mercredi 21 mai 2008

LE PROCES EN FRANCE DE LA DICTATURE CHILIENNE

COMPTE RENDU LE PROCES EN FRANCE DE LA DICTATURE CHILIENNE de Jac Forton

La soirée est ouverte par Ricardo Parvex, président de l’Aexppch. Il présente Mme Villiers.

1. Mme Claire Villiers, Vice-Présidente du Conseil régional chargée de la Démocratie Régionale Mme Villiierrs donne la bienvenue à l’assemblée et rappelle les liens de longue durée qui lient le CG Ile-de-France au Chili.

2. Ricardo Parvex Président de l’Association d’ex prisonniers politiques chiliens en France, il rappelle que le CG a apporté une forte contribution au Musée Salvador Allende de Santiago. Puis il présente les membres de la table. Il déclare que l’association est partie civile au procès pour trois raisons : • L’association est née quelques jours après l’arrestation du général Pinochet à Londres en octobre 1998, pour recueillir des témoignages à donner au juge espagnol. Après 5 ans d’existence légale, l’association peut se constituer partie civile. • Raison politique : juger les responsables des disparitions et des tortures c’est, au-delà des drames individuels, faire le procès de la dictature chilienne. • Ces quatre disparus étaient nos camarades. Nous les avions connus. C’est un devoir de fidélité envers eux et un devoir de mémoire. Ils représentent pour les membres de notre association beaucoup plus que des cas judiciaires.

3. Me Sophie Thonon, avocate d’une des familles, présidente de France Amérique latine La loi française (ainsi que les lois italienne et allemande) reconnait dans son droit le principe de «compétence personnelle passive», c’est-à-dire qu’un pays est apte à juger un crime commis à l’étranger s’il a été commis par un National ou si la victime est un National. Ce qui compte ici c’est la nationalité et non le lieu. L’instruction du procès en Espagne commence en 1996. Puis deux instructions s’ouvrent en France en octobre et novembre 1998 concernant cinq Français. Le cas Amiel doit être abandonné car rien ne prouve qu’il ait été victime des organismes de répression.

Le procès concernant la disparition des quatre Français (dont certains ont la double nationalité française et chilienne) permet de couvrir la totalité des faits répressifs de la dictature :
-Georges Klein : l’attaque et le bombardement du palais présidentiel de la Moneda.
-Alfonso Chanfreau : la répression systématique des mouvements et partis politiques de gauche.
-Jean-Yves Claudet : technique de répression du Plan Condor.
-Etienne Pesle : la répression contre toute personne qui avait travaillé dans la mise en œuvre et la promotion de la Réforme agraire.

Cela fait 35 ans que les familles luttent contre l’impunité. C’est long, très long. Il y a eut trois phases dans l’attitude des familles : • d’abord une extrême activité. On ne voulait pas croire à l’irrémédiable. • Puis le doute s’installe. Accepter la mort de la personne ne serait-ce pas la tuer une deuxième fois ? • Prise du long chemin du deuil. Admission qu’admettre la mort de la personne n’est pas l’abandonner. L’action se poursuit alors vers le domaine judiciaire.

Il s’agit de donner un tombeau symbolique à toutes ces victimes, à toutes les victimes.

La procédure française : L’intitulé exact de l’accusation est : «Arrestation et séquestration suivies d’actes de torture et de barbarie». Il aurait fallu considérer ces crimes comme des «crimes contre l’humanité». Mais en droit français, cette définition est extrêmement limitée. La loi de 1962 incorpore cette définition dans le droit français uniquement en ce qui concerne les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale et la jurisprudence a verrouillé cette définition. En 1992, réforme du Code pénal : après que les criminels de guerre de 40-45 ont été jugés, il n’y a plus de crimes contre l’humanité en France. En fait, la justice française a refusé d’actualiser de nouvelles définitions parce que les actions de l’armée française en Indochine ou en Algérie auraient pu entrer dans le cadre de cette définition.

Le dossier a été traité d’abord par le juge Roger Le Loire de 1998 à 2001, puis brièvement par la juge Sophie-Hélène Château et finalement par la juge Sophie Clément jusqu’à aujourd’hui. Son instruction a été longue mais minutieuse. Elle a reçu le rapport Valech et les résultats des commissions rogatoires demandées 5 ans plus tôt, qu’il a fallu traduire et étudier, ce qui a pris du temps.

4. M. Claude Katz, avocat, représentant la FIDH Représentant la FIDH, Fédération internationale des droits humains, partie civile dans le procès, ainsi que le CODEPU, section chilienne de la FIDH, M. Katz précise : • Ce procès se fait bien selon la loi française et non pas selon la compétence universelle. • Le crime de disparition forcée dure jusqu’à ce que la personne ou son corps réapparaisse. • Les ONG de défense des droits humains sont passées d’une période de critiques aux auteurs des violations à une participation active dans la lutte contre leur impunité.

Tout cela s’inscrit dans une démarche qui a pour objet de permettre aux victimes d’obtenir une reconnaissance de leurs droits : vérité, justice et mémoire. Il ne s’agit pas de compassion ni d’apitoiement mais de la reconnaissance du droit des victimes. D’une prise en compte de leurs souffrances.

Du coup, la peur change de camp. Les auteurs des crimes vivent dans l’insécurité juridique absolue. Il ne pourront plus jamais quitter leur pays. C’est un immense progrès pour l’humanité.

5. Karine Bonneau, juriste à la FIDH Elle a participé à la mission FIDH d’information et de contact au Chili en avril 2008 avec les familles et les associations chiliennes, la presse et les autorités chiliennes. Les ONG de droits humains (AFDD, APEX, CODEPU…) sont extrêmement satisfaites et enthousiastes qu’un procès s’ouvre en France. Presse : Les radios ont fait un très bon accueil (Tierra, Cooperativa, Nuevo Mundo, Radio Santiago et Universidad de Chile…). Les journaux beaucoup moins. A part La Nación, El Periodista et Le Monde Diplomatique chilien, pas grand-chose. Les télés, rien. Autorités : María Luisa Sepúlveda : conseillère personnelle de la Présidente pour les affaires de droits humains : «Le procès en France est important», mais «le gouvernement chilien n’interviendra pas sur ce sujet». José Goñi : ministre de la Justice : il ignorait que le procès devait avoir lieu du 19 au 23 mai (notre visite a eu lieu avant l’annonce du report). Des questions se posent : s’il y a condamnation ? Les Chiliens ne pourront plus voyager. Procès par défaut : le Chili (comme la France) n’extrade pas ses ressortissants. Une question apparemment importante pour le ministre : Le Chili va-t-il devoir payer ? Michelle Bachelet : présidente du Chili. Pas de réponse aux demandes de RV mais une rencontre fortuite et fugace lors d’une cérémonie au centre de torture de Villa Grimaldi. La FIDH a reçu 30 secondes pour parler du procès en France, qui ne semble pas intéresser grand monde au niveau des autorités…

Il y a eu 188 personnes poursuivies au Chili pour la répression et 199 condamnations. Mais ces procès ne concernent que 119 disparus sur près de 2000. Et c’est toujours les mêmes personnes qui sont condamnées : la cupula de la DINA, quelques tortionnaires connus. Peu de civils ont été accusés, encore moins condamnés. C’est le cas du civil Sandoval Poo dans le procès français : il est en liberté au Chili.

Autre tendance inquiétante ces derniers temps : l’usage de la demi prescription pour bonne conduite, des peines basses en raison du temps passé, l’application de la loi d’amnistie. D’où l’importance du procès en France.

6. Roberto Garretón, avocat chilien M. Roberto Garreton travaille sur la défense des droits humains depuis des décennies. Il fut un des principaux moteurs du département juridique du Vicariat de la Solidarité de l’Eglise catholique.

Il reprend la définition du mot génocide. Comme au Cambodge, au Chili il y a eu un génocide politique. Une véritable «politique génocidaire» en raison d’une appartenance politique. Incluse dans le projet de définition, la notion de génocide pour raison politique a finalement été retirée du traité final. Donc au Chili, il n’y a pas eu génocide… Or ces crimes avaient bien été planifiés.Plus de 100 personnes exécutées le jour même du coup d’Etat l’avaient été parce qu’elles apparaissaient sur des listes. Les militaires allaient les chercher pour les tuer.

M. Garretón parle ensuite de la Constitution chilienne : * Imposée par Pinochet en 1980 pour remplacer celle de 1925, elle n’est pas démocratique. * Il y a eu des modifications apportées par les gouvernements post-dictatoriaux, quelques bonnes, quelques mavaises. * La Constitution pinochétiste a prévu un mécanisme de modification qui ne permet pas de la modifier : il faut 2/3 des voix des chambres ; or le vote binominal créé par la dictature fonctionne de telle façon qu’avec 30 % des voix, la droite pinochétiste obtient près de 50 % des sièges. Il n’y aura jamais moyen de modifier la Constitution. * De plus la Concertation [coalition de centre au pouvoir depuis la fin de la dictature. NDLC] ne montre pas beaucoup d’enthousiasme à la changer non plus.

Il nous présente son projet d’Assemblée Constituante(AC) : Comme en Colombie, marquer sur son bulletin de vote prochain «Nous voulons une AC». Du moment que l’électeur ne donne qu’une préférence, il peut écrire ce qu’il veut sur le vote sans que cela ne l’invalide ! Cela prendra sans doute plusieurs élections donc plusieurs années mais il ne faut pas compter sur les membres du Congrès pour modifier notre Constitution.

7. Frank Gaudichaud, de l’association France Amérique latine (FAL) 1. FAL est également partie civile dans le procès. Pourquoi ? Parce que FAL s’est créée en solidarité avec le peuple chilien. Elle se devait d’être présente à ce procès. La solidarité va au-delà des mots. Elle doit être solidaire sur toutes les luttes, y compris sur la défense des droits civils et politiques mais aussi sur la défense des droits économiques sociaux et culturels puisque ces droits sont interdépendants.

2. Il s’agit d’un procès symbolique, emblématique et historique, dans l’ombre de Pinochet, car au-delà des quatre disparus, c’est toute la dictature qui est en accusation :
-Le Plan Condor et la participation des Etats-Unis.
-Il permettra une histoire détaillée de la répression et de sa logique.
-Le génocide politique de la dictature est un véritable «politicide», c’est-à-dire un génocide pour raisons politiques. Le procès sera raisonné sur la scène internationale et l’on s’apercevra vite des limites de la transition chilienne.

3. Il faut faire le lien entre ce procès et l’actualité. Ni oubli ni pardon, ni hier ni aujourd’hui. Mobiliser pour ce procès mais, puisque tous les droits sont interdépendants, se mobiliser pour leur défense aujourd’hui (cf. le projet d’assemblée constituante). Il faut montrer qu’il y a continuité avec la dictature. Il n’y a plus de répression aussi sauvage mais le modèle néolibéral en vigueur est celui de Pinochet, la Constitution même modifiée, est celle de Pinochet, les Mapuches sont condamnés par l’usage de lois anti-terroristes datant de l’ère Pinochet, etc.

La solidarité doit s’exprimer dans le cadre de l’évolution actuelle de l’Amérique latine, devenue une terre de mobilisations, de réflexions sur les modèles.

Quant aux quatre disparus, il faut se demander pourquoi ont-ils été tués ? Que disaient-ils ? Que voulaient-ils ? Sur quoi travaillaient-ils ? Pourquoi sont-ils morts ? Se solidariser avec eux, c’est aussi se solidariser avec leurs vies et leurs utopies.

8. QUESTIONS ET REPONSES

Pourquoi le procès a-t-il été repoussé ? Sophie Thonon : Compte tenu de la difficulté des diverses notifications aux témoins, traductions longues et délais inévitables, le Parquet n’a voulu que l’on puisse «l’épingler». Le procès aurait pu se tenir en respectant le délai de 3 mois prévu. Mais la procédure s’est révélée très compliquée : Après le filtre judiciaire, le dossier est envoyé au ministère de la Justice qui l’envoie au ministère des Affaires Etrangères qui le transmet à l’ambassade de France au Chili qui le donne au ministère des Relations Extérieures chilien qui le passe à son ministère de la Justice qui le remet finalement au juge. Les témoins sont très éparpillés : Danemark, Suède, Argentine, Uruguay, Brésil, d’autres pays… Il y a eu des imprécisions de la part du judiciaire. Mais nous estimons méritoire que le Parquet ait préféré que la procédure soit irréprochable. Le prix à payer est lourd pour les familles. Claude Katz : Qu’il soit clair qu’il n’y a pas eu de décision ou de manœuvre politique. Ce procès doit être exemplaire et vu comme tel au point de vue du droit. Il ne faut pas que les militaires chiliens puissent pas rejeter le procès et dire qu’ils n’ont pas bénéficier d’un procès juste (connu comme debido proceso au Chili).

Quelle est la responsabilité de l’Etat chilien ? Frank Gaudichaud : La continuité : modèle économique, Constitution. il faut soutenir tout ce qui peut contribuer à la démocratisation en justice, politique, économique, élections, etc.

Nestor : Toutes les manifestations sociales sont sévèrement réprimées au Chili. Il s’agit aussi d’écarter tous les dirigeants sociaux (entre autres les Mapuche). La pression doit venir de l’extérieur car de l’intérieur, rien ne se peut… Karine : l’Etat chilien a rencontré des dirigeants mapuche et la CIDH pour discuter de l’utilisation des lois anti-terroristes pinochétistes utilisées contre les Mapuche.

— Comité des ex PP de Bordeaux : Vous pouvez compter sur nous.

Rosalia : Les gens sont-ils vraiment intéressés à changer les choses vu le peu d’intérêt du gouvernement pour le procès ? Roberto Garretón : C’est une procédure à long terme, qui ira en augmentation à chaque élection. Si ça ne marche pas, on inventera autre chose. «Je suis décidé à ne pas mourir sous la Constitution de Pinochet…» Site : www.asambleaconstituyente.cl

Jean-Michel : Comment profiter du report du procès pour mobiliser le public ? Ricardo Parvex : l’aexpp va augmenter l’info, tant en France qu’au Chili. Nous allons viser les médias chiliens. C’était le but de la visite de la FIDH au Chili. Il faut continuer. Nous allons avoir besoin de toutes les bonnes volonté. Accompagnez-nous…

FIN DE LA SOIREE CR réalisé par Jac Forton pour Radio Zinzine radio zinzine

Jac FORTON auteur du livre : "L’affaire Pinochet, La Justice Chilienne" L’affaire Pinochet, La Justice Chilienne

lundi 19 mai 2008

« TONY MANERO » : UN FOU DE JOHN TRAVOLTA DANS LE CHILI DE PINOCHET


C'est l'histoire d'un minable tombé en pâmoison devant La Fièvre du samedi soir (1978), le film de John Badham, passant le restant de ses jours à vouloir ressembler à son idole, le personnage de Tony Manero interprété par John Travolta. La similitude entre les deux films s'arrête ici. Disco est un pastiche sans conséquence situé au Havre ; Tony Manero, qui a lieu en 1979 sous le régime du dictateur Pinochet, est une farce macabre d'une force époustouflante, doublée d'une charge contre l'hégémonie américaine.
Raul, la cinquantaine et à moitié analphabète, est la figure d'un bar miteux de la banlieue de Santiago, où il donne, le samedi avec ses danseurs, une pâle réplique des chorégraphies de La Fièvre du samedi soir. Il apprend qu'une émission de variétés consacrée par la télévision aux sosies de célébrités va faire concourir tous les Travolta du pays.
Le film raconte la préparation de Raul au concours. Laquelle se révèle particulière. Car Tony Manero est pour Raul davantage qu'un personnage à imiter. Il est son dieu et sa loi, au point que rien ni personne ne saurait l'empêcher de réaliser son rêve.
Faisant régner par son mutisme la terreur dans sa troupe, subjuguant les femmes qui la composent par ses coups de sang, Raul se révèle un psychopathe issu de la frange sociale la plus défavorisée, aveugle au contexte politique qui l'entoure, sourd à la souffrance imposée par la dictature, amoral au point d'aller jusqu'au crime pour réaliser son projet.
Les cadavres vont joncher son chemin. Y compris celui du projectionniste du cinéma où Raul se recueille régulièrement devant La Fièvre du samedi soir, le jour où le film est déprogrammé pour Grease, autre comédie musicale tournée par Travolta.
PORTRAIT CRACHÉ D'AL PACINO
Cette touche d'humour noir court tout au long d'un film passablement effrayant, mais qui masque son excès symbolique par un style réaliste documentaire. Caméra portée, image sale, faux raccords, flous et décadrages nourrissent une esthétique qui s'inspire davantage du cinéma de la nouvelle vague américaine des années 1970 qu'à la comédie musicale qui fait rêver son héros.
Raul lui-même, joué par le formidable Alfredo Castro, loin d'être le sosie de John Travolta, est le portrait craché d'Al Pacino. On est donc à mille lieues de la magie et du strass disco, mais très près de ces portraits de perdants hallucinés incarnés par Pacino dans des films tels que Panique à Needle Park (1971) de Jerry Schatzberg, Serpico (1974) de Sidney Lumet ou Scarface (1983) de Brian De Palma.
Cette obsession de la ressemblance autour de laquelle est construit le film est aussi une affaire politique, à travers laquelle se règlent des comptes à la fois historiques et contemporains entre l'Amérique latine et les Etats-Unis. Le film montre ce que cela signifie d'être pris dans le regard et la puissance de l'Empire, d'intérioriser sa domination au point de délirer son identité, de participer enfin jusqu'à la folie à sa propre négation.
Raul, serial killer fou de disco, peut ainsi être vu comme une réplique au petit pied d'un Pinochet installé et maintenu au pouvoir par la grâce de l'Oncle Sam. Si le terme n'était aussi péjorativement connoté, on dirait que Tony Manero est un grand film anti-impérialiste.

samedi 17 mai 2008

Chili : Bachelet accueille les réfugiés palestiniens



Photos José Manuel de la Maza
Lors d'une cérémonie au QG du gouvernement, Mme Bachelet a rappelé sa propre expérience d'exilée en Allemagne lors du coup d'Etat dirigé par le général Augusto Pinochet.

"Je veux vous dire que je connais exactement le sentiment d'être réfugié dans un pays étranger. Je le sais parce que je l'ai vécu, j'étais aussi une réfugiée", a indiqué Mme Bachelet.

"On arrive dans un endroit avec une langue inconnue qui est, dans beaucoup de cas, difficile à apprendre. On arrive dans un endroit avec une culture et des coutumes différentes. On arrive dans un endroit où l'on est obligé de reconstruire sa vie depuis le début", a-t-elle ajouté.

Le Chili a connu la solidarité internationale quand des milliers d'hommes et de femmes ont été obligés de quitter leur pays, donc, maintenant "c'est à notre tour de la rendre", a indiqué Mme Bachelet.

"Dans le monde arabe l'hospitalité est l'une des plus importantes valeurs. Et c'est précisément la valeur que nous réclamons aujourd'hui : nous voulons être votre second pays natal. Bienvenus, à partir de maintenant c'est votre maison", a indiqué Mme Bachelet aux réfugiés.

Le président de la Fédération palestinienne au Chili, Mauricio Abou Gosh, a fait part des remerciements des réfugiés pour le bon geste du gouvernement chilien.

Le dernier groupe de réfugiés palestiniens, est arrivé au Chili mercredi, faisant un total de 117 personnes, qui vont vivre dans les villes de La Calera, San Felipe et dans les banlieues des municipalités de Recoleta et Luloa.

L'arrivée des réfugiés palestiniens au Chili est organisée par le programme permanent de déplacement solidaire, créé en 1999, en coopération avec le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

jeudi 15 mai 2008

Lettre et Invitation envoyés par FAL

FRANCE AMERIQUE LATINE


Tout en comprenant les difficultés relatives aux citations diffusées dans plusieurs pays – raisons pour lesquelles le procès a été reporté - nous constatons que c’est un nouveau coup porté à l’encontre des familles des victimes, et de toutes les victimes en général du régime dictatorial de Pinochet, qui attendent ce procès depuis plus de trente ans.

Afin de renforcer notre lutte pour la vérité et la justice, et de maintenir la pression pour l’obtention d’une nouvelle date pour le jugement, nous organisons avec l’Association d’ex-prisonniers Politiques Chiliens – France une soirée d’information sur ce procès, le lundi 19 mai dans l’hémicycle de la Région Ile de France.

Nous espérons que vous pourrez manifester votre volonté d’appuyer toute action en faveur de la vérité, de la justice et de la défense des droits de l’homme, en acceptant cette invitation.

En vous remerciant de votre attention, nous vous prions de croire, Monsieur, Madame, à l’expression de nos salutations citoyennes.

Fabien Cohen,

Secrétaire de France Amérique Latine (FAL)

Invitation

Coralie Crivillé,
France Amérique Latine
Tél. (33)1 45 88 22 74 Fax : (33)1 45 65 20 87


Amitié - Découverte - Solidarité – Voyages

37, Bd. Saint Jacques 75014 PARIS

http://www.franceameriquelatine.org

Agréée par le Ministère JEUNESSE et SPORT 89.633 . Agrément du tourisme 075.95.0039 .



France Amérique Latine et l’Association d’Ex Prisonniers Chiliens en France

ont le plaisir de vous inviter à la

Soirée d’information sur le procès en France de la dictature chilienne,

pour l’arrestation et la disparition après tortures de quatre franco-chiliens

Lundi 19 Mai 2008

de 18h30 à 20h30

Hémicycle du Conseil régional de la Région Ile de France

57 rue de Babylone, 75007 PARIS

(Métro ligne 13 - Saint François-Xavier)

En présence de

Madame Claire VILLIERS,

Vice-Présidente chargée de la Démocratie Régionale

Programme

Accueil de Mme Claire VILLIERS, vice présidente du Conseil régional,

Interventions :

  • Ricardo PARVEX, Président : Introduction et rôle de l’AEXPPCH - France
  • Sophie THONON, avocate : Historique des poursuites en France
  • William BOURDON, avocat : Le rôle de familles, attentes et déboires et suite
  • Claude KATZ, Avocat LDH : Liens entre ce procès et l’évolution de l’idée de justice universelle
  • Karine BONNEAU, Juriste FIDH : Le CODEPU et les répercussions du procès au Chili
  • Roberto GARRETON, avocat au Chili : Le combat pour une nouvelle constitution
  • Frank GAUDICHAUD (représentant FAL) : la participation dans ce procès dans le cadre de la
    solidarité globale avec l’Amérique Latine,
Questions et réponses entre le Public et la Tribune pendant la 2° heure.

Merci de vous inscrire avant lundi matin au mail suivant pour pouvoir participer : proceschili@gmail.com


A cette réunion organisée par France Amérique Latine (FAL) et l’Association d’Ex prisonniers politiques Chiliens – France (AExPPCh) participeront la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), la Corporation de Défense des Droits du Peuple (CODEPU, du Chili) et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH).


mercredi 14 mai 2008

L'éruption du volcan chilien Chaiten met en péril une espèce de cervidés



"Le risque principal, c'est la migration des huemuls (ou cerf du sud andin) depuis les zones montagneuses vers les vallées, où ils entreraient en conflit avec les humains et les chiens qui pourraient les attaquer", a déclaré à la presse Mauricio Berardi, en charge du programme de conservation du huemul dans le Parc national Los Alerces, en Patagonie argentine, où vivent entre 70 et 200 huemuls sur un total de quelque 2.500 dans le reste du pays et au Chili.

Depuis plus d'une semaine, leur habitat est recouvert de cendres, obligeant ces animaux protégés en Argentine à chercher d'autres pâturages.

"Le puma est le prédateur naturel de l'huemul, à qui il est habitué à échapper, mais il est très probable qu'il ne puisse survivre à l'attaque d'une meute de chiens", a ajouté cet expert.

mardi 13 mai 2008

Hommage à Tatiana Fariña

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Tatiana Fariña

Tatiana était la fille de Maria Concha et de Raúl Fariña: Elle avait quatre frères et sœurs: Roxana, Raúl, Victoria et Benicia.

En 1984, la même année que son frère Raúl a été arrêté, Tatiana est entrée à l’Université pour suivre des études de sociologie.

Quelques jours avant le 14 mai 1985, elle avait informé ses camarades qu’elle avait des problèmes de sécurité, elle se savait suivie par la police secrète.

Ses parents ont voyagé à Santiago depuis la ville de Chiguayante après avoir été informés de sa disparition.

Un peu plus tard, ils ont appris l'explosion à la Municipalité de Lo Prado, où sont mortes la fonctionnaire Susana Sanchez Espinoza et une personne non identifiée. Le corps de Tatiana se retrouve aussi parmi les victimes.

Ses camarades étudiants ont exigé la nomination d’un Ministre en Visite (juge civil chargé de centraliser l’investigation) pour savoir ce qui s’est réellement passé avec la jeune fille.

La Cour a nommé le juge Humberto Espejo qui, après avoir appelé à déclarer beaucoup de personnes et sollicité l’expertise du professeur d'odontologie légale Luis Ciocca, a conclu qu’il s’agissait bien de Tatiana Fariña, et il a reporté le procès temporairement.

L’année 1991, un ex-agent de la CNI (police secrète de Pinochet) a affirmé que Tatiana a été arrêtée et qu'ils l'ont tuée avec une bombe pour la faire passer pour le terroriste (comme en 1984 c’était déjà arrivé ' avec Marie Loreto Castillo). Un enregistrement est arrivé à la famille avec ce récit, mais la Commission Rettig (Commission nationale Vérité et réconciliation) n'a pas pu se former une conviction sur les faits.

Un ex-membre du FPMR (Front Patriotique Manuel Rodriguez) Ricardo Palma, déclare que la jeune fille est décédée après avoir retardé le mécanisme d'horloge d'un explosive qu’elle allait installer.

La famille n’accepte pas cette version des faits et attend encore que toute la lumière soit faite sur le décès de Tatiana.

"Tatiana est morte à 10 heures du matin et l'explosion a eu lieu à 12 heures. Sa carte d'identité et un doigt, ont été trouvés un mois plus tard, dans les locaux de la Municipalité. Le corps a été levé par les agents de la CNI, sans présence ni ordre d'un juge", souligne sa soeur Victoria.

Les donnéLes personnelles de 6 millions de Chiliens sur l'internet

La brigade des crimes informatiques de la police enquête sur cette affaire qui s'est produite entre samedi après-midi et dimanche matin. "C'est un fait grave. Nous enquêtons sur la véracité de cette information", a déclaré le commissaire Jaime Jara cité par El Mercurio.

Les fichiers de plusieurs institutions publiques et privées, notamment des services électoraux, du ministère de l'Education et des opérateurs téléphoniques ont été diffusés sur l'internet, selon El Mercurio. Les noms, adresses postales, numéros de téléphone ou adresses de courrier électronique des victimes ont ainsi été exposés

L'auteur du piratage a expliqué qu'il voulait "montrer à quel point les données sont mal protégées au Chili". Selon les responsables des deux sites, les données ont déjà été retirées de la toile.


dimanche 11 mai 2008

Chili : des hommes il y a 14000 ans

Ces indices ont été trouvés sur le site chilien de fouilles archéologiques de Monte Verde, découvert en 1976 et situé près d'un ruisseau à une cinquantaine de kilomètres de la côte.

Il s'agit de la première moisson de nouveaux indices recueillis sur le célèbre site depuis dix ans, comprennant l'identification de neuf espèces d'algues marines retrouvées notamment dans d'anciens âtres de ce haut-lieu archéologique.

Ces algues remontent à une période allant de 14.220 à 13.980 ans selon une datation au carbone 14, confirmant que la couche supérieure du sol, appelée Monte Verde II, était occupée par des humains, plus de mille ans avant toute colonisation par des membres du peuple dit de la culture Clovis. Jusqu'à présent, selon la théorie dominante, le début de la colonisation du continent américain était supposée se situer à la fin de la dernière période glaciaire il y a 13.000 ans.

Paysage lunaire en Patagonie argentine après l'éruption d'un volcan chilien

Un homme masqué à cheval le 8 mai 2008 à Los Cipreses, à la frontière entre le Chili et l'Argentine, village recouvert par une couche de cendres du volcan chilien Chaiten

Le phénomène est clairement visible au sortir de la ville, au long de la route 40, circuit touristique qui traverse l'Argentine du nord au sud sur plus de 5.000 km.

Une épaisse couche de neige semble avoir envahi les pâturages où vaches et moutons recouverts de cendres tentent de trouver leur nourriture au milieu de tourbillons de poussière volcanique atteignant parfois près de 20 mètres de haut.

Mais pour les habitants d'El Bolson, qui a beaucoup attiré hippies et routards dans les années 70 et 80, c'est l'eau qui se fait rare. "Quelque 20.000 litres d'eau ont déjà été distribués, le réseau d'eau potable étant contaminé", a indiqué jeudi à l'AFP Hector Fernandez, chef des pompiers d'El Bolson, situé à 1.750 km au sud-ouest de Buenos Aires.

La couche de cendres, qui se confond avec la neige, a recouvert les rues, les voitures et les toits des maisons. Elle n'a néanmoins pas affecté la production de fruits rouges, l'une des principales activités économiques de la région. "La plus grande partie de la récolte de fraises, framboises et mûres a déjà été faite", a indiqué sur ce point à l'AFP Jose Caliva, secrétaire au Tourisme de la ville d'El Bolson.

Les autorités redoutent cependant que de nouvelles éruptions provoquent une nouvelle pluie de cendres et rendent totalement inutilisables les pâturages environnants.

Dans une rue de Los Cipreses, le 8 mai 2008

Le vice-président argentin Julio Cobos a d'ailleurs annoncé jeudi que les autorités envisageaient de déplacer le bétail des zones les plus contaminées, y compris au Chili, vers des pâturages plus sains en Argentine.

"Nous dépendons complètement de la nature et nous espérons que le volcan se calme et n'apporte pas un nouveau nuage de cendres", a déclaré de son côté une employée d'une agence de tourisme, qui a constaté une baisse du nombre de visiteurs.

Trois compagnies aériennes ont annulé jeudi leurs vols entre Buenos Aires et Bariloche, principal point d'arrivée dans cette région de la Patagonie, en raison du nuage de cendres.

Cette pluie de cendres avait atteint dans la nuit de mercredi Bariloche, qui est aussi la capitale du ski alpin en Patagonie, surprenant habitants et les touristes de passage.

Elle avait touché auparavant, en raison de la direction des vents, la station balnéaire de Mar del Plata (400 km au sud de Buenos Aires). Jeudi, des cendres ont été repérés dans les couches supérieures de l'athmosphère au-dessus de la capitale argentine par les services météorologiques argentins.

L'activité du Chaiten, entrée en éruption vendredi dernier, a redoublé jeudi avec des explosions et de nouveaux nuages de cendres, compliquant encore un peu plus la situation dans le sud du Chili et de l'autre côté de la cordillère des Andes en Argentine.

mercredi 7 mai 2008

DANS LES PAS DES INSURGÉS

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EL DOS DE MAYO DE 1808 EN MADRID, (« LE DEUX MAI 1808 À MADRID »), DE FRANCISCO GOYA 1814. HUILE SUR TOILE 266 × 345 CM. MUSÉE DU PRADO



Palais royal

C’est ici que tout débute. La foule se met à affluer devant le palais royal pour manifester son rejet de ce qui est en train de se passer. Imaginez la scène. C’est le petit matin, juste avant l’aube. Il a plu toute la nuit sur Madrid. Il fait froid. Les gens se regroupent spontanément jusqu’à devenir une véritable multitude. Le bruit court que les princes vont être emmenés en France. Les gens voient comment les soldats français font sortir du palais la reine d’Etrurie (la fille du roi Charles IV). Personne ou presque ne s’en émeut. Mais il y a une autre voiture, et les gens en déduisent que ce doit être pour l’infant François de Paule. C’est à ce moment-là que cela bascule. Les gens étaient venus en badauds. Ils n’avaient pas l’intention de se soulever. Ils sont en rogne, ça oui, mais c’est d’abord la curiosité qui les a poussés à venir. Les Français sont en Espagne et les gens, ça les agace. Le gouvernement est du côté des Français, du genre je reste passif. Alors, personne ne veut se mouiller. Le jour se lève sur la foule massée dans la rue. Certains sont arrivés la veille. Ils sont venus pour faire du chahut. C’est tout. Ils veulent juste faire du bruit. Les Français sont maladroits. Ils agissent avec une maladresse qui finira par causer leur perte en ce 2 mai. C’est leur arrogance qui les perd. Ils sont habitués à gagner, à ne guère rencontrer de résistance. Chez eux, l’Espagne a mauvaise presse. Des analphabètes menés par des curés. Un gouvernement corrompu. Une administration corrompue. Les gens continuent à affluer pour voir ce qui se passe. Et le facteur sentimental commence à jouer : le gosse ne veut pas partir – la preuve, il pleure. Les esprits s’échauffent. Le ton monte. L’infant apparaît à un balcon, ce qui accroît l’agitation sur la place. Au désir d’empêcher son départ s’ajoute celui de venger les morts et de se débarrasser des Français. La lutte gagne toute la ville et dure des heures. Et puis tout part en vrille. Les gens s’énervent. Les affrontements commencent autour du palais royal. Il y a de nombreuxmorts. La foule grossit. Le général français Murat est dans sa résidence, dans le palais du marquis de Grimaldi. Il peut suivre les événements depuis sa fenêtre. Il a des troupes postées tout près. Le bruit court que les Français font couler le sang dans tout Madrid. Le serrurier Molina [l’un des insurgés les plus célèbres de ce 2 mai] tue un soldat de l’Empire à coups de gourdin. D’autres se servent de haches, de houes, de burins, de tout ce qui leur tombe sous la main. L’insurrection s’étend de la Plaza de Oriente à toutes les rues adjacentes. La populace en profite pour se venger de tous les Français logeant dans des pensions ou chez des Espagnols. Aujourd’hui, plus rien n’est pareil sauf le décor, resté pratiquement identique. C’est ici que tout a débuté. Ici qu’on peut parler de la grandeur du soulèvement. De l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Si les Français n’avaient pas été aussi maladroits, les choses en seraient certainement restées à une petite révolte. Mais les gens étaient chauds. Et l’ineptie française a fait le reste.

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JOACHIM MURAT PAR ANNE-LOUIS GIRODET DE ROUCY-TRIOSON

 
Puerta de Toledo

“Il faut arrêter ça !” se dit Murat. Il n’a pas
JOACHIM MURAT
d’unités 
antiémeutes ni de police, mais des soldats. Et pas n’importe lesquels. Les soldats les plus redoutables du monde. Des jeunes, mais qui ont participé à une campagne napoléonienne ou à une autre. Des gens durs, implacables. Madrid est comme une roue avec des rayons dont le centre est la Puerta del Sol. La cavalerie est cantonnée dans le parc du Retiro et à Carabanchel [au sud]. L’idée est de couper les rayons et d’empêcher l’émeute de se propager. Murat envoie des émissaires dire à ses troupes d’avancer jusqu’au centre. La cavalerie et les cuirassiers arrivent de Carabanchel, et les mamelouks de Fuencarral [au nord], de la route du Pardo [au nord-ouest] et de la Casa de Campo [à l’ouest]. Mais les Espagnols s’en rendent compte et décident de leur barrer la route. Lorsque les cuirassiers arrivent à la Puerta de Toledo, ils tombent sur les Madrilènes les plus durs. Les artisans du Rastro, de La Paloma, de Lavapiés. Les quartiers les plus populaires. Aujourd’hui, ce sont les immigrés qui y vivent. C’est là que se produit le deuxième affrontement. A l’époque, la Puerta de Toledo était moins belle, plus simple. Les cuirassiers montent par là, par le sud. Eux non plus ne sont pas des enfants de chœur, plutôt de vraies brutes. Imaginez la scène. Imaginez ces gars qui savent ce que c’est que la guerre et qui sont accueillis avec des barricades, par des femmes, des hommes et des enfants qui luttent avec des ciseaux, des bâtons, des couteaux et tout ce qu’ils ont pu trouver. C’est une lutte à mort, bien sûr. Les Madrilènes leur tombent dessus. Des femmes, des poissonnières, des putes, des maquereaux, des mendiants, certains armés d’escopettes, d’autres de maillets. Grâce à l’effet de surprise, ils arrêtent la première vague de soldats.

Mais pas la deuxième. Les cuirassiers enfoncent leurs rangs. Les gens remontent les rues en courant, les chevaux à leurs trousses. Il y a des morts. Dès lors, à l’instinct patriotique s’ajoute celui de vengeance. “Ils ont tué les nôtres ! Ils vont le payer !” On se bat autour de la Plaza de la Cebada, autour l’église des jésuites, jusqu’à la Plaza Mayor et ses alentours.

Puerta del Sol

Les mamelouks apparaissent. Ils descendent par la Carrera de San Jerónimo et par la rue Alcalá. Quand ils arrivent à la Puerta del Sol, on ne sait combien de gens les y attendent. Mille ou deux mille. Une chose est sûre, tous ces gens sont plus que déterminés à les arrêter. D’autant plus que ce sont des Arabes. Pas besoin d’en dire davantage. On se passe le mot : “Ce sont des salauds d’Arabes !” Clac, clac, clac : les crans d’arrêt s’ouvrent, et c’est la curée. Les Espagnols se réfugient dans l’église du Buen Suceso, à l’angle d’Alcalá, qui n’existe plus aujourd’hui. Ce qui se passe à ce moment-là est une sorte de guérilla urbaine qui “s’amuse” avec les troupes françaises. Les Madrilènes savent que l’infanterie gabacha [terme péjoratif pour désigner les Français] est en train de monter par la Casa de Campo, alors l’émeute enfle. Des combats éclatent dans tout le centre. Le bâtiment de la poste tient bon. Il est toujours là, avec une plaque commémorative sur la porte [c’est aujourd’hui le siège de l’exécutif régional]. Nous avons un tableau fidèle de ce qui s’est passé ici grâce à Goya [et son célèbre Dos de Mayo, connu aussi sous le nom de La Charge des mamelouks]. Il n’avait aucune sympathie pour les gens du peuple. Il a dépeint les deux camps aussi sauvages l’un que l’autre. Il raconte, mais sans prendre parti. C’est pour cela qu’au départ ses tableaux sur le sujet n’ont pas pl
u.

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EL TRES DE MAYO DE 1808 EN MADRID, (« LE TROIS MAI 1808 À MADRID ») : LES EXÉCUTIONS À LA MONTAGNE DU PRINCE PÍO, DE FRANCISCO GOYA 1814. HUILE SUR TOILE 266 × 345 CM. MUSÉE DU PRADO


Plaza del Dos de Mayo

Le bruit commence à courir qu’on distribue des armes au parc d’artillerie de Monteleón. Plusieurs groupes viennent en chercher. S’y trouvent deux capitaines qui avaient ourdi une conspiration et qui profitent de l’occasion : Daoiz, un gars paisible surnommé El Abuelo [le Grand-Père], et Velarde, un type nettement plus exalté. Ils décident de se ranger du côté du peuple, de désobéir aux ordres, d’ouvrir les portes de la caserne et de donner des armes aux Madrilènes. Le paradoxe, c’est que la caserne est impossible à défendre. Elle n’est protégée que par un mur. Daoiz et Velarde agissent en pensant que les autres régiments vont aussi se soulever. Mais ils se retrouvent seuls, abandonnés à leur sort. Ils sont douze artilleurs et trente militaires espagnols. Soit quarante soldats, plus les deux capitaines. Et le lieutenant Ruiz. Finalement, ils seront une soixantaine de militaires et deux cents civils. Dont beaucoup de femmes, d’ailleurs. Etonnamment, ils tiennent bon. Les rues étaient étroites. Beaucoup plus qu’aujourd’hui. Ils organisent la défense et tiennent plusieurs heures. Ils font même des prisonniers. Une défense en règle. Comme dans les films. Comme à Fort Alamo. Velarde meurt. Suivi de Daoiz. Lorsque la caserne de Monteleón tombe, les Français ont déjà repris la ville.

Plaza de España

Dans le bâtiment de la poste de la Puerta del Sol siège une commission militaire qui con­damne à mort tous les insurgés qu’on lui présente. Une quarantaine de personnes sont exécutées l’après-midi même, et une quarantaine d’autres dans la nuit. Dans l’église du Buen Suceso, on en fusille directement une douzaine. Les autres sont conduits sur le Paseo del Prado. A la tombée de la nuit, quarante-quatre autres insurgés sont conduits sur la montagne du Príncipe Pío, à l’emplacement actuel de la Plaza de España. On les fusille, mais l’un d’eux parvient à s’enfuir. Il s’appelle Juan Suárez. Les militaires fusillent surtout les petites gens. Des menuisiers, des maçons, des mendiants… C’est ici, à quelques pas de l’endroit où se trouve aujourd’hui la statue de don Quichotte et Sancho Panza, qu’est mis un terme à ce que j’appellerai une “Intifada”. Car ce fut une Intifada avec des couteaux. Un peuple désarmé écrase une armée. C’est quelque chose que les Français n’ont pas digéré. Ils parlent de la cruauté de ces Espagnols. C’est comme ça. C’est une guerre. Je te tue avec mes ongles et mes dents et des tessons de bouteille. C’est vrai pour les deux camps. Les Français, c’est leur arrogance qui a les perdus. Le fait d’être les maîtres de l’Europe. Imaginez le tavernier madrilène qui les regarde sans dire un mot mais qui pense : “Fils de pute, salauds”, tout en leur servant à boire. C’est ainsi que cela s’est passé. Ce ne fut pas un jour de gloire ou de patriotisme. Ce fut un jour de colère [c’est le titre du roman qu’Arturo Pérez Reverte consacre au 2 mai 1808]. La guerre peut prêter à controverse. Pas le Dos de Mayo. Le 2 mai 1808 se résume à 4 000 tués à Madrid qui vécurent leur jour de colère.

Qui, mus par un sens de la patrie et de la liberté mal compris, à cause de l’inculture et de l’ignorance, descendent se battre dans la rue. Et le plus étrange, dans tout ça, c’est que cette révolte devient une geste admirable. C’est terrible, parce qu’on se rend compte que ce n’est pas leur cœur qui les pousse, mais leurs couilles.

Le véritable ennemi, ce n’étaient pas les Français, mais ceux que ces pauvres diables défendaient. Quand on analyse le Dos de Mayo et la guerre qui a suivi, on se rend compte que c’est l’inculture qui prédomine. Les gens cultivés ne descendent pas se battre dans la rue. Ils préfèrent rester chez eux et attendre de voir ce qui se passe. Ils descendront dans la rue plus tard. C’est un élément très important. L’étincelle est allumée par les gens incultes, les ignares, les fauves. Des fanatiques du roi et de la religion. Le bas peuple inculte. Très peu de gens éclairés se rangent ce jour-là du côté de ceux qui combattent contre les Français. Ce n’est que lorsque le processus déclenche la guerre que les gens d’honneur envisagent de prendre parti. C’est la tragédie de l’intelligence. Les incultes doivent se battre pour les instruits qui veulent la modernité. Et puis il y a la peur. La nation entière s’est soulevée, certes, mais beaucoup de guérilleros n’étaient que de pauvres paysans transformés en salopards cruels et en assassins sanguinaires. Sous prétexte de patriotisme, la guérilla pillait et tuait. C’est malheureux que le pays tout entier ait dû choisir. Il le fit. Et c’est cela qui nous a fermé les portes, qui nous a condamnés à deux cents ans d’obscurantisme. La voilà, la tragédie de l’Espagne.

Une guerre de six ans contre l’occupant français

Les Espagnols célèbrent cette année le bicentenaire du conflit qui opposa de 1808 à 1814 leur pays aux troupes napoléoniennes. Appelé guerre de l’indépendance en Espagne, campagne d’Espagne en France et guerre péninsulaire au Royaume-Uni et au Portugal, “cet épisode est, avec la guerre civile de 1936-1939, celui qui a le plus marqué l’histoire de l’Espagne contemporaine”, note l’historien Manuel Montero dans le supplément spécial que le quotidien El Correo consacre à l’événement. Mais que fut au juste cette guerre où périrent 250 000 Espagnols, 200 000 Français et 50 000 Britanniques ? L’historien Miguel Artola, grand spécialiste de la période, en résume la teneur, toujours dans El Correo. “Ce fut l’occupation de l’Espagne par l’armée napoléonienne, qui avait franchi les Pyrénées en tant qu’alliée des Espagnols pour envahir ensemble le Portugal [partenaire de la Grande-Bretagne, la grande ennemie de Napoléon]. Mais, l’Espagne traversant une crise dynastique en raison de l’affrontement entre le roi Charles IV, son fils Ferdinand VII et le favori du roi, Godoy, Napoléon y voit l’occasion d’ajouter un nouveau territoire à son empire et songe à son frère Joseph pour occuper le trône espagnol. Les troupes françaises, qui n’étaient que de passage en direction du Portugal, s’emparent alors des villes et des centres de pouvoir.” Mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille et “va se mobiliser contre l’envahisseur”, poursuit Miguel Artola. Des soulèvements populaires ont lieu d’abord à Madrid, le 2 mai 1808, puis la résistance gagne tout le pays. Napoléon parvient à installer son frère Joseph sur le trône, mais, harcelées par des groupes de guérilla, les troupes de l’empereur n’arriveront jamais à avoir clairement le dessus. Le conflit s’achèvera en 1814 par la défaite de Napoléon et le retour du roi Ferdinand VII, retenu prisonnier en France pendant six ans. “L’invasion française de 1808 et la réponse espagnole ont radicalement transformé l’histoire de l’Espagne en interrompant brutalement son évolution politique et économique, explique Manuel Montero. Elles ont d’abord stoppé le processus de modernisation économique engagé durant les Lumières. D’un autre côté, le vide du pouvoir créé en mai 1808 a donné sa chance à la révolution libérale. Une nouvelle dynamique politique s’est créée, fondée sur un antagonisme radical entre les révolutionnaires, qui avaient acquis une expérience du pouvoir pendant la guerre, et les défenseurs acharnés de la monarchie absolue. On a assisté à la disparition des espaces intermédiaires, représentés par les Espagnols ilustrados [imprégnés des idées des Lumières], qui s’étaient rangés du côté des Français. Après la guerre, ils ont été considérés comme des traîtres et contraints à l’exil. Beaucoup de ces afrancesados incarnaient le désir de modernisation et de réforme. Avec eux a disparu un segment politique clé. Cela explique en partie que la politique espagnole ait oscillé par la suite entre les deux extrémités du spectre idéologique. Cette guerre a eu une autre conséquence. Entre 1808 et 1813, la guérilla avait entraîné des milliers d’Espagnols dans une mobilisation sans précédent qui a joué un rôle décisif dans la défaite de Napoléon. La constitution de groupes de guérilla allait devenir après cela une forme d’action politique, avec l’idée que la violence pouvait être un moyen de résoudre les conflits. On a attribué à cette guerre, de façon pas forcément exacte, le caractère d’une insurrection spontanée et générale, expression d’une conscience nationale partagée par tous.”

mardi 6 mai 2008

Chili: la puissante éruption du volcan Chaiten force l'évacuation totale


"L'alerte maximum a été décrétée", dans la localité de Chaiten, située à 10 km au pied du volcan entré en éruption vendredi, a déclaré à l'AFP le chef de l'Office national des urgences (Onemi) de Santiago, Jorge Muñoz.

Les sirènes d'urgence ont retenti, et "par mesure de sécurité, l'évacuation immédiate de toute la population qui demeurait dans la ville de Chaiten a été décrétée, soit approximativement 384 personnes regroupant les habitants, les équipes d'opérations d'urgence, les autorités et les équipes de presse qui étaient restés sur la zone", a déclaré un porte-parole de l'Onemi.

Il y a "une production de lave et de flux pyroclastiques émanant du volcan depuis approximativement 08H45" locales (12H45 GMT), a-t-il ajouté.

L'évacuation des personnes a été organisée par voie maritime à bord de deux bateaux de la Marine chilienne et une équipe de sauvetage de la Force aérienne du Chili a été dépêchée sur place depuis la ville de Puerto Montt, à quelque 200 km de Chaiten et à 1.035 km au sud de Santiago du Chili, a constaté l'AFP.

Dans les prochaines heures, d'autres équipes de sauvetage se rendront également dans les localités voisines.

Les spécialistes du Service national de Géologie et des Mines redoutent que l'activité du volcan ne s'accentue encore davantage.

"Les conditions sont réunies pour que quelque chose de pire se produise", a estimé le vulcanologue Luis Lara soulignant que l'éruption du volcan Chaiten n'en est qu'à une étape initiale.

Selon l'expert, la plus grande inquiétude porte sur le risque d'explosions plus violentes, accompagnées de fumées et de cendres plus denses et nocives encore.

"Il pourrait se produire une explosion majeure ou la colonne pourrait devenir si dense que tout pourrait s'effondrer", a relevé le scientifique.

"Le volcan explose de façon très forte", a signalé de son côté la présidente chilienne Michelle Bachelet, en appelant au calme la population.

Un gigantesque champignon de plusieurs kilomètres d'altitude formé par les cendres et les fumées qui s'échappent du volcan en éruption a commencé à recouvrir toute la zone, selon des images diffusées par la télévision publique. Le massif qui culmine à quelque 1.000 mètres d'altitude, était en sommeil depuis plus de trois siècles quand il est entré en éruption vendredi obligeant la quasi totalité de la population de Chaiten, soit 4.000 personnes, à quitter immédiatement la ville.

Une couche de cendres, épaisse de plusieurs dizaines de centimètres de cendres recouvre depuis les rues de la localité.

En Argentine voisine, l'état d'alerte a été décrété depuis samedi à Esquel, une ville de 32.000 habitants située à une centaine de kilomètres du volcan et à 2.000 km au sud de Buenos Aires.

A Esquel, "certaines personnes se sont auto-évacuées, mais l'alerte actuelle n'exige pas encore d'abandonner les habitations", a déclaré le maire de la ville Rafael Williams.

En revanche, une opération d'évacuation de la petite localité chilienne frontalière Futaleufu, située à quelque 70 km du volcan, est en cours avec la collaboration des autorités argentines.

"Nous collaborons à l'évacuation de Futaleufu", a déclaré à l'agence de presse gouvernementale argentine Telam, un porte-parole de la gendarmerie argentine, qui opère dans cette région montagneuse de la cordillère des Andes.

jeudi 1 mai 2008

Draguignan : La vie de Claude Gay s'anime enfin


V
oilà qui est fait avec la sortie d'un DVD, «Un savant Provençal au bout du monde». D'une durée de 26 minutes, ce documentaire vient d'être réalisé par l'association MODE, avec à la caméra Cyrille Dubois, à l'écriture Olivier Schmitt et au coup de main, Thibault Cornu et Fabienne Paroli.

La Société d'Études grâce à qui Claude Gay connaît depuis quelque temps une belle renaissance, a bien évidemment collaboré à ce projet. Et plus particulièrement Luis Mizon et Richard Strambio.

Ce dernier officiant désormais comme adjoint à culture, c'est à plus d'un titre que lui revenait le droit de présenter en avant-première dans les locaux de la Société d'Études, ce court-métrage. Il ne s'en fallut guère d'ailleurs pour qu'on pousse les murs afin d'accueillir tous ceux qui voulaient voir ce film. Et parmi eux le maire Max Piselli, accompagné d'une bonne partie de son équipe et visiblement ravi du projet, «c'est une excellente initiative car le sujet le mérite amplement».

Subventionné par la mairie et le conseil général, «Un savant Provençal au bout du monde» devrait connaître en tout cas une belle carrière, « nous allons le faire tourner dans les lycées et collèges de la Dracénie ainsi que dans les médiathèques communautaires », a promis l'adjoint à la culture.