avec les équipes de foot locales et trouver des points communs avec le peuple catholique chilien. Ils peuvent mettre en avant le fait qu’ils sont originaires de la terre du Christ et que l’on trouve chez eux des églises parmi les plus anciennes.

Mais ils devront aussi trouver des arguments pour expliquer que leur peuple est victime des gouvernants du monde arabe, qui privent les réfugiés palestiniens de toute perspective d’avenir et les considèrent comme une menace ; expliquer aux Chiliens pourquoi les Libanais ont peur de les naturaliser, alors que le Chili les accueille à bras ouverts [selon l’ONU, 360 000 Palestiniens y vivent actuellement – la plus importante communauté en dehors du monde arabe].

Les errants du désert n’ont qu’à jeter une bouteille à la mer dans l’espoir qu’elle parvienne à la reine Zénobie, qui régnait sur leur pays au temps de la cité de Palmyre : “Ô fille d’Amrou, ô perle d’Orient, ô reine des temps mythiques, sois sans crainte pour tes petits-enfants arabes et palestiniens qui sont maintenant au Chili.

Sais-tu que tes descendants se moquent de leur race, de leur culture et de leur histoire ? Quand ils sont tombés en captivité et quand leur honneur a été piétiné, ils n’ont pas suivi ton exemple, toi qui as préféré la mort à la soumission. Ô chère reine à l’épaule dénudée, ils ont choisi la vie. Mais au moins ils vivent dans la dignité. Désormais, ils sont errants au Chili.”


mardi 3 juin 2008

AU CHILI, FILMER DES INDIENS MAPUCHE PEUT MENER EN PRISON

Les tribunaux chiliens semblent s’intéresser de très près aux vidéastes s’aventurant en territoire mapuche : début mai, deux Italiens, surpris avec une caméra en compagnie d’activistes indigènes, avaient été brièvement interpellés, puis expulsés. Et en mars, deux jeunes français avaient connu semblable déconvenue.

Elena Varela réalisait « Newen Mapuche », un documentaire (subventionné par des fonds publics chiliens) sur l’interminable conflit opposant ces Amérindiens aux autorités. Connus jadis sous le nom d’Araucans, les Mapuches seraient selon les estimations entre 500 et 900 000 dans le sud du Chili. Farouchement indépendants, ils ont résisté aux Incas, puis aux Conquistadores espagnols, avant d’être anéantis par l’armée chilienne en 1882. 95 % de leur territoire de 5 millions d’hectares est alors distribué à des colons. Le régime du général Pinochet (1973-1990) a favorisé les investissements des compagnies forestières en pays mapuche. Naguère contée par le prix Nobel de littérature Pablo Neruda, leur forêt a cédé la place à des plantations de pins et d’eucalyptus ; bois et cellulose sont exportés vers le Japon. A l’exemple de nombreux peuples indigènes, les Mapuches n’ont guère profité de cette reconversion : expulsés, ils ont grossi les villes où ils pâtissent de discriminations.

Destruction de l’écosystème

Après la chute de Pinochet, les Mapuches demandent réparation. Cent milles hectares ont été restitués depuis 1993, mais les Mapuches dénoncent la faiblesse des indemnisations, les abus des autorités et la destruction de leur écosystème. Ils n’hésitent pas à sortir du cadre légal : incendies des biens de compagnies forestières, occupations des terres de grands propriétaires… En dix ans, plusieurs centaines de Mapuches ont été poursuivis par la justice, et certains condamnés à 10 ans de prison. Après le 11 septembre 2001, les tribunaux ont parfois recours à une « loi antiterroriste » pour juger les militants indigènes. Les tensions avec les forces de l’ordre sont récurrentes, et ces dernières années plusieurs Mapuches ont été tués par balles. En janvier dernier, la présidente socialiste chilienne Michelle Bachelet a nommé un médiateur pour promouvoir le dialogue, suscitant le scepticisme des organisations amérindiennes.
Cédric Gouverneur